CHAPITRE IX
Du culte des saints.
432. A l'occasion du culte de Jésus-Christ, nous parlons du culte que l'Église rend aux anges, aux saints, et particulièrement à la sainte Vierge mère de Dieu. Ce culte est légitime, et n'a rien de commun avec l'idolâtrie. Dans l'ordre civil, nous Honorons le roi, ses ministres et les magistrats, sans rendre à ceux-ci les mêmes honneurs qu'au souverain. Dans l'ordre de Ir religion, nous honorons Dieu, notre Créateur; nous honorons les anges, qui sont ses ministres, et les saints qu'il a glorifiés dans le ciel , sans toutefois rendre ni aux anges ni aux saints le même culte qu'à Dieu. Nous honorons, nous adorons, nous servons le Roi des rois, le Souverain seigneur de toutes choses, d'un culte de latrie, culte qui ne convient qu'à Dieu , à qui est dû honneur et gloire dans les siècles des siècles (2). Nous honorons les anges et les saints, mais nous ne les honorons que d'un culte inférieur et subordonné, d'un culte qui, sans être purement relatif, se rapporte à Dieu, comme à celui qui est la source de tout don, de toute grâce, de toute sainteté. Nous honorons les saints, mais ne les adorons point, à prendre ce terme dans V-r. sens qui exprime le culte suprême; nous ne les servons point, nous ne servons que Dieu seul ; et c'est parce que nous ne servons que Dieu seul , que nous n'honorons les saints que conformément à l'ordre établi de Dieu,
(1) Saint Athanase, lettre à Adelphius — (2) Soli Deo honor et r Voria. /■■« épi tre à Timothée, c. i, v. 17.
n'Atant à Dieu aucune des perfections qui sont propres à son essence infinie, et n'attribuant aux créatures aucune des qualités ou des opérations qui ne peuvent convenir qu'à Dieu. C'est pourquoi, comme le dit le concile de Trente, « quoique l'Église ait coutume « de célébrer quelquefois des messes en l'honneur et mémoire des t saints, elle enseigne que ce n'est point à eux que le sacrifice est K offert, mais bien à Dieu seul, qui les a couronnés. Aussi le prêtre « ne dit pas, Pierre ou Paul, je vous offre ce sacrifice ; mais, ren- « dant grâce à Dieu de leurs victoires, il implore leur protection, afin « que ceux-là même daignent intei'céder pour nous dans le ciel, « dont nous faisons mémoire sur la terre(l). » C'est donc ignorance, ou erreur, ou mauvaise foi de la part des protestants , d'avoir accusé l'Eglise romaine d'être tombée dans l'idolâtrie, en rendant un culte aux anges et aux saints qui sont dans le ciel : ce culte n'est pas même un culte superstitieux ou superflu ; c'est un culte légitime, qui a pour lui l'Écriture et la tradition, la pratique et la croyance générale et constarlte de l'Église universelle.
433. Premièrement, le culte des anges et des saints est fondé sur l'Écriture. Le Seigneur dit au peuple d'Israël : « Je vais en- « voyer mon ange, afin qu'il marche devant vous, qu'il vous garde « pendant le chemin , et qu'il vous fasse entrer dans la terre que « je vous ai préparée. Respectez-le, observa eum; écoutez sa voix, « et gardez-vous bien de le mépriser, parce qu'il ne vous pardon- « nera point lorsque vous aurez péché ; il vous parlera en mon « nom (2). » Nous lisons aussi, dans le Livre des Nombres^ que Balaam, ayant vu l'ange du Seigneur, se prosterna le visage contre terre, et Y adora (3). Les auteurs sacrés, et après eux les anciens auteurs ecclésiastiques, se servent assez fréquemment du verbe adorer pour exprimer le culte que l'on rend, soit à Dieu, soit aux anges, soit aux hommes. Lorsqu'il est employé à l'égard de Dieu, il signifie le culte suprême qui n'est dû qu'à Dieu seul ; lorsqu'il
(1) Quamvis in honorem et memoriam sanctorum nonnullas interdiim niiss.is Ecclesia ceiebraie consiieverit, non tamen illis sacrificium off'erri docet, sed Deo soli, qui illos coronavit. Unde nec sacerdos dicere solet, Offero tibi sacrificium, Petre vel Paiile;sed Deo de illoriim vicloriiÉ gratias agens , eonim patrocinia implorât, ut ijisj pro nobis intercedere dignentur in cœlis, quorum memoriam agimvrsin terris. Sess. xxii, ch. m. — (2) Ecce ego mittam angelum meum, qui •îiiaecpc'at te, et custodiat in via, et introducat in locum qnera paravi. Observa eum, et atidi vocem ejus, nec coiitemnendum putes, quia non dimittet cum peccaveris, et est nonien meum in illo. Exode, c. xxiii, v. 20, etc. — (S) Ape« mit Dominas oculos Balaam, et vidit angelum stantem in via evaginato gladio, adoravitque eum pronus in terr.**»*», Nombren. /■, wii, v. 31.
est mis en «sage à l'égard des anges connus comme tels, il exprime un culte iLférieur mais religieux , les anges n'ayant pas de rapports civils avec les hommes. Si on s'en sert à l'égard de nos semblables, l'adoration n'est qu'un culte civil. La même équivoque a lieu dans l'hébreu comme dans les Septante et la Vulgate. Il faut donc avoir égard au sujet qui est adoré^ pour juger si l'adoration est un culte civil ou religieux, un culte suprême ou un culte inférieur , une adoration proprement dite et prise à la rigueur, comme celle qui n'est due qu'à Dieu, ou une adoration improprement dite, telle que celle qui, s"adressant à des êtres subordonnés, tourne à la gloire de celui qui les a comblés de ses bienfaits. Cette observation s'applique à ce qui est dit, dans le livre de Josué, du chef du peuple de Dieu, qui adora l'auge qui se présenta à lui sous le nom de prince de l'armée du Seigaeur. Voici 1« texte : « Lorsque Josué était sur le territoire de la ville de Jéricho, « il leva les yeux ; et ayant vu devant lui un homme qui était de- « bout et qui tenait à la main une épée nue, il alla à lui, et lui dit : « Étes-vous des nôtres ou des ennemis? Il lui répondit : Non; je « suis le prince de l'armée du Seigneur, et je viens ici maintenant « à votre secours. Josué se jeta le visage contre terre et V adora, en «'disant: Que dit mon Seigneur à son serviteur? Otez, lui dit « l'ange, vos souliers de vos pieds, parce que le lieu où vous êtes « est saint. Et Josué fit ce qui lui avait été commandé (i). » Évidemment il ne s'agit pas ici d'un culte civil; non-seulement Josué adora l'ange, mais l'ange lui-même lui commanda d'ôter sa chaussure par respect pour le lieu, qui était sanctifié par la présence de l'envoyé de Dieu. Nous pourrions citer d'autres faits tirés de l'histoire sainte; mais en voila bien assez pour prouver que chez les Israélites le culte du vrai Dieu n'était point incompatible avec le culte des anges. Or, il en est des saints qui sont en gloire comme des anges ; ils sont, dit Notre-Seigneur , comme les anges dans le ciel : sunt sicut angeli in cœlis (2).
434. Secondement, le dogme catholique, pour le culte des anges et des saints, est fondé sur la tradition apostolique, dont nous avons pour garant le témoignage des Pères et la croyance générale et constante de l'Église. D'abord, c'est un fait incontestable qu'au cinquième, et même au quatrième siècle, ce dogme était reçu dans
(1) Cecidit Josue pronus in terram ; et adorans ait : Quid Dominus meus loqiiiturad sfervum suum? Solve, inquit, calceameutum tuiim de pedibiis tuis • locus enim , in quo slas, sauctus est. Fecitque Josue ut sibi fuerat imperatuoii Liv. de Josué, c. v, v. 15, etc. — (2) Sainl Marc, c. xu. v. 25.
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toute l'Église , tant en Orient qu'en Occident ; les protestants en con\ iennent. En effet, comme les manichéens reprochaient aux fidèles de mettre les martyrs à la place des idoles, saint Augustin leur répondif : « Le peuple chrétien honore les mémoires des mar- « tyrs d'une solennité religieuse, pour s'exciter à les imiter, s'as- « socier à leurs mérites, et pour être aidé de leurs prières. Nous ne « sacrifions à aucun martyr, mais bien au Dieu des martyrs, quoi- « que nous dressions des autels sur les mémoires (tombeaux) des « martyrs. Gai' quel est le prêtre du Seigneur qui, assistant à Tau- « tel dans les lieux où il y a des corps saints, ait jamais dit : « Pierre, Paul ou Cyprien, nous vous offrons ce sacrifice? Ce qui « est offert est offert à Dieu, qui a couronné les martyrs ; et le sa- « crifice a lieu même sur les tombeaux où il les a couronnés , afin « que la vue de ces lieux excite dans nos cœurs une charité plus « ardente et envers ceux que nous pouvons imiter, et envers celui « par le secours duquel nous pouvons les imiter (l). Nous honorons « donc les martyrs de ce culte de dilection et de société dont les « saints qui sont sur la terre, et que nous croyons disposés à mou- « rir pour la vérité évangélique , sont honorés. Nous avons d'au- « tant plus de dévotion pour les premiers, que leur salut est plus « en sûreté, depuis qu'ils sont sortis du combat, que le salut de * ceux qui combattent encore. Mais nous n'honorons et nous n'en- K seignons d'honorer que Dieu seul de ce culte que les Grecs ap- « pellent latrie^ qui n'est proprement dû qu'à la Divinité. Et comme « l'oblation du sacrifice appartient à ce culte, d'où l'on appelle ido- « latrie l'oblation qui se fait aux idoles, nous ne l'offrons ni ne « commandons de l'offrir à aucun martyr, à aucune âme sainte, ni « à aucun ange. Quiconque tombe dans une erreur aussi grossière « est aussitôt repris par la saine doctrine, afin qu'il se corrige ou « qu'il soit évité (2). « Ne reconnaît-on pas là la doctrine de l'Église romaine ?
(1) Populus christiamis memorias martyrum religiosa solemnitate concélébrât, et ad excitandam imitationem , et ut meritis corum consocietur, atque oratioiiibiis adjiivetur; ita tamen ut iiiilli martyrum, sed ipsi Deo inarlyrum, quamvis in œemoriis martyrum coiistituanius altaria. Quis enim antistifum in locis sanctorum corporum assistens aitari, aliquando dixit : Olïerimus tibi, Petre, aut Paule, aut Cypriaiie ? Sed quod olf'ertur, oifertur Deo qui martyres coronavit, apud inemorias eorum quos coronavit, ut ex ipsotum locorum admouitioiie major elfectus exsurgat a<i acuendam caritateni et in illos quos iniitari possumus, et in ilium quo adjuvante possumus. Liv. xx, contre Fauste, c. xxi. — (2) Colimus ergo martyres eo cidtu dilectionis et societalis, quo et iu Uac vita cohmlur sancti hoiniues Dei, quuiimi cor ad talem pro evaugelica vciitate passionen»
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435. Saint Jérôme, que l'on peut citer comme témoin de la croyance de l'Orient et de l'Occident, s'exprime dans le même sens et avec la même précision. <■■ Nous n'adorons, dit-il, ni les reliques « des martyrs, ni le soleil, ni la lune, ni les anges, ni les archanges, « ni les chérubins, ni les séraphins, ni toute autre dignité qu'on " puisse nommer, soit dans le siècle présent, soit dans le siècle fu- ■^ tur , de peur de rendre à la créature le culte souverain, au lieu ■ de le rendre au Créateur, qui est béni dans tous les siècles; mais ■' nous honorons les reliques des martjTs, afin d'adorer celui dont « ils sont martyrs. Nous honorons les serviteurs, afin que l'hon- " neur que nous rendons aux serviteurs retourne au Seigneur, qui " dit : Celui qui vous reçoit me reçoit (1). »
436. L'empereur Julien reprochait aux chrétiens le culte qu'ils rendaient aux martyrs '2). Il est donc constant que vers le milieu du quatrième siècle l'Église honorait ceux qui sont morts pour la foi. Mais, comme le dit saint Cyrille d'Alexandrie en réfutant cet apostat, elle les honorait, sans leur rendre le culte qui n'est dû qu'à Dieu. « Nous ne disons point que les saints martj'rs sont des dieux, '< et nous ne les adorons point d'un culte divin, mais d'un culte " d'affection et d'honneur. Nous leur rendons de très-grands hon- " neurs, parce qu'ils ont combattu courageusement pour la vérité, « et qu'ils ont conservé la sincérité de la foi jusqu'à sacrifier leur « vie pour elle (3). » Écoutez aussi ce que saint Grégoire de Na-
paratum esse sentimus. Sed iilos tanto devofiiis qiianto secnrius post certamlna superata, quanto etiam fidentiore lande praedicamus, jam in vita feliciore vietores quam in ista adhuc usque pugnantes. At illo cultii, qui graece Xarpaîa dicitur, latine vero uno verbo dici non potest, cum sit proprie divinitati débita servitns, nec colimus, nec colendura docemus, nisi uniim Deuni. Cum antem ad hunccultum pertineat oblatio sacrificii, unde idololatria dicitur eorum qui hoc etiam idolis exhihent, nulio modo taie aliquid offeriniusaut oITerendum prJKcipimus, vel cuiquam martyri, vel cuiquam sanctœ animae, vel cuiquam angelo; et quisquam in hune errorem delabitur, corripitur per sanam doctrinam, .sive ut corrigatur, sive ut caveatur. Ibidem. — (l)Nosautem non niartyrum reliquias, sed ne solem quidem et lunam, non angelos, non archangelos, non chenibim, non seraphim, et omne nomen qnod nominatur et in prapsenti seculo et in futuro, colimus et adoramus : ne serviamus crpaturae potiusquam Cieatoii, qui est benedictus in secula. Honoramns autem reiiquias martyrum, ut eum cujiis sunt martyres, adoremus. Honoramus servos, ut honor servorum redundet ad Dominum. Lettre à Riparius. — (2) Saint Cyrille d'Alexandrie, lit. \i, contre
Julien- (3) Sanctos martyres, neque deos esse dicimus, neqiie divino cullu
seilicet illos adorare solemus, sed affectus et honoris : quin potius summis honoribus illos ornamus, puta quod pro veritate strenue certaveriat, sinceritutemque fidei eousque servaverint ut animam ipsam contempserint. Ibidem.
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zianze disait à Julien : « Ne craignez-vous pas ces illustres athlètes « du christianisme, Jean, Pierre, Paul, Jacques, Etienne, Luc, ■ André, Thècle, que nous lionorons d'une manière particulière par « les fêtes établies en leur mémoire (l)? » Suivant saint Basile, on célébrait ces fêtes avec beaucoup de pompe et un grand concours de peuples (2). Elles avaient pour elles une ancienne coutume, et se renouvelaient chaque année, ainsi que cela se pratique encore dans l'Église (3). Eusèbe de Césarée, qui florissait dans la première partie du quatrième siècle, atteste que c'était la coutume, de son temps, de visiter les tombeaux des martyrs, d'y faire des vœux et des prières, et de vénérer leurs âmes bienheureuses (4) ; ajoutant, dans un autre endroit, que les anciens chrétiens, comme ceux de son temps, ont constamment honoré les saints (5). Les Constitutions apostoliques , qui ont été rédigées au troisième ou au plus tard au quatrième siècle, nous parlent des jours consacrés à l'honneur des apôtres, de saint Etienne et des autres martyrs qui ont donné leur vie pour Jésus-Christ (6). Il est donc prouvé que, dès le commencement du quatrième siècle, le culte des saints était reçu comme dogme catholique dans toute l'Église, en Orient comme en Occident.
437. Or un dogme qui était universellement reçu au quatrième siècle, un dogme qui est parvenu jusqu'à nous sans interruption, un dogme qu'on retrouve partout, même chez les schismatiques grecs et les anciennes sectes séparées de l'Église romaine, ne peut évidemment venir que des apôtres. Pour peu qu'on connaisse l'esprit de l'Église, pour peu qu'on ait lu son histoire, on sait qu'elle s'est constamment opposée à toute nouveauté en matière de reli-
(1) Nec magnos pugiles extimuisti, Joanneni illiim,Pei!um, Paulura, Stephanum, Lucani, Andream, Tlieclam.... quibus prœclari honores et festa constituta sunt ? Discours m. — (2) Indixeiunt autem nobis tempus quidein conveniendi... lociim veio i'bargamiim , iociim insignem martyrum sp!«ndore ac frequentissiino conventu àingulis annis ab ipsis celebrato. Lettre xcv. — (3) Cum celeberi imi sint martyres Enpsychius et Damas eoruaique chorus, quorum memoria (psotaunis ab urbe nostra et iota vicinia celebratur.... Ecclesia noslra voce adhorlatur ut anïiquam resumatis visitandi consuetudinem. Lettre ccui. — (4) Eorum (liominum Deo carissimoruni) sepulchra celebrare et preces ibi vctaque nuncupare, et beatas illorum animas venerari consuevimus- Liv. x\i\, de la préparution évangélique. — (5)Tum antiquiores, tum nostri teraporis christiani, viros sanctos ob ipsorum erga Deum amorem debito semper honore venerati sunt, et haclenus vcnerantur. Hist. eccl., liv. vu, c. xix. — (C) In apostoloMiui diebus opus non faciant.... In die Slephani, primi martyris ferientur, alquii lu diebus cœterorum sanctorum martyrum, qui Christuni pra?tiilerunt Titae suae. Consiit. apost., liv. viii, c. xxxui.
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gion. D'ailleiTs, si, comme l'ont tant de fois répété les protestants, le culte des saints est contraire à la loi de Dieu, comment en concilier la pratique avec les promesses que Jésus- Christ a faites à son Église, lorsqu'il lui a dit qu'il serait avec elle tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles? S'il n'a pas d'autre fondement que la superstition, qu'on nous dise donc comment il aura pu s'introduire partout, sans qu'il y ait eu aucune réclamation, ni de la part des papes, ni de la part des évéques? Non , ce que les chrétiens de l'Orient et de l'Occident croyaient au quatrième siècle n'est point une invention des hommes : ils le croyaient parce qu'ils le tenaient de leurs pères, parce qu'il leur avait été transmis par les traditions apostoliques.
438. Enfin, nous trouvons même dans l'Église primitive des preuves de la croyance catholique concernant le culte des saints. Saint Cyprien, mort en 258, atteste que les chrétiens offraient le sacrifice à l'honneur des martyrs toutes les fois qu'ils célébraient le jour de leur mort par une commémoraison anniversaire : Sacrificia proeis semper, ut meministis, quoties martyrum passiones et dies anniversaria commemoratione celebramus (1). Vous remarquerez que ce saint docteur parle des fêtes à l'honneur des martjTS comme de fêtes qui se renouvelaient chaque année , anniversaria commemoratione^ et qui étaient connues des fidèles, ut meministis. Aussi Tertullien, qui appartient au second et au troisième siècle, fait mention de ces fêtes, qu'il suppose également établies dans l'Église : Oblationes pro defunciis, pro natalitiis annua die facimus (2). On sait que par naialitiales auteurs ecclésiastiques entendent !e jour de la mort des saints, parce que ce jour-là même ils sont nés pour le ciel, d'une nouvelle naissance qui leur donne la vie éternelle. Si nous remontons plus haut, nous arrivons aux temps dits apostoliques, et nous trouvons un témoignage du plus grand poids dans la lettre de l'Église de Smyrne sur le martyre de saint Polycarpe. Nous lisons dans cette lettre, qui nous a été conservée par Eusèbe, que les chrétiens, ayant pu sauver quelques ossements du corps de ce saint évêque, les mirent en dépôt dans un lieu convenable, pour s'y assembler , autant que possible, tous les ans, afin de célébrer le jour de sa mort avec une sainte allégresse : Quo etia?n ifi loco nabis, si fieri poterit, convenientibus, concedit Deus natalem ejus martyrii diem cum hilaritate et gaudio celebrare (3).
(1) Lettre xxxiv. — (2) Livre de la Couronne, c. m. — (3) Eus^.be, Hist. eccl., Uv. nr, c. XV.
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439. Quelque temps auparavant, saint Justin, écrivant aux empereurs païens en faveur des chrétiens, leur disait : « Nous ho- ^ norons et nous adorons le Père , et le Fils qui vient de lui, et < l'armée des bons anges qui ont été faits à sa ressemblance et ^ lui sont soumis, et l'Esprit qui a parlé par les prophètes (1). •' Ici revient ce que nous avons dit de X adoration : ce terme exprime le culte suprême, ou le culte de latrie, lorsqu'il s'agit du culte de Dieu ou des personnes de la sainte Trinité ; tandis qu'il ne signifie qu'un culte inférieur ou subordonné, quand on parle du culte des anges ou des saints. Il est donc prouvé que, dans les trois premiers siècles comme dans les siècles suivants, l'Église a constamment honoré d'un culte religieux les anges et les martyrs. Donc, encore une fois, ce culte vient des apôtres et de Jésus-Christ ; donc on ne peut le mépriser sans mépriser Jésus-Christ lui-même.
Jusqu'ici nous n'avons parlé du culte des saints que d'une manière générale ; il nous reste à faire connaître les principaux actes de ce culte, qui sont l'invocation des saints, et le respect religieux tant pour les images que pour les reliques sacrées. Ce que nous en dirons ne pourra que développer et confirmer les preuves que nous avons données du dogme catholique ; puisque invoquer les saints , c'est les honorer ; et qu'honorer les images et les reliques des saints, c'est les honorer eux-mêmes.