‹ Théologie dogmatiqueChapitre 83 sur 135 · II. SI · texte numérisé non relu

II. SI

482 DE L EUCHABISXIE.

« a Voulu } s'il a dit : Que la lumière soit faite, et la lumière a « été faite; que le firmament soit fait, et ce firmament a été fait; - si les deux ont été affermis par sa parole, et toute leur vertu

• par le sovffle de sa bouche ; si le ciel et la terre , l'eau, le feu, « l'air, et tout ce que le monde a de beau, a été fait et achevé par « la parole de Dieu, ainsi que l'homme, cette admirable créature; <' si le Verbe de Dieu s'est fait homme, parce qu'il l'a voulu ; et s'il ■' s'est formé un corps du sang pur et immaculé de sa mère, tou- <■■ jours vierge, pourquoi ne pourrait-il pas du pain faire son « corps, et du vin mêlé d'eau faire son sang? Au commencement, « Dieu a dit : Que la terre produise de U herbe verte; et, étant ar- « rosée par les pluies du ciel , elle en produit encore tous les jours

• par la vertu et la fécondité que lui imprime cette parole. Dieu '<■ dit aussi : Ceci est mon corps; faites ceci en mémoire de « moi (1). Comment cela se fera-t-il, disait la sainte Vierge à l'ange « qui lui annonçait le mystère de l'incarnation, puisque je ne con-

nais point d'homme? L'ange lui répondit : L" Es prit- Saint des- « cendra en vous^ et la vertu du Très-Uaut vous couvrira de son « ombre. Vous aussi vous demandez comment le pain devient le « corps du Christ , et le vin mélangé d'eau devient son sang : je « vous répondrai que le Saint-Esprit survient, et fait des choses " qui surpassent toutes nos paroles et toutes nos pensées (2). C'est "> le corps qui est vraiment uni à la Divinité , le même qui est né « de la sainte Vierge ; non que le corps qui est monté au ciel en des- « cende maintenant, mais parce que le pain et le vin sont changés a au corps et au sang de Dieu. Si vous voulez savoir comment cela <> se fait, qu'il vous suffise d'entendre que cela se fait par le Saint- « Esprit, comme par le même Saint-Esprit le Seigneur s'est fait à « lui-même et pour lui-même un corps du sang de la sainte Vierge K sa mère. Nous ne pouvons connaître autre chose en ces mys- '■^ tères, sinon que la parole de Dieu est véritable et toute-puissante, « et que la manière dont ils s'opèrent est incompréhensible. Néan- « moins on peut dire que, de même que le pain qui sert de nour

(l) si ipse Deus ex sanctœ semperque Yiiginis purissimis et incoDtaminatit sanguinibus ipse sibi nullo semine carnem compegit, cur demum panem corpus, viuimi item et aquam sangnineni .^uiini eJticiendi polens nonsit? lu principio dixit : Producat terra lierbaiu vireuteui... Dixit période Deus : Hoc est corptu meum, et fiic est sanguis meus. Liv. iv, de la Foi ortliodoxe, c. xiii. — (2) Tu qiioque nunc ^uaris, qui panis liât corpus Cliristi, ac vinum et aqua saoguU illius. Ego vero tibi re|H)HO Spirilum Sanctum supervenire, et ea facere qusf sermonera conceptuuuiue oiuuem yrûcul exsuperaut. Ibidem.

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^ riture à l'homiae , et le vin mêlé d'eau qui lui sert de breuvage, « se changent en la substance de son corps et de son sang; ainsi, « par l'invocation et la venue du Saint-Esprit, le pain et le vin « mêlé d'eau sont changés au corps et au sang de Jésus-Christ " d'une manière toute surnaturelle (l). Le pain et le vin ne sont " point \di figure du corps et du sang de Jésus-Christ, à Dieu ne ■< plaise 1 c'est le corps même de Jésus-Christ uni à la Divinité; il n'a •< pas dit : Ceci est la figure de mon corps^ mais bien, Ceci est mon « corps; ni Ceci est la figure de mon sang, mais bien, Ceci est « mon sang (2). Si quelques-uns ont appelé le pain et le vin les « antitypes, ou les images, ou les figures du corps et du sang de « Jésus-Christ, comme l'a fait saint Basile, ils ne l'ont pas dit après « la consécration, mais avant que l'oblation fût consacrée (3). »

745. Les Pères du second concile de Nicée, de l'an 787, ont approuvé l'écrit du diacre Épiphane, où nous lisons le passage suivant : « Nul des apôtres ou des illustres Pères qui ont été comme « les trompettes du Saint-Esprit n'a appelé du nom d'image du •: corps de Jésus-Christ le sacrifice non sanglant qui s'opère en

• mémoire de sa passion et de tous ses mystères. Car le Seigneur « ne leur a pas enseigné de parler ainsi , ni de faire profession de ' cette foi ; mais il leur dit dans l'Évangile : Si vous ne mangez « la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'en- « trerez point au royaume des deux; celui qui mange ma chair « et boit mon satig demeure en moi, et moi en lui. Et, atjant <■ pris le pain, et l'ayant béni, il le rompit, et dit : Prenez et - mangez; ceci est mon corps. De même ayant pris le calice, " et rayant béni, il leur dit : Buvez-en tous; ceci est mon sang » du Nouveau-Testament , qui est répandu pour plusieurs en ré-

• mission des péchés. Il ne leur dit pas : Prenez et mangez; ceci « est mon image... Il est donc clair que ni le Seigneur, ni les

(1) Panis ipse et vinum in corpus et sanguinem Dei transmiifantur. Si requiras, qiionam pacto istud fiât, sat tibi sit aiidire hoc ficri perSpiritiiiii Sanctum.. , Panem item et vinum et aquam per S|)iritus Saiicti iuvocationem et adventum, modo qui naturae viribus et couditione subliniior est, in clirisli corpus et sauguinem couvertuntur, ut nequaquara duo sint, sed unum et idem. Ibidem. — (2) Nec vero panis et vinimi Cliristi corporis et sanguinis figura sunt, absit, sed ipsum Doniini corpus deitate dotatum; cum ipse Doniinus dixerit : Noc est , non figura corporis, sed corpus meum : neqiie figura sanguinis, siiil simguis meus. Ibidem. — (3) Quod si nonnulii paneni vinuuiqne , corporis et sanguinis Doniini antitypa seu imagines ligurasve vocaverunt, velut divjnus Basilius. non boc post consecrationem dixerunt, sed antequam obiatio ipsa consecraretnr, vocem banc usurparunt. Ibïdan.

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« apôtres, ni les Pères, n'ont appelé image le sacrifice noû sanglant « qui est offert par le prêtre; mais qu'ils l'ont appelé le corps « même et\e sang weme.Les dons eucharistiques s'appellent an^i- « tf/pes (figures! avant qu'ils soient consacrés ; mais après la con- <; sécration ils sont appelés, ils sont et on les croit proprement « corps et sang (1). » Nous aurions pu citer encore, en faveur du dogme de la présence réelle, parmi les auteurs du huitième siècle, Ambroise Autpert, Béatus, Ethérius , Alcuin, et saint Paulin d'Aquilée.

746. Théodulphe, évéque d'Orléans, mort en 821 : «Ayant « abandonné les sacrifices de l'ancienne loi qui ont pris fin , l'É- « glise en célèbre un nouveau, qui est un mystère, offrant du pain « et du vin en mémoire de celui qui est le pain vivant descendu « du ciel, et qui a dit : Je suis la vraie vigne ; afin que, par l'obla- « tion visible des prêtres et la consécration invisible du Saint-Es- " prit , le pain et le vin passent en la dignité du corps et du sang '< de Jésus-Christ (2). »

747. Saint Théodore Studite, mort en 826, réfutant les iconoclastes qui prétendaient qu'on ne pouvait représenter Jésus- Christ qu'en faisant commémoration de lui dans la liturgie , s'exprime ainsi : « Comment appelez-vous ce qui se fait par le prêtre « dans la célébration des mystères et le chant des cantiques sa- « crés ? L'appelez-vous image ou vérité ? Si vous l'appelez image, « vous dites une chose absurde ; vous tombez d'un blasphème « dans un autre, comme font ceux qui, étant enfoncés dans la boue, « s'y enfoncent de plus en plus lorsqu'ils veulent en tirer un pied. « Mais vous n'avez pas craint de vous faire noter d'impiété en « avançant une proposition qui vous a paru convenir à la défense

(1) Nemo iinquam sanctorum apostolorum, incruentum nostrum sacrificium in menioriam passionis Cliiisti Domini Dei nostri et totiiis dispensationis fac- Uim, imaginem corporis illiiis dixerit. Nam is qui accepit a Domino, sic non Jicit aut confitetur, sed aiidinnteum sic dicentem evangelice : Nisi comederUis îarnem, etc. Et cmn accepisset panem, etc. Non autem dixit : Suraite, édite imaginem corporis mei... Legas qiiousque voles, nunquam invenies, neque Dominnni, neqiie apostolos, neqiie Patres , inci uentura illud sacrificium , quod a sacerdote offertur, imaginem dixisse, verum ipsum corpus et ipsum sanguinem. Attameii aiite sanctificationis consecrationem , qiiibusdam Patribus pie sane \isum est, antitypum, lioc est exemplar similis formae nominare.... Quod ante sanctilicationem antitypa vocaverunt, post consecrationem autem, corpus Doinini et sanguinem Cliristi, atque ita esse creduntur. Act. vi. Labbe, tom. vu, col. 837. — (2) Per visibilem sacerdotum oblationera et invisibiiem Sancti Spililus consecrationem, panis et vinum in corporis et sanguinis Domini transeun! -•^inniîa^em. Liv. du Baptême, c. xviii.

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« de votre cause. Si vous l'appelez vérité, comme elle l'est en " effet, puisque les fidèles, en recevant le corps et le samj de Jc- « sus-Christ, confessent, par l'autorité de la parole divine , que « c'est son corps et son sang, pourquoi vétillez-vous en tournant « en figures ies mystères de la vérité (I)? »

748. Saint Nicéphore, patriarche de Constantinople au commencement du neuvième siècle , n'est pas moins exprès : « Qui •< n'admirera, dit-il, la sottise et l'inconstance de l'iconoclaste? II « avouait tout à l'heure qu'on veçoit proprement oX véritablement « le corps de Jésus-Christ, et maintenant il désigne sous le nom « d'image ce que nous recevons. Peut-on s'imaginer une plus « grande stupidité que de dire de la même chose, qu'elle estpo- « prcment et véritablement le corps de Jésus-Christ, et qu'elle en « est l'image? Pour nous, nous n'appelons point ces dons images « o\\ figures, quoiqu'ils s'opèrent symboliquement, mais le corps " même du Christ uni à la divinité. Lui-même nous dit : Si vous « île mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, « vous n'aurez point la vie en vous. Et c'est ce qu'il donna à ses « disciples, en leur disant : Prenez et mangez mon corps, et non « l'image de mon corps. Car comme il s'est formé lui-même une « chair prise de la sainte Vierge, et, s'il est permis d'expliquer ces « choses par une comparaison humaine, comme le pain et le vin « mêlé d'eau sont naturellement changés au corps et au sang de « ceux qui en font usage, et ne deviennent pas un autre corps que « celui qui était déjà, de même cee dons, par la prière du prêtre et « l'avènement du Saint-Esprit, sont changés surnaturellement azt « corps et au sang de Jésus-Christ. C'est ce que contient la de- « mande du prêtre ; et nous n'entendons point que ce soient deux « corps, mais nous croyons que ce n'est qu'un même et unique « corps. S'ils sont appelés quelque part antitypes (figures), ce n'est « pas après , mais avant la consécration, qu'ils sont ainsi nom- « mes (2). »

(I) Quoniodo appellas qiiae a sacerdote in liieiologia sacrisqne liymnis tractantin? Imaginem, an veiitateni? Quod si imagiuem, o rem absuidam!-. Siit aiiteni veritatem, iit rêvera est, ipsiini enim corpus et sangiiiiieni fidèles duin sumunt, diviuae vocis aiictoritate confitentiir, qiiorsiim luigaris, veritalis inysteria ad figuras tidduccus ? Anlirrhétique, dans ies Œt<t?rcs de Sirmond, tom. v, pag. 77. — (2) Nos neque imaginem ne(]iie figuram corporis iliius iiaec dicimus, licet symboHce coiiliciantur, sed ipsum Clirisli corpus deificatum-, liiiiis enim dicentis vox est : Nisi manducavcritis carnein, etc. Hoceliani discipuliscxhibeliat : AccipUe, manducate corpus meum, dicens, non imaginem corporis mei.... Qdemadniodum paiiis et vinnm 1 1 acpia natiiraliter in corpus et sangui-

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749. Amalarius de Metz, abbé de Hornbac, mort en 837 : « Le X sang des animaux qu'on immolait dans l'ancienne loi était la fi- « gure du v^ai sang de Jésus-Christ. C'est Jésus-Christ lui-même « qui nous a donné ce calice dans lequel nous buvons son sang , « lorsqu'après avoir consommé le premier calice dans la cène, il <' fit succéder la vérité à la figure , comme le rapporte saint Luc : « Il prit le calice après souper, en disant : Ce calice est la nou- « velle alliance en mon sang, qui sera répandu pour vous ; c'est > le sang qui a coulé de mon côté pour accomplir la loi an- « cienne (l). »

750. Raban Maur, archevêque de Mayence : « Qui se persuade- « rait jamais que le pain eût pu être changé en chair et le vin en •' sang, si le Sauveur lui-même ne nous en eût assurés, lui qui a r- créé le pain et le vin , et qui a tout fait de rien ? Il est plus facile « de faire quelque chose d'une autre, que de créer toutes choses de « rien Î2). » Ailleurs : « Le pain et le vin paraissent toujours à nos « yeux; mais étant sanctifiés par le Saint-Esprit, Ws passent en sa- « crement du divin corps (3). »

75 1 . Florus de Lyon : « L'eucharistie est consacrée par les pa- « rôles mêmes de Jésus-Christ ; c'est lui qui opère par la majesté « de sa divine puissance ; c'est lui qui, par la vertu du Saint-Esprit « et par la bénédiction céleste, reproduit son saint corps et son " sang (4). Par la puissance ineffable de cette Denédiction, l'obla- « tion est faite le corps et le sang du Fils de Dieu (5). La nature du

liera e«?.?ntis ac bibentis transmutantur, neque dicemus aliud corpus diversum a primo fieri : ita et bœc supernaturaliter invocatione sacrum facientis et Sancti Spiritus adventu, in corpus et sanguinera Christi transmutantur. Kamque hoc petitlo sac^rdotis continet, et non duo intelligimus, sed unum et idem fieri credimus. Sicubi vero antitypa dicta sunt, non post sanctificationem, sed antequam consecrentur ita nnncupata sunt. Antirrhétique ii, dans Ailatius, de l'Accord de V Église occidentale et de V Église orientale, liv. m, c xv. — (1) Ille sanguis (animalium) figura fuit veri sanguinis Christi, quem calicem, id est, in quo bihimus sanguinera Cliristi, initiavit nobis ipse in memorata cœna post consummatum priorera caUcem, ut idem Lucas memorat in sequentibus : Simililer et calicem, etc. : Hic calix in quo est sanguis qui manavit de lalere meo ad complendam legem veterera. Lettre à Rantgaire, évêque de Noyon, dans le Spicilége de dom d'Acliery. — (2) Quis tinquam crederet quod panis in camem potuisset converti, vel vinimi in sanguinera, nisi ipse Saivator diceief, qui panera st vinura creavit, et orania ex iiiliilo fecit ? Facibus est aUqnid ex abc facere, quaff Qmnia ex nihilo creare. Des Ordres sacrés, c. xix. — (3) Haec autera dura sunt visibiba, sanctificata tamcn per Spiritum Sanctum, in sacrarnentum divini corporis Iranseunt. De l'Institution des clercs, c. xxxi. — (4) Ipse ex Spiritus Paracleli virttite et eu lesti benediclione sanctum corpus . t saiiguinem saura esse perficit. Exposition ic la messe, n" lx. — (b) Divinas

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« pain et du vin est changée au sacrement du corps et du sang de « Jésus-Christ (1). »

7.52. Haimon, évêque d'Halberstadt : « Nous croyons, nous " confessons lidèlement, nous tenons que, par l'opération de la « vertu divine, la substance du pain et du vin se convertit subs- « tantiellement en une autre substance, c'est-à-dire, au corps et « au sang de Notre-Seigncur. Le pain parait du pain , le vin paraît •' du vin, mais, dans la réalité, c'est le corps et le sang de Jésus- « Christ (2). »

753. Hincmar, élu archevêque de Reims en 845, établit la présence réelle par les paroles de la consécration, auxquelles il attribue la même efficacité qu'à la parole dont Dieu s'est servi pour la création , le mystère de l'Incarnation , et les principaux miracles dont il est parlé dans l'Écriture : « Par la sanctification ineffable «du Saint-Esprit, la substance du pain et du vin, dit-il, est « changée au sacrement de la chair de Jésus-Christ [3). >< Le pain « est du pain avant la consécration ; après la consécration, c'est « la chair de Jésus-Christ. La parole d'Élie a pu faire descendre « le feu du ciel , et la parole du Christ n'aurait pu changer les es- « pèces des éléments? La parole du Christ a pu faire de rien ce qui « n'était point, et n'aurait pu changer- ce qui est en ce qu'il n'était «pas (4)?»

7.54. Paschase Radbert, abbé de Corbie, mort en 865 : « Jésus • p?-it du pain, et l'ayant béni, il le rompit et le donna à ses « disciples, en disant : Prenez et mangez, ceci est mon conps. « Que ceux-là écoutent, qui veulent exténuer ou affaiblir la force « du mot corps, en soutenant que ce n'est pas la vraie chair de Jé- " sus-Christ que l'Église célèbre dans le sacrement, ni son vrai

Ixnediclionis ineffahili potentia edîcitnr corpus et sangnis iinigeniti Filii Dei, sinit ipse testatur : Coro mea vcre est cibi(s, el sanguis ?nevs vere est pofus. Il)idem, n" lix. — (1) Paniset vin! creatiira in sacramentiim carnis et sangiiini rjiis ineffahili Spirilus sanctificatione transfertur. Ibidem. — (2) Credimns et (ideliter confitemnr et teiiemiis qiiod SMl)stantia illa, panis scilicet el viin, per operationem divinse virtnlis, id est natura panis et vini siibsfantialiter couvertalur in aliain snbstantiani, id est in carnem et sanguinem. Traité du Corps de Jésns-Cfirisi, dont nous avons un long fragment dans \eSpicilége de dom d'A diery. — (3) Panis et vini creatnra in sacramentum carnis et sangninis ejns ineffahili Spiritiis Sancti sanctificatione transfertur. Opuscule sur les vices à éviter, c. XI — (4) Panis est ante verha sacramentoriim ; ubi dccesserit cotisecratio, de pane fit caro Chrisfi.... Anteqnani consecretur, jianis et Tinum anna niixtnm est, iihi anteni verha Christi accesserunt, corpus et sanguis est Christi. Quod Ri tantnm vahiit sermo Heli.T ut ignem de cœlo deponeret, non valeliit Christi sermo, nt species miitet elementorum? Ibidem, c. xii.

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« saug, feignant je ne sais quoi, comme s'il n'y avait dans le sacre- « ment que la vertu de la chair et du sang de Jésus-Christ. En « avançant que ce n'est ni sa vraie chair ni sou vrai sang, ils font « mentir Notre-Seigneur, puisqu'il a dit : Ceci est mon corps... « Il n'a pas dit; Ceci est la vertu ou la figure de mon corps; « mais il a dit, sans fiction et sans détour : Ceci est mon corps. « Je m'étonne que quelques-uns disent que ce n'est pas la vérité « de la chair ou du sang de Jésus-Christ, mais la vertu de la chair et non la chair même, la vertu du sang et non le saug même, « la figure et non la réalité, l'ombre et non pas le corps (l). » Il enseigne la même chose dans son livre du Corps et du sang de Jésus- Christ. «Qu'on ne soit point étonné, dit-il, que le vrai « corps et le vrai sang de Jésus-Christ soit dans le mystère de l'eu- « charistie, puisque c'est la volonté du Créateur, qui a fait au ciel '< et sur la terre tout ce qu'il a voulu , et parce qu'il l'a voulu. « Encore que la figure du pain et du vin demeure, on doit croire « qu'après la consécration il n'y a pas autre chose dans le sacre- <; ment que la chair et le sang de Jésus-Christ (2). La substance du « pain et du vin est changée au corps et au sang de Notre-Seigneur « par les paroles de la consécration (3). « Enfin il dit, dans sa lettre à Frudegard , que si on veut se convaincre qu'en disant que l'eucharistie contient la même chair qui est née de la Vierge, il a pensé là-dessus ce qu'en pense toute l'Église, il suffit de se rappeler ce qui se passe dans la liturgie, où, après que le prêtre a demandé à Dieu que le pain et le vin deviennent le corps de Jésus- Christ , les fidèles répondent, d'une voix unanime : Ainsi soit-il. « C'est ainsi, continue- t-il, que l'Église prie chez toutes les nations

(1) Nescio quid volentes fingere quasi virtus sit carnis et sanguinis in eo sa- ".laraento, ut Dominus mentiatur, et non sit vera caro ejns, neque verus sanguis, ciim ipsa veritas dicat : Hoc est corpus meum.... Neque itaque dixit : Hoc est in hoc mysterio vel virtus, vel figura ccrpoiis niei;sed ait non Cicte, Hoc est corpus meum, etc. Unde miror quid velint nuuc quidam dicere, non in re esse veritatem carnis Clirisli vel sanguinis ; sed in sacramento virlutem carnis et non carnem, virtulem sanguinis et non sanguineni, figuram et non virtuteni, umhram et non corpus. Liv. \i, sur saint Maltkieu, c. xxvi. — (2) Kullus movcalur de hoc corpore et sanguine, quod in mysterio vera sit caro et verus sit sanguis, onm sic voluit ille qui creavit, omnia enini qvxecumque voluitfecit in cœlo et in terra, et quia voluit, iicet m figura paniset vini maneat, haec sic esse omnino, niliilque aliud quam caro Clirisli et sanguis jiost consecrationein credenda sunt. Du Corps et du sang de Jésus-Christ, c. i. — (3) Substantia panis et vini in Christi carnem et sangiiinern commutatur; ita nt deinceps post consecrationcm jani vera Cliristi caro et sanguis veraciter crcdatur. ihidem,

c. »HI.

• et en toutes les langues. N'est-ce donc pas un crime que d'assister « aux prià'es qui se font dans la célébration des mystères, et de m- « pas croire ce qui est attesté par la vérité même, et ce qui est cru « par toute l'Église répandue dans l'univers (l) ? »

755. L'abbé de Corbie eût-il osé mettre en avant la croyance du monde entier à la présence réelle, si, comme quelques calvinistes l'ont prétendu contre l'évidence des faits et l'autorité de l'histoire , il eût été le premier à parler de ce dogme catholique, le premier qui eût enseigné que Notre-Seigneur Jésus- Christ est véritablement et réellement présent dans l'eucharistie? Dira-t-on que plusieurs écrivains du neuvième siècle, Amalarius, Kaban Maur, riorus de Lyon, Haimon d'Halberstadt, Bertramne ou Ratramne, Jean Scott Érigène, ne s'accordent point avec Paschase? que plusieurs même d'entre eux ont attaqué son livre du Corps et du sang de Jésus-Christ? Il est vrai que ce Jean Scott, esprit léger et peu versé dans les matières de théologie, s'est écarté de l'enseignement général sur l'eucharistie ; mais son livre , qui n'existe plus , a été aussitôt réfuté par Adreval , moine de Fleury, et condamné quelque temps après par les conciles de Rome et de Verceil. D'ailleurs il n'a trouvé de sympathie nulle part, et son erreur est tombée avec lui , sans laisser aucun vestige de son passage. Quant à Amalarius, Raban, Florus, Haimon, ils ont toujours professé, ainsi que nous l'avons montré plus liant, la présence réelle et la transsubstantiation. Ils n'approuvaient point que Paschase eût dit que le corps de Jésus-Christ, dans l'eucharistie, fût le même qui est né de la sainte Vierge, qui a été attaché à la croix ; mais ils ne niaieut point pour cela que ce fût le même corps quant à la substance, mais seulement que ce fût le même corps quant aux apparences ou à la forme naturelle; de sorte que le fond de la dispute roulait plutôt sur la manière dont le corps de Notre- Seigneur est présent dans l'eucharistie, que sur la réalité de sou existence dans le sacrement. Ratramne lui-même, dont le suffrage toutefois ne nous est pas plus nécessaire que celui de Scott Erigène, reconnaît que, par la consécration du prêtre, le pain est fait k corps^ et le vin est fait le sacrement du sang de Jésus-Christ; qu( tous les fidèles confessent que c'est le corps et le sang de Jésus- Christ, et que par conséquent les choses ne sont plus ce quelles ont été avant la consécration (2).

fl) Liv. di: Corps et du sang de Jésus-Chrisl. —(2) Voyt-i dom Ceillier, Hisi. desa'.it. ceci., tvm. \\\,pag. \^(<,etc.

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756. Aussi, lorsque, vers le milieu du onzième siècle, Bérenger osa attaquer le dogme de la présence réelle, il souleva le monde chrétien contre lui. Adelman, évéque de Brescia, qui avait été sou disciple; Lanfranc, prieur du monastère du Bec, et depuis archevêque de Cantorbéry; Hugues, évêque de Langres; Théoduin , évéque de Liège; Guitmund, qui de moine devint archevêque dans le royaume de Naples, s'élevèrent contre cette hérésie, reprochant à son auteur de scandaliser V Eglise universelle, de se séparer de l'unité de notre mère la sainte Église, de vouloir troubler la république de la cité chrétienne,- et les papes et les évêques le condamnèrent dans plus de quinze conciles , dont plusieurs se tinrent à Rome ; et les prêtres, et les moines, et les simples fidèles, le ti'aitèrent d'impie et d'hérétique. Frappé d'une réprobation générale, après bien des tergiversations il finit par renoncer entièrement à ses erreurs, reconnaissant le mystère ineffable contre lequel il avait blasphémé.

757. Nous avons d'ailleurs prouvé, par le témoignage des Pères grecs et des Pères latins , que le dogme de la présence réelle a été constamment reçu dfins l'Église pendant les huit premiers siècles, sans interruption. Il faut donc reconnaître que ce dogme vient des apôtres, dont l'enseignement n'a pu, de l'aveu des protestants, s'écarter en rien de la doctrine de Jésus-Christ.

758. On nous fait une objection : on dit que les Pères désignent l'eucharistie sous le nom de pain^ sous celui de signe, défigure, de igpe, d'image; ce qui, ajoute-t-on, ne peut s'accorder avec la croyance au dogme de la présence réelle. Nous conviendrons qu'on trouve ces expressions dans les Pères ; mais on a tort d'en conclure qu'ils n'admettaient point la présence réelle. En effet, les Pères ont-ils dit que le sacrement de l'eucharistie ne contient que du pain et du vin; que le pain et le vin sont après la consécration ce qu'ils étaient auparavant? Non ! Ont-ils dit que le pain et le vin ne sont qu'un signe, qn'wne figure, qu'une image, qu'un itjpe du corps et du sang de Jésus-Christ? Non! Mais ceux-là même qui ont employé les mots de signe, de figure, de type, d'image, comme saint Cyrille de Jérusalem, saint Ambroise, saint Jean Chrysostome, saint Augustin, saint Gaudence, répètent que, par la consécration, le pain et le vin deviennent le corps et le sang de Jésus-Christ, sont faits le corps et le sang de Jésus- Christ , sont changés au corps et au sang de Jésus-Christ. Ce n'est donc point par l'usage que les Pères ont fait des mots de signe, défigure ou à! image, en parlant de l'eucharistie, que nous devons juger de

DE l'eucharistie. 491

leur croyance ; c'est au contraire par leur croj'anee qui nous est connue, qu'ils ont clairement exprimée, que nous devons déterminer le sens de ces mots, qui n'excluent pas plus par eux-mêmes la réalité du corps et du sang de Notre-Seigneur, que le mot de sacrement, qui de sa nature est un signe, ne l'exclut dans la bouche des catholiques. Il est des signes , des figures qui ne contiennent point la réalité des choses qui en sont l'objet, comme on le voit par les figures de l'Ancien Testament. Mais il est d'autres figures qui contiennent les dons qu'elles signifient : tels sont les sacrements de la nouvelle alliance, qui contiennent la grâce dont ils sont les signes; tel est, particulièrement, le sacrement de l'eucharistie, qui nous offre , en réalité , la" chair et le sang de Jésus- Christ, comme étant vraiment la nourriture et le breuvage de notre âme, signifiés ou figurés par les espèces sensibles du pain et du vin : Caro mea vere est cibus, et sanguis meus vere est potus.

§ III. Pi-euve de la présence réelle , iitée de la crotjance générale et constante de l'Église universelle.

759. On prouve le dogme de la présence réelle par la prescription^ c'est-à-dire par la possession ou la croyance générale et constante de l'Église. Nous dirons donc : Ce que l'Église universelle croit et qu'elle a toujours cru ne peut venir que des apôtres, que de Jésus-Christ. Or, l'Église universelle croit et a toujours cru que le corps et le sang de Jésus-Christ sont réellement présents dans l'eucharistie ; donc le dogme de la présence réelle nous vient des apôtres, de Jésus-Christ.

760. Premièrement, l'Église universelle croit que Notre-Seigneur est réellement présent dans l'eucharistie. De laveu de nos frères séparés, elle croit ce qu'elle croyait au seizième siècle, ce qu'elle croyait lorsque Zwingle et Calvin ont commencé à dogmatiser. Or, au seizième siècle elle croyait au dogme de la présence réelle. Il était reçu alors dans l'Église catholique, chez les Latins, chez les Grecs, et ceux des Orientaux qui sont en communion avec le saint-siége, que iéaus-Chnst e&t véri(able7nent , réellemetit et substantiellement présent dans le sacrement de l'autel, ainsi qt 'ou le voit par les décrets du concile de Trente, auxquels ont souscrit tous les catholiques. Et ce qu'il est important de remarquer, c'était aussi la croyance des Grecs schismatiques. Les ennemis de la présence réelle ayant cherché à se faire des partisans chez les Grecs, Jérémie, patriarche de Constantinople, leur répondit nette-

492 DE l'eucharistie.

ment, en 1570 : « C'est une chose décidée par le jugement de l'E» « glise, que, dans la cène, après la consécration et la bénédiction, * le pain se trouve changé au corps même de Jésus-Christ , et le « vin en sou sang, pair la vertu du Saint-Esprit.... Le propre corps, ■ le corps véritable de Jesus-Christ est contenu sous les espèces « du pain et du vin. » Et Cyrille Lucar, un des successeurs de Jérémie, ayant osé publier une profession de foi contraire à cette déclaration, fut anathématisé par le concile de Constantinople de 1638, où se trouvèrent, avec le patriarche de cette ville, le patriarche de Jérusalem, celui d'Alexandrie, et vingt-trois évêques d'Orient. Il fut aussi condamné par un autre concile de Constantinople, en 1642, Les conciles de Jérusalem de 1668, et de Bethléem de 1672, se sont également déclarés en faveur delà présence réelle. D'ailleurs, les liturgies de l'Église grecque ne laissent aucun doute sur ce point; elles s'accordent parfaitement avec les liturgies de l'Église latine. Enfin, nous trouvons la même croyance dans les écrits, les professions de foi, les eucologes et les liturgies des Syriens, des Arméniens, des Maronites, des Cophtes, des Éthiopiens, des eutychiens ou jacobites, des nestoriens, des Russes ou Moscovites. Ainsi donc, au seizième siècle comme aujourd'hui, le dogme de la présence réelle était reçu, non-seulement dans l'Église catholique , mais encore chez les Grecs schismatiques et chez les différentes sectes de l'Orient, dont quelques-unes, comme celles des nestoriens et des eutychiens, sont séparées de l'Église romaine depuis le cinquième siècle (l).

761. Secondement, ce que l'Église universelle croit, ce qu'elle croyait au seizième siècle, elle l'a toujours cru ; ce qu'elle enseij^ne aujourd'hui, elle l'enseignait hier, et l'a enseigné dans tous les temps. D'abord, son enseignement ne varie point; il ne varie pas plus que la vérité, puisque celui qui est la vérité même lui a promis d'être avec elle tous les jours, absolument tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles (2). D'ailleurs, si l'Église n'a pas toujours eu la même croyance au sujet de la présence réelle, bi la foi de nos pères a été altérée, si elle a souffert des variations, dites-nous donc comment cette altération a pu être universellement adoptée, tant en Orient qu'en Occident, non-seulement par les catholiques, mais encore par les schismatiques et les différentes -ectes d'hérétiques, aussi séparés entre eux qu'ils le sont de l'É-

(1) Voyez la Perpétxàté de la foi sur l'eucharistie, etc. ; le Traité de /?« f<iciainentaria, liv. iv, etc. — (2) Saint Matthieu, c. xxviii, v- 20.

OK l'eucharistie. 493

giise romaine. De grâce, dites-nous depuis quand ce nouveau dogme a paru dans le monde, quel en est l'auteur, et comment jl s'est répandu partout? il serait bien étonnant qu'on ignorât le novateur sur ce point, tandis que l'on connaît les Arius, les Pelage, les Nestorius, lesEutychès, les Macédonius, les Wiclef, Tes Luther, les Calvin, tous ceux qui ont voulu innover en matière de religion. On ne se persuadera point qu'un aussi grand changement dans une chose aussi importante , et tenant de si près à la pratique de tous les fidèl 3S et de tous les jours, ait pu s'opérer sans bruit, sans difficulté, sans réclamation aucune. En effet, si, lorsque Bérenger se mit à parler contre la présence réelle, il rencontra la plus vive résistance, et de la part des peuples, qui le traitaient d'impie, et de la part des docteurs, qui réfutèrent ses erreurs, et de la part des évêques, des papes et des conciles, qui le condamnèrent comme novateur; celui qui, avant Bérenger, aurait eu la témérité de fabriquer ce même dogme, aurait-il pu le propager sans éprouver la moindre contradiction? Ce dogme, sans contredit l'un des plus grands et des plus incompréhensibles mystères de la religion 5 ce dogme, dont on ne peut rendre raison que par la foi, et qui réduit notre entendement en servitude ; ce dogme, qu'on eût présenté comme venant des apôtres, quoiqu'il fût inconnu jusqu'alors dans l'Église, n'eût-il pas soulevé le monde entier contre son auteur? N'eût-on pas crié de toute part à l'ignorance ou à. l'imposture ? Et les évêques et les papes, qui se sont toujours prononcés contre toute nouveauté , n'eussent-iis pas frappé d'anathème le premier qui eût osé aggraver, outre mesure, le joug de la foi, en altérant l'enseignement de l'Église et la croyance de tous les peuples? Cependant l'histoire garde ici le silence ; il ne nous reste aucun vestige, aucune trace des réclamations, des débats qu'eût infailliblement occasionnés le dogme de la présence réelle, s'il n'eût toujours été reçu partout comme ayant été transmis par les apôtres. Donc on a toujours cru , dans l'Église, à la présence réelle de Jésus- Christ dans l'eucharistie.

762. De plus, si ce dogme s'était introduit dans l'Église, c'eût été ou depuis le neuvième siècle jusqu'au temps de Calvin ; ou depuis le cinquième siècle jusqu'au neuvième; ou depuis la mort des apôtres jusqu'au cinquième siècle. Or, on ne peut admettre aucune de ces suppositions. D'abord, ce dogme ne s'est point introduit depuis le neuvième siècle jusqu'au temps de Calvin. Venu des Latins, il eût été repoussé par les Grecs, et principalement par les schismatiques, dont la séparation remonte au neuvième siècle. H

494 DB l'eucharistie.

eût également été repoussé par les nestoriens, les eut v chiens et autres hérétiques, dont les sectes remontent encore plus haut que le schisme des Grecs. Venu des Grecs scliismatiques, il eût soulevé les réclamations et des Orientaux et des Latins. On n'eût pas manqué de s'adresser de part et d'autre de vifs reproches, de s'accuser mutuellement d'altérer la vraie foi, la doctrine de Jésus- Christ. Cependant on ne trouve pas la moindre dissidence, au sujet de la présence réelle, entre les Eglises de l'Orient et celles de l'Occident, quoiqu'il y ait eu d'assez vives contestations entre elles sur la manière de célébrer les saints mystères, en ce qui regarde le pain azyme et le pain levé. Il faut donc renoncer à la première supposition. Le dogme que nous défendons ne s'est point introduit non plus depuis le cinquième au neuvième siècle ; ni les Grecs ne l'eussent toléré chez les Latins, ni les Latins ne l'eussent toléré chez les Grecs. On connaît les rivalités qui se sont manifestées entre l'une et l'autre Église, depuis la fin du deuxième siècle, à l'occasion du jour de la célébration de la Pàque, et qui se sont développées depuis, plus ou moins sensiblement, jusqu'à l'époque du schisme de Photius. D'ailleurs, les nestoriens et les eutychiens se fussent-ils prêtés à cette innovation ? ne l'eussent-ils pas, au contraire, reprochée aux catholiques, en s'en prévalant pour justifier leurs propres erreurs et leur séparation? La seconde supposition n'est donc pas plus admissible que la première. Enfin, le dogme de la présence réelle n'a pu s'introduire depuis la mort des apôtres jusqu'au cinquième siècle. Plus on se rapproche des temps apostoliques, plus il est difficile de supposer que l'Église ait varié dans son enseignement. Les calvinistes, les anglicans et les luthériens en conviennent eux-mêmes généralement ; ils ont été forcés d'avouer que, pendant les trois ou quatre premiers siècles, l'Église a conservé pure et intacte la doctrine de Jésus-Christ. D'ailleurs, était-il possible que tous les chrétiens, qui étaient répandus dans les différentes parties du monde, s'accordassent à sanctionner comme venant de Dieu un dogme qu'ils n'auraient pas reçu de leurs pères? Nous ajouterons que c'était l'usage dans les pr-emiers temps, usage qui s'est maintenu jusqu'au sixième siècle, de communier toutes les fois qu'on assistait à la célébration des saints mystères, et de porter la communion aux absents. Le dog«ie eucharistique intéressait donc au suprême degré tous les chrétiens ; il était donc impossible que ce dogme souffrit la moindre altération, sans que ce changement fût aussitôt remarqué par les évêques, les prêtres, les diacres, et m.érae par les simples fidèles. Or,

DK l'eucharistie. 49â

nous le demandons, quel motif eût pu les déterminer tous à favoriser ce changement? Quel avantage pouvaient-ils se promettre, tandis qu'ils étaient sous le couteau de la persécution, à soutenir et à pratiquer un nouveau dogme qui ne pouvait être qu'un sujet de triomphe pour les cérinthieus, les valeutiniens, les niarcionites, les ariens et autres ennemis de l'Église , et une occasion, pour les païens, de calomnier les chrétiens de la manière la plus atroce? Concluons donc que le mystère de la présence réelle n'a pu être inventé ni depuis la mort des apôtres, au cinquième siècle, ni du cinquième siècle au neuvième, ui du neuvième au temps de la Réforme. Donc, ce dogme a toujours été reçu dans l'Église; donc, il vient des apôtres et de Jésus-Christ; donc, encore une fois, on doit l'admettre, sous peine d'encourir les anathèmesdeNotre-Seigneur: Celui qui ne croira pas, sera condamné : Qui non crediderit, condemnabitur.

§ IV. Peut-on démontrer que la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie soit impossible?

763. Il en est de la présence réelle comme de la trinité des personnes en Dieu, de lincarnation du Verbe, de la prédestination, de la résurrection des corps, de l'éternité des peines ; c'est un mystère, un mystère incompréhensible ; il est inaccessible à nos sens, aux investigations de l'intelligence humaine. Ce serait donc évidemment s'écarter des règles de la sagesse, que d'examiner philosophiquement, ne prenant pour guide que la raison, si la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie est possible ou non. Tel ou tel mystère existe-t-il? tel ou tel dogme est-il révélé? tel ou tel sacrement qui déroge au cours ordinaire de la nature, aux lois du monde physique, est-il d'institution divine? Voilà l'objet de notre examen ; voilà quelle doit être l'étude du sage, du chrétien, du vrai philosophe. Or, nous l'avons prouvé, et par l'autorité de l'Église, sans laquelle c'en est fait de la foi chrétienne, et par les saintes Écritures, dont le sens que n3us leur avons donné s'accorde parfaitement avec les traditions apostoliques, et par l'enseignement des saints Pères, et par la crDyance générale de to>i.s ?es tempsy le corps de Jésus-Christ est reellemeni présent dans le sacrement de l'eucharistie, en vertu de la puissance divine, qui remporte autant sur les conceptions de l'homme, quel que soit sor. génie, que l'infini l'emporte sur le llni, le Créateur sur la créature. Donc, la présence réelle est possible. 11 faudrait donc être Juif j)t)'ir

496 lit l'eucharisiie.

demander comment Jésus-Christ, ie Fils de Dieu, peut nous donner sa chair à manger.

~(\4. " Ce comment, disait saint Cyrille d'Alexandrie, est tout « à fait judaïque, et sera la cause du dernier supplice. Car ceux-là « seront justement réputés coupables des crimes les plus graves, <i qui osent attaquer, par leur incrédulité, le suprême Créateur de « toutes choses, et qui, sur ce qu'il veut opérer, ont le front d'en « chercher le comment. L'esprit brut et indocile rejette comme « extravagant tout ce qui est au-dessus de sa portée ; son ignorante « témérité le porte à un orgueil extrême.... Les Juifs devaient, sans « hésiter, recevoir les paroles du Sauveur, dont ils avaient admiré <'■ plusieurs fois la vertu toute divine, et cette puissance invincible a sur la nature, qu'il leur avait montrée lui-même par ses pro- '< diges. Et les voilà qui profèrent encore sur Dieu cet insensé « comment^ comme s'ils ne sentaient pas que cette manière de « parler est un blasphème , puisque dans Dieu réside le pouvoir « de faire tout ce qu'il veut.... Que si tu persistes, ô Juif, à proférer K ce coinment, je te demanderai à mon tour, moi, comment la « verge de Moyse fut changée en serpent, comment les eaux fu- « rent changées en sang? Il convenait donc d'en croire à Jésus- « Christ et d'ajouter foi à ses paroles, plutôt que de s'écrier si in- « considérément, si témérairement : Comment peut-il, celui-ci, « nous donner sa chair à manger?... Pour nous, en recevant 'es « divins mystères, ayons une foi exempte de toute curiosité. Voilà « ce qu'il faut, et non point faire entendre de comment aux paroles « qui s'y disent (l). » Tel est le langage des Pères, lorsqu'ils parlent du mystère de l'eucharistie. « Pourquoi, dit saint Jean Chry- <« sostome, vous efforcez- vous de sonder ce qui n'a point de fond? « Pourquoi cherchez-vous à comprendre des choses incompréhen- « sibles ? Pourquoi voulez- vous pénétrer ce qui est impénétrable (2)? « i\e prétendons point juger les choses divines par la raison, ni les <■ assujettir aux lois et aux nécessités de la nature. Croyons Dieu « en toutes choses, et ne le contredisons point, quoique ce qu'il « nous dit nous semble contraire à 720s pensées et à nos yeux. Qu€ « l'autorité de sa parole soit plus forte sur nous que nos yeux el « nos pensées. Ainsi donc, puisque c'est sa parole qui nous dit, •<■ Ceci est mon corps, soyons-en persuadés, croyons-le, et voyons- •< le avec les yeux de la foi (3). Celui qui est doué de l'œil de la foi,

;i) Liv. iT, sur saint Jean, c. vi. — (2) Homélie vi, sur saint Jean. — (3) Homélie xxni sur saint Jean.

DE L lUJCHABISTIE. 407

« tfit saint Éphrem, aperçoit Dieu dans une clarté intuitive; et, « d'une foi pleine et assurée, il mange le corps sacré et boit le sang « de l'agneau sans tache, sans se livrer, sur cette sainte et divine

•■ doctrine, à des reclierches curieuses Pourquoi vouloir péné-

« trer ce qui est impénétrable? Si vous sondez avec curiosité, vous « ne méritez plus le nom de fidèle, mais celui de téméraire. Soyez « donc innocent et docile. Participez au corps immaculé et au « sang du Seigneur avec une foi très-pleine, assuié que vous man- « gez l'agneau tout entier. Car les mystères du Christ sont un feu « immortel : gardez-vous de les scruter avec témérité, de peur « qu'en y participant vous n'en soyez consumé.... Pour moi, ne « pouvant saisir par la pensée les mystères du Christ, je n'ose m'a- « vancer plus loin, ni essayer d'atteindre à la hauteur de ces mys- « tères profonds et sacrés; et si j'en voulais parler audacieusement, <: je ne les comprendrais pas davantage. Je ne serais qu'un témé- « rmre, un insensé, battant l'air de mes vains et inutiles efforts; « car l'air échappe à toute prise par sa rareté et sa ténuité : et ces « saints, ces adorables, ces redoutables mystères, outre-passent « toutes les forces de mon génie (1). •

ARTICLE IV

si dans l'eucharistie la substance du pain et du vin esl changée au corps el .m sang de Jésus-Christ.

765. Il est de foi que, dans le sacrement de l'eucharistie, la substance du pain et du vin est changée au corps et au sang de Jésus-Christ, de sorte qu'après la consécration il ne reste du pain et du vin que les espèces ou apparences, qui frappent nos sens comme avant la célébration des saints mystères. Voici la décision du concile de Trente : « Si quelqu'un dit que, dans le très-saint « sacrement de l'eucharistie, la substance du pain et du vin reste « conjointement avec le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus- « Christ, et nie cette admirable et singulière conversion de toute '< !a substance du pain au corps, et de toute la substance du vin au « sang de Jésus-Christ, ne restant seulement que les espèces du « pain et du vin; laquelle conversion l'Église catholique appelle du • nom très-propre de transsubstantiation ; qu'il soit anathème (2).);

(I) Sermon contre la niriosité à .sonder la nature de Dieu. — (2) Si qtiis dixe-

rit, iii sacrosancto eucliaristiuR sactaim;iito lenianere .siibstantiam panis et vini

unp ciim corpore et sanfiuinc Domini nostri Jesu Ciiristi, negaveiitqno niirahi-

/i08 DE l'eucharistie.

Ce décret est dirigé contre ceux des protestants qui, tout en admettant la présence réelle, prétendent que ia substance du pain et du vin n'est point détruite, mais que Jésus-Christ est, dans Teucharistie, ou par impannUon, comme le pensait Osiandre, c' est-adire par l'union réelle ou hypostatique du corps de Notre-Seigneur avec le pain ; ou par conmb.stantiaHon, comme le veulent généralement les luthériens, qui soutiennent que le corps de Jésus- Christ est présent avec la substance, ou sous la substance, ou dans la substance du pain. Ces deux systèmes ont été condamnés par le dernier concile général, dont le jugement est d'ailleurs conforme à l'Écriture sainte et à la tradition.

766. Premièrement, ce jugement est fondé sur rÉcriture sainte. De l'aveu de nos adversaires, les paroles de Notre-Seigneur : Ceci est mon corps, ceci est mon sang^ expriment clairement la présence réelle. Or, cela posé, nous faisons le raisounement suivant : Ou le corps de Jésus-Christ est présent dans l'eucharistie par impanation; ou il y est présent par consubstantiation : ou il y est présent par transsubstantiation. Il n'y est point présent par impanation-, ce système est si absurde, qu'il ne trouve plus de partisans parmi les protestants. On ne peut dire non plus qu'il y soit présent par consubstantiation, qu'il s'y trouve conjointement avec la substance du pain, de quelque manière qu'on l'explique; car Jésus-Christ n'a pas dit : /ci, dans ce pain, sous ce pain, avec ce pain, est mon corps : ici, dons ce vin, sons ce vin, avec ce vin, est mon sang : mais bien : Ceci est mon corps, ceci est mon sang : c'est-à-dire, Ceci que je tiens en mains devient, parla vertu de mes paroles, et est véritablement mon corps et mon sang, se convertit, se change, se transsuhsi antie en mon corps et en mon sang. Ces paroles ne sont pas susceptibles d'un autre sens. Le pronom ceci ne peut se rendre par l'adverbe ici. à moins que la chose qui se voit ne soit destinée par sa nature à en contenir une autre, ou que ceux à qui l'on parle ne soient prévenus du sens qu'on lui donne. D'après l'usage on peut bien dire, en montrant un vase qui contient des liquides, ceci est du vin; ce qui répond à cette proposition : ici est du vin; personne ne s'y méprend. Mais le pain et le vin ne sont point destinés, de leur nature, à contenir le corps et

.cm illam et singiilarem coiiversionem totius snbstantiae panis in corpus, et îotiiis substantiae vini in sangiiinem, mancntibns duntaxat speciebus panis et vini; quam quidem conversionem catbolica Ecclesia aptissinie transsubstautiationem appellat; anatbema sil. Sess. xiii, can. ii. — Voyez aussi le ch. nr de la même session.

DE L EUCHABISTIE. 499

le sano; de Jésus-Christ; et Jésus-Christ n'a point averti ses disciples que le pain et le vin contenaient son corps et son sang. On ne peut donc admettre la consubsfantiation. Donc il faut reconnaître que 1? corps et le sang de Jésus-Christ sont présents dans le sacrement dt l'eucharistie par franssiibstaritiation, ou, ce qui revient au même, que la substance du pain est changée au corps, et la substance du vin est changée au sang de Jésus-Christ. Et c'est dans ce sens que l'Église a toujours entendu ces paroles de l'institution de l'eucharistie.

767. Secondement, les Pères ont enseigné la transsubstantiation, comme on le voit par les auteurs des neuf premiers siècles, que nous avons cités dans l'article précédent. Suivant saint Ignace d'Antioche, V eucharistie ^ ou ce qui est dans l'eucharistie, est la chair de Jésus-Christ : il ne dit pas que l'eucharistie est la chair de Jésus-Christ avec le pain, ou le pain avec la chair de Jésus- Christ. Saint Justin dit positivement que la nourriture eucharistique, étant sanctifiée par la prière et l'action de grâces du Verbe, est la chair et le sang de Jésus. Tertullien : Le Seigneur a fait le pain son propre corps^ en disant : Ceci est mon corps. Origène : Les do7is offerts dans l'eucharistie sont faits, devenus le corps de Jésus-Christ. Saint Cyrille de Jérusalem : « Aux noces de Cana, « Jésus-Christ a changé de l'eau en vin, et nous estimerons qu'il « n'est pas assez digne pour nous faire croire, sur sa parole, qu'il « ait changé du vin en son sang! Encore que les sens nous rapa portent que cela n'est pas, la foi doit nous persuader que cela " est. Ne jugez donc pas de cette vérité par le goût, mais par la « foi. Ce qui paraît du pain à nos yeux n'est pas dit pain, quoique « le goût le f âge tel., mais le corps de Jésus-Christ. Ce qui paraît « du vin à nos yeux n'est pas du vin, quoique le goût le prenne « pour du vin, mais le sang du Christ. » Saint Grégoire de Nysse : « Le pain sanctifié par la parole de Dieu est changé au corps de Jé- « sus-Christ. La nature des choses qui paraissent dans le sacrement « est transe lémentée au corps de Jésus-Christ. » Ce mot transéléwen^ee répond parfaitement au mot transsubstantiée. Saint Ambroise prouve le mystère de la présence réelle par la puissance de Dieu, disant que celui qui a pu de rien faire ce qui n'existait pas, peut changer la nature des choses qui existent. Il ajoute que le pain est du pain avant la consécration, mais qu'il devient, par la consécration même, la c/m/r de Jésus-Christ. Saint Jean Chrysostorae: «On doit, au sujet du mystrre de l'eucharistie, s'en rapporter ' à la varo/p, de Dieu, encore que ce qu'il nous dit paraisse con-

500 DE l'eucharistie.

« traife à nos pensées, à nos yeux, à nos sens. C'est lui-même ' qui sanctifie les choses offertes, et les change en son corps et en « son santr. » Saint Gaudence, évéque de Brescia : « Jésus-Christ, « ayant changé autrefois l'eau en vin, change maintenant le vin » en son .propre sang (i). »

768. Saint Augustin : Le pain, étant consacré par la parole de Dieu, est le corps de Jésus-Christ. Si c'est le corps de Notre- Seigneur, ce n'est donc pas du pain. Saint Isidore de Péluse : « L'Esprit-Saint, étant invoqué, fait d'un pain commun le pro- « pre corps du Christ. » Évidemment, il ne fait du pain le corps de Jésus-Christ que par la transsubstantiation. Saint Procliis, archevêque de Constantinople : « Par l'invocation du Saint-Esprit, le '< pain et le vin sont faits le corps et le sang de Jésus-Christ. » Saint Césaire d'Arles : « On doit juger du mystère de l'eucharistie, non par les sens, mais par la foi. C'est le Seigneur lui- « même qui, par la vertu de sa divine parole, change les créatures « visibles en la substance de son corps et de son sang. Les subs- « tances du pain et du vin sont changées en la substance même « de Jésus-Christ. Avant la consécration, la substance du pain et « du vin est encore sur l'autel ; mais après la consécration, c'est le o-.corps et le sang de Jésus-Christ. » Cassiodore : « L'oblation a « été faite la propre substance du Verbe incarné. » Saint Germain, évêque de Paris : « Le pain est transformé au corps, et le vin au « sang du Christ. » Saint Grégoire le Grand : « Le sacrement du « corps et du sang de Jésus- Christ s'opère par un changement. Le « Créateur, qui a fait de rien toutes choses, a converti le pain et le « vin en son corps et en son sang, de sorte qu'il ne reste que les « espèces du pain et du vin (2). «

7G9. Saint Isidore de Se ville : « Les choses visibles, étant sane- « tifiées, deviennent^ dans le sacrement, le corps divin. » Le vénérable Bède : <■ Par l'opération du Saint-Esprit, le pain et le vin sont « changés au corps et au sang de Notre-Seigneur. » Les Pères du concile de Nicée, de l'an 787 : « Avant la consécration, les dons « eucharistiques sont appelés figures; mais après la consécration, « ils sont proprement corps et sang. » Ils ne sont donc plus ni pain ni vin. Théodulphe d'Orléans : « Par la consécration, le pain « et le vin passent en la dignité du corps et du sang. » Saint Nicéphore, patriarche de Constantinople : « Le pain et le vin sont « changés surnaturellement au corps et au sang de Jésus-Christ. >•

(i) Voyez, ci-dessus, le n" 709, etc. — (2) Voyez, ci-dessus, le n° 733, etc.

DR LEIICIÏAÏIISTIE. 501

Raban Maur : « Le pain et le vin sont changés au corps et au « sang du Sauveur; ils paraissent toujours à nos yeucn; mais « étant sanctifiés, ih passent en sacrement du divin corps. » Hincmar, archevêque de Reims : « Par la sanctification du Saint-Esprit, < la substance du pain et du vin passe en sacrement de la chair « de Jésus-Christ. Le pain est du pain avant la consécration; après « la consécration, c'est sa chair; il a été changé en ce qu'il n'était « pas auparavant. » Florus de Lyon : « La nature [creatura) du ■•' pain et du vin est changée au corps et au sang de Nôtre-Seigneur. » Paschase Radbert dit que, chez toutes les nations et en toutes les langues, le prêtre demande à Dieu que le pain et le vin deviennent le corps de Jésus-Christ. C'est ce qu'on remarque, en effet, dans toutes les liturgies. Haimon, évèque d'Halberstadt, et contemporain de Paschase : « Nous croyons , nous confessons, nous « tenons que la substance du pain et du vin se convertit substan- « tiellement en la substance du corps et du sang. Le pain paraît « du pain, le vin parait du vin; mais dans la réalité c'est le corps « et le sang de Jésus-Christ (l). »

770. Nous nous arrêtons. Les protestants, comme les calvinistes et les anglicans , conviennent qu'à partir du neuvième siècle l'Église catholique a constamment enseigné le dogme de la transsubstantiation, comme on peut en juger, d'ailleurs, par les écrits de ses docteurs et les décisions des papes et des conciles, notamment par les décrets du concile de Rome , tenu par saint Grégoire VII en 1079; du concile œcuménique de Latran, présidé par Innocent III en 1215; et du concile de Florence, de l'an 1439.

771 . Troisièmement, à toutes ces autorités nous ajouterons une troisième preuve, tirée de la croyance générale et constante de l'Église. Il est certain qu'au seizième siècle toutes les Églises de l'Orient et de lOccident admettaient le do^me de la transsubstantiation. Les Grecs schismatiques eux-mêmes, les nestoriens, les eutychiens, les cophtes, les éthiopiens, et autres sectes d'anciens hérétiques, s'accordaient, sur ce point, avec ceux qui sont unis à l'Église romaine (2^ Dans toutes les liturgies orientales, même dans celles qui remontent à la plus haute antiquité, ou demande à Dieu, pour la célébration des saints mystères, qu'il envoie son esprit, afin qu'il change le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ. Or, il en est de cette croyance comme de la croyance à la présence réelle ; on ne peut lui assigner d'autre

(1) Voypz, ci-dessiis, le u" 742, etc. — (2) Voyez, ci-dessiis, le n" 760, etc.

502 i>s Veucharistie.

origine que l'enseignement des apôtres. L'Eglise ne varie point ; ce qu'elle enseignait quand Luther parut, elle l'enseigne aujourd'hui, et l'a enseigné dans tous les temps. D'ailleurs, nous pour rions répéter ici tout ce que nous avons dit plus haut pour prouver que la doctrine de l'Église, au sujet de l'eucharistie, n'ajamais éprouvé aucune altération. Il faut donc reconnaître comme divin le dogme de la transsubstantiation, et confesser que la substance du pain et du vin est changée au corps et au sang de Jesus-Christ.

772. Mais, dira-t-on, à en juger par les sens, le pain et le vin sont, après la consécration, ce qu'ils étaient auparavant; ils conservent absolument le même goût, la même couleur, la même figure; en un mot, les mêmes propriétés. Nous en conviendrons mais ces propriétés ou ces qualités extérieures sont inhérentes aux espèces du pain et du vin, et non a la substance, puisque la foi, fondée sur la parole de Dieu, nous apprend que cette substance n'existe plus, qu'elle est changée au corps et au sang de Jésus- Christ. Et si vous nous demandez comment cela peut se faire, nous vous répondrons que, soit qu'on dise que ces espèces ne sont que des apparences^ qui font sur nous les mêmes impressions et produisent le même résultat que la réalité de la substance ; soit qu'on les regarde comme des accidents qui subsistent sans leur sujet^ le mystère de l'eucharistie ne s'opère qu'en dehors de l'ordre naturel, prœter rerum ordinem, comme le chante l'Église. On ne doit en juger ni d'après les conceptions de notre faible intelligence, ni d'après le témoignage de nos sens, qui ne porte que sur les qualités sensibles ou extérieures des corps. Et c'est parce que la présence réelle et la transsubstantiation appartiennent à l'ordre surnaturel, que toutes les objections qu'on tire de l'ordre de la nature tombent à faux, et ne peuvent ébranler notre foi.

773. Qu'on ue nous objecte pas non plus que, dans l'Écriture, le corps de Jésus-Christ est désigné sous le nom de pain : car il n'est pas étonnant qu'on ait conservé le nom de pain à l'eucharistie. La raison de ce fait, c'est que l'eucharistie conserve les apparences du pain et même la propriété naturelle du pain , qui est de nouxrir le corps. L'Ecriture a l'usage de nommer les choses d'après leurs apparences extérieures, comme on le voit dans la Genèse, où il est dit que trois hommes apparurent à Abraham; et cependant c'étaient trois anges. De même, nous lisons dans les ilc^gA" que deux hommes apparurent aux apôtres lorsque Jésus- Christ montait au ciel, quoique ce fussent deux anges.

DB l'eucharistie. 503

ARTICLE V

Jésuâ-Christ est-il tout entier sous chacune des deux espèces, et sous chaque partie de l'une et l'autre espèce?

774. Il est de foi que le corps de Jésus-Christ, que Jésus-Christ lui-même est tout entier sons chacune des deux espèces , et sous ch&que partie de l'une et l'autre espèce, quand la séparation eu est faite. Le concile de Trente s'exprime en ces termes : « Si quelqu'un « nie que, dans le vénérable sacrement de l'eucharistie, Jésus- « Christ soit contenu sous chaque espèce, et sous chaque partie de « l'une et l'autre espèce, la séparation étant faite ; qu'il soit aua- - thème (l). » Et voici comme ce concile explique cette partie du dogme catholique : « C'a toujours été la foi de l'Église de Dieu, •< qu'aussitôt après la consécration, le vrai corps et le vrai sang •• de Notre-Seigneur existent, sous les espèces du pain et du vin, « conjointement avec son âme et sa divinité ; savoir, son corps sous.< « l'espèce du pain, et son sang sous l'espèce du vin, par la force des « paroles : mais le corps sous l'espèce du vin, et le sang sous l'es- « pèce du pain, et l'ame sous l'une et l'autre espèce, en vertu de « cette liaison naturelle et concomitante par laquelle les diffé- « rentes parties de Notre-Seigneur Jésus Christ, qui est ressuscité « d'entre les morts pour ce plus mounr, sont unies entre elles et « la divinité, à cause de son admirable union hypostatique avec le « corps et l'âme. C'est pourquoi il est très-vrai de dire que l'une « et l'autre espèce contient autant que les deux ensemble : car « Jésus-Christ est tout entier sous l'espèce du pain et sous chaque «. partie de cette espèce, et tout entier sous l'espèce du vin et sous < chaque partie de cette même espèce (2). » Aussi, comme le dit

(1) si quis negaverit, in venerabili sacraniento eucliaristiae siib unaquaque specie, etsub siiiguiis cujusquespeciei partibus, separatioiie facta, totura Cbristum contineii; anatlienia sit. Sess. xiu, can. m — Voyez aussi le décret d'Eugène IV pour les arméniens. — (2) Sempcr liaec fides in Etclesia Dei fuit, statim post consecrationem, \erum Uomiiii nostri corpus, verumque l'jussanguinem sub panis et vini specie uca cuni i|>siiis anima et divinilate existere; sed corpus quidem sul, specie panis, et saufiuiiiem sub vini specie, ex vi verborum : i|)Gunn autem corp^as sub s|it'cie vini, et SHiignin lu sub specie pnnis, aiiirnamqnesub utraque, vi naluralis iilius cunuexionis et cuncouiilantiae, qiia |)artes Cbristi Dumiiii, quijani ex niurtuis resurrexit iiou amplius luoriturus, intcr se copuianlur; divinitatem poiio propteradniiiabilrin illani ejns ciîrti corpore et anima bypostalicam unionem. Quapropter verissiuiinn est. tiinliiuideui siibaîlerutra

504 DE L'EUCHABISTIE.

l'Apôtre , « quiconque mangera ce pain ou boira ce calice indigne- " ment, sera coupable du corps et du sang de Jésus-Christ (l). » On voit par cette particule ou, dont s'est servi saint Paul, que, pour être coupable et du corps et du sang de Notre-Seigneur, il suffit de communier, ou sous l'espèce du pain, ou sous l'espèce du vin; ce qui suppose évidemment que le corps et le sang de Jésus-Christ sont contenus sous chaque espèce.

775. « TVous avons d'ailleurs une preuve de cette vérité dans les i évangélistes. Il n'est pas à croire que Jésus-Christ ait consacré « séparément chacun des morceaux de pain qui devaient être dis- « tribués aux apôtres ; il paraît, au contraire, qu'il consacra, en • prononçant une seule fois les paroles de la forme , tout le pain « qui était nécessaire, et qu'il le distribua ensuite à chacun. C'est " ce qui eut lieu pour l'espèce du vin, puisqu'il dit lui-même : Pre- « nei, et partagez entre vous (2). Ainsi donc, lorsque les espèces « du pain et du vin sont divisées, chaque partie, pourvu qu'elle « soit naturellement sensible, contient encore le corps et le sang dû « Jésus-Christ. Néanmoins, quoique cette vérité soit incontestable, « il était très -convenable de faire séparément les deux consécra- « tions. D'abord cela exprime mieux la passion de Notre-Seigneur, « dans laquelle le sang fut séparé du corps; et c'est pour cela que « dans la consécration on fait mention de l'effusion du sang. De « plus , comme ce sacrement devait être la nourriture de notre « âme, il convenait qu'il fût établi sous la forme de nourriture et « de breuvage , puisque ces deux choses complètent l'aliment du « corps (3). "

ARTICLE VI

Jésus-Christ est-il présent dans l'eucharistie d'une manière permanente?

776. A la différence des autres sacrements, qui passent avec l'action qui les produit, l'eucharistie est un sacrement permanent ; il subsiste jusqu'à ce que les espèces soient consommées, ou essentie lement altérées, ou divisées au point de ne pouvoir plus naturelle ment être distinguées de toute autre chose. Il est de foi que Jésus

specie atqne sub ulraque contineri. Totus enim et integer Cliristus sub pa .. specie, et sub quavis ipsius speciei parte, toliis ileiii sub vini specie, et sub ejii', partibus existit. Ibidem, ch. m. — (1) Itaque qiiicuoique manducaverlt panem hune, vel biberit caiicem Doniini indigne, reus erit corporis et sanguinis Dorniiii. /■■• épitre aux Corinthiens, c. xi, v. 27. — (2) Catéchisme du concile de Trente, iur l'Eucharistie. — (3) Catéchisme du concile de Trente, ibidem.

DE l'kiicuahistie. 505

Christ est présent clans l'eucharistie, même après la consécration, et qu'il est présent, non-seulement pendant qu'on le reçoit, mais encore avant et après la cérémonie de la communion, dans toutes les hosties consacrées que l'Église a coutume de réserver. « Si « quelqu'un dit que , la consécration achevée , le corps et le sang « de Notre-Seigneur Jésus-Christ n'est pas dans l'admirable sacre* « ment de l'eucharistie, mais qu'il y est seulement dans l'usage, « pendant qu'on le reçoit , et non auparavant ou après , et que le « vrai corps du Seigneur ne demeure pas dans les hosties ou par- « celles consacrées qu'on réserve après la communion ; qu'il soit « anatbème. » Ainsi s'exprime le concile de Trente (1), condamnant l'erreur des luthériens, qui prétendent, les uns, que Jésus- Christ n'est présent dans l'eucharistie qu'au moment qu'on le reçoit ; les autres , qu'il n'y est présent que durant la célébration de la cène.

777. « Les autres sacrements n'ont le pouvoir de sanctifier que « quand on les reçoit; mais l'auteur même de la sainteté est dans « l'eucharistie avant qu'on reçoive ce sacrement. Car les apôtres « n'avaient pas encore reçu l'eucharistie des mains de leur maître, « que déjà il affirmait avec toute vérité que ce qu'il leur donnait « était son corps (2). » En effet, Notre-Seigneur a dit positivement, Ceci est mon corps, avant que les apôtres le mangeassent, et Ceci est mon sang, avant qu'ils le bussent. Il y avait donc corps et sang dans la cène avant l'usage qu'en ont fait les disciples de Jésus-Christ. Telle a toujours été d'ailleurs la croyance de l'Église universelle, comme on peut en juger par l'usage où elle est de porter la sainte eucharistie à ceux qui n€ peuvent assister à la célébration des saints mystères : pratique générale, elle s'observe en Orient comme en Occident; pratique ancienne, elle est recommandée par les conciles, et en particulier par le concile de Nicée de l'an 325 ; pratique apostolique, il en est fait mention dans saint Basile (3), dans saint Denys d'Alexandrie (4), dans Tertul-

(1) si qiiis dixerit, peracta consecratione, in adnùrabili eucharistifie sacra, nieiito non esse corpus et sangiiiiiein Domini iiosti i Jesu Cliristi, sed lantiim in nsii, dnm suniitiii, non anteni ante vel post, et in hostiis seu particnlis consecratis, qiiae post comniniiioiieni leseivantur, vel siipersunt, non lenianere vennn corpus Domini; aiiathenia sit. Sess. xiii, can. iv. — (2) Kfli(iua sacranienla tune primuni sanctiticandi vint liabent, cum quis iiiis ulitur; at in eiicliaristia ipse sanclilatis aiitor ante usuui est. Noiiduui enim eucliaristiam de manu Domini apostoli susceperaut, cum vere tamen ipse alfirniaret corpus snuni esse qnod praebebat. Ibidem, ch. m. — (.*) Li-ltrc cci.xxxix. — (4) Eusèl)e, ffist. eccL, liv.w, etc

506 DE l'eucharistie.

lien (l). « La coutume de conserver dans un vase sacré la sainte K eucharistie est si ancienne , qu elle était connue dès le temps du « concile de ^'icée. Et pour ce qui est de porter la sainte eucharis- « tie aux malades , outre que c'est une chose tout à fait conlorme « à la raison et à l'équité, c'est un usage qui doit être soigneuse- « ment conservé dans l'Église , étant fondé sur les ordonnances de « plusieurs conciles, et sur la pratique observée de tout temps. C'est t pourquoi le saint concile ordonne qu'on retienne cette coutume « salutaire et nécessaire (2). Si donc quelqu'un dit qu'il n'est pas « permis de conserver la sainte eucharistie dans un vase sacré, a mais qu'aussitôt après la consécration il faut nécessairement la a distribuer aux assistants, ou qu'il n'est pas permis de la porter • avec honneur et respect aux malades; qu'il soit anathème (3). »

ARTICLE VII

Jésus-Christ doit-il être adoré dans l'eucharistie ?

778. Il est de foi que Jésus-Christ doit être adoré d'un culte de latrie dans le sacrement de l'eucharistie : c'est une conséquence immédiate et rigoureuse du dogme de la présence réelle. Aussi vénère-t-on le saint sacrement par une fête solennelle et particulière, où il est porté avec pompe en procession. « Si quelqu'un dit que , « dans le saint sacrement de l'eucharistie, Jésus-Christ, Fils unique « de Dieu, ne doit pas être adoré d'un culte de latrie, même exté- « rieur, et que, par conséquent, il ne faut pas le vénérer en l'ho- « norant d'une fête particulière et solennelle, ni le porter avec « pompe aux processions, selon la coutume et le rit louable et uni- « versel de la sainte Église, ou qu'il ne faut pas l'exposer en public « pour être adoré pai* !e peuple, ou que ses adorateurs sont idolào très; qu'il soit anathème (4). Ainsi donc il ne reste aucun lieu

(1) Liv. u, ad uxoreni, c. v. — (2) Consuetudo asservandi in sacrario sanctam eucliaristiam adeo antiqua est, ut eam saecnlum etiam Nicaeni concilii agiioverit. Porro deferri ipsam sacram eur.hatistiam ad iufirmos, et hune usum diligeiiter in Ecclesiis conservari, praeterquain quod cum summa aiquitate et ratione conjunctum est, tum uiultis in cumiliis praecepturn invciiitur, et velustissimo catholicae Ecclesiae more est obser\atuin. Qiiare sancta hapcsyiiodus retlnendiim ouinino saliitarem huuc et necessariuni morem statuit. Concile de Trente, sess. xni, ch. vi. — (3) Si quis diNcrit, non licere sacram eucharistiam in sacrario reservari, sed statim post consecrationein adstantib js necessario distribuendam ; aut non licere, ut illa ad infirmes honorilice deferalur; anathema sit. Ibidem, can. vu. — (4) Si quis dixerit, in saucto encharisliae sacramento

DE L EUCHABISTIE 507

« de douter que tous les fidèles , selon la coutume reçue de tout « temps dans l'Église catholique, ne soient obligés d'honorer le • très-saint sacrement du culte de latrie , qui est dû au vrai Dieu. « On ne doit pas moiiis l'adorer pour avoir été institué par Notre- « Seigneu"' Jésus-Christ, comme nourriture spirituelle des fidèles; o car nous y croyons présent le même Dieu, duquel le Père éter- « nel, en l'introduisant dans le monde, a dit : Et que tous les anges « de Dieu l'adorent; le même que les mages, se prosternant à terre, « ont adoré; le même enfin que l'Éciiture témoigne avoir été adoré « par les apôtres en Galilée. Le saint concile déclare de plus que « c'est une coutume très-saintement et très-pieusement introduite « dans l'Église, de destiner tous les ans un certain jour et une fèt^ «< particulière pour rendre honneur à cet auguste et adorable sa « crement avec une vénération et une solennité particulière, et afin « qu'il fût porté en procession avec respect et avec pompe par les « rues et sur les places publiques. Il est bien juste qu'il y ait quel- « ques jours de fête établis , pour que tous les chrétiens puisseiit , « par quelque démonstration particulière , témoigner leur giati- <• tude et leur reconnaissance envers leur rédempteur et leur maî- « tre commun, pour le bienfait ineffable et tout divin par lequel « sont représentés la victoire et le triomphe de sa mort. Il était né- « cessaire aussi que la vérité victorieuse triomphât de cette manière « du mensonge et de l'hérésie, afin qu'à la vue d'un si grand éclat, « et au milieu d'une si grande joie de l'Eglise universelle, ses enne- « mis soient abattus, ou que, touchés de honte et de confusion ils « viennent entin a se reconnaître (l). »

779. Nous le répétons : ce cuite se rapporte directement à Jésus-Christ, Fils de Dieu, cousubstantiel au Père, et Dieu comme le Père. C'est une calomnie de 'a part des protestants et des calvinistes, que de nous reprocher d'adorer du pain. Et comment pourrions-nous adorer le pain, nous qui confessons qu'après la consécration il ne reste plus de pain dans l'eucharistie? Nous n'adorons pas davantage les espèces qui servent a voiler le corps de Jesus- Christ. C'est Jésus-Christ lui-même, Jésus-Christ caché sous les espèces, Jésus-Christ uni à ces symboles, qui reçoit nos adorations, comme un roi revêtu de ses insignes.

Cliristum unigenitiiiii Del Filiiim iiun esse cullii latiiii^, etiaiu exteriio, aJoranduin.... et ejus adoratorcs esse idololatras; anallienia sit. Ibidem, can. vi. — (1) Ibidem, ch. v.

508 DK l'eUCHABISTIE.

De la matière et de la forme du sacrement de V eucharistie.

780. L'eucharistie, comme les autres sacrements, a une matière et une forme qui lui sont propres.

ARTICLE I

De la matière du sacrement de l'eucharistie.

781. Il s'agit de la matière nécessaire pour la consécration; .u, on ne peut consacrer que le pain et ie vin : le pain et le vin forment donc la matière du sacrement de l'eucharistie. « Le troi- « sième sacrement, dit le pape P^ugène IV dans son décret pour les « arméniens, est le sacrement de l'eucharistie, dont la matière est « le pain de froment et le vin de la vigne (i ). » En effet, quand Jésus-Christ institua Teucharistie, il prit du pain et du vin, les bénit, rendit grâces, et les présenta à ses disciples, en disant : Mangez et buvez ; ceci est mon corps , ceci est mon sang. Puis il leur commanda de faire ce qu'il avait fait lui-même : Faites ceci en mémoire de moi. Aussi de tout temps l'Église s'est servie du pain et du vin comme matière nécessaire pour la célébration des saints mystères , et les Pères et les papes et les conciles sont unanimes sur ce point, comme on le voit par les différents passages que nous avons cités dans le chapitre précédent.

782. Le pain que l'Église a toujours employé, à l'exemple de Notre-Seigneur, est le pain naturel, le pain proprement dit, qui est le pain de froment, panis triticeus. On ne peut consacrer le pain fait avec la farine d'avoine^ d'orge ou de blé sarrasin ; la consécration serait nulle. Elle serait encore nulle, ou au moins douteuse, si c'était du pain de seigle (2).

783. Mais il est indifférent, pour la validité de la consécration, de se servir du pain levé ou du pain sans levain, qu'on ap-

^1) Tertium est eucharistiae sacramentum, cujus raateria est panis triticeus, et viiium de vite. Décret pour les arméniens. — (2) Voyez ce qae nous avons dit dans !a Théologie morale, tom n, n° 103, elc.

pelle azyme , car le pain azyme et le pain ordinaire ou fermenté sont l'un et l'autre du pain naturel. Aussi l'Église latine se servant uniquement du pain azyme, et l'Kglise grecque du pain fermenté, le concile de Florence, de 1439, ordonna que chaque Église conserverait son usage ; que les prêtres grecs célébreraient toujours avec le pain fermenté, et les prêtres latins avec le pain azyme. « Nous « décidons que le sacrement s'accomplit en réalité , soit avec le « pain azyme, soit avec le pain fermenté, et que les prêtres doivent « consacrer avec l'un ou l'autre, selon la coutume de l'Église occi- « dentale ou orientale, à laquelle ils appartiennent (i). » Le prêtre qui ne se conformerait pas à ce règlement pécherait, mais il consacrerait validement.

784. La matière du sacrement comprend le pain et le vin proprement dits, vinum de vite; le pain et le vin sont comme deux matières qui cependant ne forment qu'un sacrement. Le prêtre qui n'a pas tout à la fois le pain et le vin ne doit jamais entreprendre de consacrer. La consécration du pain sans celle du vin , ou la consécration du vin sans celle du pain, serait sans doute valable, mais elle serait criminelle, sacrilège; rien ne pourrait l'excuser, pas même l'impossibilité où l'on serait d'administrer autrement le viatique à un mourant.

785. Il est d'ailleurs ordonné par les canons de mettre un peu d'eau naturelle avec le vin dans le calice , de manière à ce qu'il y ait toujours beaucoup moins d'eau que de vin : Vino ante consecroMonem, aaua modicissima admisceri débet , dit le pape Eugène IV. C'a toujours été la pratique de l'Église, pratique qui remonte aux temps apostoliques, comme on le voit par les écrits de saint Justin, de saint Irénée, de saint Cyprien, de saint Ambroise, ainsi que par les règlements des anciens conciles. Aussi, le dernier concile général « avertit les fidèles que l'Église a prescrit aux « prêtres de mêler de l'eau au vin dans le calice, tant parce qu'il « est à croire que Notre-Seigneur Jésus-Christ en a usé de la sorte, « que parce qu'il sortit de son côté de l'eau avec le sang, et que n par le mélange que l'on fait dans le calice on renouvelle la mé- « moire de ce mystère ; outre que par la même on représente en- « core l'union du peuple fidèle avec Jésus-Christ qui en est le chef, K les peuples étant désignés par les eaux, dans l'Apocalypse de saint

(1) Defiiiimus, in azymo sive feimenfato pane triticeo, corpus Clirisfi vera(.iter confici ; saceidotesqne in alterntro ipsiim Domini corpus coiilicere «lebere, unumqiiemque scilicet jiixta su<e Ecclesiaeoccideulalis, sive orieutalis coDsuetudiDeiu lAibbe, tom. xiii, col. 515.

510 DE L'KUCHARFSTIK.

« Jean (l). » Toutefois , l'omission de l'eau dans le calice n'enti'alnerait point la nullité du sacrement.

ARTICLE II

De la forme du sacrement de l'encharistie.

78 f). Tous les théologiens s'accordent à regarder comme essen* tielles à la forme sacramentelle de l'eucharistie, les paroles de Jésus-Christ : Ceci est mon corps, ceci est mon sang ; et on tient communément que le sacrement s'opère par la seule force de ces paroles, sans qu'il soit nécessaire d'ajouter aucune prière ni avant ni après la consécration. « La forme du sacrement de l'eucharistie, « dit le pape Eugène IV, ce sont les paroles du Sauveur, par les- « quelles s'opère ce sacrement; et, par la vertu de ces paroles, la « substance du pain est changée au corps , et la substance du via « au sang de Jésus-Christ (2 . »

787. Or, ces paroles sont celles que nous appelons les paroles de la consécration: Hoc est corpus meum, hic est calix sangidnis mei. Et voilà pourquoi, dans l'Église d'Occident, dès que les paroles du Sauveur sont prononcées, on propose aussitôt l'hostie et le calice, ou le précieux sang, à l'adoration des fidèles. Et en Orient, quand le prêtre a prononcé les mêmes paroles, le peuple tépond Amen; comme s'il disait : Il en est ainsi, c'est la vérité. Et le prêtre avec le diacre adore à trois reprises le saint sacrement (3).

788. Tel est d'ailleurs l'enseignement de TertuUien , de saint Ambroise, de saint Augustin, de saint Césaire d'Arles, et généralement des anciens docteurs, qui attribuent aux paroles mêmes de Jésus- Christ la vertu de changer le pain et le ^^n en son corps et en son sang, sans parler des prières qui précèdent ou suivent la consécration.

789. Toutefois, lorsqu'un prêtre célèbre les saints mystères, il est strictement obligé de prononcer, pour la consécration du pain, les paroles suivantes : « Qui pridie quam pateretur, accepit panem « in sanctas ac venerabiles mauus suas, et elevatis oculis in cœ-

(I) Concile de Trente, sess. x\it, cli. vu — (2) Forma hujus sacramenti siint Terba Salvatoris, quibiis hoc conficit sacramentiim.... Nam ipsorum verborum v'rtute, siibstaiitia panis in corpus Cliristi, et àuljstautia vini in sanguinem con- Tértuntur. Décret pour les arméniens.— (3) Voyez Goar,snr la liturgie de saint Jean Chrysostome.

DB l'eucï'Ahtstib. j»!!

■ lu m, ad te Deum Patrem suunt omnipotentem, tibi grattas as;ens, « benedixit, fregit, deditque discipulis suis, dicens : Accipite et ^ manducate ex hoc ofnnes ,• hoc est enim corpus meum. » Et pour la consécration du vin , les paroles qui suivent : « Simili modo •^ postquam cœnatum est, aecipiens et hune praeclarum calicem in « sanctas ac venerabiles manus suas, item tibi gratias agens, be- « nedixit, deditque discipulis suis, dicens : Accipite et bibite ex eo "■ omnes : hic est enim calix sangninis mei, novi et œterni Tes- « tamenti, rnysterium fidei, qui pro vobis et pro multis effuîidetur « in remissionem peccatorum (1). »

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