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CHAPITRE III

Des anges.

72. Nous parlerons, i" de la nature des anges; 2° de l'existence et du nombre des bons et des mauvais anges ; 3° du ministère des saints anges ; 4° du pouvoir des mauvais anges.

ARTICLE I

De la nature des anges.

73. Les anges sont ainsi appelés, du mot grec qui signifie envoyé, messager. C'est une dénomination , non de nature, mais d'office, prise du ministère qu'exercent les anges ^ qui consiste à

(1) Ul)i eras qiiando ponebara fundamenta terrœ? Indica miJii, si habes intel ligentiam. Quis posuit mensuraa ejus, si nosti? vel qiiis tetendit super eam li- (icani ? Super quo bases illius solidatae sunt? aut (piis demisitlapidem augujarenj ejiis, cum me laiidareut siuiul aslra inalulina, ctjnbilareutomnes tilii Dei?/o^ c xxxviu, V. 4 etsuiv.— (2) Capit. i, de fide catbolica.

exécuter les ordres de Dieu auprès des hommes. C'est pour cela que le nom d'ange est quelquefois donné, dans l'Écriture, aux hommes qui ont une mission de Dieu , ainsi qu'au Messie , qui est appelé l'Ange du Testament, Angélus Testamenti. Mais si on considère l'ange en lui-même, nous dirons qu'il est une substance spirituelle, créée de Dieu, et d'une nature supérieure à r homme.

74. Premièrement , les anges sont des substances spirituelles ou incorporelles ; ce sont des esprits, comme les appelle saint Paul, facit angeloa suos spiritus (l); ils sont sans corps, par conséquent : spiritus curaem et ossa non habet (2). C'est d'ailleurs l'enseignement du quatrième concile général de Latran : il dit formellement que Dieu a fait de rien d'abord la créature spirituelle et la créature corporelle, savoir, la créature augélique et la créature matérielle, angelicam videlicet et mundanam; puis la créature qui tient de l'une et de l'autre , étant composée d'une âme et d'un corps : deinde humanam quasi communem , ex spiritu et corpore constitutam (3). On voit que ce concile distingue la créature angélique, et de la créature purement matérielle, et de la créature humaine , qui se compose d'une substance spirituelle et d'une substance corporelle.

75. On convient que TertuUien, Clément d'Alexandrie, Origène et quelques autres docteurs , parmi les anciens , ont cru que les anges, quoique essentiellement intelUgents, étaient revêtus d'un corps , à la vérité très-subtil et très- différent du corps de l'homme; mais Lactance, saint Athauase, Eusèbe de Césarée, saint Basile, saint Grégoire de Nysse , saint Grégoire de JNazianze, saint Jean Chrysostome, Théodoret, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Léon, saint Grégoire le Grand, et généralement tous les Pères qui ont écrit depuis le commencement du quatrième siècle , ont regardé les anges comme des êtres purement spirituels (4). Ce qui a pu accréditer quelque temps l'opinion de TertuUien , qui était reçue parmi les philosophes platoniciens , c'est que les livres saints nous représentent souvent les anges conversant avec les hommes, sous une forme humaine : il n'avait pas remarqué, ni lui ni ceux qui pensaient comme lui , que cette forme n'était qu'une forme apparente et d'emprunt.

Secondement, les anges ont été créés de Dieu. Dieu seul est

(l) Épttre aux Hébreux, c. i, v. 7. — (2) Saint Luc, c. xxiv, v. 39. - - (3) i\' concile général de Latrair, capit. i, defide catholica. — (4) Voyez la Dissertation sur les bom et les mauvais cu'iges, daus la Bible de Vence, tom. xui.

éternel ; lui seul existe de lui-même. Ils ont été créés au cojtimencement des temps, comme nous l'avons fait remarquer dans le chapitre précédent; ils ont été tirés du néant, conjointement avec les créatures corporelles : Simul ab initio temporis utramque de nihilo condidit naturam, spirihialem et corpoream , anyelicam videlicet et muiidanam (l\ Ils ont été créés justes, saints; Dieu ne peut être l'auteur du péché; ils ont été créés pour une félicité éternelle : en les faisant à son image , Dieu a voulu qu'ils fussent immortels. Mais il les a créés libres ; et parce qu'ils étaient libres, les uns sont demeurés fidèles au Créateur, et ont obtenu d'être confirmés en grâce , avec l'assurance d'être éternellement heureux : ce sont les bons anges , qu'on appelle aussi simplement les anges. Les autres se sont révoltés contre Dieu , et ont été condamnés au supplice éternel. Ils sont appelés mauvais anges , diables ou démons : ils sont tout à la fois les ennemis de Dieu et les ennemis des hommes.

76. Troisièmement, les anges sont d'une nature supérieure à celle de TAo/^wie. La nature angélique, dit saint Augustin , l'emporte en dignité sur toutes les créatures : Angelica natura omnia cœtera quœ Deus condidit naturœ dignitate prœcedit (2).

ARTICLE IL

De l'existence et du nombre des bons et des mauvais anges.

77. Il est de foi qu'il existe des anges créés de Dieu, dont les uns ont été fidèles, et les autres rebelles à la grâce. L'existence des bons et des mauvais anges est un dogme fondé sur la révélation évangélique, mosaïque et primitive. C'est une croyance aussi ancienne et aussi universelle que le monde. Quoique altérée par les superstitions de l'idolâtrie, on la retrouve dans la distinction des bons et des mauvais génies, chez tous les peuples de la terre (3 1. Moyse et les prophètes, les évangélistes et les apôtres, tous les auteurs sacrés nous parlent du ministère des anges et de la malice des démons, qui cherchent à nuire aux hommes. Dépositaires de l'antique tradition confirmée par Jésus-Christ, les Pères de l'Église et les docteurs de tous les temps proclament, d'une voix unanime, le dogme de l'existence des bons et des mauvais anges. Les nrièrei

(I) IV* concile général de Latraii, ( apit. i, de fide cafhnlica. — (2) De la Cité de Dieu, liv. xi, c. v. — (3) Voyez, dans le tome l de cet ouvrage, le n" 575, etc.

54 OE Dieu.

liturgiques, les exorcismes, qui ont été jusqu'ici constamment en usage dans toutes les Eglises de l'Orient et de l'Occident, tout, dans le christianisme , dépose en faveur de cette croyance , dont on ne peut expliquer l'origine qu'en remontant aux apôtres , à Jésus-Christ, aux prophètes, à Moyse, aux patriarches, à Dieu même. Vouloir que les anges ne soient que des mythes oa des êtres fantastiques, imaginaires, dont l'idée se serait conservée par la superstition des peuples , ce serait évidemment vouloir anéantir l'autorité des livres saints et de la tradition la plus générale et la plus constante; ce serait insulter au genre humain.

78. Quant au nomhre des anges, Dieu seul le connait : tout ce que nous savons, c'est que leur nombre est très-considérahle. Le char de Dieu, dit David, est accompagné de plusieurs milliers d'anges : millia lœtantium (I). Suivant le prophète Daniel, des millions d'anges assistent au trône de l'Ai^îien des jours : Millia millium ministrabant ei , et decies millies , centena millia assistebant ei (2). Le Fils de Dieu dit, dans l'Évangile, que son Père pouvait lui envoj^er plus de douze légions d'anges, plus quant duodecim legiones angelorum (3). Saint Jean, dans l'Apocalypse, rapporte qu'il vit autour du trône de l'Agneau une multitude d'anges; il y en avait des milliers de milliers : erat numerus eorum millia millium (4). J^es Pères de l'Église nous parlent du nombre des anges comme étant infiniment plus grand que celui des hommes. Ils enseignent aussi , d'après l'Écriture , que les anges rebelles sont en grand nombre, et qu'ils forment des légions (5). Cet enseignement s'accorde parfaitement avec la tradition primitive, dont le souvenir s'est conservé chez tous les peuples de l'antiquité. Selon Thaïes et Pythagore, le monde est plein de génies. Les païens les croyaient répandus dans les deux, dans l'air et sur la terre (6). Une aussi grande affinité entre la croyance des gentils et celle des chrétiens, sur le nombre des bons et des mauvais anges, suppose évidemment que l'une et l'autre ont une seule et même origine, qui ce peut être que la révélation divine.

(1} Psaume lxtii, v. 18. — (2) Daniel, c. vu, v. 10. — (3) Saint Mattliieu , e. nxn, V. 53. — (4) Apocalypse, c. v, v. 2. — (5) Voyez la Dissertation sut les bons et les mauvais anges, dans la Bible do Vence. tom. xiu, page 255, ia-4". — (e) Voyez ce que nous avons dit, au tome 1 de cet ouvrage, n" 577.

ARTICLE III

Du ministère des saints anges.

79. Selon le sentiment commun des Pères et des théologiens , les anges sont distribués en trois hiérarchies, et chaque hiérarchie en trois chœurs. La première hiérarchie comprend les Séraphins, les Chérubins et les Trônes ; la seconde, les Dominations, les Vertus et les Puissances i la troisième, les Principautés, les Archanges et les Anges. Cette distinction est consacrée par la liturgie. Cependant nous ne parlerons que du ministère des anges en général , sans les distinguer les uns des autres par le rang qu'ils occupent dans la hiérarchie céleste.

80. Il était reçu , chez les anciens , que Dieu gouverne le monde par le ministère des anges ou des esprits. Il s'en sert pour maintenir l'ordre général, pour veiller aux empires, pour protéger les hommes et répandre sur eux ses bienfaits. Partout l'Ecriture rappelle ce merveilleux ministère des anges; et, à quelque époque qu'on veuille remonter, on ne trouvera point sur la terre de tradition plus universelle et plus constante. Selon le prophète royal , Dieu fait des esprits ses ambassadeurs : qui facis migelos tuos spiritus (1). Saint Paul, parlant des anges, dit qu'ils sont tous les administrateurs de Dieu, envoyés pour exercer un ministère en faveur de ceux qui seront iiéritiers du salut : Nonne omnes suni administrcUorii spiritus , in ministerium 7nissi propter eos qui hœreditatem capient salutis (2)? « Si nous ouvrons l'Apocalypse, « nous y voyons avant toute chose le ministère des anges : on les '< voit aller sans cesse du ciel à la terre et de la terre au ciel ; ils ' portent, ils interprètent, ils exécutent les ordres de Dieu, et les « ordres pour le salut comme les ordres pour les châtiments, puis- « qu'ils impriment la manjue salutaire sur le front des élus de « Dieu (3) ; puisqu'ils attèrent le dragon qui voulait engloutir l'É- « glise (4); puisqu'ils offrent sur l'autel d'or, qui est Jésus-Christ,

« les parfums qui sont les prières des saints (5) Tous les

' anciens ont cru, dès les premiers siècles, que les anges s'en- « tremettaient dans toutes les actions de l'Église : ils ont reconnu « un ange qui présidait au baptême, un ange qui intervenait dans « l'oblation, et la portait sur l'autel sublime, qui est Jésus- Christ;

(1) Psaume cm, v. 4. — (2) Épttre aux Hébreux, c. i, v. I i. -- (3) Apocftl., c. vil, V. 3. — (4) Ibidem, c. xii, v. 7. — (5) Utidem, c. viii, v. 3.

« un ange qu'on appelait Vange de Vorahon , qui présentait à » !)ieu les vœux des fidèles : et tout cela est fondé principalement « sur le chapitre VITr de l'Apocalypse, où l'on voit clairement

• ia nécessité de reconnaître ce ministère angélique. Les anciens 0 étaient si touchés de ce ministère des anges , qu'Origène invoque « publiquement et directement l'ange du baptême, et lui recora- '^ mande un vieillard qui allait devenir enfant de Jésus-Christ par « ce sacrement (i).

81. « Il ne faut point hésiter à reconnaître saint Michel pour !< iéfenseur de l'Église, comme il l'était de l'ancien peuple, après le « témoignage de saint Jean (2), conforme à celui de Daniel (3). " Daniel nous parle du prince des Grecs , du prince des Perses (4), » c'est-à-dire, sans difficulté, des anges qui président par l'ordre « de Dieu à ces nations; et saint Michel est appelé dans le même « sens le prince de la synagogue, ou, comme l'archange saint Gan briel l'explique à Daniel , Michel, votre prince; et ailleurs, plus

• expressément : Michel, un grand prince , qui est établi pour « les enfants de votre peuple (5).

82. « Quand je vois dans les prophètes, dans rApocahT)se , et « dans l'Évangile même , cet ange des Perses , cet ange des Juifs ,

• l'ange des petits enfants, qui en prend la défense devant Dieu « contre ceux qui le scandalisent (6) , l'ange des eaux , l'ange du

• feu (7) , et ainsi des autres ; et quand je vois parmi tous ces anges " celui qui met sur l'autel le céleste encens des prières (8), je recon- « nais dans ces paroles une espèce de médiation des saints anges ; <• je vois même le fondement qui peut avoir donné occasion aux ■■' païens de distribuer leurs divinités dans les éléments et dans les o royaumes pour y présider ; car toute erreur est fondée sur quel- « que vérité dont on abuse (9). »

83. Les Pères de l'Église nous apprennent que la providence du Très-Haut s'étend à tout ce qui existe , et qu'il se sert du ministère des anges pour l'exécution de ses desseins. Suivant saint Justin , Dieu a confié aux anges le soin des hommes et des choses placées sous le ciel (10). Athénagore dit, au nom des chrétiens de son temps , qu'il y a une multitude d'anges et de ministres que le Créateur a distribués en différentes classes par son Verbe , pour

(1) Homél. I, sur Ézéchiel. — (2) Apocal., c. xii, v. 7. — (3) Daniel , c x, Y. 13, 21; c. XII, V. 1. — (4) Ibid., c. x, v. 13, 20. — (5) Ibid., v. xxi, etc.; xii,

?. 1 (6) S;iint Matthieu, c. xtiii, v. 10. — (7) Apocal. , c. xiv, v. 18; c. xvi,

V. 5. — (8) Ibidem, c. vin, v. 3. — (9) Bossuet, Préface sur l'Apocalypse, n"' ïwn. — (10) Apologie ii", n' v

conserver l'ordre des éléments, des deux, de l'univers et des saisons (l). Origcne enseigne également que les anges président aux différentes parties du monde physique, ajoutant que c'est par leur ministère que Dieu nous fournit les choses nécessaires à .a vie ; qu'ils nous assistent dans l'accomplissement de nos devoirs de piété, et qu'ils portent nos vœux au ciel pour les offrir à Dieu par Jésus-Christ (2). Dieu a créé les anges, dit saint Methodius, et les a chargés de l'administration du monde, ut rébus ab ipso effectis prœessentiZ). Nous trouvons la même doctrine dansEusèbe de Césarée , qui nous représente les anges comme messagers de Dieu auprès des hommes , comme veillant à la garde des apôtres, des églises particulières et des fidèles (4). Saint Hilaire de Poitiers s'exprime comme Eusèbe ; il reconnaît que l'Église trouve un appui dans les anges qui l'entourent de leur protection (5), et qui assistent les fidèles en tous lieux (6). Saint Basile montre, d'après l'Écriture, que, parmi les anges, les uns président aux nations et aux monarchies, tandis que les autres ont l'inspection des églises, et prennent soin des fidèles (7). Saint Grégoire de Nazianze n'est pas moins exprès : « Les anges , dit-il , sont les ministres de la volonté " de Dieu ; ils ont naturellement, et par communication, une force « extraordinaire; ils parcourent tous les lieux et se trouvent par- « tout , tant par la promptitude avec laquelle ils exercent leur mi- " nistère, que par la légèreté de leur nature. Les uns sont chargés " de veiller sur quelque partie de l'univers qui leur est marquée de « Dieu, de qui ils dépendent en toutes choses (8); d'autres sont à '■ la garde des villes et des églises (9) ; ils nous îùdent dans tout ce '< que nous faisons de bien (10). »

84. Selon saint Ambroise, les anges remplissent tout, les cieux, la terre, la mer et les églises; car, ajoute-t-il, le Seigneur envoie ses anges pour la défense de ceux qui sont héritiers des promesses divines (n). Saint Éphrem, diacre d'Édesse, pensait comme saint Ambroise : il dit qu'il y a des anges dans chaque église (12), et que c'est par leur ministère que les âmes des justes sont introduites dans le ciel , après la mort (13). C'est aussi la pensée de saint Grégoire de Nysse (14).

(1) Légation pour les chrétiens, n° xi. — (2) Liv. v et vin contre Celse. — (3) Fragment sur la résurrection. — (4) Sur le psaume xlvii. — (5) .Sur le psaume xvjn. — (6) Sur le psaume xxxiii. — (7) Liv. ni , contre Euuomius, et lettre ccxxxvnr. — (8) Discours xxxiv. — (9) Discours x.vxii. — (10) Discours xl. — (1 1) Sur le psaume cxviii - '12) Sur le jeûne, — (13) Sur la virginité — (14) Vie de sainte Macrine.

58 DE DlEUc

85. « Avant l'Incarnation, dit saint Jean Chrysostome, les anges « n'étaient gardiens que des nations; mais depuis ils sont gardiens « des nations et de tous les fidèles, comme Jésus-Christ l'enseigne « dans l'Évangile (l). » Saint Jérôme croyait que les anges président aux éléments (2) ainsi qu'à chaque nation (3) , et que chaque fidèle a un ange gardien (4) ; ce qui est conforme à ce qu'enseigne saint Augustin, lorsqu'il dit que Dieu, en faisant sa portion du peuple d'Israël, n'a point fermé la source de sa bonté à l'égard des autres peuples , qu'il avait placés sous le ministère des anges : Non clausit Deus foniem bon^'tatis suœ in alienigenas génies, qîias sub angelis constituerai , vortionem sibi faciens populum Israël (5). Suivant le même docteur, les anges ont pitié de nous, et prennent soin de notre salut au nom du Seigneur (6).

86. Nous ne finirions pas, si nous voulions citer tous les Pères et tous les docteurs de l'Église qui, en s' appuyant sur les saintes Écritures, fout intervenir les anges, comme ministres de Dieu, dans le gouvernement du monde, principalement en ce qui concône le salut des hommes. Tous répètent , d'après saint Paul, que les anges sont des esprits administrateurs , envoijés de Dieu pour le ministère de notre salut; qu'ils nous protègent contre nos ennemis; qu'ils déposent nos vœux et nos prières devant le trône de l'Éternel , et nous rapportent du ciel les secours et les grâces dont nous avons besoin pour surmonter les tentations. Aussi est-il reçu dans l'Église, comme un dogme fondé sur l'histoire et la tradition , comme une croyance qui sans être , rigoureusement parlant, un article de foi, ne peut être contestée sans témérité, que chaque fidèle a un ange gardien, un ange tutélaire, dont nous ressentons souvent la protection. Les enfants même sont assistés des anges qui voient la face du Père céleste , comme nous l'apprend l'Évangile (7).

, ARTICLE IV

Du pouvoir des mauTais anges.

87. Les mauvais anges, ou démons , sont ceux qui, s'étant révoltés contre Dieu, ont été chassés du ciel et condamnés à un sup-

(I) Homélie m, sur l'épttre aux Colossiens. — (2) Liv. ii, sur l'épitre aux Calâtes (3) Liv. VI, sur Isaïe (4) Liv. xviii, sur le c. Lxvid'Isaïe.— (5) Sermon «

sur le psaume Lxxxviu. — (6) Sur le psaume lxii. — (7)SaintMatUiieu, c. xvni,

DB DIEU. 5d

plice éternel. « Dieu , dit saint Pierre, n'a point épargné les anges « qui ont péché; mais il les a précipités dans le Tartare, où des « ténèbres leur servent de chaînes, pour y être tenus comme en <■ réserve jusqu'au jugement (l). » Suivant saint Jude, « le Seigneur « retient^liés de chaînes éternelles, dans les ténèbres, et réserve « pour le jugement du grand jour, les anges qui n'ont pas conservé « leur première dignité, et ont quitté leur demeure (2). « Nous lisons dans l'Apocalypse : « Il y eut un grand combat dans le ciel . « Michel et ses anges combattaient contre le dragon , et le dragou M avec ses auges combattait contre lui. Mais ceux-ci furent les fai- « blés, et leur place ne se trouva plus dans le ciel. Et ce dragon, cet « ancien serpent, qui est appelé le diable et Satan, qui séduit tout « le monde, fut précipité en terre, et ses anges avec lui (3). » On voit, par ce texte, qu'il y a de mauvais auges sur la terre comme il y en a dans l'air, ainsi que nous l'apprend saint Paul. Cet apôtre appelle Satan le prince de la puissance de l'air, pnncipem potestalis aeris (4). Dans la même épître, qu'il adresse aux Éphésiens, il exhorte les fidèles « à se revêtir de l'armure de Dieu, afin de pou- « voir se défendre des artifices du diable ; ajoutant que nous « avons à combattre non-seulement contre la chair et le sang, « mais encore contre les principautés et les puissances de ce monde, « contre les princes des ténèbres , contre les esprits de malice qui '< sont dans l'air (5). » Les paroles de l'apôtre nous font connaître que le démon est l'ennemi de l'homme, et qu'il cherche à le perdre par tous les moyens qui sont en son pouvoir. Nous devons donc nous couvrir entièrement du bouclier de la foi , afin de parer les traits enflammés de cet esprit méchant : in omnibus sumentes scutumfidei, in guopossiiis otnnia tela nequissimi ignea extinyuere (6). Saint Pierre écrivait aux fidèles : « Soyez sobres et veil-

(1) si enim Deus angelis peccantibus non pepercit, aed rudentibus inferni tletractosin Tartariim tradidit cruciandos, in jiidicitim leseivaii. ii« épitre, c. ii, V. 4. — (2) Angt'los vero qui non servavenint suiim priiicipatum, sed dereliquerunt .suiim doniicilium, in judicium magni diei, Tinculis aoternis sub caligine reservavit. Épit., v. 6. — (3)Etfactijm est praelium magnum in cœlo; Miciiael et angeii ejiis praeliabanlur ciim dracone, et draco pngnabat, et an};eli ejus; et non vaiiierunt, neqiie locus inv<^ntns est eonim amphiis in cœlo. Et projeclnsest 'iraco ille magnus, serpens antiquus, qui vocaturdialioluset Satanas, qui seducit universum orbem;et projectus est in lerram, et angeii ejus cum illo niissi sunt. Apocal. , c. xir, v. 7 et siiiv (4) ftpltre aux Épbésiens, c. ii, v. 2. — (6) Induite vos armaturam fidei, ut possitis stare adversus insidias diai)0li. Quoniam nou est nobis colluclatio adversus carnem et sanguinem ; sed adversus principes et potestate», adversus mundi rectores tenebrarum hanim , contra spiritualia nequitiaiin cdpleslibus. Ibid., c. vi, v. 11. — (6) Ibid., v. 16.

80 DE ilIEd.

« lez, leur disait-il, parce que le diable, votre ennemi, tourne au- « tour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra « dévorer : Sobrii estote , et vigilate ; quia adversarius rester " diabolus tanquam leo rugiens circuit, quœrens qucm devo- '■ ret (1). » En mille endroits l'Écriture, et, d'après l'Écrituie, les Pères et les docteurs, l'Église elle-même dans ses enseignements et sa liturgie, nous représentent le démon comme envieux de notre bonheur, comme notre plus dangereux ennemi. Mais l'Église nous enseigne aussi, toujours d'après l'Écriture et la tradition, que Dieu ne lui permet pas de nous tenter au-dessus de nos forces en ce qui concerne le salut : non palietur vos tentari supra id quod potestis (2).

88. Non-seulement les démons peuvent agir sur le mor^il de l'homme; ils peuvent encore agir sur le corps d'une manière plus ou moins sensible. L'Écriture en fait foi. Nous lisons dans l'Évangile que Jésus-Christ chassait les démons des corps dont ils s'étaient rendus maîtres ou possesseurs ; et il donna le même pouvoir à ses disciples, en leur disant qu'ils chasseraient les démons en son non : in nomine meo dœmonia ejicient (3). Les apôtres ont pris à la lettre la promesse que leur avait faite leur divin Maître, et ils ont guéri plusieurs démoniaques (4). Les Pères des premiers siècles attestent le même fait, le même miracle, comme ayant été opéré par des chrétiens en faveur des païens qui étaient possédés du démon ; ils en prennent à témoin les païens eux-mêmes. Tertullien dit aux magistrats de Rome : '< Qu'on fasse venir devant vos " tribunaux un homme qui soit reconnu pour être possédé du dé- '■ mon; qu'un chrétien, quel qu'il soit, n'importe, commande à cet « esprit de parler : il confessera et qu'il est' véritablement démon, " et qu'ailleurs il se donne faussement pour un Dieu. S'il ne fait « pas cette confession , répandez sur le lieu même le sang de ce « téméraire chrétien. Qu'y a-t-il de plus manifeste et de plus sûr « qu'une pareille preuve? Voilà la vérité elle-même avec sa simplicité et son énergie. Que pourriez-vous soupçonner? De la magie ou de la fourberie? Vos yeux et vos oreilles vous confondraient. Non, vous n'avez rien à opposer à l'évidence, qui se montre toute nue et sans art (5). »

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