‹ Théologie de la religion naturelleChapitre 38 sur 51 · SECTION NEUVIÈME · texte numérisé non relu

SECTION NEUVIÈME

Dn repentir de Ihomme et de la miséricorde divine.

Il n'y aura vraisemblablement que fort peu d'hommes, il n*y aura peut-être personne qui nait jamais voulu que le mal, et qui ait ainsi assumé sur lui toute la responsabilité qui puisse peser sur la tête d'un être moralement libre , c'est-à-dire qui ait mérité la plus grande intensité de châtiment dans l'avenir. Et il y aura peut-être aussi très-peu d'âmes, s'il y en a , qui n'aient jamais voulu que le bien , ou qui aient mérité la plus grande récompense qui puisse être méritée par une intelligence qui aura été placée pendant quelque temps dans un état moral. L'avenir de chaque homme, d'après cela seul, serait donc, et à des degrés divers, une recompose ou une punition en deçà d'extrêmes

opposés. Mais, il y a deux nouveaux éléments qui viennent rendre possible une modification dansFavenir de ceux qui, ayant d'ailleurs mérité des récompenses par leur bonne volonté, auront encouru cependant quelque responsabilité. Ces deux éléments sont le repentir des pécheurs et la miséricorde divine.

L'être moralement libre qui a eu le malheur d'abuser de sa liberté, mais à qui Dieu conserve encore la grâce de la liberté morale, peut, changeant de volonté, confesser devant Dieu ses fautes, les désapprouver, s'amender et en un mot se repentir. Il est évident qu'une telle conduite diminue la responsabilité encourue par cet être, ne fût-ce que par le rapport changé entre ses mérites et ses démérites.

Nous ignorons en quoi consiste exactement l'effet spirituel du repentir sur Tâme, mais nous pouvons penser que Dieu pardonnera au pécheur repentant ; car, s'il est dans l'essence de la justice d'être absolue ou sans degrés, d'être parfaite ou de n'être pas , il est au contraire dans l'essence de la bonté d'être susceptible de

degrés divers, d'être avec plus et d'être encore avec moins. Or la clémence n'est qu'un degré suprême de bonté toujours possible.

Le repentir et la réparation plus ou moins incomplète (pi'offre par son amendement pour ses méfaits un pécheur converti , ne satisfont assurément pas à la justice divine. Si , par im* possible, cela était, le pardon serait dû, ce qui est absurde. Pour que la clémence soit possible, il faut précisément que le coupable repentant soit dans Timpuissance d'offrir une réparation complète. C'est à la miséricorde seule qu'il ap* partient de compléter par pure bonté ce qui manque au repentir le plus sincère pour se libérer.

Le repentir, du reste , est une condition indispensable à Tobtention de la miséricorde divine. Dieu sachant en effet que l'homme pourrait abuser de sa liberté morale, eût évidemment supprimé le règne même de cette liberté plutôt que d'avoir à pardonner à celui qui , refusant de se repentir, persisterait dans sa volonté du mal.

no THÉOLOGIE NATURELLE.

Dieu n'est pas seulement bon , il est juste aussi , et une perfection en Dieu ne saurait en détruire une autre. De même que Dieu est actif quoique immuable, de même il est juste quoique bon : la justice n'exclut pas la bonté. Notre existence , que la justice ne réclamait pas , le prouverait seule ; mais une bonté arbitraire serait exclusive de toute justice , et nous voyons que Texistence que nous devons à la bonté de Dieu nous engage en face de la justice par le devoir. Toute bonté est gratuite, mais une véritable bonté n'est pas arbitraire, et elle suppose toujours la justice honorée par celui qui en est l'objet. Or, le refus d'un pécheur d'honorer, en se repentant, la justice divine, rend la bonté du pardon essentiellement impossible. Ou la justice n'exisie pas en Dieu , ou , lorsqu'elle est blasphémée y elle doit seule atteindre le cou-pableé

La religion naturelle, en Tabsence de tout signe certain que Dieu pardonne au pécheur repentant, n'apprend pas si Dieu pardonne en effet au repentir ; mais nous savons que, dans les

DOCTRUfB. 111

circonstances convenables , ce pardon est toujours possible. D*où le

Page 1