‹ Théologie dogmatiqueChapitre 75 sur 135 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la notion et de l'institution du sacrement de confirmation.

G6G. Les anciens Pères désignent ce sacrement sous plusieurs noms différents : ils l'appellent Vimposition des mains ou de la main; V huile, V onction, le chrême du salut; le sacrement du chrême , le sceau de l'onction spirituelle , le sceau de la vie éternelle; la perfection, la consommation du chrétien. Enfin, les Latins l'ont appelé confirmation. « La raison pour laquelle « on lui donne ce nom , c'est que le chrétien reçoit par ce sacre- « ment un accroissement de forces, et devient un soldat parfait de « Jésus-Christ (Ij. »

ARTICLE I

Comment définit-on le sacrement de confirmation ?

C67. On définit la confirmation : « Un sacrement institué par c Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui nous communique la plénitude ' des dons du Saint-Esprit, nous rend parfaits chrétiens, et nous « donne la force de confesser la foi, même au péril de notre vie. » Quoique ce fût l'usage, dans les premiers siècles, de faire suivre immédiatement le baptême de la confirmation et de l'eucharistie, néanmoins on a toujours distingué la confirmation du baptême. !' 11 est nécessaire , dit le catéchisme du concile de Trente, qu'il y • ait de la différence entre les sacrements, quand il y en a dans la

(I) Catécliisnie du concile de Trente, part ii, du Sacrement de conjtrmation.

• manière sensible par laquelle ils figurent la grâce, et dans la grAce elle-même qu'ils confèrent. Or, par le baptême les bommei « sont engendrés à une vie nouvelle; et par la confirmation ils de- " viennent des hommes parfaits, quittant ce qu'ils tenaient de « l'enfance. Ainsi donc autant il y a de différence entre la nais- « sance et l'accroisseraent dans la vie naturelle , autant il y en a « entre le baptême qui nous régénère spirituellement , et la con- « firmation qui nous fait croître et fortifie notre àme. D'ailleurs, " une espèce particulière de sacrement paraît nécessaire là où se « rencontre une espèce nouvelle et particulière de difficultés. Si " nous avions d'abord besoin du baptême et de sa grâce pour « remplir nos esprits de la foi , il était aussi très-convenable que « nos cœurs fussent affermis par une autre grâce, afin qu'ils ne « fussent éloignés de la vraie foi, ni par la crainte des supplices et > de la mort, ni par aucun péril ; et c'est ce dernier effet qui est « produit par la confirmation : d'où l'on doit conclure qu'elle est « un sacrement différent du baptême (l). »

ARTICLE IL

La confirmation est-elle vraiment un sacrement ?

668. La confirmation est un vrai sacrement, institué par Notre- Seigneur Jésus-Christ. Cette proposition est de foi. Les protestants ont retranché la confirmation du nombre des sacrements , et soutiennent qu'elle n'est qu'une cérémonie du baptême, qu'une espèce de catéchisme où les enfants, à l'entrée de leur adolescence, se présentaient autrefois devant l'évêque pour faire profession de leur foi. Cette erreur a été frappée d'anathème par le concile de Trente. Voici son décret : « Si quelqu'un dit que la « confirmation, dans ceux qui ont été baptisés, n'est qu'une cé- « rémonie oiseuse ; qu'elle n'est pas un sacrement véritable et proprement dit; ou qu'autrefois ce n'était pas autre chose qu'une espèce de catéchisme où ceux qui étaient proches de l'adolescence rendaient compte de leur foi en face de l'Eglise; qu'il . soit anathème(2). «

^1) Part. Il, du Sacrement de confirmation. — (2) Si quis dixerit, confirmationem baplizatoriim oliosam ceremoniam esse, et non potins veriim et proprium sacramentuni ; aiit olini niliil aliud fuisse quani catechesim quamd.tin, quaadolescentiae itroximi fidei siiî»; »aliouein coram Fxdesia exponohant ; aiia- Uiema sit. Sess. vu, de ConJirmatioHe, eau. i.

434 DE LA CONPIRMATION.

669. La doctrine de l'Église sur la confirmation n'est point nouvelle; nous la trouvons dans les livres saints et dans la tradition. En effet, on lit dans le livre des Actes : « Lorsque les apôti'es qui . étaient à Jérusalem eurent appris que Samarie avait accueilli < la parole de Dieu, ils y envoyèrent Pierre et Jean. Et ceux-ci s'y '< étant rendus prièrent pour les fidèles , afin qu'ils reçussent le « Saint-Esprit, car il n'était encore descendu sur aucun d'eux; ils « avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors « ils leur imposaient les mains, et ils recevaient le Saint-Esprit (l). « FA ailleurs : « Paul étant venu à Éphèse et y ayant trouvé quelques ' disciples qui n'avaient reçu que le baptême de Jean, il les baptisa " au nom de Jésus, et leur imposa les mains ; et le Saint-Esprit " descendit sur eux (2). » Le même apôtre écrivait aux Corinthiens: « Dieu, qui nous confirme avec vous en Jésus-Christ, nous a oints, " nous a marqués de son sceau, et a mis dans ncs cœurs un gage " de l'Esprit-Saint (3). » Ces différents textes nous offrent tout ce qui constitue un vrai sacrement. Ou y voit le signe, le rit extérieur dans Vimposition des mains, dans V onction; signe sacré, qui confère la grâce en conférant le Saint-Esprit ; sigue institué par Jésus- Christ , car il ne peut produire la grâce qu'eu vertu d'une institution divine ; signe permanent : Notre-Seigneur ne l'a pas seulement institué pour ses premiers disciples, mais pour toute l'Eglise et pour tous les temps. Aussi la confirmation a -t-elle été pratiquée par les successeurs des apôtres, sans interruption, jusqu'à nos jours, non comme une simple cérémonie du baptême, mais comme uu sacrement qui a en lui-même la vertu de nous communiquer une grâce particulière. Et nous avons pour témoins de cette pratique les Pères , les papes et les conciles , même des premiers siècles.

670. Premièrement, les Pères. Malgré la réserve qui leur était imposée par la loi du secret, les anciens Pères ont parlé, d'une manière plus ou moins explicite, du sacrement de confirmation. Saint Théophile, évèque d'Antioche vers le milieu du deuxième

(1) Qui cura venissent, oraverunt pro ipsis, ut acciperent Spiritum Sauctum : nondum eniua in quemqiiam ilionim venerat, sed baptizati tautum eraiil in nomine Domiui Jesu.Tunc imponebant nianus super illos, et accipiebant Spirilum Saucuiin. Actes des apôtres, c. viu, v. 15, 16 et 17. — (2) Baptizati sunt in nomine Domine Jesu. Et cum imposuisset iiiis manus Paulus, venit Spiritus Sauctus super eos. Ibidem, c. xix, v. 5 et 6. —(3) Qui autem conùrniat nos vobiscum iq Cbristo, et qui uu\it nos Deus : qui et signavil nos, et dédit piffo.is spiiilu.s iii coiiiibui noslris. //* epitre aux Corinthiens y c i, v. 21 et Ti.

DE LA CONFIRMATION. ,j35

siècle, dit que les chrétiens sont ainsi appelés parce qu'ils sont nnts de l'huile de Dieu (l). Saint Irénée, mort en 202, rapporte ijue les gnostiques, après avoir baptisé à leur manière les néophytes, leur faisaient une onction de baume (2); c'était une imitation lie ce qui s'observait clans l'Égiise. Tertullien , qui appartient au fleuxièmeetautroisièmesiècle,s'exprimeainsi ; «Au sortir des fonds ■ baptismaux, nous recevons l'onction d'une huile bénite, suivant • l'usage de consacrer les prêtres par une onction. Cette onction '-. ne touche que la chair, mais elle opère un effet spirituel, comme ' le baptême, qui, en lavant le corps, purifie l'âme de ses péchés. ' Ensuite on impose la main, en invoquant le Saint-Esprit par une " bénédiction (3). » Évidemment cette onction, qui opère sur notre âme comme le baptême, cette imposition de la main, par laquelle on invoque l'Esprit-Saint, n'était point regardée comme une simple cérémonie du sacrement de la régénération. « La chair est « lavée, dit encore Tertullien , pour que l'âme soit purifiée; la chair « reçoit l'onction, pour que l'âme soit consacrée; la chair est mar- « quée d'un signe, pour que l'âme soit fortifiée; la chair est couc< verte par l'imposition de la main, pour que l'âme soit éclairée « des lumières du Saint-Esprit; la chair se nourrit du corps et du ' sang de Jésus-Christ, afin que l'âme s'engraisse de la substance « de Dieu même (4). » On reconnaît ici trois sacrements : le baptême, la confirmation et l'eucharistie. Le même docteur dit, dans son traité des Prescriptions, que le démon fait imiter par les idolâtres les divins sacrements, en les faisant baptiser, marquer d'un signe au front , et célébrer V offrande du pain (5). Et, dans son premier livre contre Marcion, il distingue encore le baptêmcy y huile sainte tlV eucharistie, trois choses qu'il désigne sous le nom de sacrements (6).

(l) Nos ideo christiani vocamur, qnod Dei oleo ungamiir. Liv. i, à AutO' ligue, n" xii. — (2) Dngiint sacratum opobalsamo. Liv. i, contre les hérésies, c. \\i, alias xviii. — (3) Exinde egressi de lavacro peniiigiinur beneiiicta uuclioiie de pristina disciplina, qua ungi oleo de cornu in saccrdotiuin solebant. . . In nobis cainaiiter curiit iinctio, sed spiriliialiler piofidl; quomodo et ipsiiis baptismi cainalisactus, quod in aqna merginiur; spiritualis effectns, qnod delictis liberamnr. Deinde manns iinponitnr per benedictionem, advocans et invitansSpiritnm Sanctiira. Liv. du Baptême, c. vu. — (4)Caro abhiit«v, iit anima emaculelur. Caro iingi(ur, nt anima consecielur. Caro signalur, iit anima nmniatur. Caro manns impositione adnnibiatur, ut et anima Spiiiliiill'iminclur. Caro corpore et sanguine Cliristi vescitiir, ut et anima d(i Deo saginiîl'ir. De la Résurrection de la chair, c. viii. — (5) Tingit cl ipse (diwmon) qnosdam ntiqne

C! ('dentés et fidèles suos et si adlmc memini, Mithia signât illic in froiitibns

ai lites suos; célébrât et punis oblationeu». Des Prescriptions, c. xi, — .Clllld

43f» DR LA CONFrBMATIOÎî.

671 . Écoutez saint Cyprien : « Notre usage est que ceux qui ont « été baptisés dans l'Église soient présentés aux évêques, afin que, « par notre prière et l'imposition de la main, ils reçoivent le Saint- « Esprit, et soient marqués du sceau du Seigneur (l), >> On voit qu'au troisième siècle ou devait, après le baptême, se piésenter à l'évéque, non pour lui rendre compte de sa foi, mais bien pour recevoir le Saint-Esprit par l'imposition de la main. Suivant le même Père, « il est nécessaire que celui qui est baptisé reçoive l'onc- « tion, afin qu'aj^nnt reçu le chrême, il puisse être l'oint de Dieu, et « avoir en soi la grâce de Jésus-Christ (2). «Il dit aussi que, pour être pleinement sayicfijié, il faut recevoir le baptême et la confirmation, qui sont l'un et l'autre de vrais sacrements, utrumque sacramentum (2). Saint Cyrille de Jérusalem dit qu'on n'est justement appelé chrétien que lorsqu'on a reçu le don du saint chrême; qu'on donne ce chrême à ceux qui viennent d'être baptisés, et que, tandis qu'on fait l'onction sur le corps, l'âme est sanctifiée par le Saint-Esprit (4). Saint Pacien, évêque de Barcelone : « Les péchés sont purifiés « par le baptême, et le Saint-Esprit nous est communiqué par • l'onction du chrême (5) . « Saint Ambroise : « Tu as reçu le sceau « spirituel, l'esprit de sagesse et d'entendement, l'esprit de conseil " et de force, l'esprit de science et de piété, l'esprit de crainte de « Dieu : conserve ce que tu as reçu. Dieu le Père t'a marqué d'un « signe, le Christ Notre-Seigneur t'a confirmé, et t'a donné pour « gage le Saint-Esprit, comme nous l'apprend l'apôtre (G). » Saint Jérôme n'est pas moins exprès. Dans son Dialogue contre les lucifériens, il fait d'abord dire à son adversaire : « Ne sais-tu pas « que c'est la coutume des Églises d'imposer les mains aux baptisés

(Christus) quidem usque nunc nec aquam reprobavit creatoris, qua suos abluit,

nec oleurn, quo suos ungit nec panem , quo ipsum corpus suum reprœsen-

tat; etiam in sacramentis propriis egens mendicitatibus creatoris. Liv. i, contre Murcion, c. xiv. — {i\ Quod nunc quoque aj^ud nos geritur, ut qui in Ecciesia baptiiantur, prseposilis Ecclesiae offerantur, et per nostram oralionera ac manus impositionem Spiritum Sanctum consequaiitur, et signaculo domiiiico consumnientur. Lettre Lxxiti. — (2) Un^i quoque necesse est eum qui haptizatus sit, ut accepte cbrisniate, id est unctione, esse unctus Dei, et habere in se gratiam Cluisti possit. Lettre vu. — (3) Lettre lxxu. — (4) Dum unguento visibili inungitur corpus, sancto et viviSco Spiritu anima sanctificalur. Voyez la Catéchèse XXI. — (5) Lavacro peccata purgantur, chrismate Sanctus Spiritus superfunditur- Germon sur le baptême. — (6) Répète quia accepisfi signacuhim spiriîaic, spiritum sapientiae etinteilectus, spiritnm consilii atque virtutis, spiritum cagnitionisatqnepietatis, spiritum sancti timoris, etserva quod accepisti. Signavil te Deus Pater, confirmavit te Ciiristus Dominas, et dédit pignus Spiritus Ip «^>rde tuo, sicut aprstolica lectione didicisti. Liv. des Mystères, c. th.

DE LA CONFIBMATION. 437

« pour invoquer le Saint-Espiit? Tu demandes où c'est écrit ! Dans « les Actes des apôtres. Et quand nous n'aurions pas l'autorité de '. l'Écriture sainte, le consentement de tout l'univers nous tiendrait « lieu de loi. » Puis il répond : « Je conviens que c'est la coutume « des Églises que l'évèque se rende dans les petites villes , auprès « de ceux qui ont été baptisés par les prêtres et les diacres , afin de « leur imposer la main pour l'invocation du Saint-Esprit (l). « Il s'agit dans ce passage de l'imposition de la main, qui confère le Saint-Esprit, d'une imposition réservée à l'évèque, du sacrement de confirmation par conséquem. Saint Augustin parle aussi de la confirmation comme d'un sacrement. « L'onction spirituelle, dit-il, « est le Saint-Esprit, dont le sacrement est dans l'onction visible : « Cvjus sacramentum est in unctione visihili (2). » 11 l'appelle le sacrement du chrême, sacramentum chnsmatis, ajoutant que c'est un signe visible , et une chose très-sainte^ comme le baptême (3). Saint Jean Chrysostome (4), saint Cyrille d'Alexandrie (5), Théodoret (6), saint Isidore de Séville (7), le vénérable Bède (8), Alcuin (9), Amalarius (10), Raban Maur (il), Walafride Strabon (12), Paschase Ratbert (13), Jessé d'Amiens (14), Théodulphe (15) et Jonas d'Orléans (16), en un mot, tous les anciens auteurs ecclésiastiques qui ont parlé de la confirmation, nous la représentent comme un sacrement qui nous affermit dans la foi en nous conférant l' Esprit-Saint.

672. Secondement, les papes. Saint Corneille, dans sa lettre à Fabius d'Antioche, rapportée par Eusèbe (17), reproche à Novatien de ne sêtre point fait marquer d'un signe par l'évèque, ajoutant que, n'ayant pas reçu ce signe, il ?i'ft j>M recevoir le Saint- Esprit. Innocent I, dans sa lettre à Décentius, s'appuyant sur les

(1) An nescis Ecclesiarum hune esse morem, ut baptizatis postea maiiiis imponantur, et ita iiivocetur Spiritus Sanctus? Exigis ubi scriptiim sit? in Acltbus apostolorum. Etiamsi Scriptnrae auctoiilas non subesset, totius orbis in hanc parlera consensus instar prœcepti oblinerel. — Non quidem abnuo iianc esse Ecclesiarum consuetudinem, ut ad eos qui longe in minoribus nrbibus per prèsbyteroset diaconos baptizati sunt, episcopus ad invocationem Spiritus Sancti nianum impositurns excurrat. Dialogue contre les lucifériens. — C?) Traité ni, »ui lal^* épîtredesaint Jeaii.(3)Liv. II, contre les lettres de Pétilifi., c, civ.

— (4) Homélie wiii, sur les Actes des apôtres. — (5) Sur Joél. — (G) Liv. i, sur les Cantiques. — (7) Liv. vi, sur les Origines, à la fin. —(8) Sur le psaume xxvi,

— ;;)) Lettre à Odniu. —(10) Liv. i, des Ollices ecclésiastiques, c. xxvn. — (I t) Liv. I. de l'Institution des clercs, c. xxiv. — (1?) Des choses ecclésiastiques,

c. xxvi (13) Liv. du corps et du sang de .lésus-Clirisl, c. m. —(14) Tiaito du

baptême. — (15) Liv. du Baptême, c. xxvi. — (16) Liv. i, de l'Institution des cJerrs, c. vil. — (t7) Liv, ix, de l'Hist. eccl., c. xlii.

Actes des apôtres et la coutume de l'Éghse, dit qu'il est réservé aux évêques de marquer les enfants d'un signe^ et de leur donner Saint-Esprit; que cela n'est point permis aux simples prêtree. uis il distingue l'onction du baptême, qui peut être faite par un prêtre, et l'onction qui doit être faite par l'évêque, parce que lui seul, dit-il, confère l'Esprit consolateur (1). Il était loin de penser, comme on le voit, que la confirmation ne fût qu'une cérémonie du baptême. Saint Léon exhorte les fidèles à demeurer fermes dans la foi, parce qu'ils ont reçu le chrême du salut, le sceau de la vie éternelle (2). Selon saint Grégoire le Grand, ce n'est point aux prêtres, mais aux évêques, à marquer au front, avec le saint chrême, les enfants qui ont été baptisés (3).

673. Troisièmement, les conciles. Le concile d'Elvire, tenu vers l'an 305, veut que l'on conduise à l'évêque celui qui a été baptisé, afin qu'il puisse devenir parfait par Vim'position de la main du pontife (4). Celui de Laodicée, de l'an 366 ou 367, ordonne aux fidèles de recevoir, après le baptême, le chrême que donne l'Église, afin qu'îVs participent au royaume de Jésus- Christ {b). On remarque ici, comme dans le concile d'Elvire, deux sacj-ements bien distincts, le baptême et la confirmation. Le concile de Nicée, de l'an 325, tout en défendant de rebaptiser les hérétiques qui reviendraient à l'Église, veut qu'on fasse V imposition des mains à ceux d'entre eux qui n'ont point été confirmés (6).

(i) De consignandis vero infantibus manifestum est, non ab alio quam ab episcopo fieri licere. Nam presbyteri licet sint sacerdotes, pontificatus tanjen apicem non babent. Haec autem pontificibiis so!is deberi, ut consignent, vel paraclefum Spiritiim tiadant, non sobim consnetudo ecclesiastica demonstral, verum et illa lectio Actuum apostoloiiini, qiiae asserit Petrum et Joannem esse directos, qui jara baptizatis Iraderent Splritum Sanctum. Labbe, tom. ii, col. 1246. — (2) Permanete stabiles in ea iîde quam confessi estis coram multis testibus, et in qua renati per aqiiam et Spiritum Sanctum, accepistis cbrisma salutiK , et signacuUim vitfe a^ternae. Serm. iv, sur la Nativité. — (3) Nos ab antecessoribiis nostris Iraditiim accepimus, ut qnotiestam de baptisnio aliquorum vel confirmatione quam de ecclesiarum consecratione dubitatio babetur, utriim liaplizati vel confirmati, sive ecclesiae consecratae sint, ut baptizentur taies ac confirmenlur, alque ecclesiœ canonice dedicentur, ne lalis dubitatio ruiiia lldelibiis fiât. Liv.wv, dex Lettres, lett. xvii. — (4) Ad episcopiira eum peiducat, ut per maiius inipositionem perjici possit. Can. xxxviii. — (5) Oportet baptizalos post baptismura cbrismatis quoque cœlestis, et regni Cbrisli participes fieri. Can. XLvni. — (6) De bis qui se catbaros, id est puros quandoque nominant,ad catholicam autem et apostolicam Ecciesiam accedunt, sanctœ magnée syuodo visum est ut, imposilis ois manihus, sic in clero maoeant- Can. vin.

Par cette imposition des mains on doit entendre la confirmation, comme on le voit par le concile œcuménique de Constantinople, de Tan 381 , (iiii prescrit, à l'égard des mêmes hérétiques, lorsqu'ils analhématisent leurs erreurs, l'onction du saint chrême [1). Nous pourrious citer encore, parmi les anciens conciles, celui d'Orange, de l'an 441 ; celui de Sévilie , de lan 619; celui de Chalon-sur- Saône, de l'an 813; et celui de Paris, de i"an 829. Tous font delà confirmation un sacrement qu'ils distinguent du baptême, et dont ils réservent l'administration aux évêques.

674. A toutes ces autorités on peut ajouter la croyance de l'Église universelle, de l'Église latine et de l'Église grecque , la croyance même des schismatiques et des anciens hérétiques , séparés depuis plusieurs siècles de la communion romaine. Cette croyance générale, dont on ne peut assigner l'origine qu'en remontant aux apôtres , prouve évidemment l'institution divine du sacrement de confirmation. On fait des objections; mais ces objections tombent devant la pratique constante des différentes Églises de l'Orient et de l'Occident.

CHAPFTRE II.

De la matière et de la forme du sacrement de confirmation.

675. Tous les catholiques mettent la confirmation au nombre des sacrements de la loi évangélique;mais le dogme une fois établi, les docteurs se partagent en différentes opinions sur la matière et la forme de ce sacrement, de manière, toutefois, à se réunir pour la pratique en ce qui peut être essentiel à sa validité.

ARTICLE I

De la matière du sacrement de confirmation.

676. Quelques auteurs, s'en tenant à la lettre de certains pas-

(1) Arianosqnidem et macedonianos et sabbatianos et novatianos, qui dicunt spipsos catbaros.... reripimiis, daiites qiiWein libellos et omiiem iiaprcsim aiiatuematizante^.... el signatos sItc unctos primiim sanrto chrismate,... Et eos sigoantes dicimns : Signacuhim dooi Aoiritvs San'*ti. Can. th.

-<4(l PB LA CONFIRMATION.

sages de l'Écriture sainte, faisaient consister la matière adéquate du sacrement de confirmation dans la seule imposition que fait l'évêque, en récitant l'oraison Omnipotens sempiterne Deus, etc.; et ne regardaient point l'onction comme essentielle au sacrement. Ce sentiment est généralement abandonné. D'autres pensent que ces deux rites sont également nécessaires à la validité de la confirmation. Les autres enfin, en beaucoup plus grand nombre, font consister toute la matière du sacrement dans l'onction du saint chrême et l'imposition de la main, qui accompagne naturellement l'onction.

677. Nous adoptons ce troisième sentiment, non-seulement comme probable, ou plus probable, ou même très-probable, mais comme certain, comme très-certain, certissima, dit saint Alphonse deLiguori. En effet, nous lisons dans le catéchisme du concile de Trente ; « La matière du sacrement de confirmation s'appelle « chrême , terme que les Grecs emploient pour exprimer toutes « sortes de parfums ; mais que les auteurs ecclésiastiques ne don- « nent communément qu'à une composition d'huile et de baume, « qui se fait avec la bénédiction de l'évêque. Ces deux choses sen- « sibles, mêlées ensemble, sont la matière de la confirmation. Elles « montrent, par leur mélange, la diversité des dons du Saint- « Esprit qui nous sont communiqués par la confirmation, et « même l'excellence particulière de ce sacrement. Aussi, l'Église et « les conciles ont toujours enseigné que c'était là la matière de la « confirmation (1). » Ce catéchisme ne parle point de l'imposition des mains ; il se contente donc de l'imposition de la main, qui se fait nécessairement par l'onction du saint chrême. C'est aussi la doctrine d'Eugène IV : « Le second sacrement, dit ce pape, est la « confirmation, dont la matière est le clu'ême, composé d'huile et « de baume, et bénit par l'évêque (2). » Ce qui est d'ailleurs conforme à l'enseignement des docteurs de l'Église.

678. K Le chrême, dit saint Thomas, est la matière de ce sacre- « ment (3). » Saint Augustin désigne la confirmation sous le nom de sacrement du chrême, et le fait consister dans V onction visible (4). Théodoret dit que la confirmation est le chrême de l'onction spirituelle , par laquelle on reçoit la grâce invisible du

(1) Part. II, du Sacrement de confirmation. — (2) Seciindiim sacramentum est confirraatio ; cujus materia est clirisma confectuni ex oleo, quod iiitorem significat conscientiœ, et balsamo, quod odoreni signiticat bouae famœ. Décret pour les arméniens. — (3) Clirisma est conveniens materia bujussacramenli. Som ,part. m, quest. 72, art. 1. — (4) Unctio spiritalis ipse sP'ritus Sanctus

DE LA^ CONFIBMÀTIOrf. 441

Saint-Esprit (\). Saint Léon l'appelle le chrême du saint (2). Innocent I rapporte que c'était la coutume de ^'Église de donner le Saint-Esprit en marquant d'un signe le front des baptisés avec ie chrême bénit par l'évêque (3). Saint Pacien de Barcelone , et saint Cyrille de Jérusalem, s'expriment comme Innocent I, reconnaissant dans l'onction du chrême la vertu de communiquer 1 Saint-Esprit (4). Enfin, les Grecs ne pratiquent point, pour la con firmation, l'imposition des mains qui précède l'onction chez les Latins : ils s'en sont toujours remis au décret du premier concile œcuménique de Constantinople, qui ne fait entrer que l'onction du saint chrême dans la matière du sacrement de confirmation (5). Cependant, on ne peut leur reprocher d'avoir altéré ce sacrement. « II n'est pas permis, dit Benoît XIV dans son encyclique Ex quo « primum^ d'affirmer que le saeniment de confirmation ne se « trouve point dans l'Église grecque , quoique dans ses rituels il « ne soit fait aucune mention de l'imposition des mains, comme de « la matière adéquate ou inadéquate de ce sacrement (6). » Concluons donc que l'imposition des mains que fait l'évêque avant l'onction n'est point nécessaire à la validité de la confirmation, et que l'onction seale, avec l'imposition de la main qui l'accompagne, contient toute la matière essentielle à ce sacrement. « Ce qui est « hors de controverse, dit encore Benoît XIV, c'est que dans l'E- « glise latine le sacremsat de confirmation se confère par l'onction « du saint chrême, tandis que l'évêque fait cette onction avec le « signe de croix sur le front des fidèles, et qu'il prononce les pa- « rôles sacrées qui répondent à cette onction (7). »

est, cujus sacianientnm est in unctione visibili. Traité m, sur la I" épître de stx'iat Jean. — (i) Velut sigilluDa quoddam legium suscipiunt spiritalis unguenti clirisma, recipientes gratiam invisibilem Sanctissimi Spiritus unguenlo tanquam in typo. Liv. IV, sur le Cantigtie des cantiques. — (2) Clirisma salutis, signaculum vitœ aeternae. Serm. iv, sur la Nativité de Notre-Seignetir. — (3)Frontem ex eodem oleo (ab episcopo consecrato) signare solis debetur episcopis, cum Iradunt Spiritum paracletum. Lettre à Décentius , dans le P. Labbe, tom. ii, col. 1246. — (4) Voyez, ci-dessus, le n" 671. — (5) Voyez, ci-dessus, page 439, note 1. — (6) Nemini fas est asserere in Ecclesia graeca non adesse sacramenlum confirmationis. Si qnis enim banc opinionem tueretur, huic manifeste obstaret vêtus orientaiis disciplina, quam apostolica optime pcrspectam habuit, nec unquam damnavit^ ant improbavit, Ju\ta quam in Grsecorum ritualibus iihris nulla fit mentio demaiiuum impositione, tanquam materia adaequata aut inadciequata sacramenti confirmationis. Encyclique aux archevêques et évêques du rit grec, du i" mars 1756. — (7) Quod ilaque extra controversiam est, hoc dicatur, nimirum in Ecclesia latina confirmationis sacramentum conlerri adhibito •acro chrismate, sive oleo olivarum, balsamo commixto et ab episcopo bene-

C79. On nous objecte que les apôtres conféraient le Saint-Esprit par l'imposition des mains, que l'Écriture sainte garde le silence sur l'usage de l'onction, et que les Pères parlent de rimposition des mains comme d'un rit essentiel à la confirmation. Nous répondrons, premièrement, que, lors même qu'il ne serait point parlé de l'onction du chrême dans les livres saints, on n'en pourrait rien conclure contre nous; car, à défaut de l'Écriture sainte, nous avons pour nous la pratique constante de l'Église, pratique qui ne peut être fondée que sur une tradition apostolique; nous la trouvons en effet consignée dans les écrits des anciens Pères, et en particulier dans ceux de saint Théophile d'Antioche, de saint Irénée, de TertuUien, de saint Cyprien, de saint Cyrille de Jérusalem, de saint Pacien, de saint Augustin, de Théodoret, d'Innocent I, et de saint Léon. Secondement, on peut dire, d'après saint Ambroise (l), que saint Paul parle de l'onction dont les apôtres ont fait usage, lorsqu'il dit : « Dieu nous a oints, nous a marqués d'un « signe, et a mis dans nos cœurs un gage de l'Esprit-Saint (2). » Troisièmement, l'imposition des mains, dont il est parlé dans les Actes des apôtres et dans les ouvrages des Pères, n'exclut point l'onction ; c'était l'imposition même que fait aujourd'hui l'évêque, lorsque, avec le chrême, il marque d'un signe le front d'un fidèle, en disant : Je te marque du signe de la croix, et je te confirme par le chrême^ au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

680. Le pape Eugène IV, après avoir dit que les évêques seuls, comme successeurs des apôtres, qui conféraient le Saint-Esprit par l'imposition des mains, peuvent administrer la confirmation, ajoute que l'onction par laquelle on l'administre répond à cette imposition de la main : Loco illius manus impositionis datiir confirmatio; c'est-à-dire qu'elle renferme l'imposition des mains, pratiquée par les apôtres. Suivant Innocent IV, « la confirmation ou la « chrismation du front représente l'imposition de la main (3). » « L'imposition de la main qu'on appelle confirmation, dit Inno- « cent III, est désignée par la chrismation du front (4). » Raban Maur : « L'évêque confirme avec le chrême par l'imposition de la « main (5). » Le vénérable Bède : « L'onction se fait par l'imposi- « tion de la main de l'évêque, et on l'appelle confirmation (G). -

dicto, ductoque signo crucis per sacramenti ministruni in fronle suscipientis, dum idem minisler formœ verba proniintiat. Ibidem. — (1) Voyez, ci-tiessus, le n" 671. — (2) ir épître aux Corinthiens, c. i, v. 22. — (3) Lettre x, c. iv. ~ (4) Chapitre Cum venisset — (5) Liv. i, de l'Institution des clercs, c. »XTiu — (%) Sur le psaume xxvi

Thomas de Valdcn (l), Hugues de Saint-Victor (2) , Rupert (3), Ratramne (4), Walafride Strabon (5), Amalarius (6), Aimon (7), ne séparent point non plus l'imposition de la main de l'onction du saint chrême. Remarquez que Bède, Raban, Innocent ÎII, Innocent IV et Eugène IV ne disent point que l'onction se fait par l'imposition (?es wa/??.ç, mais bien par l'imposition de /« main En effet, le pontife n'applique i'huile sainte que d'une main sur le front de celui qu'il confirme. Et c'est sans doute pour cela que les anciens auteurs ecclésiastiques, tels que saint Irénée, Tertullien, saint Cyprien, Firmilien, saint Jérôme, saint Augustin, Théodore!, Pbotius, Jessé d'Amiens, Amalarius, Rupert, Théodulphe d'Orléans, parlent plutôt de l'imposition de la main que de l'imposition des mains (8).

ARTICLE II

De la forme du sacrement de confirmation.

681 . Quelques tbéologiens font consister la forme de ce sacrement dans la prière Omnipoiens sempiterne Dens, etc., que l'évéque fait à Dieu en étendant les mains, la face tournée vers les confirmands. Suivant d'autres, elle consiste dans cette prière et dans les paroles qui accompagnent l'onction du chrême ; les autres enfin , en beaucoup plus grand nombre , la placent tout entière dans les paroles que prononce l'évêque en faisant l'onction, regardant la prière qui précède comme accessoire. Ce troisième sentiment répond à celui que nous avons adopté sur la matière du même sacrement.

(382. Nous dirons donc, d'après le catéchisme du concile de Trente, que toute la forme du sacrement de confirmation consiste dans ces paroles du pontifical : Je te marque du signe de la croix, et je te co-nfirrrie par le chrême du salvt, au nom du Père^ et du Fils, et du Saint-Esprit. C'est aussi la doctrine du pape Eugène IV (9), de Renoît XIV (10), du concile de Rourges, de

(I) Liv. it, des Sacrements, c cxiir. — (2) Liv. 11, des Sacrements, part, vu, cm. — (3) Liv. V, des Otfices divins, c. xvi. — (4) Liv. iv, contre les Grecs.

— ij\ Liv. des Choses ecclésiasli(|iies, c. xxvi (6) Liv. f, des Offices, c. xxvit.

— (7) Homélie sur la seconde férié de Pâques. — (8) Voyez la Tlv^ologie morale de saint Alphonse de Lignori, Traité du sacrement de conjirmatiott. — Voyez aussi ce que nous avons dit sur cette même question, dans la Théologie morale, tom. ir, n" 129, etc. — (9) Décret pour les arméniens. — (10) Encyclique Cx que primum tempore, aux évéaues du rit grec.

444 DE LA CONFIBMATION.

l'an 1584 (l), et de tous les docteurs que nous avons cités aans l'article précédent, pour établir que la matière adéquate ou intégrale de la confirmation consiste dans l'onction du saint chrême. Les Grecs n'ont pas non plus d'autre forme que celle qui accompagne cette onction; ils disent en confirmant : C'est ici le signe ou le sceau du don du Saint-Esprit (2). Quoique plus simple encore que chez les Latins , elle exprime suffisamment l'effet du sacrement. L'invocation des trois personnes de la sainte Trinité n'est point nécessaire pour la confirmation comme pour le baptême (3).

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