‹ Théologie de la natureChapitre 30 sur 119 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

rëes comme résultat de la dégradation que les membres subissent graduellement en changeant de fonction, permettent au Naturaliste de déteruiner non-seulement les MOTIFS QLi les ONT FAIT ÉTABLIR, mais aussi de découvrir les lois de relation qui existent entre la forme de ces membres et d'autres organes, ou même des objets extérieurs, avec la nature desquels les membres doivent être en harmonie ; rapports qui ne manquent pas d*étre du plus grand intérêt dans Fétude des Êtres organisés ; et ces considérations ne s*appliquent pas exclusivement, du reste, à la conformation des membres , mais bien ^ toutes les parties de Torganisme animal , toutes liées entre elles par des conditions d'existence de Tensemble constituant un Être vivant.

Nous avons vu que la main de Thomme était formée de deux parties consécutives, la portion élargie ou la palmure, et ses appendices ou doigts. Dans les mammifères quadrupèdes , ces deux parties se retrouvent de même avec leurs caractères généraux, mais en différant notablement dans les détails. Destinée k servir à la locomotion , la main cesse de pouvoir se fléchir en avant, au delà de la direction droite avec Tavant-bras, afin qu'en s*ajoutant à ce dernier elle serve k élever davantage l'animal en avant , et à former une articulation de plus dans le membre , qui contribue à rendre les mouvements progressifs plus faciles, et surtout plus souples; modification qui a déjà lieu chez les Singes^ les plus rapprochés de Tespèce humaine, en même tem[>s que les mouvements latéraux de la main sont plus bornés, sont déjà à peine sensibles chez les vrais quadrupèdes digitigrades , et absolument impossibles dans les unguligrades , où ces membres arrivent au degré le plus parfait d'organes locomoteurs.

Dans les digitigrades, l'extension de la main (flexion eu avant) va cependant encore un peu au delà de la direction droite, de manière que dans la station , le poids du corps portant en avant sur les membres antérieurs, et, dans la

progression , alternativement sur un seul , la moindre extension au deik de la direction droite de la palmure, faisant que Tavant-bras porte k faux sur la main , ce poids tend h faire fléchir celle-ci encore plus fortement dans cette direction , d*où pourrait même résulter la rupture des ligaments qui s'y opposent, s*ils n'étaient suffisamment forts pour résister à cette grande puissance, surtout pendant la course et le saut, où tout le poids du corps vient k chaque bond tomber tout h coup sur les membres antérieurs. Or cette cause de luxation , qui se renouvelle souvent , a été pARFArrEUENT

PRÉVUE , ET CE FUNESTE ACCIDENT PRÉVENU UOn-SCulement

par des ligaments très-vigoureux qui entourent cette articulation , mais principalement par la disposition des muscles fléchisseurs de la main et des doigts. Cela est surtout remarquable chez les espèces dont la main a dû conserver encore une grande souplesse de mouvement, telles que dans tous les Mammifères sauteurs, où le carpe s'étend même beaucoup au delà de la direction droite , pour trouver dans cette obliquité de direction une cause d'élasticité dans le saut, et qai contribue beaucoup à cette gr&ce et à cette souplesse de mouvements qu'on remarque dans la marche , la course et les sauts des espèces du genre Chat^ tels que le lion, le Tigre et la Panthère.

' Le poids du corps tendant à rendre Textension de la palmure plus forte, celle-ci cède bien un peu par reflet de cette obliquité ,''mais elle est limitée surtout par les efforts des muscles fléchisseurs de la main et des doigts , dont je viens de parler, qui s'y opposent, et spécialement par YVlnaris^ dont le tendon s'insère au sommet de l'os pisiforme du carpe ; formant , dans ce but, un bras de levier plus long que chez l'homme , perpendiculaire à la face postérieure du carpe; os lui-même maintenu en position contre la trèsforte traction de ce muscle, par deux ligaments fort vigoureux, dirigés de son sommet obliquement en bas et en avant, pour s'insérer à la face postérieure des deux os

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métacarpiens externes. Cette reuarquable disposition db

CET 08 y DD MUSCLE ET DES DEUX LIGAMENTS rappelle tOUt à

fait celle des chaînes des ponts suspendus , passant sur le§ piliers, par laquelle une force, agissant dans un sens vertical , est détruite par une traction horizontale , et par Teffet de la mobilité des parties formant la chaîne, la traction du muscle ulnaris, qui tend à faire fléchir le pisiforme vers le haut, les deux ligaments qui s'y opposent agissent à leur extrémité inférieure sur les deux os métacarpiens , qui seraient disposés par là à fléchir en arrière , mais sont en partie retenus par leur appui sur le sol , et en partie par lenrs ligaments antérieurs du carpe.

Cette même disposition dans l'articulation de la main avec l'avant-bras se retrouve bien chez tous les Mammifères, nais avec des modifications plus ou moins grandes , selon LE besoin. Dans V Homme, le pilier que forme le pisiforme est ainsi beaucoup moins saillant que dans le genre Chat, la main n'ayant pas k agir avec autant de force dans sa flexion. On la trouve aussi chez les animaux unguligrades , dont les membres antérieurs, ne servant exclusivement qu'à la locemotion , ont besoin , pour cela , d'une grande fixité dans rarticnlation de la main; fixité qu'ils trouvent, d'une part, dans la non-extensibilité de cette dernière au delà de la direction droite-, et. d'autre part, dans le renflement plus grand des tètes des os formant cette articulation; d'où résulte non>seuIement une plus grande étendue en tous sens des points d'appui de l'avant-bras, mais aussi plus de longueur du bras de levier , sur lequel agissent tous les muscles fléchisseurs de la main ; levier formé par le demidiamètre de ce renflement, auquel s'ajoute la longueur de l'os pisiforme, qui est toutefois proportionnellement moindre que dans les Mammifères digitigrades sauteurs! C'est-à-dire

que PARTOUT LE MOYEN EST ADMIRABLEMENT CALCULÉ SELON

le BESOIN', et chez tous ces animaux, ces moyens mécaniques sont secondés par de nombreux et puissants ligaments

spéciaux unissant postérieurement les osselets du carpe entre eux, aussi bien qu'aux métacarpiens, de manière ^ ne laisser dans leurs articulations presque aucune possibilité de luxation ou de rupture.

J'ai déjhdit,-en parlant de la main deThomme, que le métacarpe se composait, chez les Mammifères, suivant les espèces, de un k cinq petits os longs placés à côté les uns des autres , et portant chacun un doigt. En examinant la marche de gradation que suivent ces derniers, ainsi que les orteils, j*ai découvert la loi d*après laquelle ces appendices de la main et du pied disparaissent dans la Classs des Mammifères; loi que j*ai déjk fait connaître dans mon Traité théorique et pratique d'anatomie comparative,^ et II laquelle je n*ai trouvé aucune exception, quoiqu'il m'ait été impossible d'en reconnaître la raison déterminante. D'après cette loi , le premier doigt , ou le premier orteil qui disparaît est toujours l'interne ou le Pouce ; le second est le cifhquième ou l'externe, puis le second, et enfin le qua^ triime ; de manière que là où il n'y en a plus qu'un seul , comme dans le Cheval^ c'est constamment l'analogue du troisième qui persiste; c'est-à-dire, qulls disparaissent alternativement au bord interne et au bord externe de la main et du pied. Chez les Oiseaux et les Reptiles, le nombre de doigts et des orteils étant aussi de cinq au plus , et disparaissant jusqu'au nombre de deux; la loi de cette disparition n'est toutefois pas la même que dans les Mammifères, ainsi que je le ferai voir en parlant de la composition du corps de ces animaux.

Lorsque des doigts ou des orteils manquent chez les Mammifères, leurs métacarpiens et leurs métatarsiens respectifs existent toutefois encore jusqu'au second degré suivant, sons forme de rudiments cachés dans les chairs : c'est-à-dire que , lorsqu'il y a quatre ou trois doigts , ou orteils , les os métacarpien et métatarsien des deux autres se retrouvent encore à leurs places respectives. Quand il en manque au contraire

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trois, celui du premier qui a d*abord disparu manque seul complètement; tandis que ceux du second et du cinquième ont tous encore un rudiment sous la peau. Enfin chez les espèces qui n'ont qu'un seul doigt , ou un seul orteil , le métacarpien et le métatarsien du cinquième disparait également tout à fait, et ceux du second et du quatrième persistent. Il résulte de ce fait qu'il n'existe jamais de chaque côté qu'un seul métacarpien ou métatarsien rudimentaire.

Il est fort remarquable que , bien que la main de YHomme soit d'une composition plus simple que celle du Chat^ même pour les muscles, qui y sont moins nombreux ; et que plusieurs de ses parties , et surtout les ligaments, soient bien plus confondus et presque inextricables, l'homme puisse cependant parvenir k exécuter avec ses doigls^des mouvements d'une rapidité et d'une précision étonnante ; mais il faut le dire, ce n'est jamais que par l'effet d'un très-grand exercice longtemps continué, qu'il arrive à ce résultat, et non parce que c'est chez lui une faculté naturelle innée , comme elle l'est chez les animaux. C'esth-dire que cette faculté est chez l'homme artificiellement acquise à l'aide de l'intelligence ; tandis qu'il est naturellement peu agile, et même fort maladroit. C'est ainsi que le pianiste peut parvenir k exécuter avec ses doigts des mouvements de quadruples croches, dans un temps où des personnes non musiciennes , mais du reste aussi fort agiles en autres choses, ne pourraient guère faire des croches simples ; tandis que les mouvements de la main du Chat sont au contraire chez tous d'une promptitude extraordinaire, et encore aucunement comparables sous le rapport de la rapidité aux battements des ailes des Oiseaux , et surtout des Insectes , dont il sera parlé plus tard.

Pour obtenir cette extrême agilité de mouvements dans la main du Chatj aucun moyen qui puisse y contribuer n'a été oublié ; aussi ne peut-on rien voir de mieux organisé que cet admirable appareil servant à la fois à la locomotion

et à la préhension ; appareil dont la main de Tbomme est loin d*approcher, pour le nombre et la netteté des organes qui la composent, quoique la plupart y trouvent leurs analogues. C'est dans cette partie des membres des animaux do genre Chat qu'il faut voir, en efiPet , avec quel som a la

FOIS SAVANT ET MINUTIE,UX TOUT A ÉTÉ PRÉVU ET CALCULÉ JUSQUE DAI<fS SES EXTRÊMES DÉTAILS POUR l' APPROPRIER LB PLUS PARFAITEME7<T A LA VIE DE CHASSEURS de CeS élégaotS

animaux, qui devaient, pour cela, jouir de la plus grande prestesse de mouvements , afin de pouvoir saisir maintefois au vol les oiseaux qui deviennent leur proie ; tandis que la main de Thomme est plutôt faite pour empoigner avec force tant les petits que les grands objets, et n'a, elle

AUSSI , REÇU DE LA PROVIDENCE , QUE JUSTE CB QUI LUf FAUT POUR SUFFIRE AUX FONCTIONS QU'ELLE DOIT EXERCER.

Cette contradiction apparente qui existe ici entre les deux conditions organiques de l'homme, et le chat, nous montre avec quelle sagesse et quelle haute vue scientifique lb Créateur a doté chaque Être des facultés dont il a besoin pour le genre de vie qu*il lut a prescrit , sans LUI EN ACCORDER D*iNUTiLES. En effet, puisque rhoBiBM

A ÉTÉ DESTINÉ A LA VIE SOCIALE ET A LA CIVILISATION , ObjelS

pour lesquels il a reçu sa haute int^elligence; une foule d'organes et même plusieurs facultés lui ont toutefois été révisées, soit parce qu'il peut y suppléer par d'autres, ou par des moyens que lui suggère sa raison , soit que ces facultés lui eussent été défavorables , soit enfin par toutes ces causes réunies. C'est ainsi que cette grande souplesse de mouvements dont jouissent les Mammifères chasseurs, pour atteindre, combat/re et vaincre leur proie, manque k l'homme, d'une part, comme lui étant en ce sens inutile, qu'il peut se procurer tout ce dont il a besoin par des moyens industriels; d'autre part, cette même souplesse lui eât été nuisible, comme ne permettant pas une fixité suffisante des diverses parties de son corps . dans son attitude et sa

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