‹ Théologie morale à l'usage des curés et des confesseurs (volume 2)Chapitre 74 sur 125 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Du Sujet du sacrement de V Extrême-Onction,

02 3. Conformément à la pratique générale et constante de l'Eglise, fondée sur le texte même de saint Jacques, infirmatur quis in vobis , on ne peut conférer l'Extrême-Onction qu'aux fidèles qui sont dangereusement malades. Le pape Eugène IV et le concile de Trente l'enseignent expressément. Aussi, nous lisons dans le Rituel romain : « Débet hoc sacramentum infîrmis prseberi, qui, « cum ad usum rationis pervenerint, tam graviter laborant ut mor- « tis periculum imminere videatur, et iis qui prse senio deficiunt, et « in diem videntur morituri etiam sine alla infirmitate (2). » Pour recevoir ce sacrement, il faut être en danger de mort, danger probable et prochain, ou à raison d'une maladie proprement dite, ou à raison d'une grande caducité : la vieillesse, surtout quand elle est très-avancée, est une véritable maladie , senecius ipsa morbus est. Ainsi, on ne donne l'Extrême-Onction, ni aux condamnés à mort, ni à ceux qui entreprennent un voyage dangereux , nia ceux qui se préparent au combat, ni enfin à ceux qui courent un risque quelconque, autre que celui qui vient d'une maladie. Mais on regarde comme malade celui qui a été empoisonné ou qui a reçu une blessure dangereuse. Quant aux femmes enceintes , on ne doit point leur administrer le sacrement des Infirmes lorsqu'elles sont près du terme de leur délivrance, de quelque frayeur qu'elles soient

(1) De Extrema Unctione. — Voyer. aussi les conciles de Bordeaux , de Tan 1583; de Narbonne, de l'an 1609, etc. — (2) De sacraraento Extremœ Unctionis.

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frappées, ni même au moment de lem-s couches, à moins que l'excès de leurs souffrances ou quelque accident ne les mette en danger de mort ; « Hoc sacramentum, dit Eugène IV, nisi infirme « de cujus morte timetur, dari non débet (1) ; mais c'est 'une faute ^ très-grave, comme l'enseigne le Catéchisme du concile de Trente, « d'attendre, pour donner l' Extrême-Onction au malade, que tout '^ espoir de guérison soit perdu , et que la vie commence à l'aban- « donner avec l'usage de raison et des sens. Car il est certain que la « grâce communiquée par ce sacrement est beaucoup plus abon- « dante lorsque le malade conserve encore, en le recevant, sa « raison pleine et entière , et qu'il peut encore exciter en lui les « sentiments de la foi et de la piété. Il faut donc que les pasteurs <t aient soin de donner toujours ce remède divin et essentiellement « salutaire par sa vertu propre, dans le moment où ils jugeront que « la piété et la foi des malades pourront le rendre plus utile et plus « efficace (2). >> '

624. On ne donne point l'Extrême-Onction aux enfants qui n'ont pas encore atteint l'usage de raison ; mais on ne doit pas attendre , pour la leur donner, qu'ils aient fait leur première communion; il suffit qu'ils aient été capables de commettre quelque péché (3). Ou. ne l'administre point non plus à ceux qui, quoique avancés en âge, n'ont jamais eu l'usage des facultés intellectuelles. Il en est autrement pour ceux qui n'ont pas toujours été privés de l'usage de raison : on peut leur donner l'onction des Infirmes , si , avant de tomber en démence, ils ont donné quelques signes de religion. On la donne aussi aux malades qui ont perdu toute connaissance , lorsqu'ils ont demandé , ou qu'on peut présumer qu'ils ont demandé à recevoir les derniers sacrements. Mais on la refuse aux fous et aux furieux , quand on a lieu de craindre qu'ils ne commettent quelque irrévérence contre le sacrement ; aux pécheurs pubhcs qui meurent dans l'impénitence finale , et à tous ceux à qui on ne croit pas pouvoir accorder l'absolution. Il faut également la refuser à ceux qui meurent dans l'acte du péché mortel (4) , loi's même qu'on croirait pouvoir les absoudre (5). Cette différence, que nous mettons entre le sacrement de Pénitence et celui de l'Extrême- Onction, vient de ce que ce second sacrement est moins nécessaire au salut que le premier.

(1) Décret, ad Armenos. — (2) De Exliemse Unctionis sacrameiito , § 18.—

(3) Voyez S. Alphonse de Ligiiori, lib. \i. m" 720 ; les Conférences d'Angers. —

(4) Rituel romain. — (5) Voyez , ci-dessus , le n° 5SG

DE l'extrême-onction. 425

On donne l'Extrême-Onction à la même personne, dans différentes maladies, aussi souvent que ces maladies le demandent; mais on n'en réitère l'administration, dans la même maladie, que lorsque le malade, après une certaine convalescence , est retombé de nouveau dans le danger. Il ne faut pas se montrer difficile sur ce point: dans le doute, on doit se prononcer en faveur du malade, et lui réitérer le sacrement (l).

625. L'Extrême-Onction n'est point nécessaire au salut de nécessité de moyen. Est-elle nécessaire de nécessité de précepte P'Plvi'sieurs théologiens, entre autres le Rédacteur des Conférences d Angers (2), pensent qu'elle n'est point nécessaire; qu'il n'y a aucun précepte général, ni divin, ni ecclésiastique, qui oblige tous les fidèles à recevoir ce sacrement dans le danger de mort. Saint Alphonse regarde ce sentiment comme assez probable (3). Mais il nous parait plus probable que tous ceux qui sont dangereusement malades sont obligés de recevoir l'Extrême-Onction : car, comme l'a décidé le concile de Trente , tous les sacrements sont nécessaires au salut (4). Quoi qu'il en soit, les docteurs s'accordent à dire qu'on peut être indirectement obligé de recevoir l'Extrême- Onction , à cause des tentations violentes auxquelles les malades sont exposés à l'article de la mort. Il en serait de même si on avait sujet de craindre du scandale , en se privant de ce sacrement. Il y aurait péché mortel à le refuser par mépris. « Neque vero tanti sa- « cramenti contemptus absque ingenti scelere et ipsius Spiritus « Sancti injuria esse posset (5). »

626. Suivant le Catéchisme du concile de Trente , on doit, autant que possible , administrer les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie avant le sacrement de l'Extrême-Onction : «Quoniam vero « omni studio curare oportet , ne quid sacramenti gratiam impe- « diat ; ei vero nihil magis adversatur quam alicujus peccati morti- « feri conscîentia; servanda est catholicae Ecclesise perpétua con- « suetudo, ut, anteExtremamUnctionem, Pœnitentiae et Eucharistise <' sacramentum administretur(6). » Ce qui est conforme au Rituel romain : « Illud imprimis ex generali Ecclesise consuetudine obser- « vandum est, ut, si tempus et infirmi conditio permittat , an te Ex- « tremam Unctionem, Pœnitentiae et Eucharistiee sacramenta infir-

(1) s. Alphonse, lib. vi. n" 715; les Conférences d'Angers, les Instructions sur le Rituel de Langres , etc. — (2) Conférences sur l'Extrême-Onction , quest. 2. — (3) Lib. VI. n" 733.— (4) Sess. vu. can. 4. — (5) Concil. Trident, sess. xiv. cap. 3. de Extrenia Unctione. — (6) De Extrema Unctione, § 23

42 G DE l'EXTREME-ONCTION.

« mis prœbeantur (1). » Dans les diocèses où cette pratique s'est conservée , les curés ne doivent point s'en écarter. Mais si l'usage contraire a prévalu, on peut, sans difficulté, administrer TExtrême- Onction avant le saint viatique.

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