Theologie de la nature
PREUVES DE L^EXISTENCE DE DIEU ET DE SES ATTRIBUTS , TIREES DE L^ORGANISME DES AlfllfAUX ARTICULÉS EN PARTICULIER.
Nous avons vu que rEmbranchément des vertébrés , dont j'ai exposé le mode d*organisatioQ , se composait d'animaux k corps formé de deux moitiés latérales semblables soutenues intérieurement par une charpente osseuse, dont les diverses pièces s'appuyant sur la colonne vertébrale forment des leviers sur lesquels agissent les muscles. Nous avons vu aussi que celle charpente articulée déterminait plus parûcalièrement la forme et les proporlions des diverses parlies du corps, et que le tout était revélu de téguments d'ordinaire membraneux, auxquels sont déjii insérés divers muscles destinés à les mouvoir.
Nous avons vu aussi que de même que tous les autres organes ce squelette parcourait une échelle de gradation , et finissait par arriver dans les Poissons les plus inférieurs, formant I Ordre des Galexiens, à n'être plus représenté que par quelques cartilages protégeant les branchies, et un cordon gélatineux auquel est réduite la colonne vertébrale , II. 1
mais dans lequel ou n*aperçoit plus aucune trace de la subdivision en vertèbres.
Plus loin , daos rEMBRANCHCM^NT des Ânm aux articulés , qui fait iipméjiatemeDt suite ^ ces derQiers Poissons, le squelette disparait enfin complètement, et les muscles se rendent d'une partie des téguments à une autre, pour mettre par là le corps entier en mouvement.
Cette nouvelle disposition des muscles dans ces animaux est amenée graduellement déjà dans tout TEmbranchement des vertébrés , ainsi que cela arrive d'ordinaire lorsque, d'après le plan que l'Intelligence divine a suivi dans la
CRÉATION des ÉtRES, UN APPAREIL OU UN SIMPLE ORGANE DOIT
disparaître pour Être remplacé par un autre.
Dans V Homme, il n'existe que quelques muscles insérés à la peau : ceux de la langue, le Palmaire cutané de la paume de la main , et le muscle Facial qui donne la faculté de faire des grimaces.
Chez les autres Mammifères, il y a de plus un muscle peaucier postérieur du cou, le Dermo -hwméml , formant comme uo manteau qui recouvre le tronc , et un aulm plaeë sous le ventre ou Dermo-gastriquê.
Cbez les Oiseaux, la plupart des plumes reçoiveotdes languettes museuleuses qai les mettent en mouvement.
Dans la Classe des Reptiles , leur nooibre augmente déjà considérablement, surtout cbez les Serpents, dont les écailles inférieures du corps sont mises en mouvement par des muscles qui $e fixent par leur autre extrémité , soit au squelette, soit à une écaille voisine, en se rendant déjà directement de l'une à l'autre dans une disposition tout à fait semblable à celle que ces organeis prennent généralement chez les AnimauK articulés. Enfin , nous avons vu que dans la Classe des Poissons la masse des chairs du corps 4iaît eoupée transversalement en un grand nombre de seetioos p9r des cloisons tendineuses se rendant de chaque vertèbre et de ses ap(»endices obliquement en arrière vers la péri-
phérie pour s'insérer partout aax téguments , en formant des lames qui s'enreloppent sueeessivement , et que les fibres moseulaires a peu près parallèles aux téguments, se rendaient de l'une de ces cloisons \k l'autre. Cette disposition qui existant également chez les Poissons Galbxiens, où le squelette a presque entièrement disparu , ces cloisons fibreuses tirent la peau en dedans , en lui faisant faire des plis rentrants , dont chacun répond k un élément vertébral , d'où le eorps de ces animaux prend àé\\k une apparence articulée ,*et offre en effet par Ik le premier degré de la nouvelle forme que pr^nd le eopps dans rembranehement suivant.
En efibt , le squelette ayant entièrement disparu chez les ÂmMJLUx ABTiGDLÉs , et avcc lui les membres locomoteurs pairs, les muscles moteurs du tronc se rendent de même que dans les Galexiens d'un anneau tégumentaire du corps i l'autre; absolument comme les muscles moteurs des éeailles ventrales dans les Serments , et détermine la forme articulée du corps qui constitue l'un des principaux caractères de ces aniniaux.
L'Embrakchemvnt des AtiiMAUx ARTiccLts, placé ainsi immédiatement après celpi des vertébrés dans la série zoologique et non après les Mollusques, comme le prétendait CuviER , se compQM en eonséqumce de même , d espèces (mimaies , dont le corps est formé de deux moitiés latérales sem* bkbUs^ sans aiicune trace d'un sqi^lette intérieur osseux, et imsi transversalement en un nombre plus ou moins consiiê" foUe d'articles successifs ou segments , d'où le nom d'Amluux ARTICULÉS douué k cette seconde grande division du Règne animal ; et la plupart des muscles du tronc se rendent phtt ou moins parallèlement des téguments de Vun de ces articles à ceux de Vautre.
A ce premier caractère essentiel s'enjoint ensuite un autre, celui que la partie centrale du système nerveux , formant tanalogue de la Moelle épinière , est placé le long de la ligne médiane inférieure du corps , au lieu de Vêtre le long
du dos comme dans les vertébrés. Mais sa partie antérieure , répondant au cerveau^ continue d'être situ>ée sans exception dans la région supérieure de la tête , au-dessus du canal ali-mentaire qui passe dans un anneau que forment sous le cerveau les deux parties latérales de celte même moelle épinièrCy anneau qui constitue ce qu*on a nommé de là le Collier de TOEsophage.
Avec ces deux caractères distinctifs fondamentaux, les Animaux articulés se divisent ensuite en six classes, dont chacune offre ses caractères spéciaux.
La Première de ces classes, celle des Annéltdes, comprend toutes les espèces à corps allongé^ divisé transversalement en un nombre plus ou moins grand de segments successifs plus ou moins égaux , à téguments membraneux ou légèrement cornés par plaques^ qui toutefois ne s articulent pas étroitement entre elles. Le sang circule encore comme chez les vertébrés dans un système continu d'artères et de veines.
Les Animaux vertébrés étant arrivés déjà , par la marche de dégradation que tout leur organisme a éprouvée, à né plus offrir dans les derniers Poissons qu'un corps vermiforme, dépourvu non-seulement de membres locomoteurs spéciaux, mais aussi d'organes masticateurs, et à ne présenter qu'une structure intérieure des plus simples, cette réduction va plus loin encore chez les premiers Annélides qui leur font suite, constituant TOrore des Abranches. Dans le premier genre, celui des Dragonneaux^ comprenant les espèces les plus simples de tout TEmbranchement , le corps entièrement filiforme se compose d'un nombre considérable d'anneaux successifs semblables , dont les deux terminaux sont ouverts pour former la Bouche et VAnus^ sans offrir aucun organe spécial de la locomotion ou de la mastication ; de manière que ces animaux sont réellement dépourvus non-seulement d'une tète distincte, mais aussi de tout organe sensitif visible, et le canal alimentaire va en ligne droite de la bouche
àTanus, sans former aucun renflement qu'on pourrait comparer à un Estomac ou bien k un gros intestin.
A partir de ce premier échelon , réduit k son expression la plus simple des âmhaux articulés, le Créateur a de
NOUVEAU ÉLEVÉ GRADUELLEMENT L*ORGANISME k DES COMPLI- CATIONS DE PLUS EN PLUS GRANDES , JUSQUE DANS LA CLASSB
DES Insectes, occupant le point culminant de ce second Embranchement de la Série Zoologique, animaux dont la riche composition du corps ne le cède guère k celui des vertébrés supérieurs et de l'Homme lui-même; mais en
présentant un type tout à fait différent , ÉTANT FORMÉ
0 après un autre plan.
Le squelette qui forme dans TEmbranchement des Animaux vertébrés la charpente qui soutient les diverses parties du corps, disparaissant dans la limite qui sépare cette première grande division du Règne animal de celle des Animaux articulés , est remplacée dans celle-ci , quant b sa fonction, par le système des organes tégumentaires, auxquels les muscles ou puissances actives du mouvement volontaire commencent déjk k se fixer de plus en plus dans les vertébrés. Ce nouvel appareil passif de la locomotion, qui ne revêt le corps des vertébrés que sous la forme d*une simple tunique membraneuse, présente encore le même caractère chez les premiers Annélides, où il commence cependant déjh à former de petits plis rentrants circulaires par lesquels ces téguments se trouvent divisés en un nombre plus ou moins grand d*anneaux successifs, répondant généralement à autant de subdivisions intérieures du corps ou Segments.
A partir de cet état si simple dans sa forme, le système des organes tégumentaires commence k se compliquer de plus en plus dans les familles suivantes de ce second Embranchement du Règne animal, à beaucoup près le plus nombreux en espèces, organes formant, d'une part, divers replis prolongés dans l'intérieur du corps, pour y offrir, selon le besoin , des attaches plus ou moins étendues aux
6 THiOLOGIB BB LA NATURB.
muscles i ou bien eu formant en dehors plusieurs prolongements servant à diverses fonctions, surtout à celle de la locomotion ; et^ d'autre part, ces mêmes téguments prenant une consistance cornée , souvent fort résistante » se fractionnent en de nombreuses pièces unies entre elles par des parties restées membraneuses pour servir de levier aux muscles, en remplaçant les pièces du squelette qui a disparu ; tandis que les parties restées molles facilitent les mouvements, en même temps qu'elles forment les ligaments qui réunissent les parties cornées*
Le système tégumentaire , destiné à remplacer ainsi les os dans leurs fonctions , devient à la fin si compliqué chezjes Insectes , que celte nouvelle charpente y est formée d'un plus grand nombre de pièces que le squelette de Thomma lui-même, et se trouve accompagnée non-seulement de nombreux muscles moteurs, mais encore d'une foule d'autres organes appartenant à diverses fonctions : et ce sont ces animaux que certains savants appellent des Êtres très-simples dans leur organisation , ne les jugeant que par leurs dimensions, en effet généralement très-petites; tandis qu'ils sont, en cela même, plus remarquablespar l'étonnante com^ plication de leur corf»s.
Dans le même ordre des Amnélidas Abranches ^ encore si simple dans son organisation ^ surtout pour ce qui concerne les organes du mouvement, nous trouvons d^k au second degré le genre Lombric ou Yer de terre^ dont le corps» en apparence aussi peu compliqué que celui^des Dra-gonneaux, se forme de même d'un nombre considérable de segments successifs annulaires à téguments entièrement membraneux , et dont les deux extrêmes sont simplement ouverts pour former la Bouche et Y Anus ^ mais encore sans aucune apparence de Tête distincte ni aucun organe masticateur quelconque.
Une première complication toutefois consiste en quatre séries longitudinales de petites soies très-courtes, en forme
CflAPlTM IV.
d'épiaes, implantées une pMr chaque aërie. dans tous les segments. C'est au moyen de ces épines ou Cirrhes, qui constituent ie premier rudiment des pattes dont sont pourvus les Articulés supérieurs, quecesanimâunse cramponnent k terre en rampant. CesCirrhes ne sontloutefors pas de simples soies telles que celles qui garnissent les téguments d'une foule d'animan ; c'est quelque diose de plus : ce sont de petites tiges cornées, tiTès^roldes , qni traversent les téguments en se prolongeant dans la cavité du corps, où elles sont mises en monvemeni par plusieurs mvscles qui les entourent en s'y iiant au somtnet, comme les liatibans sont disposés autour du mât d'un navine. On conçoit, par cette disposition des mns^ des qui n'a absolument rien d*anaiogue thez les vertébrés, que ces cirrbes peuvent être dirigés dans tous les sens, pour servir à produire et k diriger les mouvements de locomotion.
Plm loin, dans le genre Aphrodite, les segments d« eorpé Boot déjk très^prononcés et plus ou moins suscepti* blés de rentrer chacnii daos celui qui précède, afin de mieux fadlîter b yartatim de iMgveur du corps; et les cirrbes^, avec Tappareil ârnsènlaire qlii les aocDOipagne, ne forment ^*«Me iseute rangée ée chaque cM^ mais sont déjk considémblemeat dévetofpées etrevétnes àre&térîeurcfaacime^'une gàlne iégumeiitaire en fomc de gros «lamelons , dont les cir^ rbes pereent le sommet; mamelons qui «instituent les pre* Éiiers rudin^nts des f^ttes^ pins développés chez tes animanx artioniésà t^nments eeraci survants. Mais lens les segments du cM^is MOI ieneotie è peu fines semblables ; le premier pre • oant à peine Boe fotmt mi peu difterente pour constimer une TéU.
Oans ie fenre Néréide^ cnên, Yuan des plus «ompléte^ ttent organisés de UHiie la classe des Anoéitdes, les légnnenls de chaqoiB segmieot ftsrmenl d^k dans le milieu une bande transversale sensiblement écaiUeuse , tandis que les bandes anténemres et postérieures restent membraneuses
et par là plus fl^ibles, t^nr «e prêter aux mouvements d'al-
8 THÉOLOGIE DE hk NATURE.
longement et de raccourcissement du corps. Les mamelons qui revêtent les cirrhes sont aussi plus saillants et présentent déjà un commencement d'articulations transversales qui les divisent en plusieurs parties successives , parfaitement prononcées chez les Articulés k tégument écailleux. Enfin les premiers segments du corps se groupent ensemble en se renflant pour former une première Têle, surmontée d'appendices filiformes nommés Tentacules lorsqu'ils sont mous et non articulés, et Antennes lorsqu'ils sont au contraire cornés et articulés ; appendices qui constituent les appareils d'un Sens dont il sera parlé plus tard, sens qui parait manquer aux Annélides placés en tète de la classe, privés de ces appendices.
Dans la cavité buccale occupant tout l'intérieur de cette tête se trouvent plusieurs paires de grosses dents testacées fort solides diversement disposées , formant de robustes instruments de mastication ou Mâchoires^ mais qui, au lieu de se mouvoir dans un plan vertical, comme dans les Vertébrés, se meuvent, au contraire, transversalement en allant à la rencontre les unes des autres, caractère que les organes masticateurs présentent chez tous les Articulés.
Dans le genre Peripatus , découvert il y a peu d'années seulement, le corps est encore mou , comme chez les autres Annélides , mais les mamelons latéraux sont plus développés que ceu:i^ des Néréides , et ont déjk des téguments entièrement cornés, divisés en articles successifs fort semblables k ceux des animaux articulés supérieurs, et en conséquence capables de soutenir librement le corps dans la marche.
J'ai présumé l'existence de cet animal avant qu'il ne fût découvert , en indiquant dans un ouvrage « sur l'Anatomie des Animaux articulés, » soumis en 1823 au jugement de l'Académie des sciences , une lacune dans l'échelle naturelle de classification des Animaux articulés, k la fin de la classe des Annélides, lacune que le Péripatm vint remplir plus tard.
La CLASSE des Myriapodes, qui fait immédiatement suite a celle des Annélides, en diffère essentiellement parle mode
de respiration et un changement très-notable dans le système circulatoire, dont il sera parlé plus loin; les Ânnélides respirent par des branchies , tandis que les Myriapodes respirent Tair qui circule dans leur corps.
Les Myriapodes ont encore le corps vermiforme, composé d'une série plus ou moins nombreuse de segments successifs, mais dont chacun forme dans sa partie tégumentaire en dessus et en dessous, une bande transversale cornée s'imbriquant sur le segment suivant, et ces anneaux sont unis par un repli resté membraneux pour faciliter les mouvements.
Chaque segment porte également encore une paire de Pattes semblables k celles des Péripatus, dont les articles dont elles se composent , également cornés dans leurs téguments , sont joints par des plis restés membraneux; aussi ces membres, déjk fort résistants, sont-ils capables de permettre k ces animaux non-seulement de s'élever plus ou moins facilement dessus , mais encore de courir fort vite.
Dans les genres Scolopendres et Iules ^ les plus rapprochés des Ânnélides, les articles de ces pattes, au nombre de quatre ou cinq , sont encore à peu près semblables , ayant la forme de simples portions de cylindres de plus en plus étroits, et dont le pénultième, devenant presque conique, se termine par un dernier en petit crochet servant k ranimai k se cramponner au sol.
Le genre Saûigère^ le dernier de cette petite classe, a les segments du corps beaucoup moins nombreux à la région dorsale qu'a la face ventrale : les arceaux supérieurs semblant s'y être confondus par groupes en un seul ; et chaque arceau inférieur porte une paire de Pattes de forme fort différente de celle des autres Myriapodes , ressemblant déjà notablement k celle que ces membres présentent chez les Insectes, troisième classe des Animaux articulés, où ces Pattes arrivent au plus haut degré de leur perfection. Le premier article , qui reçoit par analogie de disposition le
iO THÉOLOaiB DB hk NATURE.
nom de Hanche^ est fort court, ainsi que le suivant ou lé Trochanter. Le troisième, au contraire, assez long et plus particulièrement porté au dehors , forme la Cniise. Le suivant, dirigé en bas, et de même plus ou moins long, re^ çoit le nom de Jamèe; enfin k la suite do eeluî-d se trouve une série de très-petits articles successifs ^ formant i!;e qu'on ap()eUe le 7ar«e, dont le dernier se teriliine par un ou deux Crochets. Dans les Scutigére$ seules , les articles des tarses sont fort nombreux ; tandis que ébet les Imsgctes qui leur font suite il n'y en a jamais plus de cinq, souvent quatre ou trois, et plus rarement encore deux seulement; Dn reste, la forme générale et la disposition sont k peu pnès les mêmes que che^ les Scuti^ér^^
hsi Tétt des Myriapodes, p^faitement distincte et mobile en tous sens, esU comme celte des Annëlîdes supérieurs, hièo évidemment formée de la réunion de plusieurs segoieiits antérieurs du corps , groupés «tl^emble , et la même chose a lieu pour les autres Animaul articulés, ainsi qu'on le verra dans la suite ; en même temps qm le& pattes de ces mentes segments cépfaaliq«es sont transformés en organes de mastication formant ainsi {riusieurs paii^ successives ise mouvanl latéralenient pour aller k la rencontre les unes des autites^ comme les branches d'une teoailie; mais différant con$idférablement pour la forme et k fonction.
Ce groupement des segments antérieurs du corps, })tmr constituer la tête, et la transformation de leufs appendites en organes de mastication, a surtout eeci de remanittaMe, qu'outre le diangement de forme et de fonction , il offre une bien belle analogie avec ce qui a lieu k ce sujet dans l'Ënibranchement des animaux vertébrés , ou la tête est également composée de plusieurs vertèbres réunies, dont les apfendites forment les mâchoires ; ce qui prouve que dans l'une comme dans l'autre division du Règne animal , cette transformatioii a lieu par l'effet d'une même loi de la Nature établie par l'Être suprême lors de la création de ces animaux.
CKAFITM IV. ii
À la suite des Mjrriapodes vieal la Glassb des Imsbctbs ^ où le c^ps subit toul k cbup, dey k dans les premiers genres, une transformation très-forte pour se préparer au grand perfectîônûemeDt de U fonction du voi, de nouveau rétablie à un degré éminent dans cette classe , quoique exécutée par des organes complètement différents de ceux des oiseaux, tant sous le rapport de Tanaiogie anatomique que sous celui des mojens mécaniques qui y sont employés. Celte transformation du €4M*ps consiste en oe que la Téie , toujours mobile comme efaez les Myriapodes^ a de plus ses segments eompo-* sants plus intimement confondus en une seule masse; qub les trois segments suii^ants 4u corps sont les seuls t]ui conservent leurs pattes respectives avec la fonction de servir exclusivement à la niorcbe, et constituent ainsi la partie ceo- U'ale du corps ou te Trenc;, en même temps qu ils puésentént une forme diKérente que chez les Myriapodes; leurs arceaux «ipérieurs iDonstituant «ne large lame en forme de Boudier^ débordant beaucoup,, non-seulement en arrière sur le segment qui suit , mais aussi sur lescétés ( et que les arceaux inférieuri^ ou Piéceê ^emaiès, forment diverses saillies inlérieur^s pour servir plus efficacement de points fixes aux muscles moteurs des pattes » membres qui , réduits à trois paires seulement , doivent seuls porter tout k torps, et surtout le soulever pour faciliter la marcbe et la course.
Quant aux autres segments composant la partie postérieure du corps, très nombreux cbez les Myriapodes , ils se trouvent tout à coup réduits à douze seulement , qui ^ diminuant graduellement d*avant en arrière, donnent à cette partie du corps , qui prend le nom é'Abiamm , une forme légèrement conii]fue4 etks miembres respectifs de ces segments ne sont plus représentés que dans la Famiu.e des Lépishènës, la première de cette «lasse, faisant suite aux Scutigères^ par de petits appendices en forme de longs mamelons^ articulés sur les arceaux sternaux; mais absolument sans aucune fonction connue , ne faisant que tenir, par analogie, la place
que les pattes de ces segments occupent chez les Myriapodes. La dernière paire , toutefois , prend tout k coup une longueur considérable , formant deux longues soies multiarticulées, dirigées de côté , dont on ne connaît pas la fonction, qui parait toutefois être sensitive. Enfin le douzième ou dernier segment de cet abdomen , se prolonge en arrière en une treizième soie impaire également multiarticulée, semblable k celle dont je viens de parler, et paraissant aussi servir à un sens; mais représentant, dans ses nombreux petits articles, les rudiments des segments terminaux des Myriapodes.
Cette Famille des Lépismènes, celle des Podurelles et celle des Parasites (Poux et Ricins)^ forment I'Ordre des Thysanoures, le premier de la Classe des Insectes.
Dans le second, ou les Coléoptères, la complication du corps va plus loin. Déjh ici sont introduites tout à coup deux paires à' Ailes ^ qui n'ont absolument rien qui leur soit anatomiquement analogue, ni chez les Thysanoures, qui en sont encore complètement dépourvus, ni dans aucune autre classe du Règne animal. Le Créateur les a formées AU MOYEN d'un SIMPLE PLI DES TÉGUMENTS DE LA PARTIE LATÉRALE DES DEUX DERNIERS SEGMENTS DU TRONC ,
comme jsont formées aussi les ailes des Chauves-Souris , avec cette différence , toutefois , que , chez ces dernières , les ailes sont soutenus par les quatre membres, tandis que celles des Insectes ne le sont que par quelques nervures, où la membrane est simplement plus épaisse, cornée, et de là plus résistante.
La paire antérieure n*est toutefois introduite dans l'organisme des Coléoptères que sous la forme d'une simple écaille d ordinaire épaisse, cornée, plus ou moins grande, recouvrant, dans Tétat de repos, en tout ou en partie, le dpssus de la région postérieure du corps, où elle sert uniquement d'Étui k la seconde paire d'ailes, seule chargée de la fonction du vol.
CHAPITM iVi 13
La paire d'ailes postérieure forme au contraire une lame membraneuse fort mince, et de là très-Oexible , mais soutenue, ainsi que je viens de le dire, par plusieurs nervures ramifiées, partant de l'aisselle en diminuant progressivement de grosseur, de force et de résistance jusqu'à Tcxtrémité de la membrane; de manière que l'aile est d'autant plus résistante que la partie est plus rapprochée du corps et du bord antérieur.
Ici se présente de nouveau cette remarquable condition
QUE j'ai déjà signalée EN PARLANT DES OiSEAUX ET DES
Chauves Souris, et de laquelle dépend la direction d'arrière EN AVANT QUE CES ANIMAUX PRENNENT DANS LE VOL , condition qui veut que la PARTIE RÉSISTANTE DE l'aILE SOIT
PLACÉE À SON BORD ANTÉRIEUR, et dout j'ai démoutré le premier la nécessité dans Touvrage que j'ai publié en 1828 sur Torganisation des insectes. En effet, les nervures les plus fortes se trouvent sans exception, chez tous les Insectes, le long du bord antérieur, et de celles-ci partent ensuite plusieurs autres plus faibles, souvent anastomosées entre elles, qui se dirigent vers le bord opposé.
L'intention scientifique qui a présidé à cette remarquable DISPOSITION est même très-bien indiquée par la structure que présente la première paire d*ailes ou Êlytres , dont la fonction n*est encore ici que de protéger la seconde paire, à laquelle est seule confié le vol. Dans ces élytres, les principales nervures se trouvent vers le milieu du disque ; leur disposition au bord antérieur n*élant pas nécessaire a l'usage auquel ces ailes servent ; et il en est à peu près de même dans les premiers ordres qui suivent , où ces élytres ne servent pas encore efficacement au vol , les nervures n'approchant du bord antérieur qu'autant que ces organes agissent davantage dans ce genre de locomotion.
Dans les autres Insectes constituant les Ordres des Orthoptères (Sauterelles^ etc.), des Hémiptères (Punaises des bois), des Névroptères (lÂbellules ou Demoiselles), des Hy-
^4 THÉOLOeiB OK LA. NATURE.
MÉMOPTÈRES (AbeQles et Guêpes) , des Lépiboptères (Papillons), des Diptères (Mouches) , et enfin des Aptères (Puces), qui terminent la classe, les deu( paires d'Ailes suivent, dans leur développement, des échelles de gradations invertes , la première allant toujours en se perfeotionnant de plus en plus comme organe du vol , et la seconde en dégradant progressivement au point de ne plus être représentée que comme un simple rudiment chez les Diptères, avant que toutes les deux disparaissent de nouveau dans les Aptères.
En effet , chez les Coléoptères , les ailes antérieures se présentant h Tétat le plus imparfait, ne sont encore, ainsi que je l'ai déjk dit , que de simples écailles solides , qui ne servent que très^accessoirement au vol , et ne forment que des étuis protecteurs aux ailes postérieures, qui, seules, servent au vol , chez ces animaux, en présentant au contraire leur état le plus parfait.
Dans les deux Ordres suivants, le troisième et le quatrième de la classe des Insectes, les Élytres commencent déjk k devenir de plus en plus grands et membraneux , en prenant quelque part k l'action du vol , et les ailes postérieures , quoique généralement plus grandes que chez les Coléoptères, sont toutefois plus flexibles et de Ik plus faibles.
Dans le quatrième ordre, celui des Névroptères, renfermant les meilleurs voiliers parmi les Insectes , les deux paires d*ailes arrivent h être à peu près égales; les antérieures en se développant davantage, et les postérieures en se dégradant un peu, et sont même parfaitement semblables chez les libellules, qui, ayant ainsi quatre ailes bien développées, volent avec une facilité et une rapidité remarquables; leurs ailes étant d'ailleurs non-seulement, pour la forme et la grandeur, dans les proportions les plus convenables h l'égard du poids du corps, mais elles sont aussi mises en mouvement par des muscles de même force, et agissent de Ik avec plus de puissance ; tandis que partout ailleurs les ailes , et surtout ia plus petite
CHAflTRE IV. IS
paire, que oe soit l^aslërieure eu la postérieure, sont moins biefi disposées et organisées dans leur organisme pour produire un vol rapide.
A partir de ce point culminant de la fonction , les deui paires d^ailes continuant k varier dans leurs échelles de gradation, la première commence k surpasser la seconde, qui continue k diminuer, ou du moins k devenir plus faible, de manière que, dans Tordre des Hyménoptères, eelle-ik agit déjk principalement dans le vol , tandis que celle-ci, beaucoup plus petite, n'a plus qu*une action secondaire. Il en est de même chez les Lépidoptères, oii les ailes postérieures sont de nouveau souvent fort grandes , mais très-faibles, n'étant guère mises en mouvement que passivement par les antérieures.
Dans l'Ordre des Diptères , la première paire arrive enGn keiercer seule l'action du vol, et la seconde, entièrement dégradée en rudiment , n'est plus représentée que par un petit filet fort court , en forme de petite tige terminée en bouton, connue sous le nom de Balancier,
Enfin, dans les derniers genres de ce même ordre, chez les Hippobosques^ les ailes antérieures deviennent également radîmentaires , et les deux paires disparaissent déjk dans le genre Phthiridium; mais ici les ailes ne sont que juste arrivées à leur dernier degré de décroissement, où le corps conserve toutefois encore quelques-unes des formes qu'il doit k la présence de ces organes , encore cette dernière influence disparait-eile dans les aptères , insectes de nouveau dépourvus d'ailes comme les Thysanoures; et Ton peut dire théoriquement que ceux-ci en manquent parce qu'ils n'en dotpas encore, tandis que les Aptères en manquent parce qu'ils n'en ont plus.
Dans cette longue série de familles d'Insectes, le corps se compose généralement de quatre parties successives, suivant la forme que prennent les segments qui les composent ; 1* la Tète , formée par la réunion des quatre ou cinq pre^
miers segments du corps entièrement confondus; 2* le Tronc ^ composé des trois segments suivants, et Y Abdomen ^ ou le plus postérieur, constituant plus particulièrement la cavité viscérale. Dans le tronc, les trois segments qui le composent sont, comme chez les Myriapodes, très-distincts et mobiles dans les deux ordres extrêmes, ceux des Thy- SANouREs et des aptères, où les ailes manquent complètement; tandis que dans les Ordres intermédiaires, où les deux segments postérieurs se trouvent sous Tinfluence des ailes , ces segments se réunissent intimement sans se confondre tout k fait, pour former ce qu'on nomme le 77iorax; pendant que le segment antérieur, également pédifère, resté distinct et mobile, reçoit le nom de Corselet, VAbdomen^ formé des douze derniers segments du corps, ne porte plus que des rudiments de pattes dans la famille des Lépis- MÈNES , et en manque complètement partout ailleurs , si ce n'est que la paire la plus postérieure est encore représentée par des appendices latéraux diversement conformés, accompagnant le dernier segment.
De même qu il existe une lacune dans la série des genres entre la classe des Annélides et celle des Myriapodes, lacune que le genre Peripalus est venu remplir en partie, de même il en existe une entre cette dernière classe et celle des Insectes, où le corps, muni de nombreuses pattes des Myriapodes, se transforme tout k coup en celui des Insectes qui n'ofTre plus que quinze segments, dont les trois premiers sont seuls, et sans exception, munis de pattes ambulatoires. Il me parait de Ik très-probable qu*il existe, ou qu'il a du moins existé autrefois, encore des genres remplissant cette lacune, animaux où la partie antérieure du corps se compose de plus de trois segments pédifères, et la partie postérieure d'une série de segments bien mobiles, mais dépourvus de membres servant k la marche.
Nous avons vu, en parlant des Animaux vertébrés, quils étaient munis au plus de deux paires de membres locomo'
CBAFitin .IV. 17
leurs , lésquets smvant une marche de- dégradation dans la série des familles, finissent par disparaître, d'une part chez les Ophidiens , et de Tautre dans la dernière famille des Poissons. Nous avons vu aussi que le premier genre de la classe des Annélides, commençant TEmbranchement des Animaux articulés , était de même privé de membres ambulatoires , comme faisant suit,e k ces derniers, mais que déjà , dans les familles suivantes , de nouveaux membres locomo teurs reparaissaient et arrivaient chez les Insectes au maximum de leur développement , en y remplissant tout aussi bien la fonction qui leur est confiée que ceux des vertébrés. Mais en suivant leur mode de développement progressif d'une famille k l'autre , on a vu qu'il n'y avait pas la moindre analogie anatomique ou d'organisation entre ces membres locomoteurs dans les deux Embranchements , quoique sous le rapport physiologique l'analogie soit parfaite. Nous trouvons AINSI dans la composition de ces membres si différents UNE nouvelle preuve DE LA HAUTE SAGESSE ET DE U SCIENCE TRANSCENDANTE AVEC LESQUELLES LE DIVIN AUTEUR DE LA NATURE A SU REPRODUIRE DANS LA CRÉATION d'animaux SI DIFFÉRENTS DES EFFETS TOUT À FAIT IDENTIQUES AVEC DES ORGANES QUI n'ofFRENT. AUCUNE RESSEMBLANCE ; Car
non-seulement les membres des Insectes servent, ainsi que ceux des vertébrés, k la marche, à la course, a la nage, aii saut et au fouissage , mais aussi à la construction de divers objets ; et même comme organes du sens du Toucher, ils les emploient à explorer les corps qu'ils manient avec une remarquable adresse, malgré la conformation très -simple, et en apparence peu propre de ces membres, k ce genre de fonction. Il n'y a que le vol auquel ces organes ne servent jamais, le Créateur ayant établi spécialement pour CETTE FONCTION dcs Ailes particulières , qui n'ont a la fois
àUGUNE ANALOGIE ORGANIQUE NI AVEC LES PATTES DU MÊME
ANIMAL, NI AVEC LES aiLes DES OiSEAUx, quoiqu'clIcs remplissent parfaitement les fonctions de ces dernières.
Si Ton ei^amine toutefois le$ moyens mécapiques employés dans c^s diverses espèces de membres , on y trouve en principe les mêmes modes de composition et d'action ;
GE QUI INDIQUE QUE CE SONT AU FOND l^KS MÊMJ^P LOIS QUI Y ONT ÉTÉ SUIVIES, QUOIQUE) hfiS IttOYENS AISNT ÉTÉ FAnTQUT TRÈS-SAVAIIMENT MODIFIÉS, d'aPRÈS l^A GRANDE ÇONmTION SPÉCIALE DANS LAQUELLE SE TROUVENT LES ANIMAUX ARTI- CULÉS , DONT LES PARTIES RÉSISTANTES DU GORP^ 8^ TROUVENT DANS LES TÉGUMENTS RENDUS CORNÉS, ET NON PLUS DANS LU SQUELETTE QUI A DISPARU.
C'est ainsi que les mouvements que le corps proprjement dit de ces anin^aux exécute se font par des séries de muscles qui sont les analogues de celles que présente le tropc des vertébrés, ces organes n'ayant point disparu dans la limite des deux Embranchements ; mais ces séries ont du moins été notablement modifiées. Ces organes actifs du mouvement ne pouvant plus agir sur les diverses pièces du squelette osseux qu'ils enveloppaient, et qui ont toutes disparu, ils agissent au contraire sur les téguments dont ils sont eux-mêmes enveloppés, et produisent ainsi a peu près les mêmes effets de flexion , en divers sens , d'allongement et de raccourcisse inentdu corps, selon la disposition que chacun de ces organes a reçue en particulier, dispositions où les formes que ces organes afTectent chez les vertébrés sont même encore conservées. C'est ainsi qu'on retrouve che? les Animaux articulés , comme chez les vertébrés , des muscles cylindriques , pris-^ matiques, penniformes, etc. , les uns ^impies ou k m seul chef, et d'autres composés où à plusieurs chefs ; diversité qu'on ne retrouve plus si générale et si bien marquée dans les deux derniers embranchements du Règn^ ^^ninial , ainsi qu'on le verra plus tard.
C'est ainsi que dans les ânnélides inférieurs, qui n'ont pas encore de membres, les muscles du corps se réduisent naturellement à ceux qui font mouvoir les segments dans lesquels ce dernier se divise ; c'est-à-dire que certains n)uscles
ÇHAPITRV lY. 49
l99gitttâinam servant aoit ï raccourcir le corpi^, en agi$$ant toii9 simultanéAieqt, spit ^ h hm fléchir, ep n'agissant que d'un côté ; pendaut qqe d*autres , plu3 ou moins traos- Tersaux , produisent la torsion du corps sur lui-mérne, et que des circulaires le font allonger en Tétreignant ; dispositions et actions qu'on trouve déj^ soit dans la langue des Mammifère;^ soit dans la trompe de YJËUphant
Une de ces dispositions les plus jolies que jç connaisse se trouve dans la Sangsi^e , où il existe entre autres quatre couches de fibres musculaires doublant les téguments, en formant autant de gaines qui enveloppent le corps dans son entier, sans distinction de segments. I^'une de ces couches est à fibres longitudinales , en l'étendant d'une extrémité du corps U l'autre; la seconde est k fibres spirales fixées également Bm extrémités du corps; une troisième, tout à fait semblable à celle-ci , est en spirale dans le sons opposé ; et la quatrième a ses fibres transversales ou circulaires. Les fibres longitudinales raoconrcissent le corps; les circulaires le font allonger, et les Aen% spirales le tordent sur lui-même , Tune k droite et l'autre k gauche. Disposition p'autj^nt plus admi-
aABLE QU'^LL]^ EST BXTRÉHËDfflIVT SIMPLE.
Mais outre ceu;^^ci , d'autres muscles plus profonds , se répétant vingt-trois fois dans la longueur du corps , répondent k autant de segments dans lesquels ce dernier se divise. La plupart de ces ronscles sont verticaux;: et produisent la dépression du corps. Elnfin il existe dans la tête, d'une part, des muscles spéciaux, capables de produire le vide dans la bouche , pour faire la ventouse an moyen de laquelle ces animaux s'attachent et sucent le sang ; et d'autre part , divers muscles faisant mouvoir les dents, qui servent k entamer la peau des animaux,
A l'extrémité postérieure du corps 3e trouve, comme on sait, un large disque arrondi, également capable de faire la ventouse, mais servant exclusivement k l'animal k s'attacher. Ce disque est formé pour cela de fibres circulaires et de fibres
rayonnées; les premières, resserrant la circonférence, affermissent le disque sur le corps sur lequel il pose ; et les rayonnées tirant le centre vers la tête font le vide sous le disque.
Quant aux membres des Myriapodes et des Insectes, leur premier article devant se mouvoir en tous sens , est pour cela pourvu de plusieurs muscles disposés dans différentes directions dans les segments respectifs, et sinsérent au pourtour de cet article basilaire ou Hanche, article le plus souvent uni au segment par un ligament membraneux circulaire; mais quelquefois aussi cette hanche ne s'articule que par une petite tète arrondie dans une cavité correspondante delà pièce sternale du segment.
Les autres articles successifs de ces membres ne jouissent d'ordinaire que d'un mouvement dans une seule direction , si ce ne sont les petits articles des tarses, dont le mouvement principal se fait bien d'avant en arrière , comme dans les doigts des Vertébrés ; mais ils jouissent aussi de même d'une légère flexion latérale et même de circumduction.
Lorsque les mouvements n'ont lieu que dans un même plan, les articles étant creux, et ne pouvant pas se joindre gomme les os par des articulations en poulies; le Créateur a remplacé d'ordinaire ce genre darticulation
PAR UN AUTRE EN FORME DE CHARNIÈRE, COUSistaUt Cn UUC petite tête placée de chaque côté sur le bord de la pièce la plus éloignée du tronc et reçue dans une petite cavité arrondie , creusée dans le bord de la pièce la plus rapprochée du tronc, pièce dans laquelle la première pénètre toujours. Ce genre d'articulations ayant ainsi un axe transversal de mouvement qui ne permet aucune inflexion latérale, constitue
DE LÀ UN GENRE DE JOINTURE OÙ LES LUXATIONS SONT BIEN MOINS FACILES QUE DANS LES ARTICULATIONS ALTERNATIVES DES
osl. D*autres fois la charnière n'est formée que d'un côté entre deux bords droits unis par un espace membraneux linéaire; qui rend aussi toute luxation impossible. Lorsque les deux pièces solides ont besoin, pour remplir
CHAPITRV IV. Si
leurs fonctions, de glisser plus ou moins largement l'une sur l'autre, ainsi que cela a lieu, par exemple, entre lesseg* ments de Tabdomen, qui se recouvrent d'avant en arrière, leur union a lieu par un large repli membraneux des téguments, passant du bord de l'une des pièces à celui de l'autre, et se prêtant parfaitement au glissement de ces dernières , également sans permettre aucune luxation.
Lorsque la pièce mobile doit jouir d'un mouvement de circumduction, cet effet est produit suivant la condition dans laquelle elle se trouve. Si les deux pièces articulées sont minces et cylindriques, celle plus rapprochée du tronc reçoitdansson intérieur l'extrémité correspondante de l'autre, comme dans les articulations en charnières, mais avec cette différence que la seconde a cette extrémité arrondie en portion de sphère, percée au milieu pour faire communiquer les deux cavités; et quand les pièces sont larges, l'articulation a d'ordinaire lieu par une seule petite tète arrondie formée sur le bord de l'une des pièces, et pénétrant dans une cavité cotyloïde de la pièce opposée.
Dans les cas où des pièces ne permettent point d'être unies entre elles, soit par des tètes perforées, soit par une seule tête latérale, les mouvements ne pouvant pas être alors assez précis, le Créateur à d'ordinaire employé un autre
MOYEN pour produire LA CIRCUMDUCTION : CELUI DE DEUX AR- TICULATIONS À CHARNIÈRES TRÈS-RAPPROGHÉES À AXE CROISÉ ;
ce qui équivaut presque k un mouvement sur une seule tête; et les mouvements sont plus réguliers et plus fermes.
Tous ces modes d'articulations qui existent entre les pièces solides du têt des animaux articulés, aussi bien que plusieurs de ceux qui unissent les os des Vertébrés, ont été imités dans les mécaniques que les hommes construisent comme offrant les meilleurs modèles , autant du moins que cela était possible dans des instruments où ne peut entrer aucune partie jouissant de la vie.
J'ai dit plus haut, en parlant des Ailes des Insectes , que
C6S organes , tout en remplissant parfaitement les fonctions des aiies des Oiseaui, n'avaient cependant, sons le rapport anatomique, absolument aucune analogie avec ces dernières ; cela est surtout vrai pour le mécanisme par lequel elles sont mises en mouvement , et nous FooRmssSNT en-*
CORE UN NOUVEL EXEMPLE DE CES MOYENS SI ADMIRABLES ET SI SAVANTS QUE l'OMNISCIENCË DIVINE A EMPLOYÉS UANS DES GIRGONSTANGËS DIFFÉRENTES POUR ARRIVER AU MÊME RÉSUL- TAT.
Les parties résistantes de la charpenté des Animaux articulés étant à Textérieur du corps , et non réellement dans l'Intérieur comme les os des Vertébrés , il eût été difficile d'employer pour les ailes des Insectes le même mode d'articulation que chez les Oiseaux ; mais ce petit inconvénient a
ÉTÉ ÉVITÉ DE LÀ MANIÈRE LA PLUS REMARQUABLE PAR l' APPLI- CATION d'un mécanisme COMPLÈTEMENT DIFFÉRENT ET PLUS SAVANT ENCORE OÙ LES DIVERS MOUVEMENTS DE CES ORGaKES , ET SURTOUT LEUR ÉLÉVATION ET LEUR ABAISSEMENT, SONt PRODUITS PAR l'action DE MUSCLES Et DE LEVIERS QUI A6tS- SENT INDIRECTEMENT SUR CES DERNIERS.
Chez les Oiseaux , l'ôs du bras forme tin levier du troisième genre, ayant son point d'appui & son extrémité Interne, et la force représentée par les muscles, appliquée k un point intermédiaire entre le point d'appui et le centre de force de l'aile où se concentre la résistance de l'air. Che2 les Insectes, c'est au contraire le levier du premier genre qui à été employé dans le mécanisme du mouvement des ailes. Pour cela , il s'élève h chacun des articles du thorax , sur le bord supérieur de la pièce latérale du têt , une petite apophyse formant le point d'appui de l'aile correspondante, apophyse sur laquelle s'articule la principale nervure du bord antérieur de cette dernière près de son extrémité interne : l'aile supposée étendue horizontalement; tandis qu'à cette extrémité même elle s'articule au moyen d'une petite pièce intermédiaire avec le bord latéral de la plaque supérieure ou
bouclier du même segment, bouclier un peu plus étroit que l'espace compris entre les deux apophyses alifères. On conçoit, par cette disposition des parties , que si le bouclier est verticalement abaissé , il appuie de chaque côté sur Textrémitë de la nervure principale de l'aile, rabaisse, et fait enf conséquence élever rextrémité libre de l'aile, et que le mouvement contraire du bouclier doit produire en conséquence l'abaissement de Taile. Or ces deux effets sont produits sur les ailes postérieures des Coléoptères , les seules qui agissent dans le vol, par les deux muscles les plus puissants du corps , dont l'un , ou Y Élévateur de l'aile , forme un très-gros prisme à peu près vertical , placé dans le second segment du thorax, où il s'insère de chaque côté en bas au sternum, et en haut, à la partie latérale de la pièce dorsale de ce segment, qu'il tire en dessous.
Quant au mouvement d*élévatlon de cette plaque dorsale du segment, qui produit l'abaissement des ailes, il était impossible qu'il fût exécuté par des muscles placés au-dessus du dos qui eussent pu la tirer en haut; mais gomme les
MOYENS ïfE ï»CREl<nr MANQUER À L*InTELLIGENCE SUPRÊME, ELLE A PRODUIT CE MOUVEMENT PAR UN EFFET MÉCANIQUE TRÈS-RE- MARQUABLE, PAR CELA SURTOUT QU'lL EST EXTRÊMEMENT SIMPLE :
c'est de faire élever la partie du bord latéral de cette plaque , articulée avec l'aile, en la faisant courber en dessous an moyen d'une paire de muscles également très-vigoureux , placée horizontalement entre lès deux élévateurs , et fixée aux deux extrémités de la plaque dorsale. Ces deux muscles rapprochant ces extrémllés, font nécessairement bomber cette pièce en dessus , et produisent ainsi rabaissement des deux ailes.
Mais ce moten mécanique , èmplotê par la Puissance créatrice , nést pas le seul fait remarquable que pré- SENTE LE mécanisme des AILES, orgaucs qui ont, outre les mouvements d'élévation et d'abaissement, encore ceux d 'extension et de flexion S exécuter ; objets pour lesquels la
CONFORMATION DE CES AILES EST ENCORE PLUS ADMIRABLE PAR LA SIMPLICITÉ DES MOYENS EMPLOYÉS ET LES EFFETS PRODUITS ;
mais je regrette que le sujet de cet ouvrage ne me permette pas d'en donner ici la description, qui serait non-seulement trop longue , mais exigerait en outre de nombreuses figures explicatives; ce qui m'oblige de renvoyer ce sujet à mon ouvrage intitulé : Considérations générales sur Vanatomie comparée des Animaux articulés^ p. 95, 108, 162, 165et2009 où j*ai le premier décrit le beau mécanisme des ailes des Insectes. Il suffit de faire remarquer que, de même que chez les Oiseaux et les Chauves-souris, la translation des Insectes dans l'air n'est produite que par les mouvements d'abaissement et d'élévation des ailes , et nullement par ceux d'extension et de flexion.
Au commencement du vol , les Insectes , qui peuvent replier leurs ailes , les étendent et les maintiennent dans cet état aussi longtemps qu'ils restent suspendus en l'air, malgré la résistance de Pair qui tend à les faire plier. Or la force
QUE l'animal est OBLIGÉ d'eMPLOYER POUR RÉSISTER AINSI CONSTAMMENT À CETTE ACTION, A NÉCESSITÉ l'eMPLOI D'UN
MUSCLE TRÈs-iguissANT , Ic troisième en volume de tout le corps , quoiqu'il n'ait au fond qu'un fort petit mouvement
À exécuter , NE SERVANT QU'À MAINTENIR l'EXTRÉMITÉ DE LA PRINCIPALE NERVURE DE l'aILE ENGRENÉE AVEC UNE PIÈCE PAR- TICULIÈRE DE l' ARTICULATION DE CETTE DERNIERE ; D'oCJ GK MUSCLE PEUT FACILEMENT RESTER LONGTEMPS CONTRACTÉ SANS SE FATIGUER SENSIBLEMENT.
Mais ce n'est pas tout encore : les ailes postérieures des Coléoptères étant plus longues et plus larges que les Élytres sous lesquels elles doivent se replier dans le repos, elles offrent pour cela, au milieu de leur longueur, une articulation qui leur permet de se plier en deux, et même en trois par deux articulations chez les Perce-oreilles. Or cette
ARTICULATION EST ENCORE UN DES OBJETS LES PLUS REMAR- QUABLES PAR LA SIMPLICITÉ ET LES MOYENS MÉGANIQUES QUI Y
tHAPITRS IV. 25
SONT EMPLOYÉS. Le disque de ces ailes n'étant qu'un simple repli des téguments latéraux du corps , qui ne se forme même que par l'effet de la métamorphose de la Larve en Insecte parfait , aucun muscle ne s'y trouve qui puisse agir sur les parties terminales 9 qui devaient cependant se fléchir. Ce joli
PROBLÈME A ÉTÉ RÉSOLU DE LA MANIÈRE LA PLUS SIMPLE PAR UN MOVEN MÉGANIQUE QUI A UNE GRANDE ANALOGIE AVEC CELUI QUI PRODUIT AUSSI LA FLEXION DU FOUET DE l'aILE CHEZ LES
Oiseaux, quoique le mécanisme en soit très-différent. Les ailes des Insectes étant soutenues par plusieurs nervures, dont les principales se trouvent k leur bord antérieur, il ne s'est point agi, comme chez les Oiseaux, de faire mouvoir l'aile dans une seule articulation , mais k la fois dans plusieurs qui coupent les nervures des ailes au milieu de la longueur de celles-ci.
Dans la partie interne de l'aile , plusieurs nervures , et les plus fortes , se trouvent rapprochées au bord antérieur, auquel elles donnent une force assez considérable. Dans le Hanneton^ les trois premières étant soudées entre elles dans presque toute leur longueur, elles n'en forment en quelque sorte qu'une seule , et la suivante , articulée avec la troisième près de leur origine , s'en écarte bientôt en s'arquant m peu vers l'extrémité ; c'est-à-dire fort peu à l'aisselle , et beaucoup plus dans l'articulation du milieu. On conçoit de la que, lors de l'extension de l'aile, lorsque la tète de la première et de la seconde nervure est fortement tirée en dedans par le puissant muscle extenseur, les trois nervures antérieures s'y rapprochant de la quatrième , s'en éloignent assez fortement dans l'articulation du milieu , et forcent par Ik aussi les nervures terminales, qui s'articulent avec cellesci, h s'écarter entre elles, en leur faisant exécuter un mouvement qui produit l'extension de la portion terminale de l'aile. Lors de la flexion de l'aile , cette dernière est au contraire repliée non-seulement par le mouvement opposé des
nervures de la base , mais encore par l'effet de l'élasticité
des nervures terminales, qui ont été forcément étendues lors de l'extension de Taile dans l'aisselle.
Ne pouvant pas entrer ici dans toutes les explications de détails de cette remarquable articulation assez compliquée des ailes, je suis également obligé de renvoyer, pour de plus complets renseignements, k la description et aux figures que j'en ai données dans l'ouvrage cité plus haut.
Les divers mouvements des Élytres , qui ne contribuent encore en rien , chex les Coléoptères , k l'action du vol pro-^ prement dits, sont en partie exécutés activement par des muscles faibles , mais en principe analogues il ceux qui meuvent les ailes , et en partie passivement par des mouvements que leur impriment les organes mouvant les ailes postérieures.
Dans les autres Ordres dlNi^fiOTËS , les musôles moteurs des ailes antérieures se développant de plus en plus, ils deviennent aussi progressivement plus semblables i ceux des ailes postérieures; tandis que ceux-ci diminuent graduellement h mesure que les ailes de la seconde paire dé* viennent plus petites et moins actives dans le vol , en finissant à la fin par devenir k leur tour rudimentaires; et les mouvements de cette seconde paire d'ailes sont k leur tour exédutës en partie activement par ces muscles , et en partie passivement par Timpulsion que leur impriment les ailes antérieures. Pour t^aontimE ce dbriiviër effet , l{: Créa*
TBUR A ENCORE EMPLOYÉ n{« «OtEll FORT INGÉNIEUX , ET n'àU- TANT PLUS RBMAROUABLB QU'IL EST GOllME b'ORDfNAlRB ËXtRÉ^ MEMENT SHlt>LE.
Pour entraîner ainsi raitè de la seconde paire dans les mouvements qu'elle exécute , celle de la première forme le long de la partie interne de son bord postérieur nn repli longitudinal en gouttière arrondie dans lequel est reçue la nervure antérieure, également reoourbéo de celle^lk, qui y glisse librement selon le besoin. Pair ce moyen si simple,^ non-senlement l'aile postérieure est entraînée dans les mouvements d'élévation et d'abaissement de l'antérieure avec
CHAPITBS lY. 27
laquelle elle ne forme ainsi qu'un seul disque, mais les fleiious et les extensions de ces ailes ne sont aucunement gênées par cette espèce d'articulation k coulisse, où Taile postérieure peut glisser le long de Tantérieure, lorsque celleci se porte en arrière et en dedans pour se replier sur le dos ; ce qui serait impossible si les deux ailes étaient fixement articulées entre elles.
Une disposition semblable a lieu dans le même but chez les Papillons ; mais au lieu que ce soit la première nervure de la seconde aile qui se loge dans la gouttière formée par la première, c'est simplement une très-longue épine libre, longeant le bord de Taile postérieure, qui se place dans ce canal ; ou plutôt cette épine n'est autre que la première ner Yure qui est détachée de Tâilé.
Les ailes se fléchissant alternativement en dessus et en dessous dans le vol. par Tefifet de la résistance que leur offre l'air, ces efibrts agissant avec une très-grande force sur l'articulation des nenures antérieures avec les piè(fes du thorax , il eût fallu pour régler l'étendue nécessaire de cette flexion qu^ l'animal agît alternativement avec une force considérable sur cette articulation ; et cela au moyen de muscles rotateurs spéciaux, pour empêcher que ces mouvements en sens opposés ne soient pas trop étendus. Or cet inconvénient aurait non - seulement nécessité des douscles de plus , dont l'emplacement et la puissance pouvaient être employés h des usages plus utiles ; mais les efforts de ces organes eussent en outre été très-fetigants. Aussi l'Intelligence créatrice a-t-elle obvié à cet inconvénient PAR une légère addition At MÉCANISME DES AILES QUE JE VIENS DE DÉCRIRE, EN LÈS Ï^IXANT CHACUNE SIMPLEMENT Atî THORAX PAR DEUX ARTICULATIONS , FORMANT ENSEMBLE; UNE
ESPÈCE DE CHARNIÈRE. C'èst-à-dire , qu'outre l'articulation dans laquelle se concentre presque toute la force de résistance de l'air, il en a été placé encore une autre plus faible un peu plus en arrière sur le bord interne , au moyen de laquelle
âS THÉOLOGIE DB LA NATUUI.
les mouvements de rotation de l'aile dans l'aisselle sont très-bornés , et peuvent en outre être parfaitement réglés , selon le besoin, pour les changements de direction, que l'animal peut exécuter sans l'emploi de force considérable ; et cela simplement par l'action de muscles spéciaux, agissant sur la pièce formant cette seconde articulation avec le thorax. Cet effet est en outre aussi produit efficacement par l'union des deux ailes dont il a été parlé plus haut, qui empêche également l'aile antérieure de tourner trop fortement sur elle-même.
Cet effet est produit chez les Oiseaux, d'une part, par la forme de l'articulation de l'aile avec l'épaule, où la cavité articulaire et la tête de l'os du bras qui y pénètre sont allongés verticalement , et ne permettent de Ik qu'un assez léger mouvement de rotation à l'aile; et, d'autre part, par la résistance des ligaments et tendons qui accompagnent cette articulation.
dhez les Chauves-Souris , cet effet est produit par la présepce des membres postérieurs compris dans la membrane aliforme.
De même que certains Oiseaux, beaucoup d'Insectes ont la faculté de pouvoir se maintenir stationuaires en Tair, leur corps restant même tellement immobile qu'on y distingue les moindres taches, et jusqu'à chaque poil. Cette extrême habileté à régler leur vol , où il s'agit de contre-balancer exactement la force de gravitation , sans imprimer au corps le plus léger mouvement de déplacement, et pas même une vibration sensible, est due à la faculté qu'ont ces animaux de pouvoir régler exactement le degré de rotation que les ailes font dans chaque mouvement d'élévation et d'abaissement; mouvements dans lesquels agissent principalement les muscles qui meuvent les pièces de l'articulation postérieure des ailes , par laquelle ils détruisent la force de propulsion , ne donnanfau corps qu'une impulsion de bas en haut, exactement égale à celle de la gravitation qui tend à les faire des-
CHAPITEB IV. S9
cendre. Cette impulsion étant très-faible , ils ne remuent pour cela presque pas leurs ailes , dont on ne voit en quelque sorte fléchir que l'extrémité.
Or ce sont des Animaux si parfaitement organisés dans leurs organes du mouvement et autres , ûu*on a » à cause de leur extrême petitesse, cru pouvoir considérer comme
N* AYANT qu'une STRUCTURE TRÈS-SIMPLE, ET PAIRE CROIRE qu'ils SE FORMAIENT TOUT SEULS ! !
En établissant dans tout le Règne animal les trois systèmes d'organes du vol dont j'ai donné la description , celui des Chauves-Souris, auquel se rattachait celui des PUro* dactylus de la Classe des Reptiles, animaux aujourd'hui fossiles ; celui des Oiseaux et celui des Insectes , auquel se rattache celui des Poissons volants : ce dernier intermédiaire entre les trois autres, le Créateur nous ofre un nouvel exemple de son omniscienge des moyens qui purent être employés pour arriver au même résultat ; tandis que sous le rapport physiologique , c'est-à-dire de l'action des ailes sur l'air, le principe est partout le même : ce principe étant , en effet, le plus simple et le plus efficace, se bornant uniquement à des mouvements d'élévation et d'abaissement des ailes dans un même plan .
Les ailes des Insectes étant entièrement planes , quoique beaucoup de ces animaux soient d'excellents voiliers , cela prouve que la courbure concave en dessous, que présentent les ailes des Oiseaux , n'est qu'un simple perfectionnement, fondé sur la loi de la résistance de l'air, agissant sur de& surfaces convexes ou concaves, et nullement une forme nécessaire de laquelle dépend l'effet de la translation du corps en avant.
Je n'ai fait qu'indiquer dans ce qui précède ce qu'il y a de plus remarquable dans les organes de locomotion des Insectes , animaux qui , sous ce rapport ainsi que sous plusieurs antres encore, ne le cèdent en rien pour la complication à l'homme même, quoiqu'une foule de ces petits Êtres
90 TEoioLoen ms la naturv.
BÎ richement organisés , soient ii peine visibles k rœil. Mus
IB DOIS PÂRLBR ÂOSSI 0B LA MAGNIFICENQB kXW LàQUBLLE IL
A PLU AU Créateur d'orner un grand nombre d'entre eux des couleurs les plus variées, formant, par leurs dispositions et leurs heureux contrastes , les plus charmants des-» sins qu'on puisse imaginer , où rien n'a été oublié pour pro-* dtiire les meilleurs effets, depuis les teintes les plus sombres , servant à relever ce que d'autres ont de vif et de délicat , jusqu'aux couleurs les pins brillantes des métaux polis et des pierres précieuses ; surpassant de beaucoup ce que le Paon et les ColibHê oflfrent de plus beau dans leur superbe plumage.
Rien au monde n'égale la riche parure du Charançon im^ pirial dont le corps est couvert d'une infinité de rosettes brillantes reflétant dans toutes les nuances les feux élincelants de l'Ëmeraude et du Diamant de la plus belle eau. Mais comme cette magnifique parure ne pourrait conserver qu'un instant le bel éclat dU feu dont elle brille, si elle était exposée au contact destructeur des corps étrangers, chacun de ces bijoux est placé au fond d'une petite cavité dont il garnit les parois, afin d'être à l'abri de tout ce qui pourrait altérer oet éclat.
Tout aussi beaux -, mais d'une autre manière , sont le Charançon royal, le Somptueux, le Fastueux, etc., dont les noms seuls indiquent déjk la magnificence.
Mais c'est surtout chez les Papillons que l'art de la peinture est porté k son plus haut degré de perfection. Rien n'y manque; les couleurs les plus pures de Tarc-en-ciel , l'éclat des perles, le brillant des métaux polis avec des teintes qu'on ne trouve nulle part ailleurs; les couleurs délicates que les plus belles fleurs ne nous offrent que séparément, sont réunis ici pour former de charmantes peintures que l'œil ne se lasse pas d'admirer.
Or, dans ces magnifiques insectes, aussi bien que dans les espèces qui , moins favorisées , n'offrent que des couleurs
CftAPITftE IV. 34
pl9« ou moias uoiformea, souveat même entièrement ternes, CQiniiie destinées à faire mieux ressortir la riche parure des autres; toute cette variété k l'infini des couleurs ne réside que dans d'innombrables écailles imperceptibles, implantées comme les plumes des Oiseaux, par de petits pédicules dans les ligaments proprement dits de ces animaux ; téguments qui n'offrent eux-mêmes jamais aucunes teintes brillantes , ne variant exclusivement que du noir au brun ou au jauile d'ocre. Mais ces mêmes écailles , si richement colorées, présentent en outre les formes les plus variées, depuis celle du simple poil jusqu'à celle de petites lames plus du moins larges, diversement striées et dei^tées. Dans certaines espèces même , chacune offrant k sa surface des côtes longitudinales en forme de plis anguleux où les deux facettes sont de couleur différente , il résulte de cette disposition que la couleur des papillons change de l'une de ces couleurs k l'autre, selon le côté par lequel on le voit ; c'est-à-dire selon que le regard tombe plus ou moins perpendiculairement sur Tune des deux facettes , en voyant l'autre en raccourci.
D'autres Insectes, plus étonnants encore, brillent dans certaines parties de leur corps d'une lumière phosphorescente, souvent tellement vive, qu'ils éclairent k quelque distance autour d'eux.
Nous n'avons en Europe qu'une espèce de Scolopendre et les diverses espèces de Vers luisants qui jouissent de cette remarquable propriété. Dans la plus grande partie dé la France, ces derniers insectes n'acquérant jamsiis d*ailes, restent toute leur vie rampant k terre, de même que la Scoh^fendn , et ne produisent de Ik qu'un très-faible effet par la lumière qu'ils répandent; mais dans d'autres contrées , et entre autres dans l'est de la France, une de ces espèces de Vers luisants, acquérant vers la fin de juin, des ailes qui lui permettent de voler avec facilité, on voit la nuit ces insectes traverser l'espace sous la forme de petites
32 TnfOLOGU BE LA NATCltt.
chandelles très - brillantes , qui contribuent puissamment à embellir les soirées par l'effet de cette illumination mobile, errante dans les airs. Mais ce qu'il y a de plus étonnant dans ces petits Êtres , c'est qu'ils ont la faculté de pouvoir éteindre ou diminuer ^ volonté leur phosphorescence, qui réside, exclusivement, chez les Vers luisants dans un petit espace du dessous de leur abdomen.
Dans les pays chauds, d'autres insectes, et surtout de fort grands , répandent également une lumière souvent trèsvive. Tel est, dit-on, le Taupin Cucajo^ coléoptère de la longueur de trois centimètres , qui porte de chaque côté de son corselet une tache répandant dans l'obscurité une lumière assez vive pour qu'oa se serve de ces insectes , qu'on attache aux chaussures , pour éclairer devanat soi Te chemin qu'on suit. Mais le plus remarquable par sa grandeur et la vivacité de la lumière qu'il répand, est le Fulgore Porte-lanterne , Insecte de l'Ordre des Hémiptères , long d'environ quatre centimètres, portant sur sa tête une dilatation vésiculeuse qui répand une lumière très-forte k laquelle il doit le nom qu'on lui a donné.
Par une seconde branche du Règne animal , partant égaleégalement des Annélides supérieurs , on passe k une quatrième Classe d' Animaux articulés, celle des Crustacés, comprenant les espèces à téguments solides^ ayant un ccmr artériel reçu dans une oreillette enveloppante; système artériel en forme de vaisseaux^ le veineux en forme de sinus communiquants; Respiration branchiale; tête distincte ^ mobile ou fiûoe; des antennes; pattes non rayonnées; jamais d* ailes.
Les espèces placées en tête de la Classe , formant I'Ordrb des IsopoDEs (Cloportes) , ont encore , comme les Annélides auxquels elles se rattachent, et les Myriapodes leurs voisins, le corps composé, outre la Tête, d'un nombre notable de segments successifs , mais déjà groupés en deux parties , dont l'antérieure , formant le Tronc , a ses segments
plus grands , mobiles , k peu près égaux et pourvus cbaimn d'une paire de Pieds ambulatoires; et la seconde, plus petite , ou ï Abdomen , à segments plus petits , mobiles , ou soudés dans leur partie dorsale , partent en dessous , des pattes transformées en organes de respiration ou Branchies.
Les Pattes composées , comme celles des Myriapodes et des Insectes , de plusieurs articles successifs , ressemblent toutefois plus pour la forme à celles des premiers ; tandis que les Membres branchiaux sont autrement conformés et aplatis en lames.
Les Segments formant cbacun en dessus , un bouclier débordant, et dans Fintérieur du corps des prolongements encore peu saillants , pour servir d'attaches aux muscles.
Dans le second Ordre ou les Amphypodes ( Crevettes des Ruisseaux), la Tête est encore bien mobile, et les Pattes des segments antérieurs du corps cessent d*étre ambulatoires pour ne servir qn*à la préhension ; changement de fonction qai rappelle celle des membres antérieurs chez les Mammi* fères supérieurs. Les Pattes des segments suivants servent k la marche ou k la nage, et les postérieures sont, comme chez les Isopodes , converties en branchies.
Dans le troisième Ordre ou les Stoukpobe^ (Squilles) , la Tête , analogue k celle des Isopodes et des Amphipodes , se réduit tout k coup k un simple rudiment mobile, portant encore les Teuœ et les Antennnes , mais les organes masticateurs ont disparu et se trouvent remplacés dans leur fonction par plusieurs paires de pattes suivantes , répondant k celles qui chez les Amphipodes servent k la préhension ; en même temps que les segments portant ces membres se réunissent en se confondant dans leur partie dorsale pour former un large bouclier commun recouvrant cette nouvelle tête de remplacement, etrorifice buccal est transporté sous cette même tête entre les membres formant ses mâchoires.
Les Membres restés ambulatoires sont en petit nombre ,
31 IBÉOLOGI» M LA MATURE.
6t 9f^ trouvent portés par paires sur des segments restés libres et mebîies, plaeés ^ la suite du bouclier eépbaligue.
A la suite de ces segments , pourvus de pattes servant a la mapctie , et constituant le Tronc , se trouve une série plus considérable d'autres segments bien mobiles et beaucoup plus grands, formant ensemble la principale partie viscérale du corps, rappelant Y Abdomen des Insectes qu elle représente en effets mais pourvus inférieurement de membres trèspetits , convertis en Branchies , comme dans les deux premiers ordres; excepté la dernière paire , au contraire trèsgrande , et fortement élargie en nageoires.
Dans le cinquième Ordre, celui des Décapodes (Êcrevisses y Crabes) , les modifications du corps vont encore plus loin. L'analogue de la tète des Isopodes et des Ampbipodes, déjà réduit a un simple rudiment dans les Stomapodes , disparait ici enfin complètement pour ne laisser que le représentant de la seconde Tête de ces derniers aqimaux ; tête immobile soudée au tronc et couverte d'un large bouclier, comme dans les Stomapodes.
Dans le Droncy les segments encore mobiles chez les Stomapodes, se réunissent h leur tour, dans leur région dorsale, chez les Décapodes pour former également un large bouclier, soudé k celui de la tète. Les segments suivants, répondant k ceux de Y Abdomen des Stomapodes , diminuant graduellement de grandeur, constituent èe qu'on nomme improprement la Queue , et ne portent plus en dessous que de simples rudiments de pattes, qui ne sont plus ni ambulatoires ni branchiales ; les Branchies s'étant portées plus avant , en formant des appendices de pattes ambulatoires et des organes masticateurs , qui sont eux-mêmes des pattes transformées ; la dernière paire abdominale, seule beaucoup plus grande que les autres, forme, comme dans les Stomapodes, de larges Nageoires.
Enfin , dans 1 Ordre des Branchiopodes ( Cyclopes et Puces d'eau ) , le dernier de la Classe des Crustacées , et en
quelque sorte parallèle h celui des Décapodes , la Tête , répondant k la tête de remplacement de ces derniers, est également fixe , couverte d'un bouclier, et le restant du corps composé d'un nombre plus ou moins grand de segments , ne porte que des Mefnhres natatoires ou branchiaux; d'où résulte que ces animaux ne pouvant plus marcher, se trouvent exclusivement réduits k la nage dans leur locomotion.
Dans la première Famille, celle des Ctclopides, la Tête portant la Bouche e&iy de même que chez lesDécApodes, couverte d'un très-large bouclier, et se trouve suivie , comme chez les Stomapodes, d'un Tronc composé de quelques segments mobiles, mais portant des pattes natatoires et branchiales, tandis que Y Abdomen , qui diminue graduellement, est, comme chez les 8l(M!iApodcs et les Décapodes, formé de segments mobiles ne partant que des membres rudimentaires;
Dans les Familles suivantes, celles des âpusiues et des Dàphnides, la partie antérieure du corps répondant k la Tête comme portant la Bouche, porte aussi la seule paire de membres locomoteurs natatoires restant à ces animaux; ce qui prouve qu'elle résume en elle les analogues de la tête et du tronc des Décapodes et des Cyclopides ; c'est-àdire que la première a disparu h son tour, tandis que le restant du corps, formé d'un assez grand nombre de segmentiâ, la plupart pédifères, n'a que des membres branchiaux ne servant même plus à la nage; et cette partie abdominale du corps est protégée par un vaste bouclier en forme de man«leau qui la recouvre librement, tenant au bord postérieur du bouclier de la tête, auquel il fait suite. Ce manteau n'existe toutefois pas dans les Branthipes et gerwres voisins, dont l'abdomen est k découvert.
A la suite de la famille des Daphnides se trouve la Classé des CiRRHOPODES, la dernière de cette seconde branche des ÂI9IMAUX ARTICULÉS, qui diffère dcs Crustacés Branchiopodes qu'elle suit, en ce que même la seule paire de rames que ces
dernières possèdent encore disparait chez ces animaux , qui, ne pouvant en conséquence pas changer de place, sont invariablement fixés k quelque corps étranger par un pédicule plus ou moins long formant le prolongement de la tête.
Là Nature a préludé à cette nouvelle condition en RENDANT, aiusi qu'il vient d'être dit, les membres graduellement DE MOINS EN MOINS PROPRES À LA LOCOMOTION, C'CSt-è-
.dire d'abord impropres k la marche, et puis impropres k la nage ; et les ayant réduits également de plus en plus dans leur nombre, il arrive que dans les derniers Brancbiopodes il n'en existe plus qu'une seule paire et plus aucun chez les Girrhopodes. Mais avant de faire arriver ces animaux k cette condition extrême , le Créateur a déjà pourvu les dernières espèces DE LA FAMILLE DES DAPHNIDES, FORMANT LE GENRE LIM- NADIA, d'un organe PARTICULIER DE PRÉHENSION, AU MOYEN DUQUEL CES ANIMAUX PEUVENT SE FIXER MOMENTANÉMENT À VO- LONTÉ ; organe consistant en un tampon placé sur le devant de la tête, et par lequel ils s'attachent sans doute comme les sangsues, en y faisant la ventouse ; et dans la classe des Girrhopodes dont tous les membres sont convertis en Branchies,
et qui NE PEUVENT EN CONSÉQUENCE POINT CHANGER DE PLAGE, LA SAGESSE DIVINE FORMA CE NOUVEL ORGANE EN UN PÉDI- CULE, AU MOYEN DUQUEL CES ANIMAUX RESTENT FIXÉS À JAMAIS.
Dans le premier Ordre de la classe ou les ânatifes , le corps, qui ressemble encore beaucoup k celui des Brancbiopodes , est de même placé sous un manteau formé de deux valves latérales, qui difière du leur en ce qu'il contient dans l'épaisseur de sa tunique plusieurs concrétions calcaires qui lui donnent quelque ressemblance avec les coquilles des Mollusques k deux valves ; faible analogie qui engagea Guvier k placer tous ces animaux dans le troisième Embranchement du Règne animal.
Dans les Ordres suivants, le pédicule se raccourcissant de plus en plus finit par être en quelque sorte réduit k
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presque rien , d'où les valves se trouvent appuyées directement sur les objets étrangers auxquels ces animaux sont fixés.
Une dernière des principales branches des Animaux articulés se rattachant à l'Ordre des Crustacés Décapodes, et spécialement au genre Êcrevisse, constitue la Classe des Arachnides , qui termine cet Embranchement du Règne animal sans se lier k aucun autre.
Cette classe offre quatre principaux types, dont le premier représenté par le genre Scorpiony très-voisin des Êcrevisses, et le second celui des Araignées, forment ensemble I'Ordkk des Pulmonaires, animaux respirant par des espèces de poumons. Le troisième type constitue le second ordre ou celui des Holètres (Cirons, etc.); et enfin le quatrième forme I'Ordre des Gnathopodes (£tmti/ti«).
Nous avons vu que, dans les Décapodes, la tête de remplacement était confondue avec le tronc portant les pattes ambulatoires, dont elle n'est séparée que par la suture des deux boucliers, en même temps que les organes masticateurs ne sont que les membres des segments formant cette tête transformés en mâchoires, tout en conservant encore la plus grande ressemblance avec ceux du tronc, surtout dans les paires les plus rapprochées de celui-ci.
Dans cette classe des Arachnides , et particulièrement dans le genre Scorpion, placé en tête, immédiatement après les Êcrevisses, on retrouve encore une remarquable analogie de forme entre ces animaux de classes différentes. Seulement la Tête de remplacement a également disparu sans être elle-même remplacée ; de manière que ces animaux n'ont réellement pas de Tête ; et les organes de la bouche qui lui appartiennent ont disparu avec elle, jusqu'il une seule paire, en forme de petite pince d'Écrevisse , placée au devant de l'orifice buccal, lui-même transporté sous le tronc, entre les pattes ambulatoires , dont les hanches des premières paires font h la fois les fonctions de m&choire.
98 THÉOLOaiE DB I*A IfATURE.
Les unalogues des Antennes de» Êereviêses ont digpara avec la téie qui les porte chez ces derniers, et les yeux ont été transportés sur le bouclier du tronc.
La partie du corps répondant au tronc du Crustacé Décapode devient ainsi la plus antérieure dans les Arachnides, et ise trouve recouverte d'un Bouclier commun ; et les membres qui lui sont propres , toujours au nombre de cinq paires rayonnent en dessous sur un Sternum commun forniant une petite pièce en arrière de l'orifice buccal i tandis que chez tous les Crustacés les pattes soot disposées transversalement par paires.
La partie du corps analogue k TAbdomen des Crustacés Stomapodes et Décapodes se divise chez les Scorpions et genres voisins en deux parties successives : la première, large, formée de plusieurs segments, constitue la principale cavité viscérale ; et la seconde, beaucoup plus grêle, composée de plusieurs segments, formant ce. qu'on nomme la Queue dans les Scorpions, est toutefois encore traversée dans toute sa longueur par l'Intestin qui s'ouvre au bout i comme chez les Êcrevisses ; mais aucune des deux parties de cet Abdomen ne porte plus de membres ; les derniers rudiments de ceux qui s'y rapportent se trouvant refoulés en avant sous le premier segment , où ils forment un organe particulier en forme de P$igne^ dont oi^ ne connaît point la fonction.
Dans le genre Théliphonus, la seconde partie de Tabdomen » dégradant encore davantage, n'est plus qu'un simple filet multiarticulé ; et plus loin encore, dans les Pinoes et les Phrynui, elle disparait complètement ; de manière que oe^ animaux n'ont plus qu'un corps composé de deux parties successives : le Tronc et V Abdomen^ celui-ci analogue k la partie élargie viscérale des Scorpions ; forme que présente également la famille des Araignées qui leur fait immédiatement suite»
Dans cette famille , la transformation des Pattes antérieures en organes de mastication est encore plus évidente.
CHAflTU IV. 98
La première paire « plaeée au devut de l'oriflce buccal, et analogue à celle des Scorpions ^ proveaaBt, sans meatt doute, encore de la tête qui a disparu, est également eii forme de pince. La suivante ^ formant kvec celle-ci les seules paires de Mâchoires de ces aniniaaix^ n*est autre chose que la première paire de pattes» dont l'article basilaire pu là Hanche i placé dans la partie latérale de la bouche» Mi lés fonctions d'organe mastieateur ; tandis que le reste » plub petit que dans les pattes suivantes, restées ambulatoires» remplit évidemment une fonclton sensitîfe qu'on croit êtfè celle du Gmt^ et reçoit de I^ le nom de Palpe. Dans plusieui% genres, tels que celui des Mygahs^ Tanàlogie de cette seconde mâchoire avec les pattes est même si parfaite quant k la forme et k Torganisation intérieure » moins lêi dimensions qui sont beaucoup plus grandes dans les pattes, qu'il y a identité parfaite dans ees organes. Ce qui ne saurait laisser aucun doute sur la transformation de ces ttembrei en organes masticateurs.
Les Pattes ambulatoilK» » toujours an âombre de quatlf^ paires, qui font suite à pes mâchoires, rayonnent auteur d'une petite plaque sternale commune; placée au miileii sous le tronc.
Dans r^&domsn f généralemmt fort dilaté chei toils ees animaux , les segmenta qui le composent sont entièreinêit confondus en une seule tunique eoriace f et simplement nil peu apparents dans quelqueé espèces.
Quoique \eû membres abdominaux aient disparu dan^ les Arachnides placés en této de la classe^ on en voit repar^tré chez les Àraignéeê deux paires placées tout k fait postérieâ*« rament autour de ÏAnuè » mai^ a^ec la fonction toute spé^ eiale de former les Filiàret^ d'eè sort la sets avec laquelle èes animaux eonstruisebt leurs toiles; Ces organes^ générale^ ment fort courts , ne sont composés que de dons airtii^s successifs, cylindriques^ et ne ressemblent plue du f^té aux membres ambidatoires.»
Par une branche latérale , l'ordre des Pulmonaires forme celui des Holètres, qui s'en distingue essentiellement en ce que ces dernières respirent par des trachées, canaux aérifères au moyen desquels l'air circule dans tout le corps , et dont j'aurai à parler plus tard. Chez ces animaux, généralement très- petits, Y Abdomen se confond de plus en plus avec le Tronc, au point de ne plus former qu'une seule cavité commune; les organes masticateurs se simplifient également au point de ne plus être qu'un simple appareil de succion. Mais ce qu'il y a de remarquable dans ces animaux , c'est que dans les derniers genres, ceux des Leptm et des Ixodes (Tique du chien) , il se forme tout k coup une nouvelle tête mobile par l'effet de la partie antérieure du tronc qui se sépare delà postérieure par une véritable articulation.
Enfin I'Ordre des Gnathopodes , qui ne comprend que le seul genre Limulus^ se rattache également comme petite branche latérale k la famille des Scorpions y dont ces animaux ont en principe tous les caractères , si ce n'est qu'ils respirent l'eau par des branchies k l'instar des Crus-tacés , parmi lesquels on les a rangés avant moi. Ces singuliers animaux offrent la preuve la plus remarquable que les organes masticateurs des Animaux articulés ne sont que des pattes transformées; les deux fonctions, celles de la mastication et de la locomotion , étant remplies k la fois par les mêmes organes, les cinq paires de pattes servant k marcher par leurs extrémités , et k marcher par leurs articles basilaires ou HancheSy parties qui rayonnent k cet effet autour delà bouchefhcée en dessous au centre du tronc, et dans laquelle pénètre un petit appendice spécial de chacune de ces pattes pour y servir plus particulièrement de mâchoires.
Outre les mâchoires tenant aux pattes , ces animaux en ont également une paire antérieure placée au devant de l'orifice buccal , comme chez les Arachnides Pulmonaires , et appartenant de même k la tête qui a disparu ; tête encore représentée ici par un simple petit grain corné placé au
devant de ees organes dans une espace du tét resté membraneux.
Le corps se compose, comme dans la famille des Scorpions , de trois parties : le Tronc portant les Pattes , la Bouche , et en même temps la majeure partie des viscères ; Y Abdomen^ qui lui fait suite, formé de plusieurs segments confondus contenant le reste des viscères , et portant en dessus cinq paires de membres élargis en lames, garnis sur les côtés de nombreux feuillets très-minces, superposés et formant les Branchies. Enfin le corps se termine par une queue en forme de long stylet d'une seule pièce, dans lequel aucun viscère ne se prolonge.
Quoique la description que je viens de donner de la forme générale du corps et des organes locomoteurs des Animaux ARTICULÉS soit déjà très-succincte , je crois devoir la résumer encore en peu de mots , pour faire mieux ressortir la remarquable gradation ascendante et descendante qui a successivement lieu dès la première famille de cet Embranchement du Règne animal ; gradation déjà signalée dans mes ouvrages antérieurs , et par laquelle le Créateur , en partant des
ESPÈCES très-simples PLACÉES EN TÊTE DE LA ClaSSE DES ÂNNÉLIDES, A PROGRESSIVEMENT RECOMPOSÉ DE NOUVEAUX ORGANISMES PLUS COMPLIQUÉS, COMPLÈTEMENT DIFFÉRENTS DE
CEUX DES Animaux vertébrés , mais tout aussi rkmaroua-
BLES dans LEUR RICHE ORGANISME ET LES ADMIRABLES EFFETS physiologiques qu'ils PRODUISENT. Et PARVENU AU POINT LE PLUJS ÉLEVÉ , OÙ LE ToUT-PuiSSANT A VOULU ARRIVER DANS LE PLAN qu'il A SUIVI DANS LA CRÉATION DES ÊTRES , IL EST DE NOUVEAU GRADUELLEMENT DESCENDU À DES ORGANISMES DE PLUS EN PLUS SIMPLES, TOUT EN ACCORDANT À CHAQUE ESPÈCE LES ORGANES ET LES FACULTÉS PROPRES À REMPLIR LES CONDITIONS EXIGÉES PAR LE GENRE DE VIE AUQUEL IL LA DESTINE DANS SA SUBLIME SAGESSE.
En effet , les Animaux vertébrés étant arrivés , par la dégradation que leur organisme a éprouvée, jusqu'aux derniers
43 THBOLO«IB VB L4 MATURE.
genres de Poissons qui sont non*8euIement privés de membres , mais encore de presque tout le squelette qui se trouve réduit k un simple rudiment ; animaux où le système musculaire ne constitue plus guère qu'une couche de muscles doublant uniformément les téguments auxquels ces organes se fixent exclusivement ; nous voyons les Animaux placés plus loin , et plus simples encore , formant le genre Dragonneau^ le premier de la classe des Aiinélides , offrir à peu près la même forme générale que ces derniers Poissons auxquels ils font suite , mais avec une organisation encore plus simple , ou le squelette a complètement disparu , et dont le corps , réduit h un tuyau multiartieulé , ouvert aul^ deux bouts sans aucune apparence de tète et de dièUibres -, offre Tétât le plus simple possible.
Dans le genre Lombric ^ placé un peu pliis loin , nous avons déjà vu paraître, sous la forme dé Cirrhes à peine apparents, les premiers rudiments de nouveaux membres locomoteurs , mais encore aucune indication d'une tête quelconque : les deux extrémités du C6f ps ne différant presqu'eù rien Tune de l'autre.
Dans les Ankélibès supérieur)^ cependant ^ les Cirthês deviennent déjk des organes loeomoièurs plus compliqués et plus parfaits ) en même temps que les tégumetits se prolongent sur eux en forme de mamelons ; premier commencement des pattes articulées fort compliquées qui doivent caractériser les classes supérieures. Nous voyons en outre plusieurs segments de T^trémité antérieure du corps se renfler et s'unir en une seule masse, pour former line pre=mière Titd , renfermant des organes masticateurs souvent fort robustes , de substance cornée ou même calcaire , disposés par plusieurs paires latérales , avec lesquels ces animaux peuvent entamer et briser des corps fort durs; or«ganes que , par analogie de disposition , on doit considérer comme étant les analogues des membres de ces mêmes segments e^haliques qui les portent.
ÇHAPITRJB IV. 4S
Sar cette première tête paraissent aussi déjà des prolongements filiformes charnus, ou l'entacules^ servant trèsprobablement k quelque sens, et souvent aussi d'autres filets cornés multiarticulés qui paraissent avoir des fonctions semblables; mais qui) vu leur forme articulée, ont plus particulièrement reçu le nom d'Antennes , et subsistent plus tar4 seuls; tandis que les Tentacules, qui paraissent être les mêmes organes sous une autre forme, disparaissent en changeant de nom.
Nous voyons en outre les téguments généraux qui revêtent le corps être d'abord partout entièrement membraneux, puis former déjh, chez les Annélides supérieurs , des lames transversales plus ou moins cornées sur le milieu des segments; tandis qu'ils restent membraneux sur leurs bords antérieurs et postérieurs pour permettre k ces derniers de se rapprocher ou de s'éloigner, pour faciliter les mouvements çle reptation de ces animaux, tous vermiformes.
Dans la Classe des Myriapodes, les segments deviennent parfaitement distincts, en ce que leurs arceaux supérieurs et inférieurs, forment des lames cornées fort consistantes, et sont liés entre eux par des ligaments tégumentaires membra^ Qeux plus ou moins larges , permettant k ces segments de se mouvoir facilement ; et les membres, formant déjk de véritables pattes k téguments également cornés et articulés, sontsus» ceptibles de permettre k ces animaux de se soulever sur eux.
Ces animaux présentent aussi , comme les Annélides supérieurs , une tête bien distincte , et de plus parfaitement mobile, composée de même de plusieurs segments antérieurs du corps réunis ; mais dont les parties , et surtout les pattes, sont encore parfaitement semblables k celles servant k la marche* Mais déjà cette tête n*est plus Vanalogue de celle des Annélides qui a disparu , ou si je puis m'eccprimer ainsi , qui a été avalée. Sa cavité buccale étant transportée dans l'intérieur du corps par Teffet de la partie antérieure du corps qui rentre en elle^-méme comme ua doigt de
44 THEOLOGIB DB LA MATURS.
gant; singulière transposition prouvée, d'une part, par la disposition des parties chez les Polynoë, Annélides dont Textrémité antérieure du corps est prolongée en une grosse trompe cylindrique, tronquée, ouverte au bout par la Bouche , et dans laquelle se trouvent placées des mâchoires latérales analogues k celles des autres genres de cette classe ; mais l'animal , après s* être servi de ces organes pour entamer et broyer comme k l'ordinaire les objets dont il se nourrit, fait, dans Tétat de repos, rentrer cette trompe dans son corps , de manière que les mâchoires se trouvent au fond d'un large canal ayant la disposition d'un œsophage où la cavité buccale prend la disposition d'un Gésier ou d'un Estomac; et l'extrémité antérieure du corps offre alors une autre Bouche dépourvue de mâchoire ; de manière que dans cette seconde condition ces animaux ont des mâchoires dans l'intérieur du corps ; circonstance qu'on retrouve régulièrement chez une foule d'autres animaux articulés qui ont en outre d'autres mâchoires k la bouche , et cela déjk chez les Myriapodes; c'est-k-dire que l'analogue de la tête des Annélides rentre dans l'œsophage, et qu'il s'en forme, cliez ces derniers , urie seconde aux dépens des segments antérieurs suivants du corps , qui se groupent k leur tour ensemble k cet effet. Cette nouvelle disposition persiste ensuite chez tous les Insectes et les premiers CRUstACÉs , dont la tète est mobile. Mais cette seconde tête disparaît déjk presqu'en entier chez les Stamopodes qui en ont réellement deux, une antérieure analogue k celle des Myriapodes , des Insectes et des premiers Crustacés, mais réduite k un simple rudiment; et une autre portant la bouche formée, par les segments antérieurs du corps, et constituant une troisième tête ou seconde de remplacement , qui subsiste seule chez les Décapodes , pour disparaître k son tour déjk chez les derniers Bronghio- PODES , qui n'en ont pas du tout ; animaux où les organes buccaux sont portés sur le Tronc suivi de Y Abdomen, Il en est de même dans toute la Classe des Arachnides,
animaux privés de tète, dont le corps n*est composé que du Tronc et de 1* Abdomen ; encore ces deux parties se confondent-elies k la fin en une seule; et dans les derniers genres de cette classe, chez les Leptus et les Tiques^ il se forme de nouveau une quatrième Tête mobile, par Teffet d*une nouvelle séparation de la partie antérieure du tronc.
Si Ton considère de même les membres locomoteurs qui reparaissent dans cetEMBRANCHEMENiduRÈGNE ANIMAL, on leur voit également parcourir la plus remarquable gradation, nonseulement dans leurs formes, mais aussi dans leurs fonctions, en se modifiant même au point d*être complètement changés, selon les circonstances dans lesquelles la volonté du Créateur a successivement placé ces animaux; et cela suivant des lois dont on retrouve partout les effets ; lois dont j'ai déjà eu occasion de parler et par lesquelles aucun nouvel organe n*est introduit dans l'organisme animal, si un autre devenu inutile a pu t être employé en le modifiant simplement dans sa forme et sa structure. admirable économie où se dévoile non-seulement la science la plus profonde , mais encore la plus sublime prévoyance des conditions dans lesquelles les
DIVERSES FAMILLES d' ANIMAUX DOIVENT SUCCESSIVEMENT SE
TROUVER ; ce qui prouve jusqu'à la dernière évidence que
TOUT A ÉTÉ FORMÉ d' APRÈS UN PLAN QUI A PRÉEXISTÉ À LA CRÉATION.
En effet , les premiers ânnélides réduits à Tétat le plus simple que comporte le mode d'organisation d'après lequel les Animaux articulés ont été formés , sont complètement privés de toute espèce de membres ; mais dont les premiers rudiments paraissent bientôt sous la forme de simples cirrhes enchâssés dans les téguments, et qui ne sont eux-mêmes qu'une espèce d'organes de transition, dont l'existence est bornée aux Ânnélides, étant remplacés plus loin comme leviers par les téguments des pattes qui prennent de la consistance. Ces organes locomoteurs appartenant aux segments
4é TBioLOGtS DE LÀ NATURB.
atitéHeurs du corps réunis pour former la première tite y deviennent aussi les premiers organes de mastication; et lorsque cette tête rentre dans le corps pour être remplacée par une seconde, également formée par les segments suivants , ces mâchoires, alors placées dans le Gésier^ constituent un appareil de rumination ou de seconde mastication dont il sera parlé plus tard.
A la seconde tête propre aux Myriapodes et aux Insectes , les organes masticateurs sont bien évidemment des pattes transformées.
Quant aux membres ambulatoires dont chaque segment du corps porte une ou deux paires dans la première de ces deux classes, ils continuent k servir k la marche, k l'exception toutefois de la paire postérieure chez les Scolopendres qui , bien qu*elle soit beaucoup plus grande que les autres, et du reste absolument conformée de même, ne sert cependant plus en rien k la locomotion, ces animaux la traînant après eux comme des membres paralysés; d'où il est très-probable qu'elle sert alors déjà k une autre fonction , et sans doute k un sens; bien qu'elle n'ait point encore changé de forme.
Chez les Lépismènes (Forbicines) les trois premiers segments du corps sont seuls munis des membres ambulatoires , comme devant constituer plus loin chez les Insectes ailés les trois parties du tronc ou le corselet et le thorax ; tandis que les membres abdominaux se trouvent réduits k de simples rudiments paraissant sans fonctions, conservés seulement pour ne pas abandonner brusquement ces membres , dans le plan général d'après lequel les Animaux articulés ont été créés. La dernière paire, toutefois , est transformée ainsi que la partie terminale du corps lui-même en trois longs filets coniques multiarticulés servant probablement k un sens, k en juger par la grosseur considérable des nerfs qui y pénètrent; et sans doute au même sens que les pattes postérieures des Scolopendres,
Les Insectes na éefwl plus avoir que trois paires de pattes, la partie du oorps qui suit le trône ne pouvait plus être aussi longue que dans les Myriapodes, vu que cet abdomen trainant sur le sol eût empêché le libre mouvement de ces animaux : aussi a-t-il été réduit à douze segments seulement, et les analogues des postérieurs des Myriapodes rédaits dans les Forbicineê en un long filet multiarticulé disparaissent complètement dans les Insectes ailés.
Quant aux membres abdominaux rudimentaires dans les Fùrbicines , ils disparaissent chez les autres Insectes , et la dernière paire en filets ne forme que de courts appendices accompagnant les organes génitaux , en formant cette grande pince qu'on connatt dans les Perce-oreilles.
L'organisation des Animaux articulés arrivant dans les lasectes k son période le plus élevé , les Pattes éprouvent aassi quelques légères modifications pour être mises en harmonie avec la fonction toute spéciale qu'elles sont destinées k remplir dans chaque espèce ; modifications comparables à celles que les membres éprouvent aussi chez les vertébrés. C'est ainsi qu'elles sont conformées le plus ordinairement pour la marche, Ik pour le saut, chez d'autres pour la nage, pour fouir, pour la préhension, et même pour l'exéeution de certains travaux.
Les Crustacés se rattachant comme les Myriapodes aux ÀnnélideS) on trouve au commencement de la Classe Tordre des Isopodes dont la tête est encore mobile, et dont les organes de mastication ne sont que des pattes transformées ; tête qui répond ainsi comme celle des Myriapodes k la première de remplacement.
Quant aux pattes du reste du corps, la plupart des antérieures conservent leurs fonctions locomotrices, mais ne servent qu'à la marche ; tandis que celles appartenant aut segments postérieurs du corps cessant de servir au mouvement progressif, sont transformées en lames* minces et converties EN Branchies; k l'exception de la dernière paire
qui, quoique petite et ne servant point k la marche, parait du moins ne pas non plus être transformée en branchie , étant plus renflée que les autres.
C'est dans rOHBRE suivant , celui des Amphipodes {Crevettes des ruisseaux), que les changements de fonctions des membres sont le plus remarquables. Ces animaux ayant encore la tête mobile des Isopodes, leurs organes de la mastication sont de même des pattes transformées, et comme telles encore mieux caractérisées ; la dégradation par paires successives des pattes ambulatoires en organes masticateurs étant presque insensible. En eflet , les paires de membres qui suivent immédiatement la tête ne servent ni à la marche ni à la mastication , mais comme organes de préhension destinés k porter les aliments k la bouche , et k les maintenir pendant que Tanimal les ronge. Les paires suivantes conservant leur fonction ambulatoire servent essentiellement k la marche ; tandis que les paires qui viennent immédiatement après celles-ci sont réfléchies sur le dos et employées k la nage. Enfin les membres postérieurs sont, comme dans les Isopodes , convertis en branchies, mais autrement conformés. C'est dans ces petits crustacés qu'on voit ainsi les membres employés k cinq fonctions différentes bien distinctes, en passant d'une paire k l'autre par une gradation insensible.
Ces changements de fonctions et les transformations qui en sont les conséquences sont surtout remarquables chez les autres Crustacés et les Arachnides qui, perdant d'abord la première tête de remplacement, ont leurs pattes suivantes transformées en mâchoires et en organes de préhension : celles-ci représentées par les grandes Pinces desÉcrevisses , des Crabes ei des Scorpions y etc., et quand la seconde tête de remplacement disparait a son tour avec ses nouvelles mâchoires, ce sont les membres suivants qui remplacent cellesci, en se transformant également; et ces nouvelles mâchoires ne suffisant pas dans les Limulus , ces animaux mâchent et
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marehent avee les mêmes membres, qui servent ainsi à la fois à deux fonctions différentes.
Quant aux membres postérieurs, seuls convertis en branchies chez les Isopodes et les Amphipodes, cette transformation gagnant d*arrière en avant , les membres moyens qui servent chez les Êcrevisses en même temps h la marche et à la mastication , portent aussi les Branchies , mais sous forme de simples appendices latéraux ; et dans le dernier Ordre, celui des Branchiopodes, les membres de tous les segments du corps sont convertis en Branchies dans leur partie principale, et portent eh outre, comme dans les Décapodes, des appendices également branchiaux.
Enfln, dans la Classe des Cirrhopodes tous les membres sont transformés en Branchies et cessent de servir à toute antre fonction.
C'est ainsi que les membres , après avoir paru comme simples rudiments et avoir changé souvent de fonctions, finissent, a la fin de rEMBRANCHEMENT des Animaux articulés, par ne plus servir même à leur principale fonction, pour disparaître enfin complètement dans rEMBRANCHEUENT suivant, celui des Mollusques, où la fonction de la locomotion rétablie de nouveau, est remplie encore par d'autres organes, complètement différents et fort variés, tant les moyens que LE Créateur a employés sont nombreux et toujours admirables DANS LES résultats QU'iLS PRODUISENT.
VAppareil digestif ne disparaissant point dans la limite de I'Embranchement des Animaux vertébrés , et d'ailleurs rigoureusement parlant chez aucun animal , si ce n'est chez les derniers Zoophites, continue d'exister chez les Animaux articulés en conservant encore de grandes analogies avec le leur. C^est de même un canal membraneux qui traverse le corps dans toute sa longueur, en s'ouvrant k ses deux extrémités par une Bouche et un Anm; loi qui n'existe plus d'une manière aussi rigoureuse dans les autres Embranchements du Règne animal.