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d8 THÉOLOGIl DB LA HATURE.
SEKIÈMË LOL « Si le Irone se trouve composé de segments distincts , qu'ils soient d'ailleurs mobiles ou soudés et ï abdomen fi>rmé de segments très-peu mobiles ou soudés ^ ne fût-ce que dans leurs arceaux inférieurs^ les ganglions se répètent dans le tronc comme dans le cas précédent , mais point dans T abdomen; et les segments de ce dernier reçoivent leurs nerfs d'une grosse masse nerveuse placée dans la partie antérieure de la cavité viscérale , cm bien dans le tronc lui-même. Les cordons de la moelle épinière se prolongent jusqu'à l'extrémité du corps. C'est k cette loi que se rapporte le système nerveux du Hanneton.
i> Chez les espèces dont le système nerveui suit une de des deux dernières lois , il arrive souvent que , lorsque deux ou plusieurs segments du tronc se confondent dans leur partie inférieure , les ganglions de ces mêmes segments se rapprochent plus ou moins, et se réunissent même pour former une masse commune. Dans ce dernier cas , les cordons disparaissent en apparence entre les ganglions ; mais cette règle n*est point générale, et je n'ai pas pu déterminer encore quelle est la cause de ce rapprochement des ganglions. Cela se remarque surtout dans les deux articles du thorax des Insectes. Cependant il m'a semblé que cela dépendait de la forme que prennent intérieurement les deux sternums. Les ganglions étant ordinairement placés entre les apophyses épisternales d'une même paire , lorsque ces dernières se joignent d'un segment k Tautre, comme cela a lieu chez les Hamietons, les premières se rapprochent et s'unissent même ; tandis que , lorsque ces apophyses sont éloignées^ les ganglions le sont aussi. Et chez les espèces dont les deux articles thoraciqoes sont intimement unis , comme chez les Hyménoptères, les Diptères, etc., les ganglions tboraciques sont généralement réunis.
SEPTIÈME LOI. « Lorsque y d'wne part y les segments du tronc se trouvent entièrement confondus au point de ne laisser apercevoir aucune trcKe de leurs sutures, principalement dans
CHAFITIIX lY. M
leur partie inférieiitê (le&pattes rayonnant alors atttonrda sternum commun) ; et quê^ éC autre part y les segmer^s de ^abdomen sont immobiles , qu'ils soient d'ailleurs eonfondus ou non , U n'existe dans le tronc qu'une seule masse nerveuse ^ comme chez les espèces qui se rapportent à la quatrième loi. Et pour Vabdom,en , on ne trouve également qu*une seule masse placée à sa partie antérieure, et d'où partent tous tes nerfs qui se répondent dans l'abdomen, comme chez les espèces qui rentrent dans le cas de la sixième loi. On en a un exemple dans les Araignées.
» Les deux renflements' nenreux sous-œsophagiens de la tête suivent également des lois de relation , mais qui rentrent dans cellei; des ganglions du corps. Cette première paire, provenant des segments du tronc qui se sont réunis dans la tète, est toujours parfaitement distincte chez toutes les espèces <iui ont une tête mobile; tandis que chez celles dont la tête est confondue avec le tronc , sans qu'on puisse distinguer sa séparation dans la partie inférieure , ces ganglions se confondent avec la seconde paire , et rentrent ainsi dans le cas des ganglions du tronc des espèces qui se rapportent à la quatrième et à la septième loi. Cette première paire de renflements souS'-œsophagiens étant elle-même formée, dans le principe , par la réunion de plusieurs paires de ganglions appartenant aux divers segments qui se sont confondus dans la tête , la réunion de ces ganglions en une seule masse est également due k la même cause.
HUITIÈME LOI. « Le cerveau , qui eanste chez tous les Animaux articulés , se trouve constamment placé au-dessus du canal alimentaire , et sa grandeur varie suivant le nombre et la nature des organes auxquels il fournit des nerfs.
9 L*Encéphale se trouvant même chez les espèces doùt la tête a entièrement disparu, indique par Ik qu'il n'est point soumis aux changements que cette dernière éprouve.
» Les diverses lois que je viens d'indiquer ne sont que les conséquences de plusieurs autres plus générales aux-
quelles le système nerveux est soamis, et que l'observation . fait également connaître; lois dëjk indiquées plus haut au sujet du système nerveux des Animaux vertébrés, i»
Je ferai seulement remarquer ici que le volume des ganglions de la moelle épinière des Animaux articulés est généralement proportionné au nombre et k la grosseur des nerfs qu'ils produisent ; d'où résulte que ceux qui fournissent les nerfs aux organes de la vie de relation les plus volumineux, les plus exercés, et surtout k ceux servant a quelque sens, sont plus considérables que les* ganglions qui produisent les nerfs des organes moins volumineux et moins exercés, ou bien k ceux des appareils automatiques.
« L'Encéphale n'est point renfermé, comme chez les Vertébrés, dans une cavité solide spéciale, mais simplement placé dans la partie supérieure de la tète, au milieu d'une foule d'autres organes ,et simplement recouvertde son névrilème ou tunique propre. »
Il a déjk été dit plus haut, en parlant du système nerveux en général , que les Animaux articulés étaient non-seulement pourvus des mêmes cinq sens connus chez les Vertébrés, mais qu'ils en possédaient bien évidemment encore d'autres dont nous ne pouvons pas nous faire une idée, n'en étant pas pourvus nous-mêmes, mais dont l'existence était prouvée par la composition de ces organes, et surtout par la grosseur considérable des nerfs qui s'y rendent. Nous avons aussi vu que certains vertébrés avaient la faculté de pouvoir reconnaître la qualité toxique des végétaux, ou bien la direction des lieux souvent fort éloignés où ils désirent se rendre, faculté dont on reconnaît l'existence par les efiets , sans qu'on ait encore pu découvrir quels organes en étaient le siège chez les Animaux articulés , Êtres généralement fort petits et de la plus difficiles k observer dans leurs mœurs, pour reconnaître quelles sont toutes leurs facultés sensilives. C'est au contraire par la structure de certains organes que nous sommes portés a croire qu'ils sont pourvus
de sens à nous inconnus, trouvant ebez eux les mêmes appareils sensitifs que nous possédons, quoique souvent autrement composés *, et ils en ont eii outre d'autres , qui servent bien évidemment à des sens en conséquence inconnus , quant k leurs effets.
C'est ainsi que nous retrouvons chez tous le sens du Tact répandu sur tout le corps, et plus ou moins subtil, comme d^ailleurs aussi chez les vertébrés , suivant la mollesse du tégument; et, ce qui est remarquable, souvent très-fin, Quoique les téguments soient cornés.
Ce même sens est ensuite également localisé dans certains organes, où il est surtout très-exquis pour servir au Toucher ou tact actif, au moyen duquel ces animaux explorent les corps avecune justesse d'autant plus extraordinaire que ces organes sont très-souvent revêtus de téguments cornés.
On a généralement pensé que le Toucher résidait dans les Antennes, prolongements plus ou moins filiformes multiarticutés, que la plupart de ces animaux portent sur leur tête; mais j'ai déjk fait voir, dans mes ouvrages précédents, que cette opinion était nécessairemept fausse, les Insectes ne se servant jamais de leurs antennes pour palper les corps, ce qui serait même impossible à plusieurs d'entre eux ; chez qui ces organes sont beaucoup trop courts pour servir à cette fin ; et d'ailleurs, non-seulement la forme des Pattes est beaucoup plus propre k cet usage , comme le sont les membres des Animaux vertébrés ; mais ce qui prouve qu'elles sont les véritables organes du toucher, c'est l'usage que les Articulés en font, s'en servant même avec une grande adresse k manier les objets : ce qui montre qu'ils ont par ces organes un sentiment très-précis de ce qu'ils font, «t beaucoup plus subtils que nous avec des mains gantées. Enfin ce qui prouve encore jusqu'k la dernière évidence que les Pattes sont les organes du Toucher, c'est la grosseur prodigieuse des nerfs qui s'y rendent, et la manière dont leurs dernières
d02 TIdSoIOGIB SB I.A HATURB.
ramifications s'y distribuent. Dans les Araignées^ par exemple, animaux qui ont en efEet un toucher si exquis dans leurs tarses qu'ils manient avec la plus parfaite dextérité nonseulement les proies qu'elles viennent de capturer, mais surtout le fil dont elles tissent leurs toiles avec une étonnante précision. Aussi les troncs nerveux qui se rendent dans leurs pattes sont -ils d*une grosseur telle qu'ils égalent en diamètre le cinquième du membre entier; nerfs en conséquence bien plus gros que la branchial de Y Homme ; et ces nerfs conservent encore une grosseur considérable jusque dans les dernières phalanges des tarses , où ils se distribuent principalement aux téguments de la face inférieure de ces phalanges, en y produisant un nombre infini de petites branches, qu'on ne peut mieux comparer qu'aux fiiaments d'une brosse, quoique ces phalanges ne renferment, du reste, au^ ctin organe de vie de relation , tels que des muscles.
On a pensé aussi que le sens du Goût résidait dans les Palpes. Cette opinion était également une erreur, ainsi que je l'ai déjà fait voir dans mon premier ouvrage sur l'anatomie des Insectes. En effet, pour que la perception du goût puisse avoir Jiieu dans un organe , il est évident que les aliments diHvent être en contact avec lui pendant que l'animai les mange; or cela n'a pas toujours lieu pour les Palpes , et surtout chez les Papillons , où ces organes sont placés en dehors, k la base de la trompe, sur un point fort éloigné de l'orifice de cette dernière, où ils ne se trouvent, en conséquence, jamais en contact avec le miel dont ces animaux se nourrissent ; et il en est k peu près de même de tous les Insectes suceurs. Il est, au contraire, bien plus rationnel de croire qu'k l'instar des Animaux vertébrés le sens du goût réside dans les téguments des organes de l'intérieur de la bouche , et c'est en effet ce que les faits anatomiques prou- Yent de la manière la plus certaine ; les nerfs qui se distribuent aux téguments de la face interne des Mandibules, des Mâchoires et de )a langue étant, ainsi que je l'ai fait con-
naître, beaucoup plas gros que ne le demandent les organes de la TÎe de relation qui s'y trouvent. Il est surtout remarquable que les Mandibules, organes revêtus de téguments très-épais et fort durs, reçoivent k leur face interne, plus particulièrement en contact avec ces aliments, des nerfs fort gros qui s'y distribuent ; et cela pacticulièrement dans un petit emplacement couvert de poils (chez le Hannttim) que j'ai nommé la Brosse ; partie où le sens du goût parait devoir en conséquence être le plus parfait.
Mais à qyoi servent les Palpes tant maxillaires que labiales ? Il n'y a point de doute que ce sont des organes sensitifSy recevant pour de si petits organes des nerfs prodigieux , bien ati delà de ce qu'il faut pour la fonction des très-faibles muscles qu'ils renferment. C'est très-probablement un sens qui joue quelque rôle dans la fonction de U digestion, mais lequel ? PeuHtre l'odorat, dont le siège n'est en effet pas connn ; ou peut-être aussi le sens par lequel ces animaux distinguent les propriétés toxiques ; mais alors il serait inutile à tous ceux vivant de substances animales et surtout de proies , espèces qui sont précisément celles dont les Palpes sont le plus développées.
Les Stigmates étant accompagnés d'une petite caissCvqui a quelque analogie |iour la forme avec les cornets des cavités nasales des vertébrés, dans lesquels réside principalement le sens de l'odorat, j'ai pensé qu'il serait fort possible que ces petites caisses fussent en effet des organes de même nature ; et cela était d'autant plus probable que c'est le seul lieu où il y ait un courant d'air bien établi, qui doit amener les particules odorantes à l'animal ; mais je n'ai jamais pu voir les nerfs qui devraient s'y distribuer dans ce cas.
Des expériences que j'ai faites depuis sur les fonctions du système nerveux en général) et déjà rapportées plus haut, (Tome I , p. 53) , semblent, au contraire, prouver que l'odorat réside dans les Antennes, organes que j'ai cru devoir considérer autrefois comme renfermant le sens de l'audition,
J04 THÉOLOGIE Bfi lA NATURE.
dont ^appareil spécial est da reste inconnu chez les Insectes.
J*ai été conduit à considérer les Antennes comme étant les organes de V Audition chez les Ai^imaux articulés , d'abord par un fait anatomique qui l'indique, consistant dans ceci , que l'organe qu*on regarde chez les Êcrevisses comme le dernier rudiment de l'appareil auditif des Vertébrés est une petite cavité placée dans le premier article des grandes antennes , cavité dans laquelle se répand un rameau du nerf antennal , et qu'on considérait comme l'analogue du vestin bule, étant fermée k l'extérieur par une simple lame tégumentaire mince et assez molle, qu'on regardait comme représentant k la fois la membrane de la Fenêtre ovale et le Tympan des Vertébrés. Or, comme ce nerf est une première branche du nerf antennal , il m'a paru tout naturel de penser que h tige de l'antenne pourrait bien être l'organe de remplacement de l'appareil auditif des Vertébrés existant chez les Êcremses, simultanément avec le dernier rudiinent de ce dernier qui disparait ; tandis que la tige de Tantenne ne le remplace entièrement que chez les autres Animaux articulés. Cette opinion me parut d'autant plus probable que les antennes sont parfaitement disposées et conformées pour percevoir les sons par l'effet Aes vibrations de l'élément ambiant, vibrations qui peuvent facilement se transmettre par les téguments cornés au nerfs placés au centre. Enfin j'ai été d'autant plus fondé k adopter cette opinion, que les Insectes et surtout les plus intelligents , tels que les Guêpes et les Abeilles , dressent leurs antennes comme pour écouter, lorsqu'un fsMt quelconque attire leur attention ; absolument comme les Mammifères dressent leurs oreilles pour mieux
écouter.
Ces deux faits , dont l'un semble indiquer que les antennes sont des organes olfactifs , et l'autre qu'elles renferment le sens de Vouie , laissent en conséquence cette question encore indécise. Mais si les Antranes servent à la perception
des odeurs , quel peut être Torgane acoustique des Insectes ? D'après divers faits, on serait disposé k croire qu'il n'y en a pas du tout de spécial , et que cette importante fonction est remplie k la fois par toutes les parties du corps ; ce qui parait, au premier aperça, une contradiction , et cependant cela est confirmé par Tobseryation et l'expérience. En effet, on sait par plusieurs faits que les Araignées aiment la musique au point d'accourir de loin pour l'écouter avec la plus grande attention ; faits rapportés d'une part par Quatre- MÈRE-DiSJONVAL (De VAranéologie, p. 48, 1796), qui parle d'un de ces auimaux qui, chaque fois que le c^èbre violoniste Berthome jouait de son instrument, venait auprès de lui pour l'écouter, en s'avançant jusqu'k venir se placer même sur la main qui tenait l'archet. Le même auteur a été témoin d'une araignée qui, chaque fois qu'une dame jouait de la harpe, venait le long du plafond se placer au - dessus d'elle, et la suivait dans toutes les parties de l'appartement où elle se plaçait pour jouer ; et l'on trouve en outre dans une biographie de Beethoven que , chaque fois qu1l jouait du violon, une Araignée venait se suspendre devant lui k un fil pour l'écouter tranquillement. Eh bien ! ces animaux n'ont absolument aucun organe qui puisse être une Oreille spéciale. Ce fait anatomique fort remarquable k côté de cet autre que fournit l'observation, que ces animaux non-seulement entendent, mais apprécient même la musique, m'a fait penser qu'on pourrait entendre sans avoir aucun organe auditif circonscrit; et pour m'en assurer je voulus voir s'il n'était pas possible de résoudre cette question par des expériences sur des personnes parfaitement sourdes. J'appris bientôt qu'en effet on employait, dans l'institution desSourcb- Muets de Paris , le tambour qu'on battait dans la cour, pour donner aux élèves divers signaux d'après lesquels ils devaient agir. Ce moyen en apparence fort singulier m'engagea non-seulement k m'en assurer par moi-même , mais aussi a faire sur des Sourds-Muets des expériences qui m'ont
prouvé qu'ils pouvaient percevoir les sons, quoique eompUtê" ment privés du sens localisé de Vouie^ voire même percevoir la musique , dont ils apprécient les modulations ainsi que le charme qu'elle a sur les sens.
A cet effet , l'un des professeurs les plus distingués de Tinstitut des Sourds-Muets , M. Puybonnieux, que sa sollicitude pour les jeunes gens confiés k ses soins , porte à perfectionner constamment, la méthode d'enseignement de cet établissement, et k ne négliger aucun moyen qui puisse contribuer à l'instruction et au bien-être de ses élèves, a bien voulu me permettre de faire sur ceux-ci des expériences dont j'avais conçu le projet : expériences consistant à leur transmettre les vibrations acoustiques par les parties solides du corps, et plus spécialement en agissant sur les dents ; les seules parties osseuses à découvert. L'expérience réussit parfaitement. Des élèves que M. Puybonnieux m'indiqua comme complètement sourds distinguèrent non-^seuiement très-bien les battements d'une montre k répétition dont ils tenaient la queue entre les dents, et notamment les quarts d'heure, indiqués chacun par trois petits coups successifs dont ils indiquèrent la mesure par des gestes. Mais ils exprimèrent surtout les sentiments d'une vive jouissance en percevant par les mêmes moyens les effets d'une petite boite k musique qu'ils tenaient appuyée contre les dents; expliquant parfaitement par gestes les sensations nouvelles pour .eux qu'ils éprouvaient; gestes par lesquels ils indiquant très - exactement non -seulement la mesure de la musique et le degré d'élévation des notes , mais encore les cadences , les fugues , les points d'orgue, etc. Ce qui prouvait qu'ils en avaient un sentiment bien exact.
L'animation de leur figure , plus encore que les explications qu'ils donnèrent par gestes k leur savant professeur, qui eut la bonté de me les traduire, indiquèrent surtout la vive jouissance qu'ils éprouvaient. Ils ajoutèrent toutefois que., bien que l'effet qu'ils éprouvaient fût plus fort
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lorsqu'ils appuyaient les dents sur la boite à musique, ils avaient aussi les mêmes sensations dans les mains et les bras en tenant la boite dans la main. Cette circonstance semble indiquer que les personnes complètement' sourdes n'ont ^ réellement pas, dans ces expériences, les sensations des véritables sons , qui ne peuvent être perçus que par telle partie du cerveau qui lui est destinée , mais qu'elles éprouvent dans les parties voisines du point où les personnes touchent l'objet sonore, des vibrations cadencées en harfflonie avec ce que nous appelons les sons, mais non pas le son même; c'est-à-dire qu'elles ont, ainsi que je me suis exprimé quand j'ai , pour la première fois , fait connaître ees résultats (1), non pas le sentiment du véritable son, mais une sensation qui est à ce dernier comme un dessin est k une peinture ; percevant l'étendue , la forme , les rapports, les proportions, l'intensité et la cadence, mais non pas le son ; de même que dans un dessin il y a tout, excepté la couleuï.
D'autres élèves , au contraire , qui avaient entendu penr dant les premières années de leur âge , se rappelant encore ce que c'était que le son , m'ont affirmé que les sensations qu'ils éprouvaient en faisant toucher la boite à musique à leurs dents pendant qu'elle jouait , étaient réellement celles de la musique; sensations qu'ils ne percevaient plus dans leur état ordinaire , quelque fort que fût le son.
Les vibrations de l'air se transmettant k tout le corps par les téguments chez les personnes complètement sourdes, et d'ailleurs aussi chez celles qui entendent , leur font éprouver des frémissements dont elles sentent la variation en harmonie avec ceux de l'instrument produisant le son ; et c'est sur cet effet qu'est fondé l'usage introduit dans l'Institut des Sourds-Muets , de transmettre aux élèves des signaux par le son du tambour. Chez les Araignées yBn contraire, il parait
(1) Écho du Monde scmnt, 18 sept. 1S42 , p. 512.
que cette transmission est plus parfaite., et que leur cerveau perçoit les véritables sons qui lui sont transmis par toute la surface du corps, et peut-être plus particulièrement par les pattes , qui , ainsi que je Tai déjà dit , reçoivent des nerfs énormes. Cette opinion s'appuie sur des faits anatomiques .fort remarquables que présentent les deux genres Théli-^ phonus et Phrynus , de la Famille des Sgorpionides , mais déjk fort rapprochée de celle des Aranéides, animaux privés d*antennes comme tous les Arachnides , mais dont la première paire de pattes, plus grêle que les autres et réfléchie sur le dos, se prolonge dans le tarse en une longue série de petits articles qui leur donne beaucoup de ressemblance avec des antennes. Ces Pattes ne servant plus en rien ni à la locomotion, ni à aucune autre fonction connue, mais très-probablement à la perception d'un sens, paraissent remplacer les antennes des Crustacés et des Insectes qui manquent chez tous les Arachnides; et seraient ainsi de nouveaux organes auditifs spéciaux, dont les Araignées seraient privées; espèces où cette fonction s'étendrait à toutes les pattes.
Si cependant les Antennes n'étaient pas les organes de l'audition , le siège spécial de ce senfi serait encore à découvrir, non-seulement chez les Insectes, mais encore chez tous les autres animaux articulés, qui, de même que les Arachnides, n*ontdu reste aucun autre organe qui puisse être un appareil auditif; k moins que ce ne soient les palpes, mais cela n'est aucunement probable.
EnGn, ce qui reste complètement en dehors de toute espèce de conjectures, ce sont certains organes placés k Textrémité postérieure de Tabdomen des insectes , dans lesquels pénètrent d'ordinaire d'énorknes troncs nerveux , quoiqu'il n'y existe aucun organe qui puisse faire présumer que ces nerfs servent à leur fonction.
Nous avons vu que ces organes étaient généralement des pattes transformées ; que chez les Soïopeiidres elles conser-
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vaient même complètement lear forme primitive, sans servir a la locomotion , restant comme paralysées.
Chez les Forhkiiies placées un peu plus loin en tète de la Classe des Insectes , cette paire de membres prend » ainsi que je Tai également déjà fait remarquer ailleurs, la forme de deux longues soies coniques, composées d'un nombre considérable de petits articles successifs cylindriques, mobiles, quoiqu'on ne les voie jamais se mouvoir, simulant tout à fait des antennes en soie; et entre ces deux filets s'en trouve un autre impair, tout k fait semblable , mais représentant la série rudimentaire des derniers segments du corps. Or ces trois filets, dont la fonction est inconnue , reçoivent également des nerfs d'une grosseur très-considérable : quoique Tinlérieur de ces organes ne renferme que de petits muscles rudimentaires et une substance en apparence graisseuse dans laquelle le tronc nerveux est plongé.
Dans d'autres espèces d'Insectes, telles surtout que les Éphémères i les Grillons ^ ces soies terminales de l'abdomen sont encore fort longues; plus courtes chez beaucoup d'antres Orthoptères, de Névroptères et de Coléoptères ; et enfin dans les Hyménoptères et les Lépidoptères , ces organes forment des appendices plus courts encore, composés souvent d'une ou de deux pièces, semblant servir plus ou moins indirectement à la fonction de la génération.
Dans la Classe des Crustacés , les membres terminaux de l'abdomen prennent également des formes et des dimensions particulières en cessant de servir a la marche ; mais c est le plus souvent pour faire les fonctions de rames, sans qu on soit autorisé k penser qu'ils soient en même temps le réceptacle de quelque fonction sensitive particulière.
De tous les organes des sens des Animaux articulés, yOEil est le seul dont la composition soit bien connue par la description détaillée que j'en ai donnée dans mon premier ouvrage surl'anatomie comparative de ces animaux, organe
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qui eonserve encore de très - grandes analogies avec celui des Vertébrés, dont il diffère toutefois considérablement par la suppression de plusieurs de ses parties et une plus grande complication sous d'antres rapports.
Ces diverses modifications qu'éprouve l'appareil de la vision dans rEMBRÀNCHEMENT des Animaux articulés Est
A LA FOIS TRÈS-REMARQUABLE, TANT SOUS LE RAPPORT ANA- TOMIQUE ET PHYSIOLOGIQUE, QUE SOUS CELUI DE LA RIGOUREUSE APPLICATION DES LOIS DE LA PHYSIQUE , DONT LE CRÉATEUR A PRÉVU LES MOINDRES EFFETS , QU'iL A EMPLOYÉS OU ÉVITÉS , SELON LE BESOIN, POUR ARRIVER AU RÉSULTAT QU'iL s'eST PROPOSÉ DANS SA SUBLIME SAGESSE, EN FAISANT SUBIR DE TRÈS-GRANDS CHANGEMENTS À CES ORGANES, CONFORMÉMENT AUX LOIS DE GRADATION QU'iL A PRESCRITES À CHACUNE DE LEURS PARTIES.
J'ai déjk fait remarquer en parlant des yeux des animaux Vertébrés, et spécialement de ceux des Mammifères, que ces appareils étaient formés de diverses parties, dont les unes sont essentielles à la fonction de la vision , tandis que d'autres ne sont que des objets de simple perfectionnement ; les premières comprenant les humeurs réfringentes ainsi que la rétine, sur laquelle se peint l'image constituant l'objet immédiat de lasensation , et les secondes la matière absorbant la lumière inutile k la formation de cette image , l'Iris , les Muscles moteurs , les Paupières , et enfin le nombre des Yeux; un seul suffisant rigoureusement. C'est, comme on peut )e penser, sur les parties accessoires que les modifications ont plus particulièrement porté, mais cependant aussi sur les organes essentiels.
On a vu que c'étaient les Oiseaux qui avaient les yeux les plus compliqués, pour être k même de pouvoir distinguer les objets très-éloignés aussi bien que ceux placés k de trèspetites distances , comme conséquence de la faculté qu'ont ces animaux de pouvoir s'élever considérablement an-dessus de la surface de la terre.
Les Mammifèl*es ne jouissant point de ce dernier avantage, ont été privés des moyens de pouvoir faire varier considérablement le foyer de leurs* yeux , et n'ont en conséquence, comme les Oiseaux, ni les pièces osseuses garnissant la partie antérieure du globe de Tœil , ni le Peigne dont on ne connait d'ailleurs pas Tusage , ni la Membrane clignotante qui permet de fixer même le soleil.
Chez les Sepents qui ont la vue plus courte encore, on a vu disparaître en outre les Paupières avec leurs Cils; et comme la conjonctiva se trouve par Ik constamment à découvert et non susceptible de pouvoir être lubrifiée par les mouvements de ces mêmes paupières , cette membrane n'est plus molle, mais plus ou moins sèche et cornée, avec la faculté d'être renouvelée dans la mue, étant dans le cas de s'altérer par le frottement contre les corps étrangers.
Les Poissons ayant les yeux constamment lubrifiés par l'eau, ces organes n'ont eu besoin ni de paupières ni de cils, qui, en conséquence, ont été également supprimés chez eux; et la conjonctive est restée membraneuse.
Enfin , chez les Animaux articulés , les suppressions des parties ont encore été portées plus loin , la plupart étant privés des muscles moteurs du globe, par lesquels les vertébrés dirigent leurs yeux de tous côtés pour voir successivement tous les objets d'alentour. Mais le grand inconvénient qui résulte de ce manque de mobilité des yeux est admirablement réparé par le nombre de ces organes qui s'élève, chez les Insectes, à plusieurs milliers, dirigés dans tou3 les sens; de manière que ces animaux peuvent voir à la fois dans toutes les directions.
Pour faire le mieux comprendre les nouvelles conditions dans lesquelles se trouvent les yeux des Animaux articulés , je l'indiquerai ici par une courte description comparative de ceux des Arachnides et des Insectes , et je ferai voir après par quels degrés de gradation llntlligence créatrice les a fait
lia THÉOLOGIE DE tk NATURE.
passer dans les autres classes d'animaux pom* arriver à Télai où ils se trouvent chez les Insectes.
Je viens de dire que les muscles moteurs des globes ayant été supprimés , le Créateur avait compensé ce désavantage par le nombre des yeux;, mais ce n'est pas seulement k cela que se sont bornés les changements que ces organes ont éprouvé : toutes les parties du globe, antérieures au cristallin ont disparu^ chez tous les Animaux articulés, comme étant en principe inutiles a la fonction proprement dite de la vi* sion. En effet, on sait, par les lois de Toptique appliquées dans la chambre obscure, que pour produire en image des objets placés vis-à-vis, il suffit d'interposer une lentille d'un corps parfaitement transparent entre cet objet et la surface sur laquelle son image doit se reproduire , et cela à la distance du foyer de cette lentille ; or c'est cet état le plus simple de la chambre obscure que présente l'œil des Arachnides et des Insectes, auquel il n'a été ajouté que quelques parties d'un perfectionnement rigoureusement nécessaire pour assurer la netteté de Timage, objet immédiat de la sensation, afin que l'animal en ait une connaissance parfaite; c'est-à-dire que toutes les parties comprenant la Cornée, les deux cbambres renfermant l'Humeur aqueuse, l'Iris et les Procès ciliaires ont entièrement disparu , de manière que le cristallin se trouve immédiatement sous la conjonctive k laquelle il adhère , et prend , comme elle, une consistance cornée.
Immédiatement derrière le cristallin , qui se trouve ainsi invariablement fixé aux téguments, on rencontre ensuite une cavité plus ou moins grande, contenant, comme dans les Vertébrés , une Humeur vitrée liquide , remplissant le reste de la cavité du globe ; afin que , sans laisser de vide , le fond de l'œil , tapissé comme k l'ordinaire par la Rétine , se trouve k la dislance focale du cristallin ; et le tout est contenu dans une enveloppe générale ou Sclérotique^ dont le bord antérieur adhère aux téguments tout autour du cristallin. Mais outre ces parties essentielles a la fonction de la vision , il