CHAPITRE II
De la Matière et de la Forme du sacrement de l'Ordre,
G4 1 . Les docteurs ne sont pas d'accord entre eux sur la matière et la forme du sacrement de l'Ordre. Le plus grand nombre regardent l'imposition des mains comme la seule matière du diaconat, de la prêtrise et de l'épiscopat; et la prière qui accompagne cette imposition , comme la seule forme sacramentelle. D'autres y ajoutent la présentation , qui est faite à celui qui est ordonné , des instruments avec lesquels il doit exercer ses fonctions, et les paroles dont se sert l'évoque en les présentant. Il y a même quelques docteurs qui regardent ce dernier rite comme étant seul essentiel au sacrement. On invoque en faveur du second et du troisième sentiment le décret d'Eugène IV, ainsi conçu : « Sextum sacramentum « est Ordinis, cujus materia est illud pcr cujus traditionem confertur « Ordo, sicut presbyteratus traditur pcr calicis cum viiio et patenae « cum pane porrectioncm. Diaconatus vcro per libri Kvangeliorum « dationem. Subdiaconatus vero per calicis vacui cum patena va- « cua superposita traditionem ; et similiter de aliis per rerum ad «< ministcria sua pertinentium assignationem. Forma sacerdotii talis " est : Accipc potcstatem offerendi sacrilicium in Kccicsia pro \ivis " et morluis, in nomine Patris, et Fiiii, et Spiritus Sancti. lit sic « de aliorum Ordinum formis, prout in Pontificali liomano latc c'onlinetur '2). » Suivant ce décret, la présentation des ijistruincnts, et les paroles qui l'accompagnent, font au moins partie de la matière et de Informe du sacrement de l'Ordre. 612. Il est certain que l'imposition des mains est csswiticlle au
(1) Voyez S. Alplionse de iJguori; les Conférences frAng'is, etc., etc. — O.) Décret. a<i Armenos.
sacrement. On voit dans TÉcriture que c'est par l'imposition des mains que les Apôtres ordonnaient les évêques , les prêtres et les diacres. Ainsi, les Pères et les conciles se servent des mots imposition des mains, pour exprimer l'Ordination des prêtres. Expliquant quel est le ministre du sacrement de l' Extrême-Onction, le concile de Trente dit en termes exprès que ce sont les évêques et les prêtres ordonnés par l'imposition des mains : « Aut episcopi, « aut sacerdotes ab ipsis rite ordinati , per imposifionem manuum « presb?jterii (l). « Aussi, dans l'Église grecque, les ordinations, dont la validité n'est point contestée, ne se font que par l'imposition des mains ; à moins qu'on n'admette, avec quelques savants, que la présentation des instruments se pratique aussi chez les Grecs, quoique d'une manière différente et moins explicite que chez les Latins : « L'évêque, dit Bergier (2), assis devant l'autel, met la « main sur la tête de l'ordinand qui est à genoux près de lui , et il « lui applique le front contre l'autel chargé des instruments du « saint sacrifice , en lui disant : La grâce divine élève ce diacre à « la dignité du sacerdoce, »
Pour ce qui regarde Eugène IV, il est constant qu'il n'exclut point l'imposition des mains du rite sacramentel ; que s'il n'en parle pas dans son Décret, c'est qu'elle était en usage chez les Arméniens conime ailleurs, et qu'il suffisait de leur faire connaître les usages de l'Église romaine , concernant la présentation des instruments, qu'ils ne pratiquaient pas. Quant à ceux qui s'appuient sur ce décret pour soutenir que la présentation des instruments est essentielle au sacrement , on peut leur répondre que les mots materia et forma ne doivent pas être pris ici dans leur signification rigoureuse , qu'ils expriment seulement que le rite dont il s'agit est une partie intégrante du sacrement de l'Ordre , à peu près comme la satisfaction qui suit l'absolution fait partie du sacrement de Pénitence. Autrement, il faudrait dire qu'Eugène IV a défini que le sous-diaconat et les quatre ordres mineurs sont de vrais sacrements : ce qui n'est certainement pas ; puisque , de l'aveu de tous, il est à peine probable que ces divers ordres soient d'institution divine.
Quoi qu'il en soit, il ne peut y avoir de difficulté dans la pratique; car, vu la diversité des opinions, on observe scrupuleusement tous les rites qui sont regardés par quelques docteurs comme
(1) Dictionnaire de Théologie , au mot Prêtrise. — (2) Voyez aussi l'ouvrage du P. Morin : Commentarius de sacris Ecclesiœ ordiJiaiiombus , etc.
DÉ l'orDBE. 437
essentiels à l'Ordination. Et dans le cas où , par inadvertance , un de ces rites aurait été omis , on aurait soin de le suppléer.