La raison elle-même nous démontre cette vérité; saint
(1) Pass. cit., § 7.
(2) Saint Athanase, cité par lui, tient le même langage, Lettre à Sérap.; il dit que le Fils est partout, et qu'il est en dehors de tout; et ce qu'il dit de lui, il le dit des autres. Saint Jérôme , expliquant Isaïe , dit aussi qu'il est et intérieurement et extérieurement. L'annotateur de saint Ambroise (Com. sur l'ép. Eph.), dit que non-seulement Dieu remplit tout, mais qu'il excède tout. Saint Augustin, interprétant les paroles de l'Apôtre, I Serm., s'exprime ainsi: « Qu'est-ce que Dieu? Qu'est-ce? C'est l'inestimable, l'iueflable, l'incompré- » hensible; il est au-delà de tout, en dehors de tout, plus que tout? » Et Prudence dit élégamment : « Il est au-dehors et au-dedaus, il remplit et dé- 0 passe tout. »
Thomas la développe, pass. cit., art. 1. Dieu, en effet, agit toujours partout, par sa puissance et son action, pour donner continuellement et toujours l'être à toutes choses, ou pour leur conserver l'existence; or, Dieu agit au moyen de sa puissance et de son action, qui ne sont nullement séparées de sa substance ; donc, comme Dieu est partout, et par son action et par sa puissance , de même , par son essence et sa substance, il est intimement présent à toutes choses (1).
Objections.
I. Obj, 1. Les Ecritures nous insinuent çà et là que Dieu est dans le ciel , qu'il va d'un endroit à l'autre en marchant , en descendant, etc.; qu'il habite sur la terre, dans le temple, dans l'arche, etc. 2. C'était là le sentiment des anciens Hébreux, des patriarches et des prophètes, car Rebecca alla consulter le Seigneur (Gen., XXV, 22); Jacob (ibid., XXYffl, 16) dit aussi , après s'être éveillé : « Le Seigneur est véritablement » dans ce lieu, et je n'en savais rien ; » on lit aussi dans Jonas, I, 3 : a Jonas se leva pour aller dans le pays de Tharse et » fuir la présence du Seigneur. » Donc :
Rép, 1 . Z). Au figuré et improprement, ou en raison de certains effets par lesquels Dieu se manifeste spécialement, C, proprement et à l'exclusion des autres lieux, N. On dit, dans un grand nombre de sens, de Dieu, qu'il est au ciel ou ailleurs; au ciel, parce qu'il y manifeste spécialement sa gloire aux bienheureux , comme il est dans les justes par la grâce qu'il déverse dans leurs cœurs ; il est en Jésus-Christ par l'union hypostatique en vertu de laquelle il imit la nature humaine à la nature divine, et il la dirige et la sustente; il est dans l'Eglise par l'appui qu'il lui donne, et au moyen duquel il la soutient; il est dans le temple, dans l'arche pour y recevoir le culte qu'on lui doit; il est enfin dans tous les êtres comme cause de
(1) Voy. Lessius, Perfections divines , liv. Il, c. 1 et suiv. Voici comment Kiint Thomas le démontre, p. 1, quest. 8, art. 4 : « Le propre de Dieu, c'est » d'être partout, car il faut que tout ce qui est en Dieu soit dans quelque » lieu que ce soit, non pas en partie, mais en soi-même. » Donc, si Dieu est partout selon lui-même , c'est-à-dire s'il est tout entier partout , comme il convient à son être ou à sa substance infiniment simple de l'être , c'est ce que prouvent les passages et de l'Ecriture et des Pères, qui semblent d'abord ne parler que de l'ubiquité de Dieu, mais que prouvent aussi l'immensité en vertu de laquelle il est partout et contient tout. Aussi est-ce avec raison qu'un ancien philosophe a dit que « Dieu est une sphère incompréhensible, dont le a centre est partout et la circonférence nulle part. »
leur existence, ainsi que le dit saint Thomas. On dit aussi de Dieu qu'il descend, qu'il marche, qu'il s'approche, en tant qu'il fait quelque chose sur la terre, qui, comme le dit saint Augustin, indique, en dehors de l'ordre merveilleux de la nature, qu'il y est en quelque sorte présent (1).
Rép. 2. C'était l'opinion de quelques hommes grossiers et ignorants, C. c'était celle de tous les hommes, et surtout des patriarches et des prophètes, N. Car cette assertion ne repose sur aucune raison probable. Qu'il soit écrit que Rebecca &' avança pour consulter le Seigneur, ce n'est pas là un obstacle, car ceci a été dit dans ce sens que le cœur, l'affection de Rebecca la portèrent, la déterminèrent à consulter le Seigneur (2). C'est aussi dans ce sens que Jacob parle de la manifestation spéciale de Dieu, comme le prouvent et le songe et la vision dont il fut gratifié (3). Quant à Jonas enfin, on dit qu'il s'en alla au pays de Tharse pour échapper à la présence de Dieu, parce qu'il ne lui obéit pas, et qu'il chercha à se soustraire à son commandement; et c'est là une diction usitée dans les Ecritures (4).
IL Obj. 1. Un grand nombre de Pères nient que Dieu soit partout, tels que Clément d'Alexandrie, Stromates, liv. II et V ;
(1) Contre Adimante, c. 13, n. 30 et ailleurs.
(2) Telle est la manière de l'expliquer d'Origène (Hom. XII sur la Genèse), où il conclut en ces termes, après une longue discussion : « Ainsi donc, les ■» saints ne vont pas d'un lieu à l'autre, mais bien d'une vie à l'autre , et ils f> passent des institutions moins parfaites à des institutions plus parfaites; » édit. des Bénéd., tom. II, p. 92.
(3) Voy. domCalmet, sur ce passage.
(4) Pierre Four. Ackermann : les Petits prophètes, enrichis d'une annotation continuelle, Vienne, 1830. Voici ce qu'il dit sur Jonas (v. 1-3): « 11 fuit de «> devant Jéhovah, c'est-à-dire il fuit pour échapper au fardeau prophétique f> que Dieu lui imposait; il espérait que Dieu ne le rappellerait pas d'un pays D aussi éloigné (Tharse était une colonie phénicienne de l'Espagne-Bétique), » et qu'il ne le renverrait point àNinive. Sanctius... On voit par là, et par les D versets 9-12, combien est embarrassée l'interprétation de ceux qui soup tiennent que Jonas pensait qu'il pouvait, en fuyant dans un pays lointain,
. p éluder le précepte de Jéhovah , vu que Jéhovah n'était que dans la terre
,p d'Israël comme la divinité tutôlaire de ce pays. S'il avait été dans cette
,j) erreur, et s'il eût pensé qu'il n'était point en Assyrie, et dès qu'il aurait eu
iD quitté le port de Joppé, il eût été hors de son territoire. Pourquoi fuyait-il
» donc en Espagne? Mais le Ghaldéen, Théodoret, Théophylacte, etc., pensent
» que cette fuite de Jonas exprime son refus d'accomplir ce que Dieu lui
» commandait (Ghristianus Castrus); et cotte explication est juste; car, comme
. » l'obseive Drusius, se tenir devant le Seigneur, signifie servir le Seigneur,
, » et celui-là refuse de le faire, qui fuit la présence du Seigneur, dans le lan-
0 gage ordinaire. »
Tatien, Disc. cont. les Grecs ; ils ont pensé que l'essence de Dieu pénétrait la matière; saint Jean Chrysostôme, Hom. V sur l'épître aux Coloss,; et Lactance, liv. de l'Œuvre de Dieu, chap. 16. 2. Ou ils disent que Dieu n'est nulle part, ou ils soutiennent que son siège est dans le ciel; saint Augustin est de cet avis^ lui qui dit, dans le LXXXIII liv. des Questions, quest. XX, que Dieu n'est nulle part (1).
Rép. 1. D. Es nient que Dieu soit partout par diffusion et extensivement, comme le prétendaient les stoïciens, C. par son immensité et en lui assignant un lieu déterminé , N. Les stoïciens, que réfutaient ces Pères, pensaient en effet que Dieu était l'âme du monde qui circule dans toute l'étendue de la matière et en met la masse en mouvement, et qui donne au monde sa forme; d'autres pensaient que Dieu se répandait dans les êtres comme une grandeur spacieuse, ce qui faisait que les Pères cités niaient qu'il fut dans cet état, puisque Dieu est, dans tous les êtres, non pas en quantité, mais bien comme substance créatrice du monde, gouvernant le monde sans peine et le contenant de la même manière, sans toutefois occuper de place ni de lieu, de manière à être moitié dans une partie du monde et moitié dans l'autre, si je puia ainsi m'exprimer, mais étant tout entier dans le ciel et tout entier sur la terre, sans être renfermé dans aucun lieu, mais étant tout entier luimême dans tous les lieux. C'est ce qu'expriment les scholasiiques lorsqu'ils disent que Dieu n'a pas formellement d'exiension, et qu'il en a virtuellement, en tant que Dieu, qui eu lui-même est indivisible et n'a aucune espèce d'étendue, atteint, par l'immensité de sa puissance, qui n'est pas distincte de sa substance, tout ce qui existe, tout ce qui est dans un lieu ; et il est , en toutes choses , comme la cause qui les produit, ainsi que le dit saint Thomas. Au reste, le même Clément d'Alexandrie, Stromates, liv. YII (2), dit « qu'il est persuadé ')) que Dieu est présent partout, et qu'il n'est renfermé dans » aucun lieu déterminé; » et saint Chrysostôme, Hom. .XXXVIU sur les Act., n. 3, affirme que a Dieu est proche de
(1) Voy. Pétau, liv. III, c. 8 et suiv.
(2) Il est vraiment étonnant qu'on ait pu imputer une opinion aussi absurde à Clément d'Alexandrie, lui qui consacre, dans son livre des Stromates, depuis le n. 4 jusqu'au n. 8, ce principe, pour combattre la folie des païens, qui lui attribuaient une forme humaine.
» tout ce qui est dans l'univers (1); » et enfin Lactance^ deâ Inst. div., liv. III, c. 3, affirme que « l'Esprit divin est répandu » partout, et qu'il contient tout (2). »
Rép. 2. D. Circonscriptivement, comme on dit, et comme s'il était renfermé dans un lieu, s'il y était contenu, C, excluant l'immensité , N. Donc, lorsque les Pères disent que Dieu n'est nulle part, ils entendent qu'il n'est renfermé dans aucun lieu, mais qu'il est au-dessus de tout , qu'il contient tout , et qu'U est son propre lieu à lui-même (3).
m. Obj, Si Dieu était partout, il pénétrerait tout de sa substance ; on le trouverait dans les lieux les plus dégoûtants ; il serait dans les démons eux-mêmes, comme aussi dans les espaces qu'on appelle imaginaires; or, il n'est pas permis de dire cela. Donc :
Rép. D, M. Si ces lieux étaient dégoûtants par rapport à Dieu, C. s'ils ne le sont que dans la manière dont nous les voyons, iV. Tout ce qui existe est bon en soi; ainsi, Dieu est dans les démons , en tant qu'ils sont des créatures , par le fait même qu'ils existent; il y est en outre pour les punir, comme le dit saint Augustin. Si ce qu'ils disent ensuite des espaces imaginaires a un sens, ce sens est que Dieu est tout entier en lui-même, comme il l'était avant la création du monde; et, quand même il existerait mille mondes, l'immensité de Dieu les contiendrait tous, lui qui, selon l'expression de certains écrivains anciens (4), est le lieu de tous les lieux, qui est son propre lieu, selon notre manière de penser, parce que nous avons besoin de ces choses pour exprimer notre
pensée.
PROPOSITION m.
Dieu est éternel.
Cette proposition est de foi, car elle a été définie par le rV* concile de Latran, si souvent cité (chap. Firmiter) ; il y est dit : « Dieu est éternel; » le symbole de saint Athanase dit aussi la même chose; on y lit : « Le Père est éternel, etc. »
Nous ferons préalablement observer ici 1 . que le mot éternité s'entend de plusieurs manières : 1. on le prend pour une
(1) Tom. IX de ses Œuvres, p. 290.
(2) Voy. Pétau, pass. cit., c. 7.
(3) Voy. ibid., c. 9, n. 12 et suiv.
(4) Voy. ibid., c. 8.
longue durée terminée par un commencement et par une fin ; on l'emploie souvent dans ce sens dans rEcriture, tel que lorsque Dieu promet aux Juifs qu'ils posséderont éternellement la Palestine, etc. 2. On appelle aussi éternel, mais dans un sens moins étendu, ce qui a eu un commencement, mais qui n'aura pas de fin, tel que la durée des anges et de l'âme raisonnable, etc.; les scholastiques l'appellent œvum. 3. Dans im sens moins large, ce qui n'a ni commencement ni fin, dont néanmoins l'existence ne soit pas absolument nécessaire ; c'est dans ce sens que tous et les seuls actes contingents et libres de la volonté divine et de son intellect sont éternels. 4. Enfin, on le prend pour une dui^ée absolument nécessaire qui n'a ni commencement ni fin, et qui est éternelle dans la rigueur et la force du terme ; et c'est de cette éternité dont il est ici question.
2. Nous dirons encore ici que l'éternité proprement dite se définit : Une durée sans commencement, sans fin et sans changement. Bien que l'éternité et l'immutabilité soient distinctes l'une de l'autre dans l'acte par lequel on les conçoit, il y a cependant entre elles une connexion telle qu'elles découlent nécessairement l'une de l'autre. Aussi saint Thomas définit avec raison, avec Boëce, l'éternité : « La possession complète, » entière et en même temps d'une vie interminable (1); » chacun peut voir cette définition expfiquée dans ses diverses parties dans l'article cité.
3. Nous observons encore que, bien que Téternité n'ait pas d'étendue formelle , comme on le dit, elle a cependant une étendue virtuelle infinie à cause des parties qui l'entourent et
(1) L'éternité peut se considérer de deux manières, ou en tant qu'elle est absolue, ou en tant qu'elle est relative. Elle est absolue lorsqu'on la considère en dehors du temps et des choses créées; elle est relative, si on la considère respectivement au temps. L'éternité absolue ne repousse pas seulement le passé et l'avenir, elle n'admet pas même le présent , qui se rapporte au ^assé ou à l'avenir; elle n'admet pas de parties, elle est la vie unique de Dieu persévérant dans le même état, ou bien encore elle est la simplicité infinie, ou l'infinité très-simple du seul Dieu vivant. L'éternité relative égale et surpasse tous les temps, et c'est d'après elle que l'on dit : « Au commencemen » était le Verbe, etc., » en tant qu'elle exprime la relation non pas à Dieu D mais aux hommes; et c'est dans ce sens qu'on dit : « Toute en même temps, » vu qu'une partie de l'éternité ne peut pas s'écouler dans une partie du temps et l'autre partie dans l'autre , et c'est là le sens de la définition de Boëce : « La possession complète et interminable de la vie en môme temps. » C'est ce qui fait que dans l'éternité tout est au moins objectivement présent, puisqu'elle est toute en même temps.
qui se succèdent et s'écoulent ; et cela , parce qu'elle n'a ni principe ni lin , et qu'elle équivaut à un temps infini qui a des parties qui se succèdent dès l'éternité, et qui se succéderont pendant l'éternité; elle équivaut, par conséquent, dans l'ordre de la coexistence, aux petites portions de temps et à toutes les choses créées qui se succèdent à l'infini. Aussi, bien que les choses créées coexistent avec cette même éternité, on ne peut pas dire d'elles qu'elles existent en même temps dans l'éternité, et qu'elles sont aussi en même temps présentes réellement à Dieu dès l'éternité en tant qu'elles existent, bien, comme on le dit, qu'elles lui soient toujours objectivement présentes; car elles ne coexistent pas avec l'éternité selon toute son détendue virtuelle, mais bien seulement à une partie de cette étendue qui répond à telle différence de temps que précède infiniment l'éternité, en tant que les autres parties de cette même étendue sont écoulées virtuellement, ou elle les devance infiniment en tant qu'elles doivent s'écouler. Si vous voulez vous représenter, au moyen d'une figure, ce que nous venons d'observer, imaginez-vous le centre du cercle qui, bien qu'indivisible, correspond aux parties divisibles, ou plutôt au point du cercle ou de la circonférence, et qui pourtant est immobile, bien qu'il soit enveloppé par le cercle. Cet exemple est tiré de saint Thomas (1).
£leci posé, il ne nous est pas difficile de démontrer la vérité de la proposition que nous avons énoncée plus haut, et cela, soit par l'Ecritui'e, soit par le témoignage des Pères, soit par la raison. On lit, en effet, Ps. LXXXIX, 2 : a Vous existez, ô » mon Dieu, dès les siècles des siècles ; vous étiez avant que » les montagnes ne fussent faites, que l'univers et la terre ne » fussent créés. » L'Apôtre dit (I Tim., YI, 16) expressément de Dieu : « Qui seul a l'immortalité. » Saint Augustin expliquant ces paroles (Trait. XXII, n. 9, sur saint Jean) : « Qu'est-ce, se demande-t-il, que l'Apôtre dit de Dieu, qui p seul a l'immortaUté, si ce n'est qu'il a dit ouvertement, seul il r> a l'immutabilité, parce que seul il a la véritable éternité (2)? »
(1) Contre les Gentils, liv. I, c. 66, n. 6.
(2) Ibid. Le saint docteur y démontre longuement que l'éternité ne convient qu'à Dieu seul, parce qu'il n'y a en lui ni succession ni écoulement de temps : a Tout ce qui, dit-il, de bon devient mauvais, et qui de mauvais devient bon, » n'est pas Dieu, car la bonté souveraine ne peut pas devenir meilleure, non » plus que la véritable éternité devenir mauvaise. 11 y a véritable éternité ,
Tertullien, dans son livre contre Eermogène, c. 4, appelle réternité Xétat de Lieu : « Car quel est, dit-il, l'autre état de » Dieu que l'éternité? )-> Il dit encore, dans son livre contre Marcion, liv. 1, c. 8 : « L'éternité n'a pas de temps; » il y dit encore : « Dieu est à la même distance du commencement et » de la fin qu'il l'est du temps. » — « Dieu, dit saint Grégoire » de Naz., dise. XXXYIII, n. 11, a toujours été, il est, et il » sera toujours, ou plutôt il est ; car était et sera ne sont que » des parties de ce temps et de cette nature caduque (1). » Voyez dans Pétau les témoignages des autres Pères; ils sont identiques (Pét., liv. III, c. 4).
Saint Thomas démontre encore cette vérité par la raison, pass. cit., art. 2, et voici comment il argumente : « L'immu- » tabilité emporte avec elle l'éternité, comme le temps emporte » le mouvement; ce qui fait que, comme Dieu est immuable, » c'est à lui surtout que convient l'éternité. » H conclut de ce principe (art. 3), que l'éternité est le propre de Dieu seul, parce que l'éternité est la conséquence de l'immutabilité, et que Dieu seul est parfaitement immuable. H le prouve aussi par la nécessité d'être de Dieu.
Soit donc que nous interrogions et l'Ecriture et les Pères , fioit que nous ayons recours à la raison elle-même, il est évident que Dieu, et Dieu seul, est véritablement éternel de cette éternité qui n'a ni commencement ni fin , et qui n'est soumise à aucun changement. Saint Thomas va jusqu'à prouver, pass. cit., que Dieu est lui-même son éternité. On peut en outre, sur ce point, consulter Pétau, pass. cit. C^j.
Oh], 1. Les Ecritures attribuent parfois à Dieu une succession de temps ; ainsi il est dit de lui dans Daniel, Vil, 9, « qu'il » est l'ancien des jours; » dans l'Apocalypse, I, 8, « qu'il est, » qu'il était, et qu'il sera. » 2. On attribue aussi à Dieu des actions soit passées, soit futures; donc Dieu n'est pas éternel au point qu'il n'y ait en lui aucune succession, ce qui d'ailleurs est absolument inconcevable.
> lorsqu'il n'y a pas de temps. Iklais une chose était-elle dans tel état, et i> maintenant est-elle dans tel autre ? 11 n'y a dès-lors plus d'éternité , etc. »
(1) C'est ce qu'il étalîlit plus longuement encore ru môme endroit.
(2) On y trouvera une foule de choses dignes de remarque, et très-propres à résoudre les difficultés que Ton peut élever sur ce point, d'après les opimous des anciens. Voy. aussi Lessius, Perfect. div., liv. IV.
Rép, 1. /). Improprement et en rapport avec notre intelligence, C. proprement et selon la manière d'être de Dieu , iV. Ces locutions ne sont employées, dans l'Ecriture, qu'improprement et en rapport avec notre intelligence; nous voyons, en effet, une espèce d'étendue virtuelle de succession dans l'éternité, ainsi que nous l'avons dit pour les autres attributs.
Rép. 2. Z). Par rapport au terme auquel elles se rapportent, et relativement à nous, C. par rapport à Dieu, et relativement à lui, iV. C'est encore en vue de notre faiblesse et du peu d'étendue de notre intelligence que l'Ecriture emploie ces expressions; ce peu d'intelligence ne nous permet, comme l'observe saint Augustin, de penser et de parler de l'éternité qu'au moyen du temps. Au reste, il n'y a en Dieu qu'une seule action qui est éternelle; et lorsqu'on dit qu'elle a produit ou qu'elle doit produire un effet dans le temps, elle n'est nullement soumise en elle-même aux vicissitudes du temps ; il n'y a de vicissitudes de temps que pour l'effet produit ou à produire. Car, comme nous l'avons fait observer précédemment en parlant de l'immutabilité de Dieu, il tend, dès l'éternité et pour l'éternité, par un acte unique de sa volonté (pour parler avec l'école), et cet acte unique est simple, invariable, indivisible; il tend vers tous les objets, et il y tend conformément aux modes et aux rapports selon lesquels il est porté vers eux (1).
(1) Voy. Suarez, Métaph., diss. I, sect. 8 et 4,