DE L'EUCHARISTIE COMME SACREMENT
CHAPITBE PBEMIER.
De la notion et de l'institution du sacrement de VEucharislie.
162. Conformément au dogme de l'Église catholique, on définit le sacrement de l'Eucharistie : un sacrement de la loi nouvelle, qui contient vraiment, réellement et substantiellement, sous les espèces du pain et du
(1) De Eucbaristiae sacramenio, § 1«. — (î, S. Thomas, Sum. part. ». quaest. 65. art. I.
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vin, le sang, l'âme el la divinité fie Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui l'a institué pour en faire la nourriture spirituelle des fidèles.
L'Eucharistie est un sacrement : les luthériens, les calvinistes et les anglicans sont d'accord avec nous sur ce point. En effet, l'Eucharistie réunit toutes les qualités nécessaires à un sacrement, (l'est un signe sensible, c;ir tes espèces du pain et du vin conservent leur forme extérieure, quoique la substance du pain el do vin suit changée au corps elau sang de Xoire- Scigneur Jésus-i hrist. Ce signe figure trois choses. La première est la passion du Sauveur. « („)uoiiescum<|ue manducabilis panent hune, et calicem » bibetis, mortem Domini aimuntiahitis (1). » La seconde est la grâce de Dieu, qui est donnée par ce sacrement, pour la nourriture el le soutien de nos âmes : « Caro mea vere est cibus, et sanguis meus vere est polus; » qui mandvcal meâm carnem, et bibit meum sanguinem, in me nianet, b et ego in illo (2). )> La troisième est la vie éternelle, que Jésus-! hrist a promise : « Si quis manducaverit ex hoc pane vivet in aeternum (3). » El quoique l'Eucharistie comprenne le corps et lesang de Netre-Seignenr sous les différentes espèces du pain et du vin, elle ne forme cependant qu'un seul sacrement, parce que ces deux parties du sacrement n'ont qu'une seule et même fin, qui est notre réfection spirituelle, comme le manger el le boire concourent à notre réfection corporelle.
165. L'Eucharistie contient vraiment , réellement cl substantiellement , le corps, le sang, l'âme et la divinité de Notre Seigneur, c'est-à-dire Jésus-: hrist tout entier, «.'est un article de foi, défini de la manière la plus expresse par le concile de Trente : « Si quis negaverit, in sanclissiiiKe » Eucharistie sacramento conlineri vere, realiter et subslantialiter corpus » et sanguinem una cuin anima et divinitate Domini nostri Jesu ' hristi n ac proinde lotum Chrisimn; sed dixerit lantummodo esse in eo, ut in » signe vel figura, aul virtute, anathema sit (-4). » Le corps de Jésus- Christ, présent dans l'Eucharistie, n'y est ni dans le pain, ni avec la snbslance du pain; il y remplace la substance du pain qui est changée au corps de Notre-Seigneur, comme la substance du vin y esl changée en son sang; c'est ce que l'Église appelle transsubstantiation (5). Il ne reste donc dans l'Eucharistie, après la consécration, que les espèces, species, ou apparences du pain et du vin, qui en sont la forme, la couleur, l'odeur et le goût.
Le corps de Jéus-Christ est, dans l'Eucharistie, le même, quant à la substance, que celui qui est né de la Sainte Vierge, qui a été crucifié, qui est ressuscité el qui est monté au ciel, et il est vivant dans l'Eucharistie. Il y est tel qu'il était lorsqu'il dit à ses Apôtres : « Ceci esl mon corps; r> Hoc est corpus meum. » El voilà pourquoi ce sacrement contient le corps, le sang, l'âme el la divinité de Notre-Seigneur. Pour la même raison, Jésus- Christ esl tout entier sous chacune des espèces eucharistiques. Le sang est par concomitance sous les espèces du pain ; et le corps, de même par concomitance, sous les espèces du vin. Et lorsque les espèces sont divisées, chaque partie, pourvu qu'elle soit naturellement sensible, contient encore le corps el le sang de Jésus-! Ihrist (6).
Le corps de Jésus-Christ n'est pas seulement présent au moment de la consécration et de la communion. A la différence des autres sacrements, qui passent avec l'action qui le produit, l'Eucharistie est un sacrement permanent : il dure jusqu'à ce que les espèces soient consommées, ou
(1) l.Corinth. c. 11. v. 2G. — (2) Joan. c. 6. v. 56 et 67. — (3, Ibidem, v. 52. — (4) Sess. xiu. can. 1 — (S) Concile de Trente, ibidem, can. 4. — (6) Ibidem, can. S.
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essentiellement altérées, on au divisées point de n'être plus sensibles (1). KH. L'Eucharistie est un sacrement institué par Notre-.Seigneur Jésus- Christ. L'heure étant arrivée de passer de ce monde à son Père, mais voulant rester avec les siens jusqu'à la fin des siècles, il institua ce sacrement pour nous témoigner l'excès de son amour, pour continuer dans son Église le sacrifice qu'il devait offrir sur la croix, et nous en appliquer le prix, surtout en se donnant à nous par la sainte communion. II l'institua la veille de sa passion : après avoir célébré la Pàque avec les Apôtres, il prit du pain, le bénit en rendant grâces à Dieu, le rompit, et le donna à ses disciples, en disant : « Prenez et mangez, ceci est mon corps; » Hoceslmrpusmcum. «Ensuite, prenant la coupe, il renditgràcesen disant: « Buvez tous de ceci, car ceci est mon sang de la nouvelle alliance, qui sera » versé pour la rémission des péchés; Hic est enim sanguis meus novi tes- » tamenti qui promulds efl'tmdrtitr in remissione peccatorum (2). »<c Faites » cela en mémoire de moi; Hoc facile in meam comme moralionem (5). »
■Le sacrement de l'Eucharistie a été institué pour être la nourriture de nos âmes : « Tanquam spirilualis animarum cibus quo alantur et confor- » tentur viventes vita iilius qui dixit : Qui manducat me et ipse riect » propter me (i). »