CHAPITRE II
De la matière et de la forme du sacrement de l'ordre.
968. Les docteurs ne sont pas d'accord entre eux sur la matière et la forme du sacrement de l'ordre. Le plus grand nombre regardent l'imposition des mains comme la seule matière essen-
(1) Actes des apôtres, c. vi, v. 6. — (2) l'« lettre aux Corinthiens. — Voyer les Pères apostoliques de Cotelier. — (3) Lettre aux fidèles de Smyrne. — (4) Sess. xiii, can. vi.
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tielle du diaconat, de la prêtrise et de l'épiscopat; et la prière qui accoîîipa<^nc cette cérémonie comme la seule forme sacramentelle. D'autres y ajoutent la présentation des instruments avec lesquels ou doit exercer les fonctions sacrées , et les paroles dont se sert l'évéque eu les présentant. Il y a même quelques docteurs qui prétendent que ce dernier rit est le seul essentiel au sacrement, parce que, disent-ils, il renferme implicitement l'imposition des mains.
969. Il est certain que l'imposition des mains est essentielle au sacrement de l'ordre , ainsi que la prière ou les paroles qui accompagnent cette imposition. Eu effet, nous voyons dans l'Écriture que c'est par V imposition des mains que les apôtres ordonnaient les évêques, les prêtres et les diacres. D'ailleurs, les Pères et les conciles se servent des mots imposition des mains pour exprimer l'ordination des prêtres. Le concile de Trente dit formellement que l'extrème-onction ne peut être administrée que par les èvêques ou les prêtres ordonnés par Yimposition des mains. Il est même probable, très-probable, moralement certain, que ce rit constitue toute la matière du sacrement; car il n'est parlé de la présentation des instruments pour l'ordination, ni dans l'Écriture sainte, ni dans les anciens conciles, ni dans les Pères des neuf premiers siècles de l'Église. Aussi, dans l'Église grecque , les ordinations ne se font que par l'imposition des mains ; nous ne trouvons dans cette Église aucun vestige de la présentation des emblèmes sacrés aux ordinands. Cependant la validité des ordinations des Grecs n'a jamais été contestée par l'Église latine ; il n'y a jamais eu , à cet égard , la moindre difficulté entre les deux Églises, malgré les divisions qui régnent entre elles depuis le scbisme de Photius. Il faut donc admettre que l'imposition des mains, telle qu'elle se pratique pour l'ordination sacrée , est la matière et toute la matière essentielle du sacrement de l'ordre, et que les paroles qui accompagnent ce rit en constituent toute la forme sacramentelle.
970. On objecte le décret d'Eugène IV aux arméniens : ce pape assigne la tradition, porrection ou présentation des instruments comme matière du sacrement de l'ordre, savoir, de la prêtrise, du diaconat, du sous-diaconat, et des ordres moindres. Nous répondons, premièrement, que, de l'aveu de presque tous les théologiens, ce décret n'exclut point l'imposition des mains du rit sacramentel; que s'il n'en fait pas mention, c'est qu'elle était en usage chez les arméniens comme ailleurs , et qu'En*
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gène IV ne s'était proposé que de leur faire connaître les usages de l'Église romaine concernant la présentation des instruments, qu'on n'observait point en Orient. Nous répondons, en second lieu, que les mots materia et forma ne doivent pas être pris ici dans leur signification rigoureuse; qu'ils expriment seulement que le rit dont il s'agit est une partie intégrante de l'ordination et du sacrement de l'ordre, à peu près comme la satisfaction qui suit l'absolution du prêtre fait partie du sacrement de périitence. Autreraent, il faudrait dire qu'Eugène IV a défini que le sous-diaconat et les quatre ordres mineurs sont de vrais sacrements , puisqu'il en assigne la matière et la forme, ce qui cependant n'est pas : il n'existe aucune décision de cette nature, et il est tout au plus probable que ces divers ordres soient d'institution divine. Au reste, il ne peut y avoir de difficulté dans la pratique; car, vu la diversité des opinions , on observe scrupuleusement tous les rites qui sont regardés par quelques docteurs graves comme essentiels à l'ordination.