CHAPITRE
Des effets du sacrement de confirmation.
683. Les effets du sacrement de confirmation sont la grâce et le caractère.
ARTICLE L
De la grâce qu'on reçoit par le sacrement de confirmation
C84. Il est de foi que le sacrement de confirmation confère la grâce sanctifiante , et qu'il la confère par lapplication du rit sacramentel, ex opère operato, dans tous ceux qui la reçoivent dignement, ou qui n'y mettent point d'obstacle, no7i ponentibus ohicem (4). C'est une grâce d'accroissement, une grâce qui augmente en nous la grâce du baptême, et nous rend parfaits chrétiens. Suivant le concile d'Elvire, de l'an 305 environ, celui qui a été baptisé doit être présenté à l'évêque, afin qu'il puisse devenir parfait par l'imposition de la main du pontife. Les Pères , les papes et les conciles nous représentent la confirmation, tantôt sous le nom d'imposition des mains ou de la main., tantôt sous celui de chrême ou d'onction^ comme un rit sacré, comme un sacrement
(l) In administratione luijus (confirmationis) sacramenti servetur forma débita, et qua uti consuevit Ecclesia, vidëlicet : N. consigne te signo criicis, et confirme te clirismate saliitis, in nomine Patris, et Filii, et Sfiiritus Sancti. De con. firmaiionis sacramento, can. m. — (2) Et eos signantes dicimus : Signaculum doni Spiritus Sancti. Concile œcuménique de Constantinople, de l'an 381, can. VH. — (3) Voyez la Théologie morale à l'usage des tarés ^ tom, ii, n" 134, etc. — (4) Voyez, ci-dessus, le n° .i93.
DR LA CONPIRMATrOlV. 445
qui fortifie notre âme, en lui communiquant le Saint-Esprit (l). Ce qui s'accorde parfaitement avec ce que nous lisons dans le livre des Actes, où il est dit que les apôtres imposaient les mains à ceux qui avaient été baptisés, et que, par cette imposition, ceux-ci recevaient le Saint-Esprit (2). On ne peut exprimer plus clairement le premier effet de la conlirmation, qui est la grâce sanctifiante, non celle qui réconcilie le pécheur avec Dieu, mais celle qui purifie et sanctifie de plus en plus ceux qui ont le bonheur de la recevoir. Ce n'est qu'accidentellement et par extraordinaire que la confirmation, qui est appelée par saint Léon le chrême du salut ^ produit la première grâce sanctifiante et efface le péché mortel, comme l'enseignent la plupart des théologiens, d'après saint Thomas (3).
G85. A la grâce sanctifiante se joint une grâce sacramentelle, ainsi appelée parce qu'elle est propre ou particulière au sacrement de conlirmation. Ce sacrement renouvelle eu nous les merveilleux effets que le Saint-Esprit opéra lorsqu'il descendit sur les apôtres. Ce n'est pas que l'Esprit- Saint nous communique, comme à eux, le ion des langues, le don des miracles ou des prophéties, et autres grâces extérieures nécessaires dans le principe au progrès et à l'affermissement de l'Évangile; mais il répand dans nos âmes les mêmes grâces intérieures dont il fortifia les premiers chrétiens, et particulièrement les sept dons qui lui sont attribués. « Tu as reçu, " dit saint Ambroise à celui qui a été confirmé, le sceau spirituel, « l'esprit de sagesse et d'entendement, l'esprit de conseil et de « force, l'esprit de science et de piété, et l'esprit de crainte de ^ Dieu (4). » Et celui de ces dons qui est le plus sensible dans le parfait chrétien est le don de force qui nous donne le courage de professer hardiment la religion, de fouler aux pieds le respect humain, de surmonter les tentations, et de résister, même au péril de notre vie, aux fureurs de la persécution (5). Notre-Seigneur avait lui-même promis cette force à ses apôtres : « Je vais, leur dit il , « vous envoyer celui que mon Père vous a promis ; tenez- vous dans « la ville de Jérusalem, jusqu'à ce que vous soyez revêtus de l.i « force d'en haut (6). Vous recevrez la force de l'Esprit-Saint, qui
(1) Voyez, ci-dessus, le n° 6G9,<'lc. — (2) Actes des apôtres, c. vru, v. l 'i, etc.; c. XIX, V. 5. — Voyez, ci-dessus, page 434, note 1. — (3) Vovez ce <|iie nou>, avons dit sur celte question , dans la Théolotjie morale, loin, ri, n" 22. — (4) Liv. des Mystères, c. vu. — Voyez, ci-dessus, pn^e 430, note 6. — (n) Voye;'. l'explication que nous avons donnée des dons du Saint-Esprit, dans la Théologie tnoraie, tom. ii, n° 139. — (6) Et ego mitto pronriissuai Patris niei in vos ; voa
« descendra en vous; et vous me serez témoins, dans Jérusalem, et « dans toute la Judée, et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la « terre (1). » Et cette promesse n'était pas seulement faite pour les apôtres; elle s'étendait à tous les fidèles : « Faites pénitence, disait saini Pierre aux Juifs, et que chacun de vous soit baptisé, au nom de Jésus-Christ, pour la rémission de vos péchés; et vous ■• recevrez le don de l'Esprit-Saint; car la promesse qui en a été :i faite est pour vous, et pour vos enfants, et pour tous ceux qui « sont au loin, autant que le Seigneur notre Dieu en appellera à la « foi (2). »
AEIiCLE m
Du caractère qu'imprime le sacrement de confirmation
686. Le sacrement de confirmation imprime dans hotre âme un caractère, c'est-à-dire, un certain signe spirituel et ineffaçable; d'où ce sacrement ne peut être reitéré. Cette proposition est de foi, comme on le voit par les décrets du concile de T'ente (3). Et cette doctrine n'est point nouvelle; nous la trouvons dans l'Écriture sainte et la tradition. « C'est Dieu, dit saint Paul aux Corinthiens, " qui nous confirme avec vous dani^^ le Christ; c'est lui qui nous a " oints, qui nous a marqués d'un signe, et nous a donné pour gage " le Saint-Esprit (4). » Saint Ambroise prouve, par ces paroles mêmes, le sceau spirituel^ le signe ou caractère qu'imprime la confirmation. « Tu as reçu, dit-il, \e sceau spirituel.... Dieu le '< Père t'a marque d'un signe ^ le Christ Notre-Seigneur t'a con- <■■ firme ^ et t'a donné pour gage TEsprit-Saint dans ton cœur, ^ comme te l'apprend la lecture de l'apôtre (5). » TertuUien parle lu signe de la confirmation, et le compare au signe, à la marque qui distingue le militaire du simple citoyen (6). Saint Cyprien, le j^ape saint Corneille, saint Innocent, saint Léon, saint Augustin,
autem sedete in civitate, quoadiisque induamini virtiite ex alto. Saint Luc , c. XXIV, V. 49. — (1) Accipietis virlutem supervenientis Spiritus Saiicti in vos, et eritis mihi testes in Jérusalem, et in omni Judaa, et Snmaria, et usqne ad ultimum terrse. Actes des apôtres, c. i, v. 8. — (2) Pœnitentiam agite, et l)a[!tizetur unusquisque vestruni iii nomine Jesii Cliristi, in reniissioiieiu peccatorum vestroriim: et accipietis donum Spirilus Sancti. Vobis eiiim e.sl repromissio, et filiis vestris, el omnibus qui longe sunt, quoscumque advocuverii Douiinus Deu8 nostcr. Ibidem, c. n, v. 38 et 39. — (3) Voyez, ci-dessus, le n° 602. — (4) II* épître aux Corinthiens, c. i, v. 21. — Voyez le texte, ci-dessus, pag. 434, note 3. — (5) Liv. des Mystères, c. vu. — Voyez, ci-dessus, page 436, note 6. — (R) Voyez, fi-dessus, le n» 670.
DE lA. CONFIRMATION. 447
Théodoret, l'appellent le sceau du salut, le sceau royal, le signe de Jésus- Christ , la marque du chrétien (l). Suivant saint Grégoire le Grand (2), le concile de Tolède de G53, et celui de Chalonsur-Saône de 813, on ne doit point reitérer la confirmation. Et on ne l'a jamais réitérée ni chez les Latins, ni chez les Grecs, à moins (ju'elle n'eût pas été administrée avec le rit prescrit.