IL FAUT ETRE PARFAIT
Dieu seul est absolument parfait. Mais, si Dieu seul est parfait d'une manière absolue , chaque créature est susceptible d'une perfection relative à sa nature.
La perfection relative à l'homme tel qu'il est aujourd'hui, n'est pas précisément une vertu naturelle facile et heureuse ; mais notre perfection, en cette vie, est Tamour actif, difficile et pénible du bien.
L'état parfait auquel nous commande d'aspirer la morale, hors de laquelle il n'y a point de salut, état qui est relatif aux grâces que Dieu nous a départies, n'est pas seulement la culture
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de quelques vertus de prédilection, mais l'accomplissement de tous nos devoirs.
Le mérite d'un être moral se mesurant à la volonté de cet être et non à Tacte réalisé , il est évident que la perfection morale de l'homme est avant tout une perfection de volonté, et que les actes moraux de la volonté, dont la réalisation est empêchée, sont devant Dieu autant méritoires ou autant coupables que si cette réalisation avait lieu.
De plus, il en est des actes de la volonté qui n'ont pas de réalisation physique sensible, comme de ceux dont l'effet devient visible pour nous. Ces actes ont un effet spirituel, ils influent sur la puissance de la volonté comme les autres* Car, lorsque la volonté s'exerce avec continuité en des actes dont l'effet extérieur est C(Mistam*^ ment empêché, elle se corrobore à tel point, que, si l'empêchemeat vient enfin à disparaître, cette volonté pourra éclater, fortifiée par ses nombreux désirs, en une manifestation magni-^ fique ou épouvantable.
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Notre devoir n'est donc pas seulement de viser au bien par les actes dont Teffet devient physique, nous devons encore tendre à lui en toutes nos aspirations, et cultiver autant l'amour purement spirituel du bien qu'il ne nous est pas donné de réaliser, qu'être vigilants à bannir de notre cœur ces convoitises secrètes et ces égoïsmes cachés avec lesquels l'âme ne saurait accomplir ses devoirs.
L'homme pieux aspire assurément à cet état bienheureux dans lequel la sainteté est la vie elle-même. Mais sachant que la vie actuelle est l'ensemble des conditions de la vertu, il ne voit rien de fâcheux dans cette vie qu'il accepte. Il commande, selon le devoir, à toutes ses inclinations vers le mal ; mais il ne maudit et ne cherche à détruire dans ses inclinations que cette partie coupable qui est le fruit de labus même dé sa liberté morale. Il fuit, comme illu« Boire, toute aspiration à n'importe quelle per*fection surhumaine, et ne s'expose pas ainsi k donner le nom de vertu à des actes bizarres par lesquels il épuiserait l'énergie que réclament les seules véritables vertus humaines.
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Il ne dépend pas de Thomme^ en effets de changer ni de rétrécir le sentier de nos devoirs.
Si nous considérons d'ailleurs l'étendue et la beauté de l'idéal que la morale humaine proprement dite offre à notre activité, nous resterons confondus qu'une telle perfection ait été proposée par Dieu à notre volonté.
L'homme qui vise à sa perfection, ne se reposera jamais sur les progrès moraux qu'aura pu accomplir l'humanité, parce qu'il sait que, si nous héritons de quelque manière d'une partie du progrès réalisé avant nous, il y a un mérite et un progrès moral personnels, qui sont à recommencer pour chacun des hommes qui viennent en ce monde.
Il faudrait être parfait. Mais l'idéal du bien est si beau et les devoirs que la morale norn^ale nous impose sont si grands, qu'il n y aura sans doute que très-peu d'hommes , qu'il n'y aura peut-être personne qui ait été parfait.
Si nous n'avons pas atteint à la sublimité de la perfection qui nous était naturellement pro-
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posée^ il est du moins des degrés inférieurs do cette perfection auxquels nous pouvons nous élever par le repentir^ en faisant de pénitence vertu.
i^gne du repentir, la pénitence, qui est un sentier presque parallèle a la voie de lu perfection, est aussi le seul refuge pour Tétro déchu par ses mauvais vouloirs. Les hommes vicieux ne le sont que pour avoir dédaigné dès l'origine toute réaction morale sur eux-mêmes. Aussi, pour nous retenir contre notre inclination vers le mal, pour ne pas tomber dans le précipice qu'ouvre sous nos pieds nos premiers méfaits, pour nous élever enfin vers la cime du souverain bien, et atteindre ainsi notre destinée :
Modérons tous nos désirs ; N'exigeons pas tous nos droits ; •Ne réclamons que la justice ; Imposons-nous la charité ; Fuyons la curiosité du scandale ; Refusons d'être pris pour modèles ; Croyons au repentir de tous les criminels.
Et, si nul de nous n'est parfait, ne nous ahan
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donnons pas à cette mélancolie dangerense ^ quoique noble, que donne, avec le repentir, la crainte de n'être point pardonné ; mais vivons et mourons de telle sorte, que Dieu puisse un jour nous dire à tous :
Vous que j'avais créés pour votre bonheur, et qui, après vous être perdus, avez, moralement libres encore, renoncé au mal et aspiré vers le vrai bien^ je vous rends la sainteté dont vous avez tant regretté la perte : venez ! élevez-vous pour toujours vers moi, et agissez désormais par les lois infaillibles d'une science pleine de félicités r
FIN DE LA THEOLOGie DE LA RELIGION NATDRELLE.