CHAPITRE V
Du sujet du sacrifice de la messe.
837. Premièrement, le sacrifice de la messe peut être offert pour tous les vivants. « Je vous conjure avant toutes choses, '- écrivait saint Paul à Timothée, que l'on fasse des supplications, « des prières , des demandes , des actions de grâces pour tous les ' hommes , pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en di- ■' 2:nité, afin que nous menions irae vie paisible et tranquille, en « toute piété et honnêteté. Car cela est bon et agréable à Dieu '< notre Sauveur, qui veut aue tous les hommes soient sauvés, et viennent à la connaissance de la vérité (1). « L'Apôtre, comme on le voit, voulait qu'on priât même pour les rois et les magistrats qui, de son temps, n'étaient pas chrétiens, et pour les infidèles qui n'avaient pas encore connaissance de la vérité. Aussi Tertullien, auteur du deuxième et du troisième siècle, s'exprimait en ces termes ; « Nous invoquons pour le salut des empereurs le Dieu « éternel, le vrai Dieu, le Dieu vivant, que les empereurs souhai-
'< tent se rendre favorable, plutôt que tous les dieux ensemble
« Nous demandons pour eux une longue vie, un règne tranquille, « la sûreté dans leurs palais, la valeur dans les armées, la fidélité « dans le sénat, la vertu dans le peuple, la paix dans l'empire, « enfin tout ce qu'un homme, un empereur peut désirer (2). » Saint Cyrille de Jérusalem : « Quand le sacrifice spirituel est fini, " et que le culte non sanglant qu'on rend à Dieu par le moyen de « l'hostie d'expiation est achevé, alors nous le prions pour la paix « universelle des Églises, pour la tranquillité du monde, pour les «' rois, pour leurs armées, pour leurs alliés, pour les malades, « pour les affligés; en un mot, pour tous ceux qui ont le besoin de '< son assistance (3). «Telle est et tellea toujours été la pratique de
(1) Obsecro igitnr primum omnium fieri obsecrationes , orationes , postulaliones, giatianim acliones, pro omnibus liominibus, pro regibus, et omnibus (\w in sublimitate sunt, ut quietani et tranquillam vitam agamus, in omni pielate et castilate. Hoc enim bonum est et acceptum coram Salvatore nostro Deo, qui omnes bomines vult salvos fieri, et ad agnitionem veritatis venire. /'* épUre à Timothée, c. ii, v. 1, etc. — (2) Apologétique, c. xxx. — (3) Catéchèse xxiu. Voyez le texte, ci-dessus, page 529, note 2
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l'Éelise : « Nous vous offrons , Seigneur, le calice du salut . en « priant votre clémence de le faire monter comme un parfum « d'une agréable odeur jusqu'au trône de votre divine majesté, « pour notre salut et pour le salut du monde entier (l). » Mais l'Eglise offre le sacrifice de la messe plus spécialement pour ceux qui sont dans sa communion : « Nous vous supplions donc, Père >■ très-clément, et nous vous prions par notre Seigneur Jésus- •■ Christ, d'avoir pour agréables et de bénir ces dons, ces présents, " ces sacrifices purs et sans tache, que nous vous offrons pour ' votre sainte Eglise catholique ; afin qu'il vous plaise de lui don- « ner la paix , de l'assister, de la maintenir dans l'union , et de la « gouverner par toute la terre, ensemble avec votre serviteur " notre pape N., et notre évèque N., et tous ceux qui sont ortho- '< doxes, et qui font profession de foi catholique et apostolique. ■' Souvenez-vous , SeigLcur, de vos serviteurs et de vos servantes " N. et N., et de tous ceux qui sont ici présents, dont vous con- ■ naissez la foi et la piété , pour qui nous vous offrons ce sacrifice " de louange, ou qui vous 1 offrent tant pour eux-mêmes que pour ' ceux qui vous appartiennent, pour la rédemption de leurs âmes, <: pour l'espérance de leur salut et de leur conservation ; et qui, pour « ^accomplissement de leurs vœux, vous rendent leurs hommages " comme au Dieu éternel, vivant et véritable (2). » On peut bien dire la messe pour la conversion des excommuniés, des hérétiques, des infidèles, comme on peut la dire pour la propagation de la foi; mais on ne peut les nommer dans la célébration des saints mystères, si ce n'est à l'office du vendredi saint, où l'on prie d'une manière particulière pour les catéchumènes, pour les hérétiques, les juifs et les païens.
838. Secondement, on peut offrir le sacrifice de la messe pour le soulagement des âmes du purgatoire, ainsi que le fait l'Église : «Sou- « venez-vous aussi. Seigneur, de vos serviteurs et de vos servantes « N. et N. , qui, marqués du sceau de la foi, ont fini leur vie mor- « telle avant nous, pour s'endormir du sommeil de la paix. Nous « vous supplions, Seigneur, de leur accorder par votre miséricorde, « à eux et à tous ceux qui reposent en Jésus-Christ, le lieu du ra- « fraîchissement, de la lumière et de la paix (3). » Les docteurs de tous les temps ont admis la prière pour les morts , et nous la trouvons dans les litui-gies les plus anciennes. Saint Cyrille de Je rusalem, expliquant la liturgie du quatrième siècle aux néophytes
(i) Missel romain. — (2) Ibidem. — (3) Ibidem.
DE l'eUCHABISTIE. 548
leur dit : « Nous prions pour tous ceux qui sont sortis de ce « monde dans notre communion , croyant que leurs âmes re- « çoivent un grand soulagement des prières que l'on fait pour « eux dans ce saint et redoutable sacrifice qui est sur l'au- '< tel (1). » Mais l'Église n'offre ni sacrifices ni prières pour les réprouvés ; le sang de Jésus- Christ ne coule point en enfer. Elle ne prie point non plus pour ceux qui sont dans le séjour de la gloire. « Ce serait faire injure à un martyr, dit saint Augustin, « que de prier pour lui ; nous devons plutôt nous recommandera « ses prières. »
839. Troisièmement, nous offrons le divin sacrifice à l'honneur des saints, afin d'obtenir leur intercession auprès de Dieu. « Re- « cevez , Trinité sainte, cette oblation que nous vous offrons en « mémoire de la passion, de la résurrection et de l'ascension de <■ Jésus-Christ Notre-Selgneur. et en honneur de la bienheureuse « Marie toujours vierge, et du bienheureux Jean-Baptiste, et des « saints apôtres Pierre et Paul, et des saints dont les reliques sont >< ici , et de tous les saints , afin qu'ils y trouvent leur gloire , et « nous notre salut; et que ceux dont nous faisons mémoire sur la
terre daignent intercéder pour nous dans le ciel (2). « C'est donc à tort que les protestants nous reprochent d'offrir le sacrifice de la messe aux saints; il ne se trouve rien, ni dans la liturgie catholique, ni dans les conciles, ni dans les écrits des docteurs de l'Église, qui puisse justilier ce leproche. Bien au delà, voici ce que dit îe concile de Trente : « Quoique l'Église ait coutume de célé- « brer quelquefois des messes en honneur et m-émoire des saints , « elle n'enseigne pourtant pas que le sacrifice leur soit offert ; oii ■< l'offre à Dieu seul, qui les a couronnés. Aussi le prêtre ne dit pas • Pierre ou Paul, je vous offre ce sacrifice; mais, rendant grâces à < Dieu de leurs victoires , il implore leur protection , afin qu'ils " daignent intercéder pour nous dans le ciel , pendant que nous ' faisons mémoire d'eux sur la terre (3). « Anathème donc à celui ([uî dit « que c'est une imposture de célébrer ia messe à l'honneur ' des saints, afin d'obtenir leur intercession auprès de Dieu, selon " l'intention de l'Église (4). »
(1) Sermon clix. — (2) Missel romain. — (3) Sess. xxii, cli. m. — (4) Si qiiis (iixerit, imposf iiram esse niissas celebraie in lioiioreni sanctoi uni el pro illoruin Jntprcessione apud Doiim ol)tinen<la , sicut Ecc.lesia intendit ; analheiua sil. Ibi' ^*m, can. \. — Voyei, ci-dessus, le n° 43'2.
840. Nous ne parlons ici ni de l'obligation de dire la messe, ni des règles à suivre pour la célébration des saints mystères ; nous en avons parlé dans la Théologie morale^ où l'on trouve tous les détails qu'on peut désirer.
TRAITE