CHAPITRE VI
Des titres de Jésus- Christ.
413. Jésus-Christ est le sauveur du monde; et c'est ce que signifie le nom de Jésus. Ce n'est point par hasard ni par la volonté des hommes que ce nom lui a été donné , mais bien par l'ordre de Dieu même ; car l'ange annonçant à Marie le mystère qui devait s'opérer en elle, lui dit : « Voilà que vous concevrez <■ dans votre sein, et vous enfanterez un fils, et vous l'appellerez
(I Session xsv, ch. viii. — (2) Épître aux Romains, c. v, v. 20. — (3) Catéchisme du concile de Trente, sur le symbole. — (4) Épître aux Romains, c. vm, ^. 17. — (5) Concile de Trente, sess. xiv, ch. viu.
DE l'incarnation. 288
« du nom de Jésus. » Non-seulement l'ange du Seigneur ordonne de nommer ainsi l'enfant de Marie, mais il fait connaître à Joseph, époux de la sainte Vierge, pourquoi on devait lui donner ce nom. « Joseph, fils dt^ David, lui dit-il, ne craignez pas de prendre Marie « pour votre épouse ; car ce qui est né en elle est du Saint-E,sprit. « Elle enfantera un fils, et vous l'appellerez du nom de Jésus, parce « que c'est lui qui délivrera son peuple de ses péchés (1). » Il est vrai que plusieurs ont porté ce nom dans l'Ecriture. Tel fut Josué, fils de Kavé , qui succéda à Moyse pour introduire dans la terre p;'omisc le peuple de Dieu ; tel fut encore Jésus, fds de Josédech, le grand-prètre. Mais c'est avec infiniment plus de vérité que le fils de Marie, le Verbe fait chair, a reçu le nom de Jésus ; car ce n'est pas à un seul peuple en particulier qu'il a donné la lumière, la liberté et le salut, mais à tous les peuples, à tous les hommes , au genre humain tout entier, qu'il a délivré de l'esclavage du péché et qu'il a réconcilié avec Dieu (2).
414. Le nom de Christ, ajouté à celui de Jésus, signifie oini, sacré; c'est un titre^d'honneur, qui exprime en même temps un ministère. Nos pères appelaient anciennement christs les prêtres et les rois, parce qu'ils recevaient l'onction sainte à cause de la dignité de leurs fonctions : Dieu l'avait ainsi ordonné. Le prêtre est celui qui recommande le peuple à Dieu et qui offre des sacrifices à Dieu , en qualité de médiateur entre Dieu et les hommes. Les rois sont chargés de gouverner les peuples , d'établir et de faire observer les lois, de protéger la vie des innocents, et de punir les crimes des méchants. Comme ces deux ministères semblent représenter sur la terre la majesté de Dieu, ceux qu'on choisissait pour le sacerdoce ou la royauté étaient sacrés par l'huile sainte. C'était aussi la coutume de donner l'onction aux prophètes, parce qu'ils étaient chargés de faire connaître aux hommes les secrets et les volontés du ciel. Or, Jésus-Christ, notre Sauveur, en venant au monde, a pris tout à la fois le titre et les fonctions de prêtre, de roi et de prophète. C'est pourquoi il a été appelé Christ; c'est pourquoi il a reçu l'onction, non à la vérité de la main des hommes, mais par la vertu du Père céleste ; non l'onction d'une huile terrestre, mais celle d'une huile spirituelle; c'est-à-dire que son àme très-sainte reçut la plénitude du Saint-Esprit , la grâce et
(1) Et vocabis nomeii ejus Jesum; ipse enim salviUD faciet populum sniiiiia peccatiseorum. Saint Matthieu, c. i, v, 21 ; saint Luc, c. i, v. 31. — (2) Catéchisme du con'-.ile de Trente, sur le symbole.
284 DE L'1NC4RNAT10N.
tous les dous , avec tant cl' abondance qu'aucune créaturt ne serait capable de les contenir à un si haut degré. C'est ce que le prophète exprime très-bien, lorsque, s' adressant au Sauveur luimême, il lui dit : « Vous avez aimé la justice et détesté l'iniquité; « c'est pourquoi Dieu, votre Dieu, vous a donné une onction de '< joie plus excellente qu'à tous ceux qui participeront à votre « gloire (l). » C'est ce que nous dit encore plus clairement Isaïe, par ces mots qu'il met dans la bouche du Sauveur : >- L'Esprit du « Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m'a donné l'onc- « tion , et m'a envoj'é pour annoncer ses volontés à ceux qui sont « doux (2). « Jésus-Christ a donc été le prophète et le maître souverain qui a fait connaître le Père céleste et sa volonté à tout l'univers (3).
415. il a été non-seulement prophète , mais prêtre , non de la tribu de Lévi, mais selon l'ordre de Melchisédech. Ecoutez ce que saint Paul écrivait aux Hébreux : « Tout pontife est pris d'entre « les hommes , et est établi pour les hommes en ce qui regarde le •< suite de Dieu, afin qu'il offre des dons et des sacrifices pour les " péchés (4). Nul ne s'attribue à soi-même cet honneur; mais « il faut y être appelé de Dieu comme Aaron. Ainsi Jésus-Christ « ne s'est point élevé de lui-même à la dignité de pontife , mais il « l'a reçue de celui qui lui a dit : Vous êtes mon Fils , je vous ai « engendré aujourd'hui. Comme il lui a dit dans un autre endroit: « Vous êtes prêtre pour toujours, selon l'ordre de Melcliisédech (5). » L'Apôtre, voulant nous montrer l'excellence du sacerdoce de Jésus- Christ sur le sacerdoce de l'ancienne loi, continue : Dans la première alliance, « on offrait des dons et des sacrifices, qui ne pou- « valent purifier la conscience de ceux qui rendaient à Dieu ce « culte, puisqu'ils ne consistaient qu'en des viandes et en des « breuvages, en diverses ablutions et eu des cérémonies char- « nelles , qui n'avaient été établies que jusqu'au temps que cette
(1) Dilexisti justitiam et odisti iniquitatem : propterea unxit te Deus, Deus tuus, oleo laetitifR pnt consortibiis tuis. Psaume xliv. — (2) Spiritus Dotniai ifuper me, eo quod iinxeiit Domimis me : ;i(i aiiniintianduin raansuetis inislt me. Isaïe, c. L\i. — J3) Calédiisine du concile de Trente, sur le symbole. — (4) Omiils pontifex ex liominibus assumplus, pio omnibus constituitur in lis quae sunt ad Deum, ut olïeiat dona et sacrificia pro peccatis. Épitre aux Hébreux, c. V, V. 1. — (5) Kec qnisquam sumil sibi honorera ; sed qui vocatur a Deo, tanquain Aaron. Sic et Christus non semelipsum clarifitavit ut pontifex tieret : sed qui locutus est ad eum : Filius meus es tu; ego liodie genui te : queœadmodum e* in alio loco dicit : Tu es îsccrdos in œternnin, secundum ordinem Melchisédech. Ibider., v. 0, etç-
DE l'incarnation. â8ii
« loi serait corrigée. Mais Jésus-Christ, le pontife des biens futurs, " étant venu dans le monde, est entré une seule fois dans le sanc- " tuaire par un tabernacle plus grand et plus parfait, qui n'a " point été fait de la main des hommes, c'est-à-diro qui n'a point « été formé par la voie commune et ordinaire. Et il y est entre , « non avec le sang des boucs et des veaux , mais avec son propre « sang, afin de nous acquérir une rédemption éternelle. Car si le « sang des boucs et des taureaux, et Taspersion de l'eau mêlée « avec la cendre d'une génisse, sanctifie ceux qui ont été souillés « en leur donnant une pureté charnelle (extérieure]; combien plus « le sang de Jésus-Christ, qui par le Saint-Esprit s'est offert lui- « même à Dieu comme une victime sans tache, purifiera-t-il la « conscience des oeuvres de mort [de nos péchés), pour nous faire « rendre un culte plus parfait au Dieu vivant (l)? » Ainsi donc Jésus-Christ est véritablement prêtre, le prêtre par excellence, le pontife saint, sans tache, séparé des pécheurs, et plus élevé que les deux (2); il s'est offert lui-même comme victime de propitiatlon pour nos péchés et pour les péchés du monde : son sacrifice est d'un prix infini ; il vire sa valeur tout ensemble et de la victime et du sacrificateur : de la victime, c'est Jésus-Christ qui est immolé; du sacrificateur, c'est Jésus-Christ qui s'immole lui-même, et qui s'immole par amour pour nous : Christus dilexit nos, et tradidit semetipsum pro nobis ohlationem et hostiam Deo in odorem suavitatis (3). Il ne s'est offert qu'une fois ; mais parce qu'il demeure éternellement, son sacerdoce est éternel (4). Et il renouvelle sur nos autels , d'une manière non sanglante le sacrifice qui s'est opéré sur la croix.
(1) Mimera et liostiae offenmtiir, qiiœ non possunt juxta conscienliam perfec' tuni lacère servientem, solnmniocio in cibis et in potibus, et variis baptismatibus, et justitiis carnis nsque ad tempiis correctionis imposilis. Cbristns aiitem assistons pontifex futurornin bonornm, per ampiius et perfectius tabernacnlum non nianufactnm, id est, non liiijiis creationis. Neque per sangiiinem liircoruin aut vituloriim, sed per propriiini sariguinem , introivit seniel in sancta, alterna ledemptione inventa. Si enim sangnis liircorum ettanronim, et ciiiis vilulae aspersus, inqninatos sanclilicat ad eaïundationem carnis, quanto niagis sangiiis Christi,qui per Spirituni San( tiini semetipsum obtnlit immaciiiatum Deo, emundabit, conscienliam nostrani ab oj^sribus mortuis, ad serviendiim Deo vivent!. Ibidem, c. ix, v. 9, etc. — (2) Talis enim decebat ni nubis esset pontifex, sanclus, innoceiis, impollutiis , segregatns a peccatoribiis et excelsior coMis Cactus. Ibidem, c. vu, t;. 9.0 — (.i) Epître aux Èpiiésieus, c. v, v. 2. — (4) Hic autcm eo quod maneat in .l'in nnni, senipilernum liabet sacerdutiuni. Ei^itre aiuc Hébreux, c vu, t). 24.
416. Nous reconnaissons aussi Jésus-Christ comme roi, nonseulement en tant qu'il est Dieu, mais encore en tant qu'il est homme et revêtu de notre nature. C'est de lui que l'ange a dit; « Il régnera à jamais dans la maison de Jacob, et son règne n'aura « point de fin (l). » Ce règne est spirituel et éternel ; ;l commence sur la terre pour être consommé dans le ciel; et Jésus-Christ remplit d'une manière admirable envers son Église les devoirs que la royauté lui impose. Il la gouverne; il la défend contre les attaques et les embûches de ses ennemis ; il lui donne non-seulement la justice et la sainteté, mais encore la force nécessaire pour persévérer. Et quoique tous les hommes , bons et mauvais , appartiennent réellement à ce royaume, cependant ceux-là éprouvent
, d'une manière particulière les effets de la bonté du divin roi, qui suivent ses commandements, et mènent une vie pure et innocente. Il ne faut pas croire, au reste, que ce royaume lui soit éclui par droit d'héritage et d'une manière humaine, parce qu'il descendait de rois de Juda. Il est roi , parce que Dieu réunit en lui tout ce que la nature humaine peut posséder de puissance , de grandeur et de dignité. C'est Dieu qui lui a donné l'empire du monde entier; et dès cette vie il exerce son autorite sur t,iutes choses, quoiqu'elle ne doive obtenir son plein et parfait exercice qu'au jour du jugement (2).
417. Comme Jésus-Christ est notre roi, il est par là même notre Seigneur et comme Dieu et comme homme. « Il s'est abaissé « lui-même, s'étant fait obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de « la croix ; c'est pourquoi Dieu l'a élevé, et lui a donné un nom * qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout « genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers, et que « toute langue reconnaisse que le Seigneur Jésus-Christ est dans « la gloire de Dieu le Père (3). «Lui-même a dit, après sa résurrection : « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre (4), « Il est d'ailleurs appelé Notre-Seigneur, parce qu'il réunit en une
(I) Hic (Jésus) eiit magnus, et Filins Aitissinii vocabitur, et dabit iiii Dominiis Dens sedeni David palris ejiis : et regnabit in domo Jacob in <Tcletnum, et rcgni ejus non erit finis. Saint Luc, c. i, v. 32. — (2) Calédii-me du concile de Trente, surie symbole. — (3) Hiimiliavit semetipsuni faclus obediens usqiicad niortem, mortemautem criicis. Propfer quod et Deus exaltavit illum, etdonavit illi nomen, quod est super omne nomen : ut in noinine Jesu omne genu flectatur cœlestiura, terreslrium, et infernoiuni : et oiniiis lingua confiteatur, quia Dominus Jésus Cliiistus in gloria c?t Dei Patris. Épître aux Philippiens , c. n, V. 8, etc. — (4) Data esl niilii omiiis ^loteslas in cœlo et in teira. Saint Hlai* ihieu, c. xxvui, v. 18.
trK l'incarnation. ' 287
seule personne la nature divine et la nature humaine : union ineffable, qui l'aurait rendu notre maître , lors même qu'il ne serait point mort pour nous ; car il est par là même notre maître souverain , le maître de toutes les créatures (l).
4(8. Enfin, l'un des principaux titres de Jésus-Christ, c'est le titre de médiateur. Nous étions ennemis de Dieu, séparés de Dieu par le péché ; or, le Verbe, en s'incarnant, nous a rapprochés de Dieu ; en prenant notre nature sans cesser d'être Dieu, il a réconcilié le ciel avec la terre, le Créateur avec la créature : « Il fallait, « dit saint Augustin, que le médiateur entre Dieu et les hommes « eût quelque chose de commun avec Dieu , et quelque chose de « commun avec les hommes ; car s'il avait été semblable ajjx « hommes en tout , il aurait été trop loin de Dieu ; et s'il avait été « semblable à Dieu en tout , il aurait été trop loin des hommes , « et il ne serait plus médiateur [2). » Nous dirons donc avec l'Apôtre : « Il y a un Dieu, et un médiateur entre Dieu et les hommes, « Jésus-Christ, homme (et Dieu), qui- s'est livré lui-même pour la « rédemption de tous (3). Lorsque nous étions ennemis de Dieu, " nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils (4). « Il a plu au Père que toute plénitude résidât en lui, et de récon- « ciller toutes choses par lui et en lui-même, ayant pacifié, par le « sang qu'il a répandu sur la croix , et ce qui est en la terre et ce « qui est au ciel. Vous étiez autrefois éloignés de Dieu; vous étiez « ses ennemis par le dérèglement de votre esprit, abandonné à des « œuvres criminelles; mais maintenant Jésus-Christ vous a récon- « ciliés par la mort qu'il a soufferte dans son corps mortel, pour « vous rendre saints , purs et irrépréhensibles devant lui (ô). C'est « par lui que nous avons accès les uns et les autres auprès du
(1) Catéchisme du concile de Trente, sur le symbole — (2) Mediator autem inter Deum et homines (»poitebat ut liaberet aliquid siniile Deo, aliquid simiie hoaniiibus; ne in utioijue lioniinibiis similis longe esset a Deo, aiit in utroque Deo similis longe esset al) iiomiiiibiis ; atqwe ita mediator non esset. Liv. \ des Confessions, c. \ui — (3) Unus enim Deus, unus eî medialor Dei et liominiim homo Chiislns Jésus : qui dédit ledemptionem semetipsnni pro omnibns. I^" épitre à Timothée, c. ii, v. à et a. — (4) Cum inimici essemws, reconciliati Slimns Deo pcr mortem Filii ejus. Epître aux Romains, c. v, v. 10. — (5} In .ipso complacuit onniem pleiiitiuimem iuliabitaie : et per eum reconciliaie omnia in ipsurti, pacilicans per sangniiiem crucis ejiis, sive quœ in Iciris, sive <|n<Te in cœlis siuit. Et vos cum essc.lis aliquandoalienati, et inimici sensu iu operihus malis. Nunc; autem reconciliavit in corpore carnis ejus per mortem, exliibere vos sanctos et immaculatos, et iireprelieusibiles coram ipso. Épître aux ColossienSf c. i,v. 19, etc.
2s.s tK l'incarnation.
" Père (l). Il peut sauver pour toujours ceux qui s'approchent df "■ Dieu par son entremise, étant vivant et en état d'intercéder « pour nous (2). Allons donc avec confiance au trône de sa grâce, ' afin d'y obtenir miséricorde, et d'y trouver le secours de sa grâce « dans nos besoins (3). »