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CHAPITRE VII

De la manière de s'exprimer en parlant du mystère de l' Incarnation de Jésus-Christ.

419. Pour parler exactement du mystère de l'Incarnation et de Jésus-Christ, on doit se conformer au langage de l'Écriture, des Pères, des conciles, des symboles ou professions de foi rédigés ou adoptés par l'Eglise, sans jamais perdre de vue la distinction de la nature divine et de la nature humaine, tellement unies entre elles qu'il n'y a qu'une seul^ personne en Jésus-Christ, la personne du Verbe, du Fils de Dieu fait homme. En vertu de cette union hypostatique , la foi catholique rapporte à la personne de Jésus-Christ les attributs et les propriétés de la nature divine et de la nature humaine , sans confondre la divinité avec l'humanité : c'est ceque les théologiens appellent la communication des idiomes ou des propriétés. Ainsi, en Jésus-Christ, Dieu est homme, Vhojume est Dieu : ce qui ne signifie pas que Jésus-Christ, comme Dieu , soit homme; ni que, comme homme, il soit Dieu; mais bien que le Fils de Dieu, Dieu comme le Père, éternel et consubstantiel au Père , s'est fait homme en s'associant la nature humaine , en la faisant sienne ou la rendant propre à sa personne , qui est la personne du Verbe, la seconde personne divine. De même, et pour la même raison, le Fils de Dieu est devenu le Fils de l'homme, et la Vierge Marie, de laquelle il est né, est devenue mère de Dieu : Dcipara ; non , encore une fois , que la sainte Vierge ait engendré l;i divinité, mais parce qu'en concevant et en engendrant le Fils de

(1) Per ipsum habernus accessum ambo in Spiritti ad Patrem. Epitre au r

Ephéôiens, c. ii, v. 18 (2, Salvare in perpetmim potest accedentes per £>•-

niPtipsiim ad Deum, semper vivens ad interpellandiim pro nobis. Epitre nuz Héhrevx, c. vu, v. 25. — (3) .\deamus ergo ciim fidncia ad tlironnm grati; ', ut nilsericordiam coiiseqiiainiir, et gratiam inveniamus Jn auxilio onportin,.>. ibidem, c. IV, V. 16.

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Dieu quant à l'humanité , elle n'a pu être mère que du Fils de Dieu; c'est la personne qui uait, c'est de la personne qu'on est mère.

420. Les théologiens nous donnent plusieurs règles sur la manière de s'exprimer en parlant de Jésus-Christ. Ces règles sont : l'* que les termes concrets^ c'est-à-dire ceux qui expriment directement la personne ou le sujet, peuvent s'affirmer les uns des autres à l'égard de Jésus-Christ; 2" que les termes abstraits, ou qui expriment directement la forme ou l'attribut, ne peuvent s'affirmer les uns des autres en Jésus-Christ ; autrement la communication des propriétés confondrait la nature divine avec la nature humaine; 3** qu'on peut attribuer à la personne de Jésus- Christ les noms abstraits de la nature divine, mais non pas les noms abstraits de la nature humaine. Mais parce qu'il est difficile de faire comprendre cela au commun des lecteurs, il est nécessaire de rapporter les exemples dont les docteurs se sont servis pour exprimer le dogme catholique.

421. Suivant la première règle, on dit, en parlant de Jésus- Christ : Dieu est homme . Dieu est né, Dieu a souffert, Dieu est mort , Dieu est ressuscité; ce qui signifie que le Fils de Dieu, qui s'est fait homme en s'incarnant, est né comme homme, a souffertcomme homme , est mort comme homme , est ressuscité comme homme. On dit également, toujours en parlant de Jésus-Christ homme-Dieu : L homme est Dieu, Vhomme est immortel. Le sens de cette proposition n'est pas que la divinité ni l'immortalité conviennent à l'humanité de Jésus-Christ, mais bien que la divinité et l'immortalité sont propres au Fils de Dieu fait homme, qui est Dieu comme le Père, éternel et consubstantiel au Père ; elles ne ^. rapportent pas à la nature humaine , mais à la personne de celd. qui est Dieu et homme tout ensemble, qui est impassible et immortel quant à la divinité, passible et mortel quant à l'humanité. C'est absolument comme si on disait : Celui qui s'e?,tfait homme est Dieu, est immortel. Cependant, quoiqu'il soit très-vpai de dire que Dieu s'est fait homme, on ne peut dire que l'homme s'est fait Dieu; car ce n'est point l'homme qui s'est uni à Dieu, mais Dieu qui s'est uni à l'homme. On ne peut dire non plus que l'homme a été fait Dieu : cette proposition serait au moins équivoque, en ce qu'elle donnerait à entendre que la personne humaine t;ubsiste eji Jésus-Christ. Enfin, l'an ne pourrait dire que Jésus- Christ, comme homme, est Dieu; ni que Jésus-Christ, comme Dieu , est homme ; ce serait confondre la nature divine avec la

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nature humaine; ce qui serait aussi contraire à la raison on'à la foi.

422. D'après la seconde règle, ce serait une erreur non moins Sirossière de dire que la divinité de Jésus- Christ est V humanité , qu'elle est née, qn'e/le a souffert, qu'elle est morte , quelle est ressuscitée; ou que son humanité est la divinité, qu'elle est toutS'^ ■puissante, infinie, immense, qu'elle est partout.

423. Selon la troisième règle, on dira : Le Verbe ^ le Fils de Dieu est la divinité, la sagesse, la toute-puissance de Dieu, puisqu'il est Dieu lui-même : Et Deus erat Verbum. Mais on ne dira pas qu'il est l'humanité ; car, quoiqu'il ait pris notre nature, il n'est pas une même chose avec elle; la nature divine, en Jésus- Christ, demeure essentiellement distincte de la nature humaine.

424. Peut-on dire que Jésus-Christ se compose de la divinité et de l'humanité? On peut dire avec les Pères que Jésus-Christ est composé de la nature divine et de la nature humaine; mais, pour ne ooint s'écarter de leur pensée , il faut remarquer qu'il y a bien de la différence entre la manière dont la divinité et l'humanité composent Jésus-Christ, et celle dont sont composées les autres choses. « Car dans les autres choses composées les parties compo- « santés se perfectionnent mutuellement , et le corps même ajoute

• quelque chose à l'àme, tandis que l'humanité n'ajoute rien à la rt divinité. Ainsi, dans cette divine composition formée par l'Incar- « nation, la divinité donne et ne reçoit rien. Elle est aussi grande

• à elle seule que le tout ; elle communique ses richesses infinies à

• l'humanité, mais elle ne reçoit rien d'elle. Dans cette composi- « tion la divinité tient lieu de tout , parce qu'elle possède en soi la '- plénitude de toute perfection (1). » Mais, quoiqu'on puisse dire que l'âme et le corps de l'homme sont une nature composée , on ne peut dire qu'il en soit de même de Jésus-Christ; il n'est point une nature composée de la divinité et de l'humanité. L'âme et le corps, étant deux êtres imparfaits et destinés à être unis l'un à l'autre, peuvent composer ensemble une nature, parce qu'ils se perfectionnent mutuellement , eu égard à la fin que se propose le Créateur; mais la divinité contenant en elle toutes sortes de perfections, n'en peut recevoir de nouvelles. Elle peut donc s'unir à la nature humaine pour la perfectionner, mais non pour se perfectionner elle-même, ce qui lui est uni ne lui donnant absolument rien.

(i) Nicole, Iir instruction sur le symbole, c. nvu. — Voyez «ussi Tour» céiy. Tract, de Incarnationc, quœsi. ix, art, ui.

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425. II est encore d'autres questions soulevées par les scolastiques touchant riiicarnation du Fils de Dieu; mais parce que ces questions ne touchent point à la foi, et qu'il vaut mieux se pénétrer de ce mystère d'amour que d'entrer dans des discussions qui n'édifient point, nous finirons en disant avec le pape saint Léon: « Rendons grâce à Dieu le Père, par son Fils, dans le Saint- « Esprit ; dans sa grande miséricorde et son amour pour les hom- « mes, il a eu pitié de nous, et lorsque nous étions morts par le « péché, il nous a rendu la vie par Jésus-Christ, afin que nous « fussions en lui de nouvelles créatures et un nouvel ouvrage de « ses mains. Dépouillons-nous donc du vieil homme et de ses « actes ; et, participant au bienfait de la naissance de Jésus-Christ, « renonçons aux œuvres de la chair. Reconnais, ô chrétien, ta « dignité; et, associé à la nature divine, ne retombe plus dans ton « ancienne bassesse par une conduite indigne de ton caractère. " Souviens-toi de quel chef et de quel corps tu es membre. N'ou- « biie pas que, retiré de la puissance des ténèbres, tu es parvenu à « la lumière et au royaume de Dieu. Par le baptême tu es devenu « le temple du Saint-Esprit : garde-toi de bannir de ton cœur par « des affections criminelles un hôte aussi auguste, et de retomber « au pouvoir du démon. Le prix de ta rédemption est le sang de « Jésus-Christ, qui doit te juger dans sa justice, après t'avoir ra- « cheté dans sa miséricorde (1). Jésus-Christ a annulé le pacte « que l'homme trompé avait fait avec le tentateur. Toute ta dette « a été acquittée par le rédempteur. Le fort armé est garrotté par « ses propres liens, et ses artifices retombent sur sa tête ; le prince « du monde étant lié, la liberté nous est rendue; la nature hu- 't maine , purifiée de ses taches , recouvre son ancienne dignité ; « la mort est détruite par la mort ; la naissance est réparée par

(1) Agamiis er£jo, dilectissimi, gratins Deo Patii , per Filinm ejus, in Spiritu Sancto, qui, propter muUam miseiicordiaii) siiani qna dilexit nos, miser tus est nostri : et cum essemus mortui peccatis, ronvivificavit nos Cliiisto, ut essemiis in ipso nova crcattira novnmque figmentnm. Dcponamus eigo veterem hoiuiiiena cum actibus suis ; et adepti parlicipationcin generationis Cliristi, carnis renuntiemus operibus. Agnosce,o christianc, dignitatem tuam, et divinae consors factus r.atuiae, noii in veterem vilitatem degeneri conversatione redire. Mémento cujus capitis et cujus corporis sis membrum. Reminiscere , quia erutus de potestate tenebrarum , translatus es in Dei lumen et regnnm. Per baptismati» sacramentum Spiritus Sancti factus es templum : noli tantum liabitatorem pravis de te actibus effugare, et diaboli te iterum sul)jicere servituti : quia pretium tuiim sanguis estChristi : quia in veritate tejudicabit, qui in misericordia te redemit. Sermon i, sur la nativité de Noire-Seigneur.

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« une naissance nouvelle. Puisque la rédemption nous tire de i'es- « clavage , la régénération change notre origine , et la foi justifie « les pécheurs (l). »

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