CHAPITRE III
Des Effets du sacrement de l'Ordre,
fi43. Les principaux effets du sacrement de l'Ordre sont la grâce et le caractère. Il est de foi que ce sacrement nous communique l'Esprit-Saint, et nous imprime un caractère ineffaçable, qui ne permet pas de réitérer jamais l'Ordination : « Si quis dixerit, per " sacram Ordinationem non dari Spiritum Sanctum , ac proinde « frustra episcopos dicere : Accipe Spiritum Sanctum; aut per « eam non imprimi characterem; \el eum qui sacerdos semel fuit, '< Inicum fieri posse; anathema sit (1). « Quoique le sacrement de l'Ordre soit principalement pour le bien et l'avantage de l'Église, il est certain qu'il produit dans l'âme de celui qui le reçoit la grâce sanctifiante, gratiam sanctificationis , dit le Catéchisme du concile de Trente (2) ; grâce qui augmente en nous la justice et la charité ; grâce sacramentelle que l'on reçoit par l'imposition des mains, et qui , en nous rendant plus dignes , nous rend par là même plus propres à exercer les fonctions saintes. C'est cette grâce que l'Apôtre avait en vue, lorsqu'il disait à Timothée : « Noli negligere « gratiam, quœ in te est, quae data est tibi per prophetiam, cum « impositione manuum presbyterii (3). » Et ailleurs : " Admonco te, '< ut resuscites gratiam Dci , quaï est in te per impositionem ma- « nuum mearum (4). » La grâce que confère ce sacrement n'est point ce qu'on appelle la première grâce sanctifiante , qui d'un pécheur fait un juste; c'est la seconde grâce , qui rend un juste plus juste encore. Ce n'est que par accident , comme on dit dans l'école, qu'il confère quelquefois la première grâce (ô).
f) (4. La grâce n'est pas la même dans tous ceux qui la reçoi\ eut ; elle varie suivant les dispositions du sujet: le caractère, au contraire , est le même dans tous. Une autre différence entre le caractère et la grâce, c'est que celle-ci peut se perdre, tandis que le
(1) Concil. Triilont. .s««. xxiii. can.4. — (2) De Onlinis sacramrnto, § :,7. — (:i) I. Timolli. c. 4. V. 14. — ('») II. Timotli. c. I. i. C — (5) Voye/.,ci-ile&.Mis,
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caractère ne se perd jamais : il est indélébile. Il est impossible qu'un prêtre cesse d'être prêtre ; les diverses condamnations qu'il peut subir, la déposition, la dégradation, lui font perdre, il est vrai, le droit d'exercer les fonctions de son ordre ; mais elles ne peuvent lui ôter le caractère qu'il a reçu. 11 en est de même du pouvoiï d'Ordre, inhérent au caractère ; il est inamissible. Ainsi, un prêtre, quelque indigne qu'on le suppose, peut toujours consacrer validement le corps et le sang de Jésus-Christ ; et un évêque schismatique, hérétique, apostat ou déposé, pourrait toujours conférer validement les Ordres et la Confirmation. Il en est encore de même , non de la juridiction qui est attachée à un titre et qui se perd avec ce titre , mais de l'aptitude , de l'habilité à recevoir la juridiction.
Il n'y a que les Ordres qui participent à la nature du sacrement qui produisent la grâce sacramentelle et impriment le caractère. Ainsi , quoique le sous-diaconat forme un lien qui ne permet pas à celui qui l'a reçu de rentrer dans l'état séculier, comme il est plus probable qu'il n'est point un sacrement, il est par là même plus probable qu'il ne produit ni le caractère ni la grâce sacramentelle.