‹ Théologie dogmatique (volume 2)Chapitre 61 sur 74 · TR0ISIÈ3IE PARTIS. CHAP. H · texte numérisé non relu

TR0ISIÈ3IE PARTIS. CHAP. H

PROPOSITION III

Dieu veut y djune volonté sérieuse et antécédente, le salut même des enfants morts sans baptême, et Jésus- Christ est mort pour eux aussi.

Cette proposition est pieuse , elle est communément admise des théologiens; car tous les arguments que nous avons fait valoir pour prouver la volonté générale que Dieu a de sauver tous les adultes , sans exception , militent aussi en faveur de la volonté que Dieu a de sauver tous les enfants, quelle que soit la cause pour laquelle ils meurent sans avoir reçu le baptême; elle semble même avoir une plus grande force probante en faveur de la volonté que Dieu a de sauver les enfants , en tant que les enfants ne mettaient aucun obstacle à la grâce divine, dont cependant Dieu veut véritablement et désire sincèrement le salut pour ce qui le concerne, ainsi que nous l'avons prouvé.

Aussi prouverons-nous cette proposition par cet argument général : Dieu veut sincèrement le salut même de ces enfants, si Jésus-Christ est mort et a versé aussi son sang pour eux , de manière à ce qu'ils soient vivifiés en lui; or... Mais notre mineure est évidente, d'après l'Apôtre, II Cor., V, 14, 15 : « Si » un seul est mort pour tous, donc tous sont morts; et Jésus- » Christ est mort pour tous. » Voici ce que saint Augustin dit à l'occasion de ces paroles, ouv. Contre Julien y liv. I, c. 64 : « Un seul est mort pour tous, donc tous sont morts. Cette » conclusion de l'Apôtre est irréfragable, et, par le fait même » quil est mort pour les petits enfants , ils sont morts, eux » aussi, assurément. » Il dit encore au même endroit, liv. II, c. 163 : c( L'Apôtre s'écrie : Donc ils sont tous morts, donc il » est mort pour tous; et vous vous écriez, vous : Les petits en- T) fants ne sont pas morts ; écriez-vous donc comme il suit : » Donc il n'est pas mort pour eux. » Donc :

Mais, pour couper court aux difficultés que pourraient ici nous faire nos adversaires, nous ferons observer que la volonté antérieure de Dieu peut être conditionnelle de deux manières : elle peut l'être soit du c<5té des parents , soit du côté du cours ordinaire de la nature. En tant que Dieu, il veut leur salut pour ce qui le concerne; il veut qu'ils jouissent des moyens généraux de salut qu'il leur a préparés, pourvu que la volonté perverse, la négligence ou la faute même des parents n'y

mettent point obstacle, ou pourvu que le cours ordinaire de la nature ne s'y oppose pas; car, comme il doit pourvoir à tout, il ne veut ni troubler ni interrompre cet ordre pour leur appliquer en particulier ces moyens de salut; autrement, il devrait sans cesse avoir recours aux miracles. Ainsi, d'après notre manière de concevoir cette volonté antécédente de Dieu, est-elle rationnellement antérieure à la prévision de ces obstacles; par contre, la volonté conséquente de Dieu, relativement au salut à effectuer des enfants ou à leur perdition, est-elle celle qui suit la prévision de ces mêmes obstacles.

Objections,

I. Obj, 1 . Dieu ûe veut pas le salut de ceux pour lesquels il n'a pas préparé et auxquels il ne donne pas les moyens propres et nécessaires pour se sauver; or, tels sont au moins les enfants qui meurent dans le sein de leur mère. Donc :

Rép, D. Maj. Auxquels il n'a ni préparé ni n'accorde médiatement ou immédiatement les moyens propres à faire leur salut, Tr. au moins médiatement, N. Tels sont les enfants aux parents desquels il accorde les moyens suffisants et convenables, suivant le lieu et le temps, de manière à faire non- seulement leur propre salut, mais aussi de manière à procurer celui de leurs enfants. Tel est le sentiment de l'auteur des livres intitulés de la Vocation des Gentils, liv. Il, c. 23 : « Je ne » pense pas qu'il soit irréligieux de croire, dit-il, ni qu'il soit » inconvenant de penser que les hommes qui ne vivent que » quelques jours ne reçoivent cette grâce, qui est le partage de » toutes les nations ^ et qui, si leurs parents en faisaient un » bon usage , leur serait profitable à eux-mêmes par leur in- » termédiaire. » Aussi suppose-t-on toujours qu'il y a faute ou de la part des parents, ou de la part de ceux qui sont chargés de veiller sur eux, et que c'est ce qui fait qu'ils meurent sans baptême.

Rep. 2. D. Maj. Dieu ne leur a pas préparé les moyens propres pour faire leur salut, soit que cela vienne de la faute des parents ou de celle des causes secondes de l'ordre naturel, qu'il ne veut pas interrompre, lui qui est obligé de pourvoir à tout, C. il ne les leur a pas préparés par sa faute, N. Voici ce que dit saint Thomas à ce sujet, liv. IV, Sent., dist. VI, q. 1, art. 1, à la 1 : « Si les enfants qui sont dans le sein de leur D mère ne jouissent pas des moyens que Dieu a préparés, il ne

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