CHAPITRE XIU
OU Mythes, constituent ce que nous appelons la Mythologie on Théogonie des Païens, plus justement nommée la Fable -, le tout formant une immense théologie où ces divinités de tous degrés , depuis le puissant Jupiter jusqu'aux plus petites Nymphes des fontaines ou aux Hamàdryades, qui n'animaient chacune qu'un seul arbre, recevaient suivant les circonstances des cultes différents.
Quant à Tautre culte, il consistait dans les hommages qu'on rendait dans le sanctuaire des temples , sous le nom de Mystères, au vrai Dieu créateur; culte plus philosophique et plus élevé , ayant déjà la plus grande analogie avec les croyances théologiques des temps modernes , mais enseigné uniquement aux personnes que leur éducation rendait capables de le comprendre, et qu'on nommait de Ih les Initiés.
Ce second culte, professé dans Tintérieur des temples, noas est connu par les doctrines de plusieurs Philosophes , qui y furent admis, ainsi que nous le verrons plus loin.
Quant h la Cosmogonie , science plus positive , en grande partie fondée aujourd'hui sur Fobservation directe pour ce qui concerne le globe terrestre, ainsi que sur des analogies plus ou moins probables avec celui-ci pour les autres astres, il est naturel que les Anciens, privés des moyens de sonder et de mesurer l'immensité de l'espace, n'ont pu établir h ce sujet que de simples conjectures, le plus souvent basées uniquement sur des apparences d'ordinaire trompeuses, et fort souvent en contradiction évidente avec des faits reconnus vrais ou admis comme tels. Par l'effet de ces faits contradictoires les Philosophes sont arrivés à ne plus concevoir l'ensemble de leurs propres systèmes, et se sont vus forcés d'en établir de plus singuliers encore sur des échafaudages d'idées abstraites , présentées sous des formes Ggurées , formes qui les ont souvent conduits à remplacer les faits par de simples images , qui , prenant bientôt la place des choses quelles ne faisaient que représenter, les ont jetés dans les théories Its plus extravagantes.
390 THÉOLOÇ» Dl hk NATURE.
Si cependant on tâche de remonter, autant que cela est au» joord'hui possible, par le moyen de documents originaux, aoi idées émises sur les deux sciences dont il est question, sciences qui n'en formaient alors qu'une seule, et même une simple branche de la science universelle ou Philosophie , nous tronvons que dès les temps les plus reculés, les peuples ont partout admis deux Causes primitives , auxquelles tout l'univers doit son existence : la Matièbe , comme principe passif ^ et une Intelligence toute-puissante, comme princtp^ actif qui a toal mis en action pour en former tous les Êtres qui existent.
Mais quoique la Théogonie des anciens païens soit, du reste, fort obscure, surtout par l'addition des récits fabuleux et fantastiques des poètes , on peut cependant, en la débarrassant de toutceqoi tient à la poésie et aux allégories, la réduire àses principes, et par là à un système non-seulement très-simple, mais encore fort raisonnable, et je dis plus, fort savant et ingénieux. Ce système tout erroné qu'il est , prouve toutefois la haute intelligence de ceux qui l'ont imaginé, en pénétrant sinon dans le secret de la nature, ce qui était alors plus impossible qu'aujourd'hui ; mais comme ayant du moinscompris les principes fondamentaux des causes premières qu'ils ont cherché à expliquer par des forces matérielles, en s'exprimant, suivant leur usage, en style allégorique. C'est de ces allégories que sont nées ensuite ces histoires merveilleuses et extravagantes qui constituent la Mythologie , qu'on prend à tort pour leur véritable Théogonie ; tandis qu'elle n*en est que la bizarre image, ainsi que Ta déjà fait remarquer PLUTARQrE(l}, eu disant que ceux qui prendraient ces récits à la lettre mériteraient qu'on les traitât avec le dernier mépris; des Divinités immortelles ne pouvant être traitées d'une ipanière aussi indigne ; et il ajoute qu'on ne doit y voir que l'ensemble, etche^ cher â reconnaître la vérité morale qui y est cachée; vu qa'an fond toute cette théogonie des Égyptiens, ainsi que leurs
(0 De Isis et Osiris, 3.S8. E.
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cérémonies, sont fondées sur des principes de morale et d*iitilité; ou bien sur des faits historiques. Eu effet, on re-!* trouve partout , ainsi que je viens de le dire , dans ces mythes des anciens peuples, Tidëe fondanoentale d'une Matière primitive passive k Tétat de chao» , dont T^pivers entier a été formé par la toute -puis^nce d'une fntelligena^ (créatrice, seule active y formellement appelée Dieu par les Prêtres.
Ces diverses théogonies varient simplement sur Torigine , Tessence et les attributs de ces deux Étrks primitifs , ainsi que sur la part que chacun a prise à Ipt création du monde jusque dans ses plus minutieux détails, Principe^ (absolument les mêmes que ceux ri^copnus p^r les Juifs , dont Ift croyance est évidemment copiée sur celles des Cb^ldéens et des Égyp* tieps, et dont notre doctrine religieuse n'est, comme on sait, (ju'un siipple perfectionnement; doctrine elle-mâme encore surchargée de nombreux mythes , qu,e )es chrétiens admettent k l'instar des païens , comme des faits d'une vérité dont il n'est pas permis de douter sans manquer à la foi , la première vertu théologale.
J'ai dit flm haut que , malgré la eomplicatioa de toutes ces théogoni^i des aneieiift, et les différents cultes publies que les peuples rendaient aux innombrables Divinités de tous rangs, les Prêtres et les v4ritables Philosophes , c'est-à-dire les hommes bgint pleoés par leur éducation et leur esprit, n'ont eependant jamais admis dans l'enseignement de l'intérieur des leinples qu'un seul véritable Diau, auquel ils ont, il est vrai» donné différents noms , selon les langues et les pays. Or c'est en partie de ces noms auxquels la peupla a ensuite souvent attaché l'idée d'Êtres difiérenta, animés des mêmes passions que le vulgaire des hommes, qu'est en grande partie née icette extrême complication de ces théo-r gonies et les Mythes si biswres de la fable^ que les Poètes ont ensuite tout k fait embroaîliés par leurs fictions.
Les anciens Philosophes , partant du principe , au fond très<-raisonnable et vrai, qu'il ne m fùrme rien de rim, oni
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cru devoir même y comprendre la Divinité, et n*ont ainsi admis en principe fondamental qae V Éternité de la matière dont tout est formé. Mais ils conçurent cependant qae la matière ne pouvait rien par elle-même, et qu'il fallait nécessairement qu*il y eût en outre une Puissance intellectuelle qui la combinât et la modifiât dans sa forme, pour produire les Êtres innombrables qui se manifestent k nos sens. Or, comme cela était en contradiction évidente avec le principe de Téternité de la matière, posé comme seule base^ ils cherchèrent des movens de concilier ces deui faits. Cette Intelligence active ne pouvait pas faire partie de la matière admise comme passive, et devait, en conséquence , être placée en dehors d'elle en constituant un Être particulier; ils ont essayé de trouver un moyen de faire voir qu'il serait toutefois possible que cette même Intelligence active pût naitre ellemême de la matière.
§ L Théogonie des Chaldèms.
La plus ancienne philosophie, celle des Chàldébns, qui remonte au delk de Moïses, renferme déjà, dans le peu qui en est arrivé jusqu'à nous, les principes fondamentaux de toutes les Théogonies et Cosmogonies qu'on a imaginées depuis ; c'est-k-dire l'admission comme base de tout, de l'existence d'une MATIÈRE PRIMITIVE à l'état de chaos, et celle d'une Intelligence Suprême qui a mis cette matière en action pour en former tout l'univers ; intelligence que, dans leur vive imagination, ils comparèrent k une Lumière, et k laquelle ils en donnèrent même le nom par analogie, la désignant sous les dénominations de Lumière par excellence , de Lumière in- CRÉÉE) de Splendeur éternelle, de Feu principe et de Feu intelligent, en y attachant les attributs qu'on admet encore aujourd'hui dans TËtre Suprême ; c'est-à-dire ceux d'é(emt7f, de toute-puissance^ de bonté infinie^ de sublime sagesse et surtout de cause première de tout ce qui est^ ayant créé le monde