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CHAPITRE IV

Du ministre du sacrifice de la messe,

831. Jésus-Christ est tout à la fois prêtre et victime dans le sacrifice eucharistique ; c'est lui-même qui s'offre à Dieu sur nos autels ; il est donc le ministre principal du sacrifice de la messe : mais, pour l'accomplir, il se sert du ministère des prêtres. Ce sont les prêtres seuls qui, après Jésus-Christ , sont ministres du sacrifice; c'est aux apôtres seuls, et à leurs successeurs dans le sacerdoce, que Jésus-Christ a dit : Faites ceci en mémoire de moi; comme s'il leur eût dit : Offrez le sacrifice que je viens d'offrir moi-même. « Si quelqu'un dit que par ces paroles, Faites ceci en « mémoire de moi, Jésus-Christ n'a pas établi les apôtres prêtres , « ou ne leur a pas ordonné, à eux et aux autres prêtres, d'offrir « son corps et son sang; qu'il soit anathème (l). » Les liturgies les plus anciennes , les Pères apostoliques , les docteurs de tous les temps, les conciles, même celui de Nicée de l'an 325, nous représentent les évêques et les prêtres comme seuls ministres du sacrifice de la messe , conformément à cette pensée de l'Apôtre : « Que l'homme nous regarde comme les ministres du Christ , et « les dispensateurs des mystères de Dieu (2). »

832. Le pouvoir d'offrir le sacrifice eucharistique est tellement inhérent au caractère sacerdotal, que tout prêtre, quelque pécheur qu'il soit , fiît-il hérétique , excommunié , dénoncé, dégradé, apostat, peut validement dire la messe. Son sacrifice est aussi réel, aussi véritable que celui du prêtre le plus saint, pourvu toutefois qu'il emploie la matière et la forme nécessaires, et qu'il célèbre avec l'intention requise, et dans des circonstances telles qu'on puisse le regarder comme un ministre de la religion. Mais ne peut, sans sacrilège, célébrer les saints mystères, à moins qu ne soit en état de grâce, ou qu'il ne croie prudemment être exempt de péché mortel. Nous ajouterons qu'il n'est pas permis aux fidèles d'assister à la messe d'un prêtre qui est notoirement hérétique ou schismatique (3).

(1) Concile de Trente, sess. xxii, cao. ii. — (2) i" épllre aux Coiintliieus, c. IV, V. 1. — (3) Voyez ce que nous avons dit dans la Théologie moraU, tom. II, n" 281.

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833. 11 est de foi que les messes privées, c'est-à-dire les messes où personne ne communie que le célébrant, sont permises. La pratique générale et constante de l'Église ne nous laisse aucun doute à cet égard. « Si [donc) quelqu'un dit que les messes où le « prêtre seul communie sacramentellement sont illicites ^ qu'il « soit anathème ( 1 ) . »

834. Le prêtre doit, pour la célébration des saints mystères, se conformer en tout aux règles prescrites par l'Église. Ces règles regardent le lieu où l'on doit célébrer, l'autel et sa décoration, les vases sacrés, les ornements sacerdotaux, les rites et les prières, les cérémonies, et la manière de dire la messe (2j.

835. En quelle langue doit-on célébrer les saints mystères? Les protestants prétendent qu'on ne doit les célébrer qu'en langue vulgaire, que dans la langue qui est parlée par le peuple. Les catholiques au contraire, conformément à ce qui se pratique chez tous les peuples chrétiens , ne les célèbrent que dans la langue de nos pères, encore que cette langue ait cessé d'être vulgaire. « Quoi- • que la messe contienne un grand sujet d'instruction pour le « commun des fidèles, il n'a cependant pas été jugé à propos par « les Pères qu'elle fût célébrée partout en langue vulgaire. C'est « pourquoi, sans s'écarter de l'usage ancien de chaque Église, '< approuvé par celle de Rome , qui est la mère et la maîtresse de « toutes les Églises , et pour que le pain de la parole ne manque « point aux ouailles de Jésus-Christ, le saint concile (de Trente) « ordonne aux pasteurs, et à tous ceux qui ont charge d'âmes, n d'expliquer souvent pendant la célébration de la messe, par « eux-mêmes ou par d'autres , une partie de ce qui s'y lit, et de '< développer quelque mystère de ce très-saint sacrifice , principa- « Icment les jours de dimanche et de fête (s). » Le même concile frappe d' anathème quiconque dit que la messe ne doit être célébrée qu'en langue vulgaire (4).

836. Mais, au temps des apôtres et dans les premiers siècles de l'Église, le service divin ne se faisait-il pas en langue vulgaire, en grec, par exemple, dans les pays où l'on parlait cette langue, et sn latin dans l'Italie et les autres parties occidentales de l'empire

(1) Si qiiis dixerif niissas, in quibns soins sacerdos sacramentaîiter coramunicat, illicitas esse , ideoqne abrogandas ; anatliema sit. Concile de Trente, $ess. XXII, can. viii. — (?) Voyez ce que nous en avons dit dans le tome ii* de w ThMogie morale. — (3) Concile de Trente, sess. xxii , c. viii — (4) Si qiiig

jKxeril lingua tantun: vnigari naissam celebrari debere...; anathema sit. Ibi-

iem, can. ik.

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romain? C'est précisément parce que, dans les temps primitifs, les saints mystères se célébraient dans les langues qu'on parlait alors, en langue grecque chez les peuples de la Grèce, en langue latine chez les Latins, en langue syriaque chez les Syriens, qu'ils se sont toujours célébrés depuis, et qu'ils se célèbrent encore dans ces mêmes langues ; quoique dans l'Église latine et l'Église grecgue, chez les Syriens et les autres peuples de l'Orient , le vulgaire ne comprenne ni le latin, ni le grec, ni le syriaque, ni les autres langues orientales, telles qu'on les parlait dans les premiers siècles du christianisme. Le mélange des peuples ayant changé ou altéré les langues et multiplié les jargons à l'infini, soit en Orient, soit en Occident, l'Église n'a pas cru devoir s'assujettir à toutes ces variations , et a gardé constamment pour l'office divin les mêmes langues dans lesquelles il avait été célébré d'abord. Il est vrai que, lorsqu'il s'agissait de la conversion d'un peuple entière la foi, l'Église a permis quelquefois que la liturgie fût traduite dans la langue de ce peuple. Ainsi , par exemple, lorsque les Éthiopiens et les Arméniens se convertirent, on la traduisit en éthiopien et en arménien. Mais, ces langues venant à changer dans la suite, l'Église a conservé la liturgie telle qu'elle était. Elle ne pouvait faire autrement sans de graves inconvénients. En effet, l'unité de langage est nécessaire pour entretenir une communication de doctrine plus facile entre les différentes Églises du monde, et pour les rendre plus fidèlement attachées au centre de l'unité catholique : ce n'est certainement pas un faible lien d'une mutuelle communion entre elles, que les nations de langues différentes soien! unies par une langue commune dans l'exercice de leur religion , de même qu'elles sont unies par l'unité de foi. D'ailleurs l'unité et la stabilité , dans la langue liturgique, ne contribuent-elles pas puissamment à relever, aux yeux des peuples, la majesté du culte divin? Croit-on que les fidèles auraient une haute idée de nos saints et adorables mystères, si, pour être intelligible au vulgaire, la liturgie avait été traduite, non-seulement dans toutes les langues, mais encore dans tous les idiomes, dialectes, patois et jargons des provinces, où la plus grande partie du peuple ne comprend pas la langue nationale?

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