DEUXIEME PARTIE
Du devoir en générai.
Le vingtième dogme : l'homme est moralement libre, et le vingt-unième : le devoir de l'homme est de réaliser le bien moral, sont la base de la morale naturelle.
La science morale ne diffère de la doctrine qu'en ce qu'elle développe la loi sacrée du devoir naturellement imposée à notre volonté.
La morale comme la doctrine commence à
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être en nous un simple sentiment de confianee ; mais notre entendement s'étendant peu à peu en nous y nous parvenons à nous assimiler ses vérités, et, dépassant bientôt la foi filiale que la famille ou la patrie nous inspire , nous nous élevons jusqu'à l'évidence ou jusqu'à la démonstration de toute sa vérité.
Mais la science morale possède un élément qu'aucune autre science ne possède. Quand les autres sciences sont connues, nous en faisons simplement usage , tandis que la morale , pour être pratiquée, demande une détermination que le mal sollicite en sa faveur à lui. La connaissance de la morale n'est nullement une cause immédiate et infaillible de vertu; elle peut exister et être suivie d'une action opposée à celle qu'elle devrait engendrer, parce que l'état ac* tuel des choses humaines rend notre volonté indépendante de la loi du bien.
Demander que la loi du bien nous soit con-* nue au point de nous forcer à la vertu, ce serait demander à ne pouvoir plus être vertueux , ce
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serait détruire notre liberté morale en affranchissant notre âme des conditions qui la font méritante ou responsable. La morale est une science en théorie y mais en pratique elle est une vertu.
L'obligation morale qui nous attache à Dieu par un lien que nous pouvons briser est avant tout spirituelle. Il faut vouloir le bien que Ton connaît.
Si Thomme y d'ailleurs moralement libre , était simple esprit , sa vertu n'aurait rien de physique ; mais l'homme étant esprit et corps unis, sa vertu consiste en une action à la fois spirituelle et physique^ el nous voyons en effet que sa première activité ^ celle qui a pour but Téloignement de la peine et Tembrassement du. plaisir, est physique autant que spirituelle.
Au moment où lesprit commence à avoir conscience de ce qu'il a fait jusque-là par une espèce de fâtalité^.il s'aperçoit qu'il est entouré d'êtres qui sont ses semblableB ; ou qui ont les
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mêmes lois physiques , les mômes penchants que lui , et le même besoin de félicité personnelle. À ce moment encore la notion de la justice, de Tordre, de la bonté, etc., se révèle à lui en un degré d'abord supérieur à sa personnalité, puis en un idéal parfait. Moment solen-. nel de la vie où le devoir vient contrebalancer l'intérêt en donnant à lexistence actuelle un sens et un but sublimes.
Arraché à l'isolement où Tavait plongé un égoïsme inévitable , et placé comme entre ses intérêts et le bien proprement dit , il pourra continuer encore de n'agir que pour lui seul , mais ce ne sera plus innocemment , et ce ne sera plus en paix qu'il sacrifiera ainsi tout à lui seul , car le devoir lui est désormais connu , et le premier degré de cette révélation, supérieure k l'instinct , est précisément le droit d'autrui égal à son propre droit, d'où surgissent des devoirs réciproques.
Vouloir simplement le bien en son âme ne suffît donc pas à l'accomplissement du devoir chez un être spirituel et physique dont l'effort
volontaire peut avoir un effet extérieur. II. faut que la volonté de cet être se résolve en Tactivite physique possible.
Lorsque Ton possède un moyen de réaliser physiquement un bien voulu , cette réalisation est exigée par l'obligation morale. On ne saurait d'ailleurs aimer et vouloir une chose sans la réaliser autant qu'on le peut. Penser à un bien ou à un mal^ et ne rien faire de plus^ si c'est possible, ce n'est pas en idéalité vouloir Ce bien ou ce mal, c'est seulement en avoir une simple idée ; mais la simple idée du bien et du mal donnant à un être moralement libre l'obligation d'agir pour le bien contre le mal, il en résulte que cette idée conduit au devoir de l'activité extérieure.
L'ensemble des choses de ce monde offrant l'occasion de réaliser à tel ou tel degré le bien connu , la faillibilité de quelques-unes de nos notions naturelles ou sociales ne saurait nous dégager de ce devoir, qui est d'agir pour le bien autant qu'on le peut et comme on le peut. La vie actuelle doit être pour nous comme un
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aulel d'où s'élève vers Dieu le parfum de Taotre amour quand nous faisons le bien.
Il est vrai que la réalisation physique de l'acte spirituel n'est pas souvent , n'est peut- . être jamais en une concordance parfaite avec le dessein de notre volonté, laquelle s'élance vers un horizon inaccessible. Mais le devoir n'étant pas précisément la réalisation absolue de Tidéal conçu, mais d abord et surtout Teffort extérieur possible qui tend à la perfection, il s'ensuit, qu'à un point de vue la réalisation physique d'une volonté pour le bien comme pour le mal n'est qu'une espèce de formalité variable, quoique le devoir reste le même, laquelle for^ malilé, exigible quand elle est possible, reste inutile quand elle ne l'est pas, et est pour celui qui peut agir le signe même de la moralité, ou la preiive que la volonté du bien n'est pas illusoire, qu'elle est autre chose que l'idée abstraite imméritoire du bien ou du mal.
On peut diviser l'obligation morale en huit
devoirs principaux , dont la simple expression est évidente, et qae nous exposerons ici sans détails.