CHAPITRE PREMIER
DE LA PROVmENCE.
La providence, mot qui signifie voir de loin, est parfaitement définie par saint Thomas, p. 1, q. 22, art. 1 : « C'est, » dit-il, la raison de l'ordre des choses vers leur fin qui existe » en Dieu (1). » La providence embrasse deux choses : elle comprend d'abord la disposition des choses pour arriver à leur fin, et ceci est du ressort de l'intellect; elle comprend aussi la?
(1) Elle est bien définie par Sénèque aussi, Lett. LXXI, 13, édit. de Turin, la providence est appelée \art éternel de Dieu qui gouverne tout.
moyens par lesquels elles y arrivent, et ceci dépend de la volonté.
Outre les épicuriens, qui nièrent la providence, elle a été niée aussi par les fatalistes, comme aussi par tous ceux qui affrment que tout vient de Dieu, mais qu'il ne s'occupe pas det plus petites choses, de chaque chose en particulier. Elle a aur.si été niée, dans les temps modernes, par tous ces philosophes qui ne voient partout que des effets des causes secondes, pour n'admettre nulle part l'action de Dieu; bien qu'ils ne nient pas expressément la providence, ils se conduisent cependant et parlent comme s'il n'en existait pas en Dieu. Nonseulement la foi nous enseigne , mais la raison nous persuade encore que Dieu gouverne par sa divine providence nonseulement toutes les choses créées, même les plus petites, mais elle nous enseigne qu'elle gouverne aussi même nos actes libres.
PROPOSITION
Il y a en Dieu une providence qui s'étend à tous, à chacun des êtres en particulier.
Cette proposition est de foi, et la providence de Dieu, prenant soin de tout, est une des choses les plus positivement enseignées dans l'Ecriture; ainsi est- il écrit, Sag., XII, 13 : a II n'y a pas » d'autre Dieu que vous, qui prenez soin de tout; )) Ps. CXVIII, 91 : c( C'est vous qui avez réglé le cours du jour, et tout vous » est soumis. Les billets, il n'y a pourtant rien de plus fortuit, » au rapport de Salomon (Prov., XVI, 33), sont jetés dans le » sein, et Dieu en règle le résultat. » Enfin Jésus-Christ, pour ne pas entasser texte sur texte (Matth., VI, 2 G et suiv.; saint Luc, Xn, 22 et suiv.) enseigne très-clairement que les oiseaux du ciel, les lis des jardins, l'herbe des champs, les cheveux de la tête sont soumis à la providence de Dieu, de sorte qu'il n'en tombe pas un seul sans sa permission; d'où le même Jésus- Christ conclut que la providence de Dieu détermine même, et à plus forte raison, les plus petites actions des hommes.
La raison elle-même nous apprend qu'il en est ainsi, et toutes les preuves que nous avons fait valoir pour établir l'existence de Dieu tendent aussi à prouver sa providence. Saint Thomas le prouve ainsi qu'il suit, pass. cit. : a Car si » Dieu est le créateur de ce monde visible , tout ce qu'il ren- » ferme de bien doit lui être attribué ; mais, parmi les bonnes
» choses qu'il renferme, est certainement compris Tordre par- » fait en vertu duquel tout tend vers sa fin ; attaquer ce fait ou » l'ignorer ne peut être que le fait d'un être stupide qui ne » considère pas les lois constantes et admirables de la nature. » Donc Dieu est aussi l'auteur de cet ordre , ou , en d'autres termes, il y a en Dieu une providence qui dispose chaque chose de manière qu'elle puisse atteindre sa fin.
L'article suivant prouve que cette même providence s'étend à tout ce qui existe ; car, comme Dieu crée tout pour une lin déterminée, tout ce qu'il crée il le dirige vers la fin pour laquelle il l'a créé; sa providence doit, par conséquent, embrasser tout ce que produit sa puissance ; or, comme celle-ci s'étend à toutes les choses, même aux moins importantes, donc sa providence les embrasse aussi. C'est pourquoi, comme toutes les choses créées démontrent l'existence de leur créateur, de même l'ordre admirable qui règne parmi elles démontre et la sagesse, et la grandeur, et la présence de celui qui pourvoit à leur existence.
Aussi, Clément d'Alexandrie dit-il avec justice : « Celui qui » pense qu'il n'y a pas de providence, se considère réellement » comme un athée (Strom., liv. IV) ; » et (liv. V) : c( Et celui y> qui veut qu'on lui démontre l'existence de la providence, » mérite plutôt un châtiment qu'une réponse. » Nous ne citerons point ici les autres Pères; il faudrait transcrire lei^rs livres tout entiers si on voulait rapporter les passages où ils démontrent cette vévité (1).
Mais, pour couper court à toutes les difficultés, nous ferons observer ici que, quoique Dieu pourvoit à tout, il ne le fait pas toujours immédiatement. Il y pourvoit immédiatement quand il procure lui-même aux créatures les moyens nécessaires pour atteindre leur fin, et il n'y pourvoit que médiatement lorsqu'il leur fournit les moyens nécessaires par les causes secondes.
(1) Voyez Pétau, de Dieu, liv. VITl, du chap. 1 au 4 ; et Lessius, opuscule ifitit. de la Provid. de Dieu. Le comte de Maidtre a parfaitement traité cette question dam ses Soirées de Saini-Pétershourg; Rosmini l'a bien traitée aussi dans sod Opuscules pldlosopUiques , vol. l, Milan, 1827, surtout dans celui inlituié de la Procidence. Les trois suivants, quoique paraissant se rapporter P un autre sujet, ont pourtant celui-ci pour objet. Voy. la Préface de cet illustre écrivain. Parmi les anciens, Tliéodnret a écrit dix homélies sur ce sujet; Synésius, évèque de Cyrcno, a composé deux livres sur le même sujet; Pétau les a édités, avec les autres ouvrajies du même auteur, et il les a expliqués, Paris, 1635, vol. 1; Salvion, évèque de Marseille, a aussi composé I;uit livres, inlitLdés du Vrai jugement et do la providence de Dieu.
Et il le fait, comme le dit saint Thomas, quest. cit., art. 3 : « D » n'agit pas de la sorte parce qu'il ne peut pas agir autrement, » mais il le fait par un excès de bonté , pour leur communi- » quer la dignité de la causalité. » Mais soit qu'il y pourvoie immédiatement ou médiatement, 'û atteint toujours la fin dernière et générale, qui est sa gloire ; mais, et il ne faut pas l'oublier, il n'atteint pas toujours les fins particulières, car il ne se les propose pas toutes, il ne s'en propose que quelques-unes efficacement ; quant aux autres, il ne se les propose que conditionnellement. La raison d'une providence parfaite n'exige pas que celui qui poTirvoit à tout atteigne une fin qu'il ne se propose qu'inefficacement et conditionnellement , car il peut se faire que ce soit là un moyen d'atteindre le but général et dernier qu'il se propose (1).
Objections.
I. Obj. L'Ecriture nous insinue d'une manière assez claire que Dieu ne prend pas soin de toutes les choses et de chacune en particulier, car l'Apôtre dit, I Cor., IX, 9 : c( Est-ce que » Dieu prend soin des bœufs? » On lit dans Habacuc, I, 14 : « Yous ferez l'homme comme les poissons de la mer, et comme » le reptile qui n'a pas de chef. » L'explication que donne saint Jérôme de ces paroles est connue : a II est absurde, etc.; » le docteur angélique semble y souscrire lorsqu'il dit, p. 1, q. 23, art. 7 : « Bien que Dieu sache le nombre des individus, » il n'a pourtant pas prédéterminé celui des bœufs et des » moucherons, etc.; » et il en conclut, liv. I, Sent., dist. 46, q. 1, ai't. 3-6, que « si personne ne péchait, le genre humain )) tout entier en serait meilleur. » Donc :
Bép. D. A. C'est-à-dire, il ne pourvoit pas à leurs besoins de la même manière , C. il n'y pourvoit pas de diverses ma-
(1) Voy. saint Th., p. I, q. 22, art. 2, à la 2«. Voici ses paroles : « Il n'en » est pas, de celui qui est obligé de pourvoir à tout, coaime de celui qui » n'est chargé que de pourvoir à une seule choso ; parce que colui qui n'est » chargé que de pourvoir à une chose tâche de ne rien néirliger pour » la faire ; pendant que celui qui pourvoit à tout, permet quelquefois quelque
» défectuosité dans l'intérêt géuéiui Comme, p;ir conséquent, Dieu est
» chargé de pourvoir à tout, il est de sa providence de peruit^tlre queltjues D défauts dans quelque chose particulière, pour ne pas entraver If lfi''n gé- » néral. Car, s'il empêchait tous les maux, il y a beaucoup de bii'us qui » n'existeraient pas ; le lion ne pourrait pas vivre , si la mort des animaux » était défendue ; la patience des martyrs n'existerait pas non plus, sons les » persécutions des tyrans. »
nières, N. La chose seule que prouvent les textes qu'on nous objecte, ainsi que tous les textes semblables qu'on pourrait nous objecter, c'est que Dieu prend un soin plus spécial des hommes que des brutes et des autres animaux, bien qu'il pourvoie à leurs besoins.
C'est pourquoi l'Apôtre raisonne dans le passage cité du moins au plus , absolument comme s'il disait : Si Dieu prend soin des bœufs, auxquels il défend de fermer la bouche lorsqu'ils foulent le blé dans Faire , nous négligerait-il, nous, ses ministres, n'ordonnerait-il pas de nous nourrir?
Quant aux paroles de Habacuc, il faut les prendre dans un sens ?'elatifei eu égard aux hommes, mais il ne faut pas les prendre dans un sens absolu.
Nous avons expliqué précédemment le texte de saint Jérôme.
Saint Thomas parle, dans le premier texte, de l'ordre antérieur et spécial des individus, non pas par rapport à euxmêmes d'abord , mais seulement par rapport à leurs espèces , qui concourent d'une manière spéciale à procurer l'ordre de l'univers, et pour lequel ordre elles sont disposées de prime abord, ainsi que l'explique le même docteur, ibid., de la Vérité, quest. 5.
Dans le second, il parle du bien particulier et propre aux hommes considéré en lui-même , mais il ne parle pas du bien en général ou relativement à l'univers entier, et surtout pour la plus grande gloire de Dieu.
n. Obj. On ne peut pas admettre en Dieu une providence sans justice ; mais cet univers est couvert d'injustices. 1 . Les impies souvent prospèrent et les justes sont malheureux ; 2. de là les plaintes et les demandes fréquentes des justes exprimées dans les Ecritures. « Pourquoi les impies vivent-ils? Pourquoi » la voie des impies est-elle prospère? » s'écrie Job, XXI, 7, Jérémie se demande {XII, 1), et le prophète-roi confesse de lui-même : « Mes pieds sont presque ébranlés... en voyant la » paix des pécheurs. » 3. A ceci se joint la distribution inégale des biens et des maux, qui proteste contre la providence de Dieu. 4. L'expérience de tous les jours nous apprend que c'est l'industrie des hommes qui fait prospérer leur fortune plutôt que leurs mérites. 5. Et ceci est en rapport avec les paroles de l'Ecclésiastique (XV, 14), qui dit de l'homme que Dieu luimême l'a abandonné à la prudence de ses conseils; 6. comme
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aussi avec ce que dit le Psalmiste, Ps. LXX, 13, que Dieu les a abandonnés aux désirs de leurs cœurs. Donc :
Rép. D. Maj. L'univers est plein d'injustices apparentes, Tr. d'injustices réelles, iV.
Rép. 1. En admettant même la vérité du fait, et il est bien plus vraisemblable qu'il est faux, D. il arrive souvent que les impies prospèrent et que les justes sont malheureux, cela, en vertu d'une dispensation supérieure et particulière de la providence divine et pour des causes justes, Tr. ou C. par défaut de justice prévoyante, N. Dieu fournit en ceci un moyen d'accroître leurs mérites, pendant que c'est pour les impies une cause de ruine plus grande. De plus, comme personne n'est si parfait que de temps en temps il ne commette quelques fautes, personne n'est si méchant non plus qu'il ne fasse de loin en loin quelques bonnes actions ; comme Dieu veut récompenser toutes les bonnes actions et punir toutes les mauvaises, il punit ici-bas les péchés des justes de châtiments temporels, et récompense les bonnes œuvres des méchants d'avantages temporels aussi, se réservant de récompenser équitablement ou de punir les uns et les autres, dans l'autre vie, selon leurs œuvres. J'ajouterai que nos adversaires, avant de chanter victoire, devraient prouver que les justes sont malheureux et affligés précisément parce qu'ils sont justes, et que les méchants sont heureux et prospèrent parce qu'ils sont méchants; et nonseulement ils ne le feront pas, mais ils ne pourront jamais le faire (1).
Rép. 2. D. Ces plaintes des justes venaient du zèle qu'ils avaient pour la justice, C. du doute de l'existence de la providence, iV. Le désir que les justes avaient de la justice, l'amour de la gloire divine dont ils étaient enflammés leur arrachaient souvent ces plaintes. Au reste, Jérémie dit au même endroit, de Dieu, qu'il est juste, et David ajoute, lui aussi : « Il ne me » reste à souffrir que jusqu'à ce que j'entre dans le sanctuaire » de Dieu et que je sois éclairé sur leurs fins. »
Rép. 3. N. Que la distribution inégale des biens et des maux prouve quelque chose contre la providence, je soutiens plutôt, au contraire , qu'elle en est une preuve irréfragable, soit pour
(1) Voy. de Maistre, Soirées, etc., tom. I, 3« entretien, avec ses notes. Ou
peut aussi lire Alphonse-Ant. do Sarasa, S. J., ouv. inlit. Art de se toujours
réjouir, démontré par la leule considération de la providence divine, 2 vol.
in-A, Cologne, 1G7G. Les protestants cux-mômcs eu ont fait le plus grand cas.
J. 3tt
toute autre cause, soit pour exercer davantage notre foi et pour nous donner une plus vive espérance des biens éternels; soit aussi pour faire voir la différence qu'il y a entre les bons et les méchants, lorsqu'ils sont également tourmentés. Car, comme Je dit admirablement saint Augustin , « il y a une différence » entre les patients , même lorsque les supplices sont les » mêmes; et le vice et la vertu diffèrent entre eux lorsqu'il?
» sont soumis à la même torture Car le vice, s'il est
» soumis aux mêmes tourments que la vertu, exhale d'hory> ribles blasphèmes, pendant que celle-ci répand les plus » suaves parfums (1). ))
Rép. 4. i). n en est ainsi parce que Dieu a résolu d'abandonner les choses de ce monde à leurs propres mouvements, C, autrement, N. En admettant même la vérité de cette assertion, il serait facile de prouver que, sous plusieurs points de vue, elle est fausse, au moins si on la prend dans un sens absolu, vu que souvent les événements ne répondent ni aux projets, ni aux manœuvres, ni à la méchanceté des hommes (2) .
Rép. 5. i). L'Ecclésiastique avoue que Dieu a laissé l'homme suivre ses conseils pour prouver qu'il jouit de la liberté, C. pour prouver qu'il n'est pas soumis à la providence de Dieu, N. Car, comme l'observe saint Thomas dans le passage cité, il est nécessaire que l'acte du libre arbitre lui-même soit ramené à Dieu comme à sa cause , afin que les actes du libre arbitre soient soumis à la providence divine, car la providence de l'homme est renfermée dans la providence divine universelle.
Rép. 6. D. En tant qu'il ne les exempte pas spécialement du mal par cette providence , comme il en éloigne les justes et les élus, C. en tant qu'il les prive de la providence, N. Car lorsque les pécheurs s'écartent de la voie de la loi de Dieu, ils toml)ent dans celle de sa justice ; et c'est à cela que se rapportent les paroles suivantes de saint Augustin : « Celui qui vous aban- » donne où va-t-il, où fuit-il; il passe de votre bonté à votre » colère? Car, où ne trouve-t-il pas votre loi dans ses châti- » ments (3j?... Conduisant les orgueilleux à leur ruine sans » qu'ils le sachent (4). »
(1) Cité de Dieu, liv. I, c. 8, n. 2.
(2) Voy. Lessius, de la Providence divine, liv. III, n. 168.
(3) Confess., liv. IV, c. 9.
(4) Ibid., liv. I, c. 4. Saint A n^nistin développe aussi longuement cetarga.ment dans la Cité de Dieu, liv. XIV, c. 26 et 27,
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in. Obj, Si tout se passait ici-bas d'après les conseils de Dieu, 1. il n'y aurait pas, dans la nature, autant de choses inutiles, monstrueuses et nuisibles que nous y envoyons. 2. Il ne se commettrait pas tant de péchés. 3. Aussi est-ce avec raison qu'Epicure enlaçait les stoïciens, qui admettaient la providence dans la série d'arguments qui suivent : a Ou Dieu veut faire fi disparaître les maux et il ne le peut pas , ou il le peut et n6 )) le veut pas, ou il ne le peut ni ne le veut, ou il le veut et 1( » peut. S'il le veut et ne le peut pas, c'est un Dieu sans puis- » sance, et Dieu ne peut pas être tel; s'il le peut et qu'il ne le » veuille pas , c'est un Dieu jaloux , et Dieu ne peut pas être » tel non plus; s'il ne le veut ni ne le peut, il est à la fois » jaloux et impuissant, et par conséquent il n'est pas Dieu; » s'il le peut et le veut, ce qui convient à Dieu seul, d'où » viennent donc les divers maux? » 4. Ajoutez qu'il ne convient pas que Dieu se mêle d'affaires aussi minutieuses; 5. que, s'il est sous le poids de tant de préoccupations diverses , il ne peut être heureux. Donc :
Rép. \. D. Ces choses ne sont inutiles, monstrueuses et nuisibles que relativement à nous, qui ne les voyons pas d'un œil assez pénétrant pour saisir la fin de chacune d'elles, C. relativement à Dieu et à l'ensemble de l'univers, N, Les Pères de l'Eglise ont éclairci cette question au moyen d'ime foule d'exemples et de preuves, comme on peut le voir dans Pétau (1).
Rép, 2. D. Si Dieu ne s'occupait que du bien particulier de chaque individu, Tr, ou C. s'il s'occupe du bien de l'univers entier et surtout de sa gloire, N.
Rép. 3. Il ne suit pas, de ce que Dieu peut et ne veut pas, qu'il soit un Dieu jaloux; il s'ensuit, au contraire, qu'il est trèssage, qu'il est tout-puissant, qu'il est très-bon ; car il n'appartient qu'à une aussi grande sagesse et à une aussi grande bonté de tirer (ce qu'aucune créature ne pourrait faire, quelque parfaite qu'elle fût) un aussi grand bien de tant de mal. C'est le cas de se rappeler ici ce que nous avons dit plus haut contre les manichéens.
Rép. 4. Je nie qu'il soit indigne de Dieu de s'occuper de toutes ces petites choses, qui sont merveilleuses en ellesmêmes. c( Si c'est une injure de les régir, dit excellemment
(1) Liv. VIII, chap. 5, et aussi dans Lessius, liv. I. Voyez Ruffini, Réflex. crit., etc., secoud Mémoire, part. 2, § 12, p. 5G.
1» saint Ambroise, n'est-ce pas une plus grande injure de les )o avoir créées (1)? »
Rép. 5. D. Si Dieu ne pouvait le faire que par des actes multiples, comme l'homme dans sa faiblesse, C. Mais si Dieu pourvoit à tout par l'acte le plus simple, N.
IV. Obj, En tous cas, on ne peut pas prouver l'existence de la providence par la succession constante des événements , car ils découlent de leurs causes. Après un sérieux examen, les hommes qui étudient la nature se sont convaincus que ces effets et ces événements étaient produits par des causes régulières inconnues jusque là. Donc (2) :
Rép, N. A. Quant à la preuve, Z). ces causes régulières confirment l'existence de la providence divine, C. elles l'excluent, ou du moins elles l'affaiblissent, N. De ce qu'on a découvert ces causes régulières qui produisent un effet constant, s'ensuit-il qu'elles n'ont pas été établies par un auteur infiniment sage? Celui qui en tire cette conclusion absurde ne raisonne certes pas mieux que ne le ferait un sauvage qui, ayant trouvé une montre, admirerait le mouvement des aiguilles, et qui, après l'avoir ouverte et en avoir découvert le mécanisme interne qui produit ce mouvement, en conclurait qu'elle n'est point l'œuvre d'un ouvrier sage et habile. Il serait insensé, à coup sur, cet homme là; tous ceux4à ne le sont pas moins qui concluent de la vue de ces causes secondes régulières que l'on aperçoit dans cet univers, qu'il ne faut admettre aucune cause première efficace et modératrice (3).
(1) De Officiis, liv. 1, c. 13. Voici toutes ses paroles : « Quel est, dit-il, Tau- » tcur qui néglige son œuvre? Quel est celui qui abandonne, qui renonce à » l'œuvre qu'il a songé à créer? Si c'est une injure de la diriger, n'en est-ce » pas une plus grande de l'avoir faite? Gomme il n'y a pas d'injustice à ne » pas avoir fait une chose, ne pas prendre soin de ce qu'on a fait, voilà qui » est une incurie sans bornes. »
(2) Tel est le langage de Laplace , Essai philosophique sur les probabihtéf, p. 84 et 85.
(3) Voy. RufÔDi, pass. cit., p. 54»