TROISIÈME PARTIE. CHAP. H
» faut pas l'imputer à la miséricorde divine ; mais c'est parce » qu'ils sont incapables de ce remède,.... parce que les mi- » nistres de l'Eglise, qui sont les dispensateurs de ces re- » mèdes, ne peuvent pas exercer sur eux leur ministère. » Parce que, comme le fait observer Suarez (de la Providence de la grâce à l'égard des réprouvés, liv. lY, c. 4, n. 10) , l'intention ou le désir que Dieu a de voir ces enfants se sauver a sa raison d'être dans l'intention que Dieu a d'arriver à cette fin, en tant qu'on peut y arriver par des moyens; ou, comme il le dit (n. 12), moyens par lesquels le salut a coutume d'être appliqué (1). L'une et l'autre raison est bonne; que chacun choisisse celle qui lui sourira le plus.
n. Obj, Saint Augustin pense que Dieu ne veut nullement le salut de ces enfants; sans nous arrêter aux autres textes, nous ne citerons que le passage suivant de sa lettre à Vital (Lett. CCXYII, n. 17) : « Comment dira-t-on que tous les » hommes la recevront (cette grâce],... vu que plusieurs en-
(1) Voy. de la Providence de la grâce, liv. IV, c. 4; il y développe longuement cette matière; et après avoir rejeté l'opinion des théologiens, qui considèrent la volonté de Dieu, concernant le salut de ces enfants, comme une espèce de complaisance , telle que celle que l'on admet en lui à l'égard des damnés, cet illustre docteur continue de démontrer comment Dieu a réellement la volonté sincère de sauver ces enfants, et comment Jésus-Christ est vraiment et réellement mort pour eux, bien que les obstacles que nous avons énumérés les empêchent de faire leur salut ou d'en profiter, Dieu, dans sa volonté générale, ne se proposant pas de les vaincre et de les surmonter. Il dit que cette opinion est commune parmi les théologiens. Il y résout aussi les arguments que développe Vasquez (Ipart., S. Thom., diss. XGVl, c. 2). Certes, si Vasquez avait prévu l'abus que Jansénius devait faire de son opinion, il ne l'eût point embrassée. C'est aussi ce qu'on peut dire, sans craindre de se tromper, de quelques autres. J'ajouterai que Vasquez ne B*écarte peut-être du sentiment commun des théologiens que dans les mots; car voici ce qu'il écrit (I p., S. Th., q. 106, c. 3) : « Nous pouvons, au reste, i> dire pour trois causes que Jésus-Christ est mort pour tous les enfants, f> bien qu'on ne puisse dire, sous aucun rapport, qu'il est mort pour les dép mons. 1° Parce que la cause qui l'avait fait venir, et prier pour les hommes, » était la même pour les enfants, et les démons se trouvaient complètement » en dehors. 2» Parce que nous croyons justement et pieusement que Jésus» » Christ n'a expressément refusé ses mérites à aucun enfant, non plus qu'il » ne les a exclus , auprès de son Père , des mérites de sa passion , comme il » a rejeté les démons. 3» Parce qu'il n'est pas moins pieux d'affirmor qu< ii> Jésus-Christ a voulu d'une volonté de simple désir, môme daus rhyp<jlhùs« » du péché du premier homme, le salut de tous les enfants, sans excf^pfioDy v> comme il s'est désiré la vie à lui-même , et qu'il a aussi prié pour tous, » pour qu'ils fissent leur salut, comme il a prié pour lui-môme pour être dé- » livré de la mort, mais avec la même condition (pi'il ajoute pour lui-même : » Cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la vôtre qui se fasse. » Ensuite il confirme ses paroles de l'autorité de saint Prosper.
» fants ne la reçoivent pas , et que la plupart meurent sans la » recevoir? et quelquefois, malgré que les parents le désirent, » qu'ils se hâtent , que les ministres le veuillent , qu'ils soient )) prêts, Dieu ne le veut pas, il ne la reçoit pas, et celui pour » qui on faisait les préparatifs nécessaires expire avant. »
Rép, N. A. Quant à la preuve, D. Dieu ne le veut pas d'une volonté conséquente, C. d'une volonté antécédente, N. ou Subdist. d'une volonté négative qui l'empêche de lever ces obstacles, C. d'une volonté positive ou d'une volonté qui organise directement ces obstacles , N. Le saint docteur n'exclut que la seule volonté efficace et absolue, mais il n'exclut pas la volonté conditionnelle que nous défendons ici. Ce qui le prouve, c'est que saint Augustin considère comme une chose certaine , dans les passages que nous avons cités plus haut, que Jésus-Christ est mort pour le salut de ces petits enfants ; il le tient pour un principe inébranlable dont il se sert pour prouver que le péché originel atteint tous les hommes. Mais il est évident que Jésus-Christ n'a pas offert son sang pour le salut de ceux dont il savait que Dieu ne le voulait pas même d'une volonté antécédente et conditionnelle,
Inst, Il ne manque pas de théologiens catholiques qui nient que Dieu veuille le salut de ces enfants, et qui, par conséquent, nient que Jésus-Christ soit proprement mort pour eux, et qui prétendent qu'il est mort seulement dans l'intérêt commun et pour satisfaire d'une manière suffisante. Donc :
Rép. D. A. Que ces théologiens le fassent sans raison, contredisant ouvertement l'Apôtre, C. qu'ils le fassent avec justice et conformément à la doctrine de l'Apôtre, N. Il est évident que l'opinion de ces théologiens est en opposition avec ces paroles de l'Apôtre : ce Si un seul est mort pour tous, donc tous » sont morts; » voici le sens de ces paroles : Si im seul esî mort pour délivrer tous les autres de la mort, donc tous sont morts par le péché ; il est évident qu'autrement l'assertion de l'Apôtre est de nulle valeur. En outre, ces paroles : Un seu\ est mort pour tous, doivent se prendre dans un sens simple et naturel ; or, prises dans un sens simple et naturel, elles veulent dire que Jésus-Christ a offert sa mort à son Père d'une volonté sincère, pour qu'elle servît à procurer le salut de toiis les hommes. Car, de l'aveu même de Jansénius (et son témoignage ne doit pas être suspect en cette matière), dire que le