‹ Théologie de la religion naturelleChapitre 24 sur 51 · SECTION DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SECTION DEUXIÈME

De la création en gén&aié

L'esprit de Thomme ne possède aucune faculté capable de lui faire scruter Tacte de la création. La création est pour nous autant un arcane impénétrable qu'un fait certain. De plus^ ridée que Dieu^ Tétre immuable^ éternel et parfait) a créé un ensemble de choses changeantes el finies^ contient pour nous comme une espèce d'opposition profonde. La créalion est un mystère pour nous. Mais nous y croyons parce que nous savons qu'elle est un fait réel.

La science devient ainsi pour nous une autorité légitime émanée de Dieu même, et par laquelle nous parvenons à savoir plus que nous ne comprenons. Autorité qui nous inspire la foi, non passimplementditeoudeconfiance, laquelle est la croyance heureuse d'une jeune inlelli-

gence aux^ vérités que l'on exprime avec amour ou avec solennité devant lui, mais la foi scientifique ou l'affirmation réfléchie de ce que Ton sait être vrai, quoique Ton ne puisse pas Texpliquer.

Il ne se pouvait pas que Dieu se révélât à nos esprits finis sans arcanes et sans mystères. Si Dieu, sous le voile de ces ombres adorables, ne fût pas devenu pour notre entendement une notion mystérieuse, nous eussions été semblables à ce que nous pouvons supposer qu'est la brute : nous aurions embrassé tout notre savoir sans jamais penser à rien qui lui soit supérieur. Que notre science eût été étroite! et combien ne s'élargit-elle point par la connaissance de ces vérités sacrées dont l'horizon est le seuil de rinfini!

La croyance aux vérités voilées sous le nuage du divin est comme le passage d'un pont jeté par Dieu entre les deux rives du fini et de l'infini, par lequel nous pouvons aller vers Dieu en évitant le vertige que nous donneraient les abîmes sans fond qui nous séparent de l'infini.

La foi scientifique est la parole de Dieu écoutée, c'est notre plus haute et notre plus belle science.

Les vérités connues comme telles, mais dont la parfaite vision nous est refusée, apportent avec elles leurs exigences : il faut qu'elles soient acceptées en leurs magnifiques profondeurs et respectées en leurs ténèbres sacrées. C'est pourquoi, n'imitant pas ce naïf enfant qui offrirait ses faibles maiiis de chair pour broyer du granit, nous renoncerons à résoudre les vaines questions qui peuvent être faites à l'occasion de ces vérités ; c'est pourquoi surtout nous éviterons de transformer en objections contre ces vérités les difficultés qui naissent pour lious de leurs rapprochements.

Ainsi nous dirons simplement : La création est un fait divin, mystérieux, produisant le fini et le changeant. Quel que soit son âge, l'univers a commencé à être, et quelle que soit sa grandeur, il est limité. L'espace, compris entre les derniers points lumineux que nos plus forts instruments d'optique nous permettent à peine d'entrevoir de tout côté, n'est peut-être que

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comme le centre du véritable univers; et ces mondes délicats que nous écrasons quand nous froissons du bout des doigts une pétale de fleur, sont peut-être plus grands par rapport à d'autres que celui que nous apercevons au-dessus de nos têtes ne l'est par rapport à eux. Il se peut aussi que Tacte créateur n'ait pas cessé et qu'il doive continuer à jamais en des espaces d'une grandeur ou d'une petitesse incommensurables pour nous ; mais rien de tout cela n'est capable de faire faire à la création un seul pas vers l'infini.

La création est Taction de Dieu dans le fini. S'il y a quelque chose qui puisse de quelque manière être appelé une production divine infinie, cette production, seule nécessaire, seule éternelle, seule immense, et véritable image de Dieu lui-même, qui est immuable et parfait, ne saurait être cet ensemble de choses finies, imparfaites et changeantes appelé Tunivers.

Mais la théologie naturelle ne peut affir-^ mer que la production divine du fini. Si Dieu d'ailleurs produit l'infini, cet infini est ineffable pour nous et nous ne pouvons pas nous flatter

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d'en entrevoir même comme Tombre d'une

faible représentation , en pensant que c'est la ^ félicité de Dieu en Dieu.

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