TROISIÈME PREUVE
Tirée des paroles de saint Paul toucliant la communion.
708. Après avoir rapporté l'institution de l'eucharistie telle qu'elle est décrite dans saint Mattliieu, saint Marc et saint Luc, l'apùtre saint Paul ajoute : « C'est pourquoi quiconque mangera ce 1 pain ou boira le calice du Seigneur indignement , sera coupable « du corps et du sang du Seigneur. Que l'homme donc s'éprouve « lui-même, et qu'il mange ainsi de ce pain et boive de ce calice; « car celui qui mange ce pain et boit ce calice indignement, mange « et boit sa propre condamnation , ne faisant pas le discernement « qu'il doit du corps du Seigneur (l). » L'apôtre aurait-il pu s'exprimer de la sorte au sujet de la communion indigne, s'il n'eût vu dans l'eucharistie qu'une certaine vertu communiquée par la foi en Jésus-Christ, que le signe ou la figure du corps et du sang de Jésus-Christ? Aurait-il pu dire la même chose de la Pàque des Juifs, de l'agneau pascal, qui était certainement la figure de Jésus- Christ?
(1) Ita quiciimqiie manducaverit panem hune, vel bibeiit calicem Dominiin* digne, leus erit coi poris et sanguinis Domini. — Probet autem seipsum homo : et sic de illo paue edat, et de calice bibat. — Qui eiiim maiidiicat et bibit in* digne, jiidiciiini sibi ntanducatet bibit, non dijudicans corpus Domini. I"épU. aux Corinthiens, c. xi, v. 27, 28 et 29.
460 DB l'eUCHABISTIE.
§ II. Preuve de la présence réelle^ Urée de V enseignement des Pères , des papes et des conciles des neuf premiers siècles de l'Église.
709. Ceux qui nient le dogme de la présence réelle conviennent qu'à partir du neuvième siècle il a été constamment admis dans l'Eglise catholique. La plupart d'entre eux le font même remonter, les uns au sixième, les autres au cinquième, d'autres enfin au quatrième siècle. Il suffira donc de citer les Pères, les papes et les conciles des neuf premiers siècles de l'Église; et c'est ce que nous ferons le plus brièvement possible.
710. Saint Ignace d'Antioche, disciple de saint Pierre, parlant des hérétiques qui niaient la réalité du corps de Notre-Seigneur, s'exprime eu ces termes : « Ils s'éloignent de l'eucharistie et de la « prière, parce qu'ils ne confessent pas que l'eucharistie est la chair « de Jésus-Christ, celle qui a souffert pour nos péchés, et que « le Père dans sa bonté a ressuscitée (2). » On reconnaissait donc dans l'Eglise, du temps de saint Ignace, évêque d'Antioche dès l'an 68, que l'eucharistie contient le corps de Jésus -Christ, le même corps qui a été livré pour nous en rémission de nos péchés.
71t. Saint Justin, mort en 167, après avoir parlé de la consécration du pain et du vin, ajoute : « Cet aliment, nous l'appelons « eucharistie. Il n'est permis à personne d'y participer, s'il ne fait « profession de croire notre doctrine, s'il n'a été purifié etrégé- « néré par le baptême , et s'il ne vit conformément à la loi de Jé- ■» sus-Christ. Au reste , nous ne le prenons pas comme un pain « commun, ni comme un breuvage ordinaire; mais comme par la t< parole de Dieu le Verbe s'est fait chair, et a pris la chair et le « sang pour notre salut, de même nous sommes instruits que cette « nourriture, qui par un changement alimente notre chair et notre « sang, étant sanctifiée par la prière et l'action de grâces du Verbe, « est la chair et le sang de ce même Jésus incarné. Car les apôtres, '< dans les évangiles qu'ils ont écrits eux-mêmes , nous ont appris « que Jésus leur avait commandé de faire ce qu'il avait fait, lors- ■« que , ayant pris du pain et ayant rendu grâces , il dit : Faites
(1) Ab eucharistia et oratioue abstinent, eo quod non confiteantur eucharisliani carnem esse servatoris nostri Jesu Clitisti, qua* pro peccatis nostris passa est, quam Pater sua benignitate suscitavit. Qui ergo contiadicunt huic dono Dei alteicautes moriuntur. Lettre aux fidèles de Smyrne, n" vu.
DE l'euchabistie. 461
« ceci en mémoire de moi: ceci est mon corps; et que de même n ayant pris le calice, il dit : Ceci est mon sang (l). » Vous voyez ici la prière de Jésus-Christ comparée à la parole de Dieu : par celleci le Verbe est incarné ; par la prière de Notre-Seigneur , le pain et le vin sont ou deviennent son corps ou son sang ; ce changement est aussi réel que l'incarnation.
712. Saint Irénée, mort en 202 : « Jésus-Christ ayant pris ce ^ qui de sa nature est du pain, le bénit, et rendit grâces, en disant: « Ceci est mon corps; et de même, ayant pris le calice, il confessa " que c'était son sang ; il enseigna l'oblation nouvelle de son Testa» " ment. L'Église l'a reçue des apôtres, et l'enseigne dans tout l'uni- « vers (2). >: Ailleurs il réfute ainsi certains hérétiques qui niaient que Jésus-Christ fût Fils de Dieu : « Comment donc s'assureront- « ils que ce pain, sur lequel les actions de grâces ont été faites, est « le corps de leur Seigneur et le calice de son sang , s'ils disent « qu'il n'est point Fils du Créateur du monde (3)? » On voit que ce docteur regardait comme une chose certaine et reçue de son temps, mécne par ceux qu'il combattait, que le pain et le vin deviennent, par la consécration, le corps et le sang de Jésus-Christ. Il ajoute : « Comment osent-ils dire que la chair tombe dans la corruption et « ne reprend pas la vie , elle qui est nourrie du corps et du sang « du Seigneur (4j?»
(1) Hoc alimentum apud nos vocatur eucharistia, cujus nemini alii licet esse participi, nisi qui credat vera esse qiise docemus , atque illo ad remissionem peccatorum et regeneratiouem lavacro ablutus fuerit, et ita vivat lit Cliristtis tradidit. Neque enim nt commiinem panem, neque ut communem potum ista sumimus ; sed qnemadmodum per Veibum Dei caro faclus Jésus Cliristus Salvatoi noster, et carnem et sanguinem liabuit nostrae salutis causa ; sic etiam il lam, in qua per precem ipsius Veibi continentem gratiae actae sunt , aiimoniani ex qua sanguis et carnes nostrae per mutationem aluntur, incarnati illius Jesi. et carnem et sanguinem esse edocti sumus. Nam apostoii in commentariis suis, quee vocantur Evangeiia, ita sibi mandasse Jesura tradiderunt : eura scilicet, accepto pane, cum giatias egisset, dixisse : Hoc facile in meam comincmoraiionem ; hoc est corpîis vieum ; et pocu\o similiter accepto, actisque gratiis, dixisse : Hic est sanguis meus, ipsisque solis tiadidisse. Apol. i, n° lxvi. — (2) Eum qui ex creatura panis est, accepit, et gratias egit, ciicens : Hoc est meum corpus. Et calicem similiter, qui est ex ea crealura quaî est secundnm nos, suum sanguinem confessus est, et Novi Testamenti novam docuit oblationem ; ^uam Ecclesia ab apostolis accipiens, in nniverso mundo offert Deo. Liv. iv, ■'ontre les hérésies, c. xvii; alias xxxii. — (3) Qnomodo autem const.ibit eis. mm panem in quo gratiaj acta> sint, corpus esse Domini sui et calicem sanjiiiinis ejus, si non ipsum fabricaloris nnmdi Filium dicant? Jb., c. xvni; alias xxxiv. — (4) Quomodo autem rursus dicunt carnem in corruptionem devenire, et non percipere Titans, quae corpore Domini et sanguinp alitur?... Quemadmoduin
462 DE l'eucharistie.
713. Tertullien, qui écrivait sur la fin du deuxième et au comîHencement do troisième siècle : « Ayant pris du pain, Notre-Sei- « gneur en a fait son corps, illwn corpus suwnfecit, en disant : « Ceci est mon corps (1). La chair est nourrie du corps et du « sang de Jésus-Christ , de sorte que notre âme s'engraisse de la « substance de Dieu même (2). » Ailleurs, parlant de ceux qui s'approchent indignement de l'eucharistie, il compare leur crime à celui des Juifs qui ont porté leurs mains sacrilèges sur le corps de Notre-Seigneur : Semel Judœi Chrisio marnes intulerunt^ isti quotidie corpus ejus lacessunt (s). Eùt-il pu s'exprimer ainsi, s'il n'eût vu dans l'eucharistie qu'un simple signe, une simple figure du corps et du sang de Jésus-Christ?
714. Origène, mort en 253 : « Ne vous attachez point au sang " des animaux; mais apprenez plutôt à connaître le sang du Verbe, « et écoutez ce qu'il dit lui-même : Ceci est mon sang. Celui qui « est imbu des mystères connaît la chair et le sang du Verbe-Dieu. « N'insistons donc point sur les choses connues des initiés, et qui « ne doivent point l'être des étrangers. » Tout en gardant la réserve qu'il mettait à parler des mystères à ceux qui ne les connaissaient pas, 11 dit à Gelse que les pains offerts deviennent -^dx la prière un certain corps sanctifiant : « Après avoir adressé au Créa- « teur de toutes choses nos prières et nos actions de grâces, nous 'i mangeons les pains offerts, faits ou devenus, par l'invocation, « un certain corps qui, par sa sainteté, a la vertu de sanctifier ceux « qui le reçoivent dignement (4). Lorsque vous recevez la sainte « nourriture et ce mets incorruptible, lorsque vous goûtez le pain et « la coupe de vie, vous mangez et vous buvez le corps et le sang « du Seigneur, Alors le Seigneur entre sous votre toit. Vous devez « donc vous humilier, et dire avec le centurion : Seigneur, je ne « suis pas digne que vous entriez dans ma maison (5). »
enim qui est a terra panis, percipiens invocationem Dei, jam non communis panis est, sed eucharistia ex duabiis rébus constans , terrena et cœlesti ; sic et corpora nostra percipientia eiichaiistiam , jam non snut corruptibilia, spem resurrectionis babentia. Ibidem, n" v. — (1) Liv. iv, contre Marcion, c. xl. — (2) Caro corpore et san?iaine Cbristi vescitur, ut et anima de Dec saginetur. De la résurrection de la chair, c. vni. — (3) Liv. de l'Idolâtrie, c, th. — (4) Non haîreas in sanguine carni», sed disce potius sangninem Verbi, et audi ipsum tibi dicentem, quia^ic sanguis meus est, qui pro vobis effnndetur in remissionero peccatorum. Kovit qui mysteriis imbutus est et carnem et sangninem Verbi Dei. Non ergo iminoremnr in his quae et scientibus nota sunt, et ignorantibus patere non possunt. ffomél. ix, sur le Lévitique. — (5) Nos, quirerum omnium conditori placera studemus, cum precibus et graliarum pro beneficiis acceptis ac-
Dl L'EtlCHXTlTSnÈ. *fe3
715. Saint Cyprien, évêque deCarthage, aux approches d'une nouvelle persécution, exhorte les fidèles à se préparer au combat, en songeant qu'ils boivent tous les jours le calice du sang de Jésus-Christ, afin d'être mieux disposés à verser leur sang pour la foi (l). Il blâme ceux qui, après avoir renié Jésus-Christ, s'approchaient du sacrement de l'eucharistie sans avoir fait pénitence. « Ils se précipitent, dit-il , sur le corps de Jésu<-Christ; c'est une « véritable violence exercée sur son corps et sur son sang; et ils " pèchent plus de la bouche et des mains envers Dieu que quand « \\% ont nié le Seigneur (2). Quel délit, s'écrie Firmilien dans « sa lettî-e à saint Cyprien, quel crime dans ceux qui , assez témé - « raires pour usurper la communion avant d'avoir exposé leurs
• péchés et lavé leurs souillures dans le bain de l'Eglise, touchent
• Le corps et le sang du Seigneur! tandis qu'il est écrit : Quicon- « que mangera ce pain ou boira indignement le calice du Sei- « gneur, sera coupable du corps et du sang de Jésus-Christ (3). »
716. Saint Denys, évêque d'Alexandrie, mort vers l'an 269, après avoir dit que, par le mystère ineffable de l'eucharistie, le Seigneur se donne lui-7nême à nous, montre, contre Paul de Samosate, que le sang vivifiant de Notre- Seigneur n'est point corruptible, parce que ce n'est pas le sang d'un homme mortel comme nous, mais le sang très-saint de Jésus , qui est un torrent de délices pour ceux qui ont le bonheur d'y participer (4).
717. Voilà pour les ti'ois premiers siècles. Si nous n'y trouvons pas, surtout pour le premier et le deuxième siècles, un aussi grand nombre de témoignages que dans les siècles suivants, on ne doit pas en être étonné. Cela se conçoit facilement, soit parce que dans le principe il ne pouvait y avoir autant d'écrivains que lorsque
tione oblatos panes edmius, corpus jani per precationcni factos sanctum quoddam et sanctificaiis ntentes eo ciim sano proposito. Liv. viu , contre Celse. — '!) Gravior nunc et ferocior pugna iniminet, ad q«am lide incoi rupta et vii tute robusta parare se debent milites Cliristi, considérantes idcirco se quolidie calicem sanguinis Clirisli bibere, ut possint et ipsi propter Cliristunn sangiiinem fundere Lettre lvih. — Vivenlibus communicatio a nobis danda est, ut quos excitamus et liortamtir ad prœliuni, non inermes et nudos relinquamiis, sed protectione sanguinis et corporis Chiisti muniamus. Lettre lvh. — (2) Vis infertur corpori ejus et sanguini : ît plus inoao in Dominum niauibus atque ox» delinqnunt, quam cum Dominum negaverunt. Liv. de Lai-sis. — (3) Quaie deli'-tum estvel iiloruin qui adniittunfur, vel eoruni qui admiltunt, ut nou i^blutis per Ecclesiaj lavacrum sordibus, nec peccatis expositis, usurpata ti-mereconimiinicatione, conlingant corpus et sanguinem Domini? Lettre de Firmilien, qui est la Lxxxv*" parmi celles de saint Cyprien. — (4) Voyez la lettre de saint Denys, ùàxié lu colleclion du P. Labbe, tom. i, col. 866.
464 DB l'euchabtstie.
ie christianisme a été répandu et généralement admis dans les différentes parties du monde ; soit parce que ceux qui pouvaient écrire en ont souvent été empêchés par la persécution ; soit parce que tous les écrits des anciens auteurs ecclésiastiques ne sont pas parvenus jusqu'à nous; soit enfin parce .^ue les premiers chrétiens ne parlaient des saints mystères qu'avec la plus grande circonspection, étant retenus par la loi du secret, qui, hors le cas de nécessité , ne leur permettait pas d'en parler à ceux qui n'y étaient point initiés. Mais, malgré la réserve qui leur était imposée, ceux qui ont parlé de l'eucharistie en ont assez dit pour nous convaincre que, dans la primitive Église, on croyait au dogme de la présence réelle; il ne se trouve dans leurs écrits aucun passage où l'on ait expliqué les paroles du Seigneur, Ceci est mon corps, dans un sens figuré ; aucun endroit où l'on ait prévenu les fidèles qu'en recevant l'eucharistie on ne recevait qu'un symbole, qu'un signe, qu'une figure du corps et du sang de Jésus-Christ. D'ailleurs, comme nous l'avons prouvé en parlant de la tradition (l), la loi du secret sur les mystères de la religion remonte au temps des apôtres; elle s'observait, spécialement pour ce qui regarde l'eucharistie, dans les premiers siècles. La raison de cette discipline était de ménager la faiblesse des Juifs et des païens, et de ne point exposer les dogmes de la leligioii aux railleries de ceux qui, n'ayant pas la foi, n'étaient point capables de les entendre. Or, nous le demandons , a quoi bon ces ménagements de la part de l'Église, si elle eût pensé comme Zwlngle et Calvin, si elle n'eût rien mi de mystérieux dans la consécration , si le pain et le vin eucharistique n'eussent été pour elle que de simples figures du corps et du sang de Jésus-Christ? Un symbole sans la réalité, un simple rit n'aurait pu ni blesser ni éloigner les infidèles du christianisme , puisqu'ils avaient eux-mêmes des symboles et des rites qui faisaient partie de leur culte. Enfin , au rapport de saint Justin, de TertuUien, d'Athénagore et de Minutius Félix , les païens accusaient les chrétiens des premiers siècles de tuer un enfant dans leur assemblée, et de le manger après l'avoir enveloppé de faiine. Or, cette accusation fait évidemment allusion au dogme de la présence réelle, dont les gentils n'avaient qu'une notion confuse; elle suppose que ce dogme était reçu dans l'Église dès le commencement du christianisme. Et que firent les chrétiens pour se disculper du crime qu'on leur imputait? Ils répétèrent constamment,
(1) Voyez le tuiii. i, u" 388, etc.
DE LEUCHARÎSTIB. 465
nême au milieu des supplices, que c'était une calomnie; qu'ils avaient Dieu p'^ur témoin de leurs actions, sans se permettre l'expliquer le mystère de l'eucharistie. Cependant cette conduite De serait-ell'". pas inexplicable dans le système des calvinistes? Un mot eût suffi pour confondre la calomnie, pour désarmer les ennemis de la foi : il suftisait de dire que, dans l'eucharistie, il ne s'agissait point d'une manducation réelle, mais d'une manducation toute spirituelle et symbolique; que le pain et le vin qui se distribuaient dans les assemblées des chrétiens n'étaient que des figures qui leur rappelaient le corps et le sang de leur maître, que des images de celui dont ils suivaient la doctrine. Ils ne l'ont pas fait: donc ils croyaient à la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ dans l'eucharistie. Aussi les auteurs du quatrième siècle et des siècles suivants ne parlent-ils de la présence réelle que comme d'un dogme reçu dans l'Éghss de leur temps, d'un dogme qu'ils tenaient de leurs pères.
718. Les Pères du concile de Nicée, de l'an 325, au nombre de trois cent dix-huit, défendent aux diacres d'administrer aux prêtres le corps de Jésus- Christ (l).
719. Suivant Eusèbe de Césarée , « Dieu consacre par le Saint- « Esprit les dons qui sont offerts : et le pain est fait le précieux « corps de Notre-Seigneur, et le vin son précieux sang (2). »Uu autre évéque du quatrième siècle, nommé Macaire ou Macarius Magnés, dit, en termes exprès, que « l'eucharistie n'est point la « figure du corps et du sang , mais plutôt le corps et le sang de Jé- « sus-Christ (3). »
720. Saint Hilaire, évèque de Poitiers, mort en 367 : ■< Atta- « chons-nous à ce qui est écrit , si nous voulons accomplir les de- « voirs d'une foi parfaite. Car il y a de la folie et de l'iniquité à « dire ce que nous disons de la vérité réelle de Jésus-Christ en nous, « à moins que lui-même ne nous l'ait appris. C'est lui qui nous « dit : Ma chair est vraiment une nourriture , et mon sang est « vraiment un breuvage; celui qui mange ma chair et boit mon
(I) Nec canon, neqne consuetndo tiadidiî, ut qui offerendi polestiitem non liubent, lis qui o{{trm\\.,<\pn\, corpus Christl. Cdu. xvni. Labbc.lom. ii, col. 38. — (9.) Pei- Spiiilum Sanctum proposita doua consecrat : ac panis qnideni pretiosum corpus Domini eflicitiu-, pocuium aufem piefiosus Doniiuisauguis. Dans saint Jean Damascène, Sacra paral.ela , til. xxix. — (3) Eucharistia non est flf^ura corporis et sanguinis, ut quidam stupida meute uugati sunt ; sed potiui-, corpus et sauguis. Voyez doin Ceillier, Histoire des auteurs eccl. , loin, iv, pag. 182.
466 DE l'euchaktstïe.
« sang demeure en moi, et moi en lui. Ti ne laisse aucun lieu de « douter de la vérité de sa chair et de son sang, puisque la dé- « claration du Seigneur et notre foi portent que c'est vraiment de « la chair et du sang, et que ces choses étant prises font que «nous sommes en Jésus- Christ, et que Jésus- Christ est en « nous(l). »
72t. Saint Optât, évêque de Milève, mort vers l'an 370, reproche aux donatistes leurs attentats en ces termes : « Est-il sacri- « lége pareil à celui de briser et de renverser les autels de Dieu, sur '< lesquels vous avez vous-mêmes sacrifié autrefois ? Ces autels, où ■■<■ les membres de Jésus- Christ ont été déposés; ces autels, où « tant de fidèles ont reçu le gage de la vie éternelle, le bouclier de « la foi et l'espoir de la résurrection? Car qu'est-ce que l'autel, « sinon le siège et du corps et du sang de Jésus-Christ (2)? Que « vous a donc fait le Christ, dont le corps et le sang ont habité '< sur ces autels '3)? Et, pour aggraver encore cet exécrable for- « fait, vous avez brisé les calices qui contenaient le sang de Jesus- « Christ. 0 crime abominable ! ô scélératesse inouïe (4) ! Vous « avez imité les Juifs : ils percèrent le corps du Sauveur sur la ^ croix; et vous, vous l'avez frappé sur l'autel (5). » Évidemment, an calviniste n'aurait pas tenu ce langage.
722. Saint Cyrille de Jérusalem, mort en 386, instruisant les néophytes , s'exprime en ces termes : « La doctrine du bienheu- « reux Paul suffit , elle seule , pour vous rendre des témoignages
(1) Quae scripta sunt legamus, et qiiae legerimus intelligamus ; ettum perfectae fidei officio fiingemar. De naturali enini in nobis Cliristi veritate, quae dicimus, nisi ab eo didicimus, stulte atqiie impie dicimns Ipse enim ait: Caro mea vere est esca , et sanguis meus vere est potus : qui edit carnem meam et bibit sanguinem meum , in me manet, et ego in illo. De veritate carnis et sanguinis non reliclus est ambigendi locus. Nunc eiiim et ipsius Domini professione et fide uostra vere caro est, et vere sanjjuis est : et hœc accepta atque liaiista id efficiunt, ut et nos in Christo, et Christiis in iiobis sit. Liv. vin, de la Trinité, n° xiv — (2) Quid tam sacrilegnm quam aitaria Dei, in quibus et vos aliquando obtulistis, frangere, radere, removere? In quibus et vota populi et niembra Christ! portata sunt.... Unde a niultis et pignus salutis asternae, et tulela lidei, et si)es resurrectionis accepta est.... Quid est enim altare, nisi .sedes et corporis et sanguinis Cliristi? Liv. vi , du Schisjne des donatistes, n" 1. — (3) Quid voa olfenderat Christus, cujus illic per certa momenta corpus et sanguis habitàbat ? Ibidem. — (4) Hoc lamen immane lacinus a vobis geminatum est, dum fregistis etiam calices, Christi sanguinis portatores.... O scelus nefarUim ! o facinus inauditum ! Ibidem, n" ii. — (5) Hoc modo Judaeos estis imitati : illi iujecerunt manus Clirislo in cruce : a vobis percussus est in altari. Ibidem,
DE L EUCHAfilSTIE. 467
certains de la vérité des divins mystères. » Puis, après avoir cité les passages de l'Apôtie sur l'eucharistie, il continue : « Puisque " Jésus-Clirist, en parlant du pain qu'il tenait, a déclaré que c'é- « tait son corps, et puisque, en parlant du vin, il a si positivement « assuré que c'était son sang, qui pourra jamais révoquer en doute « cette vérité? Autrefois, en Cana de Galilée, il changea de l'eau « en vin par sa seule volonté ; et nous estimerons cju'il n'est pas « assez digne pour nous faire croire, sur sa parole, qu'il ait changé « du vin en son sang! Si, ayant été invité à des noces humaines et « terrestres, il y fit ce miracle sans qu'on s'y attendît, ne devons- « nous pas reconnaître encore plutôt qu'il a donné aux enfants de « répoux céleste son corps à manger et son sang à boire, afin que « nous le recevions comme étant indubitablement son corps et son « sang? Car sous V espèce du pain il vous donne son corps, et sous « tespèce du vin il vous donne son sang^ afin qu'étant faits par^. « ticipants de ce corps et de ce sang, vous deveniez un même corps « et un même sang avec lui.... C'est pourquoi je vous conjure, « mes frères, de ne les plus considérer comme un pain commun et « comme un vin commun, puisqu'ils sont le corps et le sang de Jé- « sus- Christ, selon sa parole. Car, encore que les sens nous rap- >^ portent que cela n'est pas, la foi doit vous persuader que cela « est. Ne jugez donc pas de cette vérité par le goût ; mais que la « foi vous fasse croire, avec une entière certitude, que vous avez été « rendus dignes de participer au corps et au sang de Jésus-Christ... K Que votre àme se réjouisse au Seigneur, étant persuadée, comme • d'une chose très- certaine, que ce qui paraît du pain à nos yeux « nest pas du pain, quoique le goût le juge tel, mais que c'est « le corps de Jésus- Christ; et que ce qui paraît du vin à nos « yeux n'est pas du vin , quoique le goût ne le prenne que pour « du vin, mais que c'est le sang de Jésus-Christ (1). >' Ce pas-
(1) Ve! iisec sola heati Paiili institutie abunde stiffîciens est, ut certain vubis de (iivinis my^,leriis (ideiu faciat; qnibiis digni hahiti, concoiporei et consaiif^ues Cliristi faeti estis Ille eiiiin modo clamabat : Quod in ea nocte qtia tradcbalur Dominas noster Jésus Christus , sumpto pane et gratiis acds, /régit el (ledit discipulis, dicens : Accipile, mandma/e ; hoc esi corpus vieum. Et sumpto calice, ac gratiis uctls, dicit : Accipite, bibite ; hic est sangtiis meus. (I. Cor., xr, 2H.) Quiiiii ijiitiir ipse proimntiaverit et dixerit de pane, hoc est corpus meum, qnis aiidehit deinceps ambi^ere? Et quiiin ipse afWveraveril et >li\erit. Hic meus est sunguis, quis iinqiiarii dubitaverit, aiens non esse ejiis Hngiiiiierii? Catéchèse xxii, n° 1. Acpiain olisn in vinmn, unod san^niiii allii»' al, in Cana Galikiew transnnitavit : et euni parni» di<^nnm existimabinins ci«-
edamiis, cum vinuin in sanguinem transniiitavit? Ad uuptias corpurales v
468 DE l'eOCHABI;;>TIF,.
sage ne demande pas de commentaire : saint Cyrille ne pouvait s'exprimer plus clairement dans le sens du do^ime catholique.
723. Saint Grégoire, évéque de Nysse en 372 : « Je crois avec « raison que le pain sanctifié par la parole de Dieu est changé au « corps du Verbe-Dieu. Car ce pain est sanctifié, comme ledit l'a t pôtre, par la parole de Dieu et la prière, non pas de telle sorte « qu'il devienne le corps du Verbe tandis qu'on le mange ; mais il « est changé dans i'instant par la parole au corps de Jésus-Christ, « ainsi qu'il l'a dit lui-même : Ceci est mon corps. » Il termine cet article en disant que « c'est par la vertu de la bénédiction que la '< nature des choses apparentes est changée (transélémenlée) au « corps de Jésus-Christ ''l). »
724. Saint Ambroise, évéque de Milan en 374, parlant aux néophytes : « Considérez , je vous \'\'ie , 6 vous qui devez bientôt « participer aux saints mystères , quel est le plus excellent , ou de « cette nourriture que Dieu donnait aux Israélites dans le désert, « appelé le pain des anges, ou de la chair de Jésus- Christ, laquelle « est le corps même de celui qui est la vie; de la manne qui tom- « bait du ciel , ou de celle qui est au-dessus du ciel?... L'eau coula
catus stupendura hoc niiraculum effecit! Et non eum miilto magis filiis tha- }ami nuptiaUs corptis suiim et sanguinem Iruenda donasse confitebimur? /6i- >,em, n" 1 1. Quare ciim omni persiiasione tanqiiam corpus et sanguinem Christi ,111a) sumainus. Nain in figura panis datur tibi corpus, et in figura viui datur tibi sanguis; ut quuni sumpseris corpus et sanguinem Christi, concorporeus et consanguis ipsi ei'iiciaris. Sic etenim christiferi elTicimur, distributo in niembra nostra corpore ejus et sanguine. Sic juxta beaturn Petruin divinœ finius consortes naturae. (II. Pet. i, 4.) Ibidem, n° ni. Quamobrem ne tanquani nudis (et commnnibus elementis; pani et vino adtende. Sunt enim corpus et sanguis Christi, secundum Domini asseverationem. Nam etiamsi ilhid tibi suggérât sensus, lidestanien te certum et firmuni efliciat. Ke judices rem ex gustu ; sed ex fide citra ullam dubitationem certus este te corporis et sanguinis Ciiristi donc dignatum fuisse. Ibidem, n° vi. Isthsec edoctus, et certissima imbatus fide quo.1 qui videtur panis, panis non est, taraetsi gustu sousibiiis sit, sed corpus Christi; et quod videtur vinum, vinum non est, etiamsi ita^ustui videatur, sed sanguis Cliristi. Ibidem, n° ix. — (1) Recte ergo nunc quoque Dei verbo .sanclificatiim panem in Dei Verbi corpus credo transmntari. Etenim panis erat potestate illud corpus : fuit autem sanctificatus habitatione Verbi, quod tanquam in tabernaculo habitavit in carne. Igitur unde in iilo corpore transmutatus panis transit in divinam viitutem, per idem nunc fit siniihter. Nam et illic, verbi gratia, sanctiim fecit corpus, cui ex pane erat substantia, et quodammodo ipsum quoque erat panis . et liic similiter panis, sicut dicit apostohis, sanctificatur per Verbiiin Dei et orationeni, non co (|uidem quod cibo medianle in Verbi corpus évadât, sed quod statim per Verbuni in cor[iiis transmutetur, sicut dictum est a. \ er\)o : Hoc est corpus 7ncum... virtute benediclionis, in illud transelemen tata eoruiK quai apparent natura. Dtscorirs calcdiélique, c x:;xva.
DE l'eiicharistie. 4G9
« d'une voche en faveur des Juifs; mais, pour vous, le sang coule
« de Jésus- Christ même Aussi cette nourriture et ce breuvage
« de l'ancienne loi n'étaient que des figures et des ombres; mais « cette nourriture et ce breuvage dont nous parlons est la vérité. '< Que si ce que vous admirez n'était qu'une ombre, combien <- grande doit être la chose dont l'ombre seule vous parait si admi- « rable I Or la lumière est plus excellente que l'ombre, la vérité « que la figure, et le corps du Créateur du ciel que la manne qui « tombait du ciel. Mais vous me direz peut-être : Comment m'as- « surez-vous que c'est le corps de Jésus-Christ que je reçois, « puisque je vois autre chose? C'est ce qui nous reste ici à prou- « ver. Or nous trouvons une infinité d'exemples pour montrer que « ce que l'on reçoit à l'autel n'est point ce qui a été formé par la « nature, mais ce qui a été consacré par la bénédiction; et que « cette bénédiction est plus puissante que la nature, puisqu'elle « change la nature même. Moyse tenait un bâton a la main; il le « jeta à terre , et il devint un serpent ; puis ayant pris la queue du « serpent, le bâton reprit aussi sa première forme et sa première na- •< ture.... Que si la simple bénédiction d'un homme a eu assez de « force pour transformer la nature, que dirons-nous de la propre « consécration divine, dans laquelle les paroles mêmes du Sauveur « opèrent tout ce qui s'y fait? Car ce sacrement que vous recevez « est formé par les paroles de Jésus-Christ. Que si la parole d'Élie « a pu faire descendre le feu du ciel , la parole de Jésus-Christ ne « pourra-t-elle pas changer la nature des choses créées? Vous avez « lu, dans l'histoire de la création du monde, que, Dieu ayant parlé, « toutes les choses ont été faites, et qu'ayant commandé, elles ont « été créées. Si donc la parole de Jésus-Christ a pu de rien faire « ce qui n'était pas encore, ne pourra-t-elle pas changer en (Tau- « ires natures celles qui existent déjà , puisqu'on ne saurait nier '< qu'il est plus difficile de donner l'être aux choses qui ne l'ont « pas, que de changer la nature de celles qui l'ont reçu ? Mais « pourquoi nous servons-nous de raisons? Servons-nous des exem- « pies que Dieu nous fournit, et établissons la vérité du mystère « de l'eucharistie par l'exemple de l'incarnation du Sauveur. La « naissance que Jésus-Christ a prise de Marie a-t-elle suivi le cours « ordinaire de la nature? Il est hors de doute que cet ordre n'y a « pas été observé, puisque l'homme n'a eu aucune part à cette nais- « sance. Il est donc manifeste que c'a été contre l'ordre de la na- « ture qu'une vierge est devenue mère. Or ce corps que nous (( produisons dans ce sacrement est le même corps qui est né de
470 DR L F.OCHARISTIE.
« la Vierge Marie. Pourquoi cherchez-vous l'ordre de la nature « dans la production du corps de Jésus-Christ dans le sacrement, « puisque c'est aussi contre l'ordre de la nature que ce même Sei- « gneur est né d'une vierge? C'est la véritable chair de Jésus- « Christ qui a été cruciliée et qui a été ensevelie. C'est donc ici , ■< selon la vérité , le sacrement de sa chair. Jésus-Christ dit lui- « même : Ceci est mon corps. Avant la consécration qui se fait « avec les paroles célestes, on donne à cela un autre nom; mais, '<■ après la consécration, cela est nommé le corps de Jésus-Christ. « Il dit aussi : Ceci est mon sang. Avant la consécration, ce qui « est dans le calice s'appelle autrement, et après la consécration << on le nomme sang du Christ. Et vous répondez amen quand on « vous le donne, c'est-à-dire, il est vrai. Croyez donc véritableo ment de cœur ce que vous confessez de bouche, et que vos sen- « timents intérieurs soient conformes à vos paroles (1). » Ensuite saint Ambroise recommande aux néophytes de garder le secret sur le grand mystère qu'il vient de leur expliquer. Tout lecteur de bonne foi le reconnaîtra, il n'était pas possible de s'exprimer plus clairement en faveur de la présence réelle et de la transsubstantiation. Le même docteur, ou plutôt un auteur très-ancien, enseigne absolument la même chose dans l'ouvrage intitulé Des sacreil) Liv. fies Mystères, c viu, n° xlviii, etc — forte Hicas : Aliud video, quomodo tu mihi adseris qiiod Christi corpus accipiam? Et hoc nobis adliuc siiperest nt probemiis. Qiiantis igitiir utimiir exemplis. Probemiis non iioc esse qiiod nattira formavit, sed qiiod benedictio consecravit ; majoreniqiie vim essi» benedictionis quam naturae; quia benedictione etiam natnra ipsa mufatur. Virgam tenebat Moyses; projecit eam, et facta est seipens. Rursus preiiendit caiidam serpentis, et in virgae natiiram revertit. Vides igitur propbetica gratia
bis mutatam esse natnrara et serpentis et virgae. Ibidem, c. ix, n°' l et u
Quod si tantum vabiit hiimana benedictio ut natiiram converteret, qj)id dicimiis de ipsa consecratione divina, ubi verba ipsa Domini Saivatoris operantiir ? Nani sacramentum istiid quod accipis, Cbi^isti sermone conficitur. Quod si tantum valuitsermo EHse, ut ignera de cœlo deponeret; non valebit Christi sermo, lit species mntet elementoruna? De totius mundi op^ribiis legisti : Quia ip.se dixit,et facta sunt; ipse viandavit, et creata sunt ; sermo ergo Cliristi qui pcluit exnihilo facere quod non erat, non potest ea qiiae sunt, in id mutare, qiind non erant? Non enim minus est novas rébus dare, qnani mntare naturas. Ibidem, n" ui. — Vera utiqne caro Ciiristi, quae criicifixa est, qnaesepulta est; vere ergo carnis iilius sacramentum est. Ipse clamât Dominus jesus : Hoe est corpus meum. Ante benedictionem verborura cœlestium ;ilia species nominatur, post consecrationem corpus significatur. Ipse dicit sanguinem suiim. Ante cousecrationem aliud dicitur, post consecrationem sanguis nuncupatur. Et tu dicis : Amen, hoc est, venmi est. Quod os ioqiiitur, mens interna fateatur: quod sermo sonat, affeclus sentiat. Ibidem, n"' lui et liv.
ments : « Le pain eucharistique est du pain avant la consécration ; « après, c'est le corps de Jésus-Christ (l). » Nous trouvons aussi le dogme de la présence réelle dans les écrits de saint Jacques de INisibe, de saint Ephrem, de saint Athanase, de saint Grégoire de Nazianze et de saint Epiphane, tous auteurs du quatrième siècle (2).
725. Vient ensuite saint Jean Chrysostome. Voici ce qu'il dit : « Obéissons donc à Dieu en toutes choses ; ne le contredisons pas, « lors même que ce qu'il nous dit paraît répugner à nos idées et à '< nos yeux. Que sa parole soit préférée à nos sens et à nos pen- « sées. Appliquons ce principe aux mystères. Ne regardons pas ce " qui est exposé à nos yeux, mais sa parole ; car elle est infaillible, " et nos sens exposés à l'illusion. Puisque donc le Verbe dit, Ceci « est mon corps, obéissons, croyons, et voyons ce corps avec les « yeux de l'âme; car Jésus-Christ ne nous a rien donné de senti sible ; mais, sous des choses sensibles , il nous en présente qui « ne s'aperçoivent que par l'esprit. Combien n'y en a-t-il pas qui « disent à présent : Je voudrais bien voir sa forme, sa figure, ses « vêtements ? Et voici que vous le voyez , que vous le touchez lui- « même, que vous le mangez lui-même. Vous voudriez voir ses vê- « tements ! mais il se donne a vous lui-même, non-seulement pour « être vu, mais touché, mangé, reçu au dedans de vous... Non < content de se faire homme, de souffrir les ignominies, il a voulu « encore se mêler et s'unir à vous, de sorte que vous deveniez un « même corps avec lui, et non-seulement par la foi, mdàseffec- « tivement et dans la réalité même (3). Celui que les anges ne
(1) Tu forte dicis : Meus panis est usitalus. Sed panis iste panis est ante verba sacranientorum : iihi accesserit consecratio, de pane fit caroCliristi. Liv. iv, des Sacrements, c iv, n° xiv. — Jiissit Doiniiius, et lactimi est cœUiiii ; jiissit Doininus, el facta est terra; jiissit Doniiiins, et tacta sunt maria.... Si ergo tanta vis est in sermone Domini Jesu, ut inciperent esse qua* non eraht, quanlu magis operatorius est, ut sint qiiae erant, et in aliud conunuteiitur.* Cd'iiim non erat, mare non erat, terra non erat; sed audi dicentem David : Ipsedixit, et facta sunt; ipse mandavit, et creatasunt- Ergo tib ni respondeani, non erat corpus Christi ante cousecrationem ; sed post consecrationem dico tibi cjuia jani corpu.s est Christi. Ipse dixit, et iactum est. Ibidem , n" xv et xvi. — (2) Voyez la Discussion amicale de M. de Trevern sur la Reforme, lettre x". — (3; Quoniain vero ille dixit. Hoc est corpus meum, obti-mperemus , credauius, et spiritualibus oculisïpsum respiciamus. Kiliil eiiim sensibile nobis Ciiristus dédit; sed rébus etiam sensibilibus omnia sunt spiritualia.... Quot smit qui modo dicunt: Veliem ejiis formam, typuui, vestimenta, calceanicnta videre? Kcce illum vides, ipsumtangis, ipsum coniedis. lit tu quiib-m vestimenta videre eupis ; ipse vero (;eipsum tibi/Jat, non vidcuilum modo, sed taii;:oii(liun, comedendum, intus ac-
472 DE l'euchabistie.
< voient qu'en tremblant, à cause de l'éclat qui jaillit de sa per- « sonne, nous nourrit de sa substance ; nous mêlons la nôtre à la «sienne, et nous devenons avec lui un même corps, une même « chair. Qui racontera les merveilles du Seigneur? Qui fera digiieu ment entendre ses louanges? Quel pasteur a jamais nourri ses « brebis de son propre corps ? Et que parlé-je du pasteur ? Les s mères elles-mêmes livrent quelquefois leurs enfants à des nour- « rices étrangères. Mais il ne souffre point que les siens soient trai- « tés ainsi ; il les nourrit lui-même de son propre sang, et se les « attache entièrement... Jésus- Christ, qui autrefois opéra ces merci veilles dans la cène qu'il fit avec ses apôtres, est le même qui les « opère aujourd'hui. Nous sommes ici ses ministres; mais cest lui « qui sanctifie les choses offertes, et les change en son corps et en « son sang (i). >'
726. Saint Gaudence, évêque de Brescia et contemporain de saint Jean Chrysostome : « Cest là véritablement la chair de « lagneau , c'est là le sang de Tagneau. Car c'est ce même pain « vivant descendu du ciel qui a dit : Le pain que je donnerai est « ma propre chair. Son sang est aussi fort bien représenté sous « V espèce du vin , puisqu'en disant dans l'Évangile , Je suis la vraie « vigne^ il témoigne assez que le vin qu'on offre dans l'Eglise, en « figure et en mémoire de sa passion, est son propre sang... C'est «ce même Seigneur et souverain créateur de toutes choses qui, " de la terre ayant formé du pain , forme de nouveau de ce même n pain son propre corps , parce qu'il peut le faire, et qu'il l'a pro- « mis; et c'est lui-même qui , ayant autrefois changé l'eau en vin, « change maintenant le vin en son propre sang... Vous ne devez « pas concevoir ce sacrement comme une chose commune et ter- « restre , mais plutôt vous devez croire avec fermeté que, par le '■ feu du Saint-Esprit, ce sacrement est en effet devenu ce que le « Seigneur assure qu'il est. Car ce que vous recevez est le corps
cipiendiim.... Keqne etiim satis habiiit hominem fieri, alapis caedi, iuimolari, sed seipsumcommiscet Dobiscum, non fide tantum, sed reipsa nos corpus siinm constituit. Homélie lxxxii, alias lxxxiii, sur saint Matthieu. — (l) Qiiod aiigeli {remunt \identes, uec sine metu respicere audent ob fiilgorem iiide inanar.tem, eo !**>*■ aliinnr; liiiic coinmiscemur, Tactique sumiis Christ! uiiiim corpus et unav.rfro. Quis loquetur potentias Bomini? Auditas faciet omnos laudes ejus ? Quis paslor propiiis sibi niembris ove? uutrit? Et (|uid pastorem Jico? Mdtres saepe suntquœ post partum infantes aiiis nutriciljus dant : ipse ?ero id non passas est, sed nos propi io sanguine nutrit, et per oninia sibi copulat. Ibidem. — Voyez aussi l'homélie xxiv sur la ï" épîtro aux Corinthiens, et l'iio- Hjélk Lx, au peuple d'Antiocbe. ,
DE l'eucharistie. 4 73
« de celui qui est le pain vivant et céleste, et le sang de celui qui « est la vigne sacrée. Nous savons que, lorsqu'il présenta à ses « disciples le pain et le vin consacrés , il leur dit : Ceci est mon « corps, ceci est mon sang. Croyons donc, je vous prie, à celui « à qui nous 'wons déjà cru. La vérité est incapable de men- « songe (1). »
727. Saint Jérôme, mort en 420 : « Il y a autant de différence « entre les pains de proposition et le corps de Jésus-Christ, qu'entre « l'ombre et la lumière, l'image et la vérité, les figures des choses « à venir et ce qui était représenté par ces figures (2). Comprenons « que le pain que rompit le Seigneur, et qu'il donna à ses disciples, " est le corps de notre Sauveur, puisqu'il dit lui-même : Ceci est « mon corps. Moyse ne donna pas le pain véritable , mais bien le <- Seigneur Jésus assis au festin et étant le festin lui-même , lui- « même étant mangé et mangeant (8). A Dieu ne plaise que je dise « quelque chose au désavantage de ceux qui, succédant aux apôtres, «forment le corps de Jésus-Christ par leur bouche sacrée (4)! »
728. Saint Augustin, mort en 430 : « Nous recevons avec un « cœur et une bouche fidèle le médiateur de Dieu et des hommes, « Jésus-Christ (Dieu et) homme, qui nous donne son corps à man- « ger et son sang à boire, quoiqu'il semble plus horrible de man- « ger de la chair d'un homme que de le tuer, et de boire du sang
(l) Haecagni caro, liic sanguis est. Panisenim qui de cœlo descendit, ait : Panis quem ego dabo, caro mea est pro sceculi vita. Recle etiam vini specie sanguis ejits exprimitur, quia cuni ipse in Evangello dicit. Ego sum vitis vera, satis déclarât sangiiinem suum esse onine vinum quod in figura passionis ejus off«'rtur.... Ipse igitur natnrarnni creator, et Dominns, qui prodncit, déterra paneni, de pane rursus, quia et potest et pronoisit, efticit proprium corpus ; et qui du aqua vinum fecit, lacit et de vinosanguinem suum...lNeqne in olla cordis carnei ipsuni decoquas sacramentum, commune iilud et terrenum esse existimans; sed ut per ignem divini Spiritus id etïectum quod annuntiatum est, credas : quia quod accipis, corpus estillius panis cœlestis, et sanguis estilliussacrae vitis. Nani cum panem consecratum et vinum discipulis suis porrigeret, sic ait : Hoc est corpus meum: hic est sanguis meus. Credamus, quaeso, cui credidimus. Sermon IP aux néophytes. — (2) Tanlum inlere-st propositionis panes et corpus Ciiristi, quantiiîii inter uinbram et corpora, inler imaginem et veritatem, inter exemplaria futurorum , et ea ipsa quœ per e\emplaria pra^riguralianlur.
Comment, sur le I" ch. de l'épilre à Tite (3) No.s anteni audianuis panem
quem frt-^it Uominus deditque discipulis suis, esse corpus Domini Salvatoris, ipso dicente ad eos : Accipile et comedite, hoc est corpus meum... Nec Moyses dédit noiVis panem verum, sed Douiinus Jésus, ipse conviva et couvivium, ipse comedens, et qui comeditur. Lettre à hédibia. — (4) Absitut de liis quidquam sinistrum loquar, qui a|)Ostolico gradui succedentes Christi coi [uis sacro ore couficiunt. Lettre à Uéliodore.
474 I)E I' BUr.HABISTl£.
• humain que de le répandre (l). » Et sur ces paroles du premier livre des Rois, selon la version des Septante, // était parlé dans ses mains : « Mais comment ceci peut-il arriver dans un homme? Et « qui pourrait le concevoir, mes frères? car quel est 1 liomme qui se « porte lui-même dans ses mains? Tout homme peut être porté dans « les mains d'un autre ; dans les siennes propres, personne. Nous « ne voyons point comment cela peut, à la lettre^ s'entendre de Da « vid , mais bien de Jésus-Christ. 11 était porté dans ses propres « mains, lorsque, recommandant son propre corps, il dit : Ceci est « mon corps; car alors il portait son corps dans ses mains (2 ). » Il est certainement impossible à tout homme de faire ce que fit alors Jésus-Christ. Or cependant tout homme peut se porter luimême en figure ou en représentation : ce n'est donc pas dans le sens figuré que saint Augustin l'entendait de Notre-Seigneur. Revenant sur le même sujet, comme s'il eût prévu l'objection des calvinistes et des incrédules , il ajoute : « Comment était-il porté « dans ses mains, lorsqu'il donna son propre corps et son sang? « Il prit en main ce que savent les fidèles; et il se portait en quel- « que façon, en disant: Ceci est mon corps (3). » Par ces mots, en quelque façon , il a voulu écarter l'idée d'un corps porté à la manière ordinaire, et déterminer le sens vague du mot porter a cette manière particulière qui ne peut convenir qu'au corps de Jésus-Christ, et à l'état incompréhensible où il est dans le sacrement.
729. Saint Cyrille d'Alexandrie, et les Pères du concile tenu dans cette ville en 430, dans la lettre synodale qu'ils écrivirent à Kestorius, portèrent la décision suivante : « INous célébrons un sa- « crifice non sanglant dans l'Église, nous nous approchons des
(1) Mediatorem Dei et iiominum, liominem Christnm Jesum , carnpm siiam nobis mandiicandam bibenduiinine saiigiiincin dantem fideli corde et ore snscipimus, qiiarnvis borribiliiis videattir buinanam carnem nianducare qiiaii» perimere, et biimamiiii saiisuinem potaie qiiam Iniidere. Liv. ii, contre l'adversaire de la loi et des prophètes, n° xxxiii. — (2) Et ferebatnr in manibiis suis. Hoc vero, fratres, quomodo posset lieri in bo^nine, <|iiis intellijiat? Quis eiiim portatur in manibus suis? Muiiibiis aliuruni potest portari liouio, nianibus suis nenio poilatur. Qnomodo inteiligatnr in ipso David secnndum litteiam non invenimus, iiiCbiisto antem inveninius. Ferebatnr enim Cliris us in manibus suis, quando conimendansipsnni corpus snum, ait : Noc est corpus meum. Ferebal eniûi illnii corpus in manibus suis. Sur le psaume xxxm, serai, i, n'' \. — (3) Quomodo ferebatur in inanibns suis, quia conimeiidaret Ipsum corpus suum et sangiiinem suum, accepit in manus suas quod iioriint Krieles, et ipse poitabaf quoilam modo, cum iliceret : Hoc est corpus meum. Ibideui, serm. ii, u" u.
DE L'EUCHABISTIE. 475
« bénédietions mystique?, et nous sommes sanctifiés, en partici- « pant au corps sacré et au précieux sang de Jésus-Clirist , « rédempteur de tous; car nous ne recevons pas sa chair comme «une chair commune, ni comme celle d'un homme sanctifié ou « associé au Verbe par sa dignité, mais comme la chair propre du « Verbe qui s'est fait homme pour notre salut (l). «Cette lettre fut approuvée et adoptée par les Pères du concile général d'Ephèse en 431 (2).
730. Le même docteur enseigne que, quoique nous soyons unis spirituellement à Jésus-Christ par l'infusion de la charité parfaite et par une foi inébranlable, on ne peut, sans aller contre les Ecritures, nier que nous lui soyons unis selon la chair: « Car, ajoute-t-il, « pourquoi l'eulogie mystique entre-t-elle en nous? N'est-ce pas « alin qu'elle fasse habiter co.rporellement Jésus-Christ en nous , "■ par la participation et la communion de sa chair sainte (3) ? Celui^ « dit le Sauveur, qui mange ma chair et boit mon sang, demeure « e?i moi, et moi en lui. Il ne dit pas qu'il sera en lui par un rap- « port d'affection, mais par une participation naturelle. Lorsque « l'on fond ensemble deux morceaux de cire , on eu fait un même « corps; de même, par la participation du corps de Jésus-Christ et « de son sang précieux , il est en nous et nous sommes en lui , « comme si nous ne faisions qu'un. Un être corruptible de sa na- « ture, comme le nôtre, ne peut être vivifié qu'autant qu'il est uni « corporellement au corps de celui qui est la vie par essence, c'est- « à-dire, du Fils de Dieu (4). »
(i) Quin illiiil qiioqiie non possiim hoc loco non adjicere : Nempe, nnigeniti Fiiii Dci, lioc est, Jesu Christi.... incivientum iii Ecclesia sacrificiiim nos celebiare, iitqiie ad mysticasbenetUctioiiesaccedere ptsunctificari ; utpote participes sacrae carnis et prctiosi san^iiinis Ciirisli omnium nostnim Salvatoris ettcctos. Keqiie eiiim iliamiit carnem comniuiieni siiscepimus; absit hoc...; sed laiiqnam vere vivilicam, ipsinsqiie Veibi piopriam.... Qnamvis ergo ad nos dicat : Amen dico vobis, nisi manducaveritis carnem Filii hominis, et biberltis ejus saiigtiinem, etc , neiitiqiiam tanuTi illam conimiinein, hoc e*t lioniinis (•uj4ispiam nostrae condilionis carnem esse existimare debemns (qnomodo enim iioininis caro seciiiidiini suani ipsius naturani vivilica esse qneat.') ; sed vere illiiis pmpriam, qui iioslri causa Filins quoque iioniinis et factus et appellatns est. Cnju\i\. Labiie, toni. m, col. 404. — (2) Concile d'Éplièse, part, i, ch. xxv/, § vn^ Labl)', toni. m, col. 390. — (3) Ciir in nobis inserilur eulogia niyslica.' Nonne ut Cliristinn inhabitare faciat in nol)is etiain corporalilei uarlicipaîiono et comnninione saiida' sii;e carnis? Comment, sur saint Jean, l, v. x. — (4)Servator ipsp : Qiii manditcnf meain carnem, inqiiit, et liib'tt mvum sanguinem, in me niane.t, et ego in itlo. Hic enim animadvertere est opéra: pretiuui, Christuui non dicere se duntaxat in nohis futurum secnnduni rclalioneui qnamdaiti
476 DE l'eucharistie.
731. Théodoret, évêque de Cyr en 431 : « L'apôtre fait ressou- " venir les Corinthiens de cette très-sainte nuit, dans laquelle le « Seigneur, mettant fin à la Pàque typique, montra le vrai origi- •• nal de cette figure, ouvrit les portes du sacrement salutaire, et « donna son précieux corps et son précieux sang, non-seulement « aux onze apôtres, mais à Judas même (ij. » Et, sur ces paroles , Quiconque mangera ce pain ou boira ce calice indignement , sera coupable du corps et du sang de Jésus-Christ, il ajoute : « Ici l'apôtre frappe sur les ambitieux ; il frappe aussi sur nous , « qui , avec une conscience mauvaise , osons recevoir les divins « mystères. Cet arrêt, sera coupable du corps et du sang , signifie « qu'ainsi que Judas le trahit et que les Juifs l'insultèrent , de « même ceux-là le traitent avec ignominie, qui reçoivent dans des • mains impures son très-saint corps , et le font entrer dans une ^'Mche immonde ^2). •
752. Saint Léon , élu pape en 440 : « Le Seigneur ayant dit : ». Si vous ne mangez la chair du Fils de l'hoinme et ne buvez \ son sang, vous n'aurez point la vie en vous ; communiez donc » 1 la table sacrée , n'ayant aucun doute quelconque sur la vérité « du corps et du sang de Jésus-Christ; car on y prend par la « bouche ce qu'on croit par la foi , et c'est en vain qu'on répond « amen (il est vrai), si on dispute contre ce qu'on y reçoit (3). »
733. Ou peut encore citer, pour le cinquième siècle, entre autres, saint Maruthas, métropolitain de Tagrit en Mésopotamie, suivant lequel « Jésus-Christ n'a point donné à son corps, dans
affectualem , sed et per participationem natiiralem Ut enim si quis ceram cerœ . indutam igné simul liqiiaverit, unumquid ex ambobus efticit, ita per corporis Cbristi et pretiosi sanguinis participationem ipse quidem in nobis, nos autem rursus in eo simul unimur. Kec enim aliter vivificari potest qnod uatiira sna est corruptibile, quam si corporaliter nniinm sit corpori ejus qui secundum naturani suam est vita, hoc est Dnigeniti. Ibidem. — (1) Sanctam illam et dmni ex parte sanctam noctem in memoriam eis revocavit, in qua et typico pascliati finem imposuit, et verum typi arcbetypum ostendit, et salutaris sacramenli portas aperuit, et non solum undecim apostolis, sed etiam Jiidae proditori, preliosum corpus et sanguinem impertiit. Sur la 7" épitre aux Corinthiens, c. ix.
(•)) iiiiid autem, Reus erit corporis et sanguinis, hoc significat qiiod,
quemadmoàum tradidit quidem illum Judas, ip-i autem insultarunt Tudsei, ita eum iguominia et dedecore afficiunt qui sauctissimum ejus corpus imraundis manibus accipiunt, et in poUutum os imruittimt. Ibidem. — (3) Dicenle Domino, Aisi manducaveritis , etc., si sacrse mensae communicare debetis, ut nildl prorsus de veritate corporis Cbristi et sanguinis ambigalis; hoc enim ore suniilur, quod fide creditur; et frustra ab illis amen lespondetur, a qiiibus contra id quod accipitur disputatur. Servi vi, sur le Jeûne.
DE l'eucharistie. 477
- reucharistie, le nom de figure ni d'apparence; ayant dit luimême : Ceci est vraiment mon corps , ceci est mon sang (l); » èaint Isidore de Pélusc, qui, dans sa lettre contre Macédonius , Ht que l'Esprit-Saint, étant invoqué, /ai^ dun pain commun le V'opre corps de Jésus (2) ; saint Proclus, archevêque de Consîantinople , qui enseigne aussi que par le Saint-Esprit le pain et le vin mêlé d'eau sont faits le corps même et le sang de Notre- Seigneur Jésus- Ch ris t{Z).
734. Nous pourrions nous arrêter, car ceux qui rejettent le dogme de la présence réelle conviennent généralement qu'il rem,mte au moins au cinquième siècle. Cependant continuons.
735. Saint Césaire, évêque d'Arles en 501, parlant de la victime de salut qui s'offre dans l'eucharistie, dit qu'elle ne peut être vue des yeux corpoiels et extérieurs, et qu'on doit en juger par la foi et non par les sens. « Car, ajoute-t-il, c'est d'elle que le Sei- « gneur parle, lorsqu'il dit avec une autorité toute divine que sa « chair est vraiment une nourriture, et son sang vraiment un breu- « vage. C'est pourquoi il ne doit plus rester en nous aucun doute « d'incrédulité, puisque l'auteur de ce don céleste est lui-même « le garant de la vérité de ce don. C'est ce prêtre invisible qui, par « la vertu secrète de sa divine parole, change les créatures visibles « en la substayice de son corps et de son sang, en disant : Prenez « et mangez, ceci est mon corps; puis, en répétant les mêmes pa- « rôles sanctifiantes : Prenez et buvez, ceci est mon sang. Comme « donc par une simple parole Dieu, en un instant, a formé de rien « la hauteur du ciel , la profondeur des mers et l'étendue de la « terre; de même, dans les sacrements, par une puissance qui n'est « pas moindre, la vertu de sa parole est aussitôt suivie de l'effet. « Vous voyez combien sont salutaires les biens qu'opère la force de « la bénédiction divine; mais, afin que ce changement de subs- " tances terrestres et périssables du pain et du vin en la substance « même de Jésus-Christ ne vous paraisse pas une chose nouvelle « et impossible , interrogez-vous vous-mêmes , vous qui avez déjà
(1) Nam etiam figurant et speciem haiid ipsum appellavit, sed dixil : lluc vere est corpus meum, et hic est sanguis meus. Voyez la Bibliothèque orien taie (rAsÀiMiiani, tom. i, pag. 180. — (2) Iii mystica mensa commuin'in paiiein piopriiini incaiiiatioiiis iiisins corpus reddit (Spiritus Sanctiis). Lettre cix. — (.5^ ProposiUim iii sacrilicium paiuMii et viniini aqiiae permixiiim, i|)siim illiid COI pus et sanguiiicin servatoris nostii Jesii Cliiisli efficial. De tradi'ione divinœ liturgiœ. — Voyez aussi saint Pierre Clirysoiogni-, Sermon xxxix ; sai'al Maxime de Turin, sermon lxxiii ; Salvieii, prêtre île Marseille, etc.
«trouvé une seconde naissance en Jésus-Christ fl). Comme ceux « qui viennent à la foi sont encore, avant le baptême, dans les liens - de leur ancienne servitude, mais qu'aussitôt qu'on a prononcé ' sur eux les paroles de ce sacrement, ils sont purifiés de toute « l'impureté de leurs péchés ; de même, quand le pain et le vin qui " doivent être bénits avec les paroles célestes sont places sur les " autels, il est hors de doute qiVavant d'être consacrée par l'invo- « cation du nom de Dieu, la substance du pain et du vin y est en- ■ core; mais, après qu'on a prononcé les paroles de Jésus-Christ, • c'est le corps et le sang de Jésus- Christ. Et y a-t-il quelque su- ■< jet de s'étonner qu'il puisse changer par sa parole ce qu'il a pu « créer par cette même parole? Il semble même que c'est un « moindre miracle de chanf/er en mieux ce qui était déjà, que de « faire de rien ce qui n'était pas encore (2). »
736. Saint Jacques, évèque de Batna en Mésopotamie: « Vous . voyez, sous le pain et le vin posés sur l'autel, celui-là même qui « enflamme les corps de feu dans les régions supérieures. Le Sei- '« gneur rompit le pain sur la table, et distribua son corps et son '< sang à onze de ses disciples, afin qu'ils eu mangeassent sainte- ■: ment fs). »
(1) Dnrte merito cœlestis confirmât aiictoritas, quia caromea vere est cibus, et sanguis meus vere est polus. Recédât ergO' omue iiifidelilatis ambiguura, qiiandoqiiiilem qui aiiclor est miiiieris ipse etiam tostis est veritatis.. Nam invisibilis sacerdos visibiies creatiiras in siibstantiam corporis et saiiguinis sui, verbi sni sécréta potestate, convertit, lia dicens : Accipite et édite; hoc est corpus meum; et sanctificatione repetita : Accipite et bibite; hic est sanguis meus. Ergo et (ad) nutum prsecipientis Domini, repente ex nibilo substiterunt excelsa cœiorum, profunda fluctmim, vasta terrarum. Pari potentia in spiritua' libus sacranientis verbi praeci{)it vii tus, et rei servit effectiis. Quanta itaque celebranda bénéficia vis divinae benedictionis operetur, quomodo tibi noviim e( impossibile esse non debeat , quod in Cliristi snbstantlam terrena et naortaii? commutantur,\e\\i6\im, qui jam in Ciiristoes re^eneratus, interroga. Homélie VII sur la Pâque. — (2) Sicut autem quicumque ad fidem veniens ante verba baptisrai adluic in vincuio est veteris deJjiti, bis vero commemoratis raox exuituromui fece peccati ; ita qnando benedicendae verbis cœle.stibas creaturœ sacris altaribusiniponnntur, antequam invocatione sanctinominisconsecrentur, siibstantia iîlic est panis et vini : post verba autem Cliristi, corpus et sanguis Christi. Qiiid Auteiu mirum est, si ea quae verbo potuit creare, yo'sll verbo cieatacouvertere? Imojam niinoris videtur esse miraculi, si id qiiod ex niliilo agnoscitur condi<lisse, jam conditura in melius mutare valeat. Ibidem. — (3)Qui igneos in sublimi regione sua indammat, eum sub pane et vino super mensam intueris... Fregit enim ille, cormisqiie et sanguinera suum super mensam distribueiis, porrexit undecim discipiilis, ut ex eo sancte maiiducarent. Sermon sur V Eucharistie, cité dans la Bibliothèque orientale d'^lssdwioni, t. i,p. 326.
DE fc'EUCHABISTIB. 479
737. Saint Fulgence, évêque de Ruspe : « Le corps même et le « sang de Jésus-Christ sont offerts dans le sacrement du pain et « du vin (l). •
738. Cassiodore : «Dieu leur a donné le pain du ciel; Vhomme « a mangé le pain des anges : ce qui se rapporte très-bien à la ■< sainte communion, quand nous buvons le sang de Jésus-Christ, « et que nous nous engraissons de son corps (2) . Jésus-Christ, prêtre « éternel selon l'ordredeMelchisédech, a consacré, pournotre salut, « son corps et son sang dans la distribution du pain et du vin, « comme il le dit lui-même : Si vous ne mangez la chair du Fils « de r homme et ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie éter- « nelle. Mais l'esprit de l'homme ne doit rien concevoir de san- « glant ni de corruptible dans cette chair et dans ce sang; qu'il « les regarde comme la substance vivifiante et salutaire qui a été « TaHe la propre substance du Verbe même, par laquelle on « oDtient la rémission des péchés et les dons de la vie éter- « nelle (3). »
739. Saint Germain, évêque de Paris, mort en 576, ou un auteur de son temps : « Le sang du Christ est spécialement offert dans « un calice, parce que le Seigneur l'a consacré lui-même dans un « calice la veille de sa passion , en disant : Voici le calice de mon " sang^ le mystère de la foi , qui sera répandu pour plusieurs " en la rémission des péchés. Car le pain est transformé [trans- <iformatur) en son corps, et le vin en son sang, selon qu'il le dit « lui-même : Ma chair est véritablement une nourriture, et mon « sang est véritablement un breuvage (4). »
vl) Ab ipso Clnisti corpore qiiod est Ecclesia, in sacramejito panis et calicis ipsiim Christi corpus et sanguis olferlnr. Liv. ii, à Monime, c. xi. — (1) Panem cœli dédit iïs,panein angelorum manducavit homo. Totnm ad comniunionern saciam convenieiiter refertur, qnaiido et ejus sanguinein bihiiuus, et de ejus corpoie sagiiiamiir. Sur le psaume lxiv. — (3) Tu es sacerdos in œternum, secundumordinem. Melchisedech :\\oc propheta promisisseFilio commemoral Patrem. Cuienim |)ote5t veraciter et evidinter aptaii, nisi Domino salvaton, qui corpus et sanguinem sniini in panis et vini erogatione salubriter «onsecravit? Sicnt ipse in Evangelio dicit : Nisi manditcaveritis , etc. Sod in sta carne ac sanguine , ni! cruentum mens bumana concipiat ; sed vivificalricem substautiam atqne saUitarem, el ipsius Verbi propriani factam, per quam peccaloiuui roinissio et aeternae y'ûiv doua prœstantur. Sur le psaume cix — (4) Sanguis Cbristi ideo specialiter offertur in calice , quia in taie vasum consecratum fuitmysteriuni eucbaristiaepridiequampateretur Dominus,ipso dicente: Hic est calix sangninis mei, mysterium fidei, qui [iromultis effun<ietur in remissionem peccatoruin. l'aiiis vero in corpore et vinum transformatur in sanguine, diceute Uuroino de corpore suo : Caro enim mea vere est cibus, et sanguis
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740, Saint Grégoire le Grand, élu pape en 590 : « Le bon Pas- « teur a donné sa vie pour son troupeau , afin que dans le sacrement de son eorps et de son sanû:, qui s'opère par un changement, il pût rassasier de sa propre chair les brebis qu'il avait
« rachetées (l). Nous recevons le sang de Jésus-Christ en même « temps, et de la bouche du corps et de la bouche du cœur (2). « Apprenez , dit-il à une femme qui ne croyait pas , à croire ce « que dit la vérité : Le pain que je donne est ma chair, et mon « sang est un vrai breuvage. Le Créateur, qui a fait de rien toutes « choses, et qui s'est formé un corps de la chair de la sainte « Vierge par l'opération du Saint-Esprit , a converti le pain et ie « vin mêlé d'eau en son corps et en son sang , de sorte qu'il n"y « reste que l'espèce du pain et du vin (3). «
741 . Anastase Sinaïte, qui appartient au sixième et au septième siècle. Dans une dispute contre les gaïanites, qui formaient une secte parmi les eutychiens , il leur dit : « Puisque vous dites que ie « corps de Jésus-Christ a été incorruptible dès le moment de l'u- « nion, aussi bien que la divinité, dites- moi, s'il vous plait, si la « communion du sacré corps et du sang de Jésus-Christ, que « vous offrez, et à laquelle vous participez, n'est çdis véritablement « le vrai corps et le sang de Jésus- Christ Fils de Dieu ; ou « si c'est un simple pain, tel qu'on en vend dans le marché; ou « une figure du corps de Jésus-Christ , tel qu'était le sacrifice du « bouc qui était offert pour les Juifs. >> A cela le gaïanite répond: « A Dieu ne plaise que nous disions que la sacrée communion soit « la figure du corps du Christ, ou du simple pain ! car nous rece- « vous véritablement le corps même et le sang même de Jésus-
neus vere est potus. De pane dixit : Hoc est corpus meum; et de vino : Hic sanguis meus. Litiirgie de salut Germain, dans le tome v du Thésaurus anecdotorwn de domMaitène, pa^. 91. — (\) Bonus Pastor pro ovibus suis aniraam suam posuit, ut in sacramenlo nostro corpus suum et sanguinem verteret, et oves quas redemerat, carnis suae alimento satiaret. Liv. i, sur les Évangiles, homélie xiv, n° i. — (2) Non solum ore corporis, sed etiam ore cordis hauritur (sanguis agni). Ibidem, liv. ii, homél. xxit. — (3) Disce veritali vel modo jam credere contestanii. Partis quem ego dabo, caro mea est, et sanguis meus vere est potus. Sed prescius conditor iioster infirniitatis nostrœ, ea potestate qiia cnncta lecit ex nihilo, et corpus sibi ex carne semper Yirginis, opérante Spiritu Sancto fabricavit : panem et vinum aqua mixtum, nianente propria specie, in carnem et sanguinem suum ad catliolicam precemob reparationem nostram, Spiritus sui sanctificatione convertit. Vie de saint Grégoire le Grand, par Paul Diacre, c. \\\v — Voyez les OKuvres de ce Père, tom. rv, pag. 1 1, édit. des Bénédictins.
« Christ, Fils de Dieu, qui s'est incarné, et qui est né de la sainte « mère de Dieu, Marie toujours vierge. » L'orthodoxe réplique: n C'est ce que nous croyons et confessons aussi , suivant ce que « Jésus-Clirist dit à ses apôtres dans la cène mystique, lorsqu'il « leur donna le pain vivifiant : Prenez et mangez : ceci est mon « corps. Et en leur donnant le calice, il leur dit : Ceci est mon sang. •' ÏI ne leur dit pas : Ceci est la figure et l'antitype de mon corps R et de mon sang (l). »
742. Saint Isidore de Séville, mort en 630 : « Les apôtres n'é- « taient point à jeun lorsqu'ils ont reçu le corps et le sang du Sei- « gneur, parce qu'il était nécessaire qu'ils mangeassent l'agneau « pascal avant que de recevoir le vrai sacrement, dont cet agneau '< n'était que la figure. Mais maintenant l'usage de l'Église uni- « verselle est qu'on ne communie qu'à jeun. Le pain que nous rom- ' pons est le corps de Jésus-Christ , qui a dit lui-même : Je suis le « pain de vie, et le vin est son sang.... Ces choses sont visibles ; « mais, étant sanctifiées, elles deviennent dans le sacrement le « corps divin (2). »
743. Le vénérable Bède , prêtre et moine de Jarou, mort eu. 735 : «Jésus-Christ nous lave chaque jour de nos péchés dans sou « sang , lorsqu'on renouvelle à l'autel la mémoire de sa bienbeu- « reuse passion ; que la substance du pain et du vin est changée « au sacrement de sa chair et de son sang, par la sanctification « ineffable du Saint-Esprit; et qu'ainsi son corps n'est plus percé K ni son sang répandu par les mains des infidèles pour leur perte, « mais que l'un et l'autre sont reçus dans la bouche des fidèles pour « leur salut (3). »
744. Saint Jean Damascène, mort en 750 : « Si la parole de « Dieu est vivante et efficace ; si le Seigneur a fait tout ce qu'il
(1) Gaianita: Absit nt dicamus sacram comniiinionem esse tànlnm figuram coiporis Christ! aut niidiim paiiem, sed ipsum corpus et sanguinemCliristi Filii Dei incarnati, et ex sanctissima Deipara et seniper virgine Maria nati, vere accipiamns. — Orthodoxiis : Sic crediiuus et sic confitemur juxta <Hctiim Ciiristi ad discipiilos in cœna mystica dautis illis vivificum panem : Accipite et comedite ; hoc est corpus meum. Similiter et calicem dédit illis, dicens : Hic est sanouh meus. Non dixit : Hoc est figura, seu qnod vices gerit corporis et sangiiii.is mei. Odegos, ou Guide du vrai chemin, c. xxiii. — (2) Panis enim qiiem frangimiis, corpus Ciiristi est, qui dicit : Ego stiin panis vivus. Wmim autem sangnis ejus est... Haec autem duo sunt visibilia : Sanctificata tamen per Spiritum Sanctum, in sacramentuin divini corporis transeunt. Liv. i, des Offices, c. xviii.— (3) Panis et vmi creatura in saciamentum carnis et sanguinis ejus ineffabili Spiritns Mnctilicatione tnnslerlui . Ifoméiœ sur l'Epiphanie.