IL FAUT ETRE CHASTE
Le devoir général que nous avons dQ tempérer toutes les forces dont l'a nature nous a fait les dispensateurs, nous oblige à régler'cette inclination, que Ton appelle par excellence rin» clination des sens, parce que Texaltation de tous les sens concourt à^on énergie, et que tous les sens deviennent ses esclaves si elle n'est pas dominée par la chasteté.
Quand nous sommes formés pour vivre en société, et au moment où notre intelligence vient d'être éclairée par Tidéal divin du bien, du beau, de Tordre, de l'utile, du suffisant, du pur, etc., nous sentons qu^une nouvelle mission nous est donnée avec une nouvelle force.
Si la reproduction de notre espèce eût été le seul but de la Providence dans cette mission qu'elle nous donnait, il est certain queles moyens
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de la remplir eussent été en rapport avec le but de la mission elle-même. Mais le moyen d'atteindre le but de la nature est, dans le genre humain, en une si grande disproportion avec ce but lui-même, qu'il devient évident pour nous qu^en nous donnant cette mission Dieu . a eu encore pour dessein de nous offrir une grande vertu à pratiquer.
La force de Tinclination des sens venant de Dieu, est assurément bonne en elle-même, et Tacte physique accompli sous son empire, suivant les lois de la morale, est essentiellement pur ; mais puisque cette inclination a une portée supérieure à son but physique, il faut qu*elle soit réfrénée par nous.
Il n'y a pas de devoir qui exige, pour être accompli, une plus grande vigilance ni un plus grand amour du bien, c'est-à-dire de Dieu, que le devoir de chasteté. Aussi la chasteté estelle parmi nous comme le type même de la beauté des vertus humaines. Et Ton recule comme d'épouvante à l'idée du débordement hideux que causerait la passion opposée dé-
chaînée dans la société. La- stabilité, la grandeur qui se voit dans Thumanité, viennent en effet de la chasteté que les âmes pures y font régner.
L'humanité par ses progrès , pour lesquels d'ailleurs elle est faite, travaille, pour ains dire, à amoindrir sous quelques rapports sa liberté morale, et elle parvient en effet à limiter de plus en plus les occasions de mérite. C'est ainsi que le développement de lintelligence fa« vorise la piété ; que les progrès des sciences et les facilités de la vie physique transforment une 'partie du devoir de tempérance en simple prudence. C'est ainsi encore que l'amélioration des lois et que de sages règlements d'administration diminuent les occasions d'une foule de mérites. On peut prédire que tels et tels* actes possibles aujourd'hui et méritoires^ seront un jour remplacés dans la société par le résultat d'un art heureux. Mais l'ardeur des sens, unie à l'habitude immanquablement contractée de n'agir que pour soi, sera pour toujours dansThumanité une cause d'activité morale ou de vertu, que nul progrès physique n'affaiblit, que tous les
progrès peut-être corroborent, jBt dont la destruction suppose la destruction même de Thumanité.
Nous venons sur terre ignorants de toute chose, et il faut qu'on nous apprenne d'abord, par voie d'autorité, la morale elle-même, avant qu'elle nous apparaisse en sa sainte évidenice. Or, quand un homme émet devant une jeune intelligence une proposition relative à la morale, Télément naturel de Tautorité fait qu'il s'échappe en même temps de lui une véritable inspiration de réaliser ou de ne réaliser pas l'acte auquel il est fait allusion. Une jeune âme qui, par exemple, entendrait parler du mensonge avec approbation ou avec indifférence, avancerait en sa vie morale apportant en elle une espèce de prévention contre le devoir de véracité, de sorte que, parvenue à la connaissance de son devoir, elle serait moins disposée à le remplir que celle qui aurait toujours entendu parler du mensonge avec horreur.
La solidarité humaine, en effet, en laissant d'ailleurs intacte la liberté individuelle, fait
qu'en définitive nul de nous n'est le seul auteur de ses mérites. Nous participons tous plus ou moins aux mérites des autres, et l'on peut dire que ce n'est pas précisément chaque individu qui doit se sauver, mais que c'est chaque famille, chaque.cité, chaque nation, l'humanité entière, par l'accord moral de tous ses membres.
Cette influence de Tallure d'une expression comme celle de l'exemple est surtout sensible pour la pureté. Aussi , malheur à ceux, peut-on s'écrier, dont la parole immorale ou indifférente est une espèce d'approbation pour rincontinence, pour l'infidélité ou pour d'autres vices que l'on dit exister , et bénis soient ceux, au contraire, dont l'accent ou la conduite inspire la chasteté I