DE LA PRÉDESTINATION
Les questions que Ton a coutume de traiter, en parlant de hx prédestination, sont sa nature, ses propriétés, ses causes et ses effets. Nous traiterons, par conséquent, chacune de ces diverses questions dans autant d'articles différents , nous y arrêtant le moins possible, et mettant de côté toutes les discussions de l'école.
ARTICLE premier;
De la nature et des propriétés de la prédestination.
La définition de la prédestination est le meilleur moyen d'en faire connaître la nature. Voilà comment saint Augustin la définit, liv. Préd. des saints, X : « La préparation de la grâce ; » il la définit encore d'une manière plus large, liv. du Don de la persév., c. XIY : « La prédestination n'est rien autre chose » que la prescience et la préparation des bienfaits de Dieu, qui » délivrent très-certainement tous ceux qui sont délivi'és. » Voici comment la définit saint Thomas, p. 1, quest. 23, art. 2: c( La prédestination, c'est une certaine raison de l'ordre par » lequel il en est quelques-uns qui vont au ciel , et qui existe » dans l'esprit de Dieu. » Pour nous, nous adoptons l'une et l'autre de ces définitions , et nous en apprenons que la prédestination renferme deux choses, savoir: l'acte de l'intellect et de la volonté, comme partie de la providence, et l'œuvre de miséricorde.
On peut considérer la prédestination sous plusieurs points de vue : ou comme adéquate, ou comme inadéquate. La prédestination adéquate comprend le choix gratuit et pour k grâce et pour la gloire ; la prédestination inadéquate ne comprend que le seul choix pour la gloire; il est par conséquent de foi que la prédestination adéquate est entièrement gratuite; mais il y a controverse dans les écoles catholiques pour savoir si la prédestination inadéquate est aussi gratuite, ou si elle n'a lieu qu'après la prévision des mérites de la grâce.
On peut encore considérer la prédestination et dans Vinten^ tion et dans Vacte, ou, selon le langage de l'école, dans Vacte premier et dans Vacte second, ou encore dans son principe et dans son terme. Si on la considère sous ce second point de vue, ou, comme on le dit, dans le sens concret, elle dépend partie de la miséricorde gratuite de Dieu, partie du consentement de l'homme ; ce qui est pareillement un dogme de foi. Car la béatitude céleste est appelée, dans l'Ecriture, la récompense et la couronne de la justice ; donc il lui faut nécessairement notre concours, notre coopération. Aussi n'y aura-t-il de couronné, ainsi que le dit l'Apôtre, Il Tim., II, 5, que celui qui aura légitimement combattu.
Mais si on la considère dans l'intention ou abstractivement, ici les écoles se divisent en deux sentiments divers. Car les uns prétendent que Dieu a résolu de procurer sa propre gloire avant de se déterminer à donner la grâce aux élus, qu'il a gratuitement séparés de la masse de perdition où le péché originel avait précipité tous les hommes, et qu'il a prédestinés, abandonnant les autres qu'il a réprouvés au moins négativement, et qu'ensuite il a décrété les secours de la grâce, qui conduisent certainement au salut. Les autres soutiennent que le choix de Dieu s'est d'abord porté vers la grâce , et qu ensuite, en vertu de la prévision qu'il avait que les uns en feraient un bon, les autres un mauvais usage, il a décrété les supplices pour les uns et la gloire pour les autres; ceux-ci pensent donc que la prédestination à la gloire ne vient qu'après la prévision des jnérites de la grâce. Ceux qui soutiennent le premier sentiment enseignent que la prédestination est gratuite en soi, in se, et ceux qui soutieiment le second pensent qu'elle ne l'est que dans sa cause (1).
Ceux qui soutiennent que la prédestination est gratuite en soi, citent à leur appui les passages de l'Ecriture qui paraissent établir qu'il en est que Dieu a choisis et prédestinés sans supposition de mérites aucuns; F. G. Act., XIII, 48 : ce Tous ceux » qui avaient été prédestinés à la vie éternelle crurent; » saint Jean, XY, 16 : « Ce n'est Das vous qui m'avez choisi,
(1) D'autres appellent la prédestination in se, la prédestination formelle à la (gloire; et ils appellent la prédestination in causa, la prédestination radicale à la çràce; ils comprennent aussi, dans cette prédestination, la prédestination à la foi et à son commencement, la prédestination à la justiUcatioû et au don de persévérance.
)D c'est moi qui vous ai choisis; » Eph., I, 4, 5 : « Il nous a V choisis en lui-même^ avant la création du monde , pour que » nous fussions saints (non pas parce que nous Tétions) ; il » nous a prédestinés à être adoptés poui^ ses enfants par Jésus- » Christ, en lui-même et selon le bon plaisir de sa volonté. » Es citent surtout les paroles de l'Apôtre, Rom., IX, 11, où il cite l'exemple de Jacoh et d'Esaû comme un type des prédestinés et des réprouvés; voici ses paroles : « Lorsqu'ils » n'étaient pas encore nés, avant qu'ils eussent fait ni bien » ni mal (afin que le décret de Dieu fût conforme à son choix), » il lui fut dit (à Rebecca), non pas en vertu de leurs œuvres, » mais par le libre choix de Dieu , l'aîné sera le serviteur du » plus jeune, comme il est écrit : J'ai aimé Jacob et j'ai haï » Esaû. » S'appuyant sur ces paroles et autres semblables, ils argumentent comme il suit : Il est question, dans les passages cités, de la prédestination à la gloire; or, y est-il dit, cette prédestination n'est point faite par suite des mérites, donc : Es s'appuient en outre sur l'autorité des Pères, surtout de saint Augustin et de saint Thomas, qui s'accordent à dire que Dieu en a choisi gratuitement dans la masse de perdition , et qu'il en est d'autres qu'il n'a pas choisis ; saint Augustin presse les semi-pélagiens au moyen de cet argument, surtout au moyen d'un exemple pris de deux enfants, dont l'un est baptisé et Fautre ne Test pas ; l'un , par conséquent , est sauvé, et l'autre ne l'est pas, bien qu'on ne puisse leur supposer de mérites ni à l'un ni à l'autre; et saint Thomas, entre autres passages, expliquant Tépître aux Rom., YDl, 29, conclut en ces termes : « D'où il est plus convenable d'entendre ainsi la lettre : Ceux ]s> que Dieu a connus à l'avance dans sa science , il les a aussi )) prédestinés à être semblables à son Fils, pour que cette » conformité ne soit pas la raison, mais bien le terme de la )) prédestination. » Ces théologiens font aussi valoir plusieurs raisons théologiques dont voici la plus importante : Celui qm veut avec ordre, veut la fin avant de vouloir les moyens; or, la gloii^e est la fin, et les mérites sont les moyens qui y conduisent; donc Dieu, qui veut avec ordre, veut la gloire avant de vouloir les moyens, et par conséquent avant de prévoir qu'ils existeront , parce qu'il ne voit les choses futures qu'autant qu'd les voit. On prouve ainsi la majeure : La fin que l'on veut atteindre fait que l'on choisit les moyens d'y arriver; ce qui fait que le médecin qui veut guérir son malade lui donne
les remèdes nécessaires ; on peut en dire autant du cultivateur, du marchand. Donc (1) :
Quant à ceux qui soutiennent Topinion contraire, ils commencent par réfuter les preuves fondamentales de leurs adversaires, puis ils opposent l'Ecriture à l'Ecriture, les Pères aux Pères et les raisons aux raisons, afin d'établir la leur.
Aussi disent-ils : 1 . En vain chercherait-on le fondement de cette opinion dans l'Ecriture , attendu qu'il n'est pas un seuî texte où il ne soit parlé du choix gratuit pour la grâce et pour la foi, ainsi que le prouvent les passages cités; autrement, il faudrait dire que tous ceux qui, d'après le premier texte, crurent, furent prédestinés à la gloire ; ou que tous ceux auxquels saint Paul s'adresse dans sa lettre aux Ephésiens furent prédestinés à la gloire; enfin, l'épitre aux Romains roule tout entière sur la vocation gratuite à la foi contre les Juifs (2). Quant à saint Augustin et à saint Thomas, ils leur répondent qu'ils n'ont parlé que de la prédestination adéquate à la grâce et à la gloire, comme l'exigeait surtout le but que saint Augustin se proposait d'atteindre contre les pélagiens et les semipélagiens, prédestination qui certes est toute gratuite; d'autres, comme Pétau et Maldonat, avouent que tel a bien été le senti-
(1) Voy. card. Gotti, tom. III, quest. 3, dist. 3, § 8; Gonet, Bouclier de la théologie des thomistes, tom. II, trait. 5, diss. 2, art. 1 et 2; Th. de Lemos, Panoplie de la grâce, tom. II, traité 3, chap. 2, et c. 10 et suiv.
(2) Voyez Bernardin de Pecquigny, Triple commentaire, préface sur cette épitre. « Le but de l'Apôtre, dans cette épître, est, dit-il, de prouver que les » Juifs n'ont pas reçu la grâce de Jésus-Christ, parce qu'ils observèrent la » loi de Moïse, non plus que les Gentils, parce qu'ils gardèrent la loi natu- » relie ; mais qu'ils l'ont reçue gratuitement et par un pur effet de la misé- » ricorde de Dieu. » Et, étant arrivé à ce même passage du c. VIII, v. 30, après avoir examiné à fond les deux manières de l'interpréter, il en conclut, qu'il pense que la manière de l'expliquer la plus conforme à l'esprit de l'Apôtre, est celle de ceux qui, par ce mot proposition, propositum, entendent le décret gratuit de Dieu, en vertu duquel il donne gratuitement, et sans aucun mérite préalable, sa grâce, par un pur effet de sa bonté et de sa bienveillance. a Aussi, dit-il, je suis persuadé, et d'après le contexte de la lettre et d'aprèi » le but de l'Apôtre , que l'Apôtre y traite de la grâce et non de la gloire* » Mais ce qui me frappe surtout, c'est que l'Apôtre enseigne clairement qu9 » Dieu veut sincèrement et sérieusement le salut de tous les hommes, comme » aussi qu'ils arrivent à la connaissance de la vérité' ; et comme, d'ailleurs, le » décret qui lui en ferait choisir quelques-uns dans la masse de perdition, » pour les introduire dans la gloire avant la prévision des mérites, abandon-- » nant les autres à la perdition, ne peut que difficilement se conciUer avec » cette volonté sincère de sauver tous les hommes, et que le décret de la » donner gratuitement se concilie mieux, je pense qu'il est plus conforme i> à la pensée de l'Apôtre, etc., » comme nous l'avons rapporté.
ment et Topinion de saint Augustin , mais qu'il ne Ta défendu que comme un sentiment particulier, sans condamner le sentiment opposé, comme on le voit, d'après ses propres paroles, dans le Traité de la grâce et du libre arbitre. Après y avoir dit une foule de choses contre les pélagiens, qui enseignaient qats la prédestination avait lieu en vertu de la prévision des mérites naturels (c. YI, n. 15), conclut en ces termes ; ce S'ils enten- » daient nos mérites comme étant eux-mêmes des dons d( » Dieu (ainsi que le reconnaissent tous les théologiens), il n]" » aurait aucun besoin de rejeter leur opinion. » Les paroles de saint Thomas, pass. cit., exposent l'opinion de ceux qui expliquent ainsi qu'il suit les paroles de FApôtre : « Ceux qu'il » a prévus dans sa science, etc.; ceux qu'il a prévu devoir re- » produire l'image de son Fils , il les a prédestinés , » sont en rapport avec ce qui précède ; voici ce qu'il dit : « Ceci serait » conforme à la raison, si la prédestination ne concernait que » la vie éternelle, qui est accordée aux mérites. » Aussi l'Eglise a-t-elle toujours considéré cette discussion comme une des questions les plus graves et les plus profondes que l'on puisse traiter; et comme nous ne devons pas mépriser ces questions ^ il nous est complètement inutile de les soutenir; ainsi que le dit le pape Célestin, ou l'auteur des dix chap, cont. Pelage adressés aux évêques des Gaules (1). Enfin, quant à la raison de raison, elle n'a de valeur, disent-ils, que lorsque la fin est voulue d'ime
(1) Voici les paroles mêmes du chapitre X : at Comme nous pensons qu'il D ne faut pas dédaigner les questions présentes, qpii sont à la fois et difficiles » et profondes, et qui ont été traitées avec soin par ceux cpii ont réfuté les D hérétiques, nous ne croyons pas utile non plus de les soutenir; parce que, » pour confesser la grâce de Dieu, dont il ne faut ni affaiblir l'œuvre, ni di- D minuer la miséricorde, nous croyons qu'il suffit de suivre ce que les règle* i> tracées par le Saint-Siège nous enseignent sur ce point, afin de ne pas i> considérer comme entièrement catholique ce qui paraît être contraire à » ces opinions préalables. » Voy. Coll. des conciles, Labbe, tom. 11, col, 1617. Baronius, après avoir rapporté ces chapitres (à l'année 431, n. 185)» ajoute : « 11 confesse, dis-je (l'autour de ces dix chapitres, et on croit que » c'est saiut Prosper), que ces questions profondes, de la prédestination des » saints, n'ont jamais été définies par le siège apostolique, et qu'elles n'ont » été établies qu'en tant qu'elles paraissent nécessaires pour condamner leurs » erreurs. » Bien que les dix chapitres aient été généralement attribués J eaint Célestin, pape , Baronius pense pourtant , comme nous venons de If voir, qu'ils sont de saint Prosper. Pagius soutient cette opinion. Voy. sur l Critique de Baronius, année 431, depuis le n. 46 jusqu'au n. 49. La plupai . des critiques modernes les suivent; cependant J.-B. Faure, S. J., soutien-,.. mordicus, dans une dissertation spéciale sur l'auteur des dix chapitres attribués au pape samt Célestin 1, et qui se trouve dans le Trésor théologique du Père Zaccaria, qu'ils sont réellement de lui.
manière absolue , mais qu'elle n'est d*aucune valeur si la fin n'est voulue que conditionnellement j comme dans le cas dont il s'agit, Dieu ne voulant donner la gloire que dépendamment des mérites de la grâce.
Poursuivant, voici comment ils établissent leur proposition : « La seule idée, disent-ils, que les Ecritures nous donnentf D partout de notre prédestination, c'est que Dieu a l'intention D formelle de récompenser ceux qui coopèrent à la grâce par )) leurs bonnes œuvres, par l'amour, etc., et cela, parla raison » qui lui a fait arrêter dès l'éternité qu'il punirait ceux qu'il » prévoit devoir abuser de sa grâce et mourir dans l'impénitence )) finale. » C'est à ceci que se rapportent les paroles suivantes, qui se lisent dans saint Matth., XXV, 34 : « "Venez les bénis de » mon Père, possédez le royaume que je vous ai préparé dès la » création du monde, car j'ai eu faim et vous m'avez donné à » manger; » et V, 41 : « Retirez-vous de moi, maudits, allez » au feu éternel,... j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à )) manger. » Ces paroles nous apprennent pour quelle raison Dieu donne des récompenses ou inflige des supplices dans le temps ; c'est parce qu'il a statué dès l'éternité de récompenser les mérites ou de punir les démérites. C^est aussi à cela que se rapportent les paroles suivantes de l'Apôtre, I Cor., II, 9 : « L'œil de l'bomme n'a point vu, son oreille n'a point entendu, » son cœur n'a point senti ce que Dieu a préparé à ceux qui » l'aiment. » Voici, disent-ils, la raison de la préparation ou de la prédestination : c'est parce qu'ils l'aiment. C'est encore à cela que se rapportent les paroles suivantes de l'Apôtre, Rom., Vni, 29 : « Ceux qu'il a prévus dans sa science et qu'il a préj) destinés à être semblables à son Fils ; )> il ne les a donc pas prédestinés avant de savoir qu'ils seraient semblables à son Fils; il dit encore, ibid., V, 17 : « S'ils sont les enfants, ils sont 3) les héritiers de Dieu et les cohéritiers de Jésus-Christ; et, si J) nous souffrons avec lui, nous serons glorifiés avec lui; » et une foule d'autres passages semblables, surtout les paroles suivantes de saint Pierre , II Pierre ,1,10: a Tâchez de faire » en sorte que vos bonnes œuvres vous rendent dignes d'être » appelés et d'être élus. » Les Pères, soit grecs soit latins, n'ont jamais pensé autrement ; ils ont toujours unanimement pensé que Dieu avait décrété les récompenses ou les châtiments d'après les prévisions qu'il avait des mérites ou des démérites. Quant aux Pères grecs, il n'en est pas question; quant aux
Pères latins, c'est ce qu'ont enseigné saint Ambroise, liv. V, de la Foi, c. YIII, n. 83; saint Jérôme et saint Hilaire, rapportés par Frassen ; et saint Prosper confesse , dans une lettre adressée à saint Augustin, que tous les Pères, jusqu'à lui, ont enseigné cela; aussi le prie-t-il, dans cette lettre, de lui dire quelle est la raison pour laquelle il semble s'être écarté de l'opinion de ses prédécesseurs sur la prédestination à la gloire, en vertu de la prévision des mérites de la grâce; voici ses paroles ; « Ayez, par égard pour notre ignorance , la bonté de » nous dire pour quelle raison vous vous êtes écarté de l'opi- » nion générale des anciens Pères, qui pensèrent presque una- » nimement que le décret de Dieu et la prédestination n'avaient » lieu que conformément à la prescience, et que c'était pour cela » que Dieu faisait de quelques-uns des vases d'élection, et de )) quelques autres des vases d'ignominie, parce qu'il prévoyaitla )) fin de chacun, qu'il savait à l'avance quelles seraient et la vo- » lonté et les actions de chacun sous l'influence de la grâce (1 ) . » Cette opinion a été embrassée par les Pères qui ont suivi saint Augustin, tels que saint Fulgence , liv. I, à Monimus, c. 24; Primasius, Comment, surl'ép. Rom., c. 8; saint Bernard, liv. de l'Accord de la préd. et du libre arb., c. 3; saint Anselme, serm. XIH sur le Cant.; saint Bonaventure, tom. lY, ouvr. sur le liv. I des Sent., dist. 41, quest. 2; voici ses paroles: « Pareillement, si on demande pourquoi il a mieux aimé » sauver Pierre que Judas, il répondra que celui-ci acquit des » mérites, pendant que l'autre démérita. » Nous passerons sous silence les écrivains modernes, tels que Albert Pigliius, le card. Sadolet, etc. Et c'est peut-être là ce qui ébranla saint François de Sales de manière à lui faire dire, dans une lettre à Lessius, que « cette opinion lui était chère à cause de sou » antiquité, de la suavité dont l'ennoblissait la sainte Ecriture, » et qu'il l'a toujours considérée comme étant plus en rapport m avec la miséricorde de Dieu et la grâce, comme étant et la » plus vraie et la plus aimable (2). »
(1) Parmi les ouvrages de saint Augustin, tom. II, p. 824, E. F., et tom. X, p. 783.
(2) Voy. Livinus Meyer, Hist. de la conîrrég. de auxiliis, liv. I, c. 6 ; il y écrit, entre autres cliosos, ce qui suit : « J'ai vu en passant dans la biblio- « thèque du coll(^ge de Lyon, un traité de la prédestination; et, quoi(jue je B n'ai que pu y jeter un coup d'cril en passant, comme ou le fait en pareille » circonstance , je me suis cependant aperçu que votre paternité a embrassé » et soutient cette opinion, de la prédestination à la gloii'e après la prévisioa
Ils ont encore recours à diverses raisons tliéologiques ; et la principale de ces raisons , c'est que Dieu veut d'une volonté sincère et de bon plaisir sauver tous les hommes, même dans rhypothèse du péché originel. En effet, dans l'hypothèse que Dieu en ait choisi de toute éternité quelques-uns, et qu'il ait réprouvé les autres avant de prévoir quelque mérite que ce soit, il semble impossible d'établir cette vérité catholique, car il répugne métaphysiquement que ceux que Dieu a réprouvés, au moins négativement, soient sauvés. Pourquoi donc alors Jésus- Christ eût-il versé son sang, fùt-il mort pour eux? pourquoi eùt-il mérité pour un grand nombre la foi, des grâces abondantes, et même la justification? est-ce pour qu'ils fussent sauvés? mais ils étaient réprouvés à l'avance; est-ce pour que leur damnation fût plus intense? mais un tel blasphème fait horreur. Aussi Calvin et son fidèle disciple, Jansénius, embrassent-ils cette opinion pour établir que Jésus -Christ n'est pas mort pour tous les hommes, et que Dieu ne veut le salut que des seuls élus.
Il est évident, d'après ce qui précède, que ces deux opinions s'appuient sur des autorités et des raisons graves. Comme le Saint-Siège s'est abstenu de les juger, chacun est libre d'embrasser celle qui lui parait la plus en rapport avec l'enseignement de l'Ecriture et des Pères, et de lui emprunter les raisons dont il aura besoin pour réfuter les objections des adversaires de la foi, comme nous le ferons nous-mêmes (1).
» des mérites , qui est recommandable et par son ancienneté et par l'appui » naturel que lui donne l'Ecriture. Et ça m'a été une chose fort agrcaLle, » moi, qui l'ai toujours considérée comme plus conforme à la miséricorde a*: » à la grâce de Dieu, comme plus vraie et plus aimable; aussi l'ai-je un tant » soit peu vengée dans le traité de l'Amour de Dieu.
(1) On peut consulter, pour l'une et l'autre opinion, entre autres le Père Boucat, de l'ordre des minimes. Théologie des Pères, v. 1, trait. 4, diss. 3, concl. 3; Pétau, de Dieu, liv. IX et X; du Plessis d'Argentré, Gomm. hist. sur la prédest., 1 vol. in-4. Pour l'opinion de la prédestination avant la prévision des mérites : card. Gotti, tom. IV, sur la première part, de saint Thom., q. 3, dout. 3; Suarez, de la Prédest., liv. I, c. 8 et suiv.; Bellarmin, de la Grâce et du libre arbitre, liv. Il, résol. 15. Pour le sentiment de la prédestination apirès la prévision des mérites de la grâce : Lessius, Diss. de la prédest. et de la réprob. des anges et des hommes, sect. II et suiv.; Vasquez, diss. 89 sur la I part, de saint Thom., c. 1 et suiv,; Frassen, Min. Observ. Scot. academ., tom. 1, trait. II, sect. 1, qucst. 2; Tournely, de Dieu, quest. 14, art. 2, concl. 5. Il ne faut surtout pas oublier samt Augustin et saint Thomas; le card. Jos. Tricassinus, Ord. cap., de la Prédest. des hommes à la gloire, i vol. in-4o, Paris, 1G19; le card. Sfondrate, Solution du nœud de la prédest., 1 vol. in-4», Rome, 1C96.
Mettant de côté pour le moment ces questions, nous allons nous occuper des propriétés de la prédestination; ce sont sa certitude et son immutabilité de la part de Dieu, et son incertitude de notre côté. Les pélagiens attaquèrent l'existence de la prédestination ; les pélagiens et les semi-pélagiens nièrent ensuite et sa certitude et son immutabilité; et Calvin a affirmé jpie chaque homme devait être certain d'une certitude de foi de sa prédestination. Nous allons établir contre eux les propositions suivantes.
PROPOSITION I
Il y a de la part de Dieu une prédestination proprement dite y elle est certaine et immuable.
Cette proposition est de foi dans ses deux parties; et saint Augustin la défend comme une proposition de foi, soit dans son livre de la Prédest. des saints, soit dans celui du Don de persév., et en plusieurs autres endroits; et l'Eglise entière a approuvé le jugement qu'il a porté contre les pélagiens et les semi-pélagiens (1).
La première partie de cette proposition se prouve ainsi qu'il suit par l'Ecriture (Matth., XXY, 34) ; voici en quels termes Jésus-Christ s'adresse aux élus : « Venez I-s bénis de mon n Père, jouissez du royaume que je vous ai préparé dès la » création du monde. » Yoici encore comment s'exprime TApôtre, Rom., YIII, 29 et suiv., en parlan ^ de la prédestination : c( Ceux qu'U a connus à l'avance da-QS sa science et y) qu'il a prédestinés;... mais ceux qu'il a pré destinés, il les a )) appelés, et ceux qu'il a appelés, il les a justifiés, et ceux » qu'il a justifiés, il les a glorifiés (2); » et Eph., I, 4 : ce II » nous a choisis en lui-même , avant la création du monde, » pour que nous fussions saints;.... il nous a prédestinés....
(1) Voy. Gollect. eoncil., Labbe, tom. IV, col. 1673, annot de Sirmond, de la Gonfirm. du synode, où on rapporte l'approbation du II cône. d'Orange, par le pape Bonilace ; en voici les termes , d'après les manuscrits de Fossat et de Londres : « Voici le synode d'Orange qu'a confirmé le pape Boniface : p Et quiconque pensera autrement, et sur la grâce et sur le libre arbitre, que » ce qui est ici enseigné, que ce que contient ce concile, qu'il sache qu'il » a contre lui et le siège apostolique et l'Eglise tout entière. » On peut con- » sulter pour le reste.
(2) Si ce texte doit s'entendre de la prédestination à la gloire, comme nous l'avons fait observer, ce qui est contesté par plusieurs auteurs. Nous l'avons pourtant cité , comme on a coutume de le faire.
» selon le propos de sa volonté. » S'il n'est possible à personne d'avoir la foi et la grâce dans le temps sans avoir été prédestiné de toute éternité , à plus forte raison personne ne peut-il arriver à la gloire , qui est le fruit de la grâce, sans avoir été prédestiné de Dieu de toute éternité.
Aussi saint Augustin s'écrie-t-il, dans son liv. intit. Don de la persév., c. XXIII, n. 65 : a L'Eglise de Jésus-Christ a tou- *i jours cru à la vérité de cette prédestination et de cette grâct » que l'on défend maintenant avec tant de précaution contre » les nouveaux hérétiques; » et saint Prosper dit, dans sa première réponse aux objections des Gaulois : « Il n'est pas un » seul catholique qui nie la prédestination de Dieu. »
Saint Thomas nous fournit aussi une raison théologique sur ce point, p. 1, quest. 23, art. 1; voici comment il raisonne : c( Comme la vie éternelle est la fin , et qu'elle dépasse de beaucoup la manière d'être et les proportions de la nature créée, et qu'aucun homme ne peut y atteindre par ses propres forces , il faut que Dieu l'y pousse, comme l'archer lance la flèche vers le but; lui qui seul est l'auteur et de la nature qui est dirigée, et de la fin qu'elle doit atteindre, et des moyens par lesquels elle doit y arriver. Mais la raison de cet ordre qui se complète dans le temps existait dans la pensée de Dieu de toute éternité , puisqu'il ne fait rien sans l'avoir résolu de toute éternité ; or, cette raison, c'est la prédestination; donc elle existe en Dieu, et elle est si nécessaire au salut, que personne ne peut en jouir sans avoir été prédestiné. »
De ce que nous venons de dire découle la vérité de la seconde partie de notre proposition, savoir, que la prédestination est certaine, qu'elle est immuable, de sorte que le nombre des élus ne peut ni diminuer ni augmenter ; nous en avons pour garant les paroles mêmes de Jésus-Christ, saint Jean, X, 27, 28 : « Mes brebis entendent ma voix, je les connais, et elles me » suivent, et je leur d^t^rj':! la vie éternelle, et elles ne périront » point pendant réicxnité, et personne ne me les ravira. » « Si quelqu'un d'entre eux se perd , dit saint Augustin , liv. Tf) de la Gorr. et de la grâce, c. YII, 14, Dieu se trompe; mais » il ne s'en perd aucun, parce que Dieu est infaillible; s'il s'en ji perd quelqu'un. Dieu est vaincu par le vice humain ; mais il j) n'en périt aucun, parce que rien ne saurait vaincre Dieu. » Saint Fulgence dit, liv. de la Foi, c. XXXY : a Croyez ferme-
QUATRIÈilE PARTIE. CHAP. II. 623
» ment, et gardez-vous bien d'en douter, Dieu a prédestiné, » avant la création, à être ses enfants adoptifs, tous ceux dont » il a fait, par un effet de sa miséricordieuse bonté, des vases » d'élection. Croyez fermement qu'il ne peut en périr un seul » de ceux que Dieu a prédestinés au bonheur du ciel, non plus r> qu'aucun de ceux qu'il n'a pas prédestinés ne saurait se » sauver, de quelque manière que ce soit. »
Et la raison en est évidente, d'après ce qui vient d'être dit; €ar, comme la prédestination est im acte de la volonté et de l'intellect, de même que l'intellect divin ne peut se tromper dans sa prescience, de même sa volonté ne saurait être vaincue lorsqu'elle veut absolument et efficacement une chose; mais Dieu veut absolument et efficacement le salut des élus, donc : C'est sans doute un mystère qui nous est caché; nous devons le vénérer, mais il n'est pas sans danger de chercher à l'approfondir. Aussi conclurons -nous avec saint Augustin, hv. de l'Esp. et de la lett., c. XXXFV : « Si quelqu'un nous forçait à y) scruter cet abîme et nous demandait pourquoi l'un croit » d'une manière et l'autre de l'autre, je n'aurais à lui répondre » que deux choses : 0 abîme de richesses ! et : Peut-il y avoir » de l'iniquité en Dieu? S'il est quelqu'un à qui cette réponse » ne plaise pas, qu'il en cherche de plus savants que moi, mais » qu'il tremble de trouver des présomptueux. »
Objections,
I. Obj. Contre la première partie. Si la prédestination était réelle de la part de Dieu , il s'ensuivrait plusieurs absurdités : 1. c'est que Dieu ferait injustement acception des personnes, puisqu'il aurait prédestiné les uns et réprouvé les autres de toute éternité, sans faire attention aux mérites ou aux démérites de l'élu et du réprouvé; c'est que 2. l'homme pourrait raisonner comme il suit : Ou je suis élu et prédestiné, ou je ne le suis pas; quoi que je puisse faire, je serai sauvé si je suu prédestiné, et je me perdrai si je ne le suis pas; par conséquent^ ou il désespère , ou il fera tout ce qui lui passera par la tête . 3. Elle est, pour ceux qui sont tombés, une source d'insouciance, et pour les saints, une occasion de tiédeur, puisque le travail est inutile dans l'un et l'autre cas , si celui qui est réprouvé ne peut entrer dans le ciel, malgré tous ses efforts, et si celui qui est élu ne peut pas se perdre, quelle que soit sa négligence. 4. Aussi est-ce avec raison que ce moine du mont
Adrumète, dont parle saint Augustin, liv. du Don de persév., c. XV, quitta son monastère pour jouir des délices du siècle.
Rép. N. A, Quant à la première conséquence, D, Si Dieu devait quelque chose aux hommes, C, s'il ne leur doit rien, Subdist. s'il en choisissait, s'il en prédestinait quelques-uns avant d'avoir prévu les mérites de la grâce, TV. (1) s'il ne le fait qu'après avoir prévu les mérites de la grâce, N. Car, d'après ce sentiment, Dieu ne choisirait ou ne réprouverail personne sans avoir prévu le bon ou le mauvais usage qu'il ferait de la grâce, dont on pense que tous les hommes sont gratifiés, d'après l'enseignement de saint Thomas, et comme nous le démontrerons aussi en son lieu. Et, dès-lors, toute difficulté disparaît; la seule qui pourrait rester, c'est celle qui vient de la prescience des actions libres, et il faut la résoudre, d'après ce que nous avons dit plus haut en parlant de la science de Dieu.
Rép. 2. D. Si on suppose que la prédestination soit antérieure à la prévision des mérites de la grâce, Tr. si elle est postérieure à cette prévision, N. Car, dans cette hypothèse, on répond au dilemme proposé : Yous serez prédestiné si vous vivez bien, conformément à la grâce qui vous a été conférée, et si vous persévérez avec elle jusqu'à la fin; si vous vivez mal, si vous repoussez la grâce, vous serez damné ; tout comme si un malade disait : Ou je dois recouvrer la santé, ou je ne le dois pas; si je dois la recouvrer, que je prenne ou que je ne prenne pas cette détestable potion, je guérirai; mais, dans l'autre hypothèse, que je la prenne ou non, je mourrai quand même; car nous lui répondrions : Yous guérirez si vous prenez la potion, mais vous mourrez si vous ne la prenez pas.
On voit par ia quelle est la réponse à faire aux troisième et quatrième conséquences; tous les raisonnements de ce genre pèchent par le même côté ; leur vice , c'est ce que les logiciens appellent fausse supposition, ou ignorantia elenchi.
I. Inst. La prédestination, considérée dans sa cause, emporta
(1) Bien que nous n'improuvions pas l'opinion de ceux qui soutiennent la prédestination inadéquate à la gloire avant la prévision des mérites, comme l'autre opinion nous paraît bien plus avantageuse pour résoudre les objections des novateurs, c'est pour cela que nous nous en servons pour atteindre le but que nous nous proposons; mais comme l'une et l'autre sont catholiques, chacun peut avoir recours à l'une ou à l'autre. Mais celui qui pense qu'il lui sera plus facile de résoudre les objections à l'aide de la première » peut la suivre.
avec elle les mêmes inconvénients; car chacun peut se dire : Ou je suis prédestiné à la grâce, surtout à la grâce efficace et à la persévérance, ou je ne le suis pas; si je le suis, je Tobtiendrai, quelque chose que je puisse faire, et je serai sauvé; si je ne le suis pas, je serai damné, quelque chose que je fasse. Donc :
Rép. N. A. Quant au dilemme mis en avant, Z). Si l'efficacité de la grâce et la persévérance découlaient de la prédétermination physique ou d'un principe intrinsèque, Tr. si elle vient seulement de la prévision du consentement de l'homme ou d'un principe extrinsèque, N. On suppose dans cette opinion, ainsi que nous l'avons dit, que Dieu offre, soit d'une manière prochaine, soit d'une manière éloignée, les grâces suffisantes, soit au salut, soit à la foi, par conséquent cjue, si l'homme y coopère et s'il prie, il obtiendra les autres, il obtiendra aussi la persévérance; et s'il agit autrement, c'est à lui-même qu'il doit imputer sa perdition. Voici les paroles de saint Augustin sur ce sujet (de la Correct, et de la grâce); il dit entre autres choses : « 0 homme, connais par les préceptes ce que tu dois avoir; » connais parla correction que c'est par ta faute que tu ne l'as pas; » connais dans la prière d'où doit te venir ce que tu dois avoir! »
II. Inst. Celui qui reçoit de Dieu une grâce, que ce même Dieu a prévu devoir être elïîcace, ne la reçoit qu'en vertu d'une prédilection spéciale qu'il a pour lui; et parce que le réprouvé est privé de cette prédilection, il sera aussi privé de cette grâce. Donc :
Rép. D. A. Mais il la reçoit sans préjudice pour les autres, C, au préjudice des autres , N. Nous avons vu que c'est par une prédilection spéciale de Dieu que celui qui est élu obtient ime telle grâce, surtout la persévérance finale; cependant, comme Dieu ne doit rien à personne, s'il ne donne pas à quelqu'un une grâce, prévoyant qu'elle sera efficace, que peut-on en conclure contre la justice et la miséricorde, pourvu que la grâce qu'il accorde au réprouvé soit suffisante par elle-même pour faire de bonnes œuvres et pour persévérer jusqu'à la fin, et si c'est par la faute de celui qui la reçoit qu'elle ne produit point son effet? Ce n'est point à Dieu, c'est plutôt à lui-même que le réprouvé doit imputer d'avoir abusé de la grâce, et que Dieu a prévu ne devoir être inefficace que parce que l'homme devait en abuser (1). Aussi saint Augustin dit-il encore avec raison :
(1) Si l'objection de no» adversaires prouvait quelque chose , elle dérnoD* I. ^u
« Ils abandonnent, et ils sont abandonnés; il a abandonné, et » il a été abandonné (1). »
n. Obj. contre la seconde partie de notre conclusion. Ce que Ton peut perdre et recouvrer n'est ni certain ni immuable. Or, telle est la prédestination; car 1. il est écrit ( Apoc, III, 11 ) de la couronne, qui est l'effet de la prédestination : ce Gardez ce » que vous avez, de peur que quelqu'un ne reçoive votre cou- » ronne; )) 2. certes, l'homme qui est prédestiné peut mourir en état de péché. Donc :
Rép. N. MiN. Quant au premier argument, D, avec saint Thomas, p. 1, quest. 23, art. 6 à la 1. Si la couronne est destinée à quelqu'un en vertu du mérite de la grâce et dans un acte premier, C. si c'est en vertu de la prédestination et dans un acte second, N, Car ce n'est que dans le premier sens que Ton peut acquérir ou perdre la couronne.
Quant au second, je réponds négativement; car il est évidemment contradictoire que quelqu'un soit prédestiné et qu'il meure en état de péché ; il serait dès-lors prédestiné et il ne le serait pas.
I. Inst. Il peut au moins se faire qu'il y en ait qui soient effacés du livre de vie ou du nombre des prédestinés ; voici ce que dit Moïse, Exod., XXXII, 31 et 32 : « Ou pardonnez- leur » cette faute, ou, si vous ne le faites pas, effacez-moi du livre » de vie que vous avez écrit; » et David, Ps. LXVIII, 29 : « Qu'ils soient effacés du livre des vivants, et qu'ils ne soient » point inscrits parmi les justes; » et saint Jean, XVII, 12 : « Ceux que vous m'avez donnés, je les ai conservés, et il ne » s'en est perdu aucun, si ce n'est le fils de l'iniquité; » enfin saint Pierre, II ép., c. I, 10 : c( Appliquez-vous à rendre 5) votre vocation et votre choix certain par vos bonnes » œuvres. » Donc, la prédestination n'est ni certaine ni immuable; et, 2. comme nous l'enseigne la raison, si elle était telle, elle impliquerait nécessité. Donc :
Jiép. 1. Je dis avec saint Thomas, quest. 24, art. 1 et 3. D. À. Si, par livre de vie, on entend la connaissance de
trerait que Dieu est toujours tonu de faire le plus de bien possible; et c'est là roptimisme : ce qui est absurde.
(1) De la Nature et de la grâce, c. 26 : « Il n'abandonne, dit-il, qu'autant » qu'il est abandonné, pour qu'on vive toujours pieusement et justement. » Et dans le Gomm. sur le Ps. CXLV, n. 29 : « Il n'abandonnera son œuvre, » dit-il, qu'autant qu'elle l'abandonnera. » Il dit, dans le livre de la Correct, et de la grâce, c. 13 ; a Ils l'abandonnent, et ils en sont abandonnés. »