‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 101 sur 172 · IX. JOIE COMMUNE AUX HOMMES CRAIGNANT DIEU · texte numérisé non relu

IX. JOIE COMMUNE AUX HOMMES CRAIGNANT DIEU

Anne vint s'associer à Marie, à Joseph et à Siméon ; il était convenable, en effet, puisqu'elle craignait le Seigneur, qu'elle prît part à la consolation d'Israël, et célébrât avec eux les miséricordes du Seigneur. Et c'est ainsi que dès sa première enfance Jésus fut le salut des âmes vertueuses. Anne convient parfaitement à une telle société, et est très-propre à en rendre la joie pleine et entière. Ajoutons que le même esprit qui avait envoyé Siméon au temple, la détermina aussi à s'y rendre.

63. Le meilleur moyen d'employer le temps de cûr^e, depuis le mercredi des Gendres jusqu'à Pâques, pour vivifier et manifester la religion, c'est de commencer par familiariser les fidèles avec l'esprit du jeûne, qui consiste tout entier à prémunir

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l'âme contre tout péché, parla mortification des sens, par Tabstention du boire et du manger, et à la rendre plus propre à la méditation des choses célestes et à la piété. Enlever toute nourriture à régoïsme^ est^ selon Fénelon, le véritable jeune spirituel, auquel le jeûne corporel ne doit servir que de préparation et d'introduction. Un autre moyen, c'est de familiariser les fidèles avec la seule manière raisonnable de méditer sur la passion et la mort de Jésus, en le considérant non-seulement comme le maître de la vérité et le modèle de la sainteté, mais encore comme le Sauveur du monde et le Rédempteur du genre humain.

Un dernier moyen, c'est de ne laisser passer aucune occasion de préparer les fidèles à la confession et à la communion pascales. Dans ce but, le pasteur réunira chaque soir les fidèles à réglise, leur fera la lecture d'un passage de l'histoire de la passion du Sauveur et terminera par une touchante prière.

64. Dès le premier jour déjeune, le pasteur cherchera à faire renaître l'esprit de piété, qu'un mécanisme froid et sans vie tend sans cesse à faire disparaître. Conformément au but de sa mission, qui veut qu'il soit l'âme du culte public, il s'eff'orcera de donner de la vie à la cérémonie des cendres, qui est double : d'abord il les bénit, puis il les répand sur la tête de chaque fidèle. Pour la bien graver dans les esprits, il en expliquera au peuple la double signification.

« La cendre est le symbole de la mort et de la pénitence. Dans le sens que lui attribuent les prières de l'Église, elle est destinée à nous faire penser sérieusement à la mort et à exciter en nous des sentiments de pénitence.

» Bénir les cendres ne signifie rien autre chose que les destiner à nous rappeler que nous sommes mortels, et obligés de faire de dignes fruits de pénitence.

» Quand je bénis les cendres, je prie Dieu que, lorsque je les aurai répandues sur vos têtes, il éveille en vous de sérieuses pensées sur la mort, qu'il inspire à vos cœurs de vifs sentiments de pénitence, et vous accorde ensuite la rémission de vos péchés. »

Afin de préparer rimpression que devra produire la bénédiction des cendres^ le pasteur pourra traduire au peuple quelquesunes des prières qu'on récite pendant la cérémonie^ par exemple :

« 0 Dieu, qui ne voulez pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse, abaissez vos regards paternels sur la fragilité de la nature humaine. Nous voulons, en esprit d'humilité et avec le sincère désir d'obtenir le pardon de nos péchés, couvrir notre front de cendres. Nous souhaiterions d'être vivement impressionnés par la pensée que nous ne sommes que poussière, et que nous retournerons en cendre à cause de nos péchés. C'est le souvenir de cette grande vérité que les cendres sont destinées à nous rappeler. Puissions-nous, par cette cérémonie, être affermis dans ces salutaires pensées, et dans ce but donnez-nous votre bénédiction. Remettez-nous tous nos péchés, et accordez-nous le salut que vous promettez aux pénitents ; car vous êtes plein de miséricorde et de bonté, par Jésus-Christ Notre-Seigneur. »

Après cette préparation, le pasteur bénit les cendres publiquement. Le peuple n'entend plus alors des sons vides, il ne voit plus des cérémonies incomprises ; mais il entend dans son cœur comme un écho de ces paroles :

« Cette cendre, que le prêtre bénit, est destinée à me rappeler que je suis cendre et poussière. »

Après la distribution des cendres, le prêtre célèbre le saint sacrifice de la messe, et s'offre, lui et les fidèles, par de pieuses pensées sur la mort et sur la pénitence, au Père céleste, avec Jésus-Christ dont il renouvelle le sacrifice sur la croix. Cette parole : « L'homme est pécheur, Dieu est miséricordieux et pardonne les péchés de tous, » reçoit ici sa pleine signification. Ici, les larmes de la pénitence deviennent des larmes de joie : le mercredi des Cendres se change en dimanche de Pâques ; car le pécheur est ressuscité avec Jésus-Christ. Alléluia !

65. Le liturgiste, à l'imitation des meilleurs pasteurs, n'oublie pas, principalement pendant le carême, tout en faisant réducation des fidèles, de travailler à celle des enfants. Tous les

jours il rassemble à réglise^, ou au presbytère si le froid est trop intense, les plus grands garçons et les plus grandes filles, leur explique les vérités fondamentales du christianisme en suivant Tordre du catéchisme^ les examine et les exerce jusqu'à ce qu'il voie briller en eux les étincelles de la science religieuse. Cet enseignement général, il le rattache à un autre particulier, qu'il donne à quelques-uns pour les préparer à faire leur première confession ou leur première communion.

Une aimable sérénité se répand sur son front quand il lit ces paroles gravées dans Tâme des enfants : « C'est à ceux-ci qu'appartient le royaume des cieux. »

66. Le Jeudi saint, TÉglise renouvelle la mémoire H^ du lavement des pieds , 9," de Tinstitution de TEucharistie, 3° des discours célestes que le Sauveur prononça avant sa Passion (Jean, XIV , XV j XVI ) , 4*» de sa prière comme prêtre du Très-Haut, 5*> de Tagonie du Messie au jardin de Gethsémani.

1° Comme tout cela est divin ! Combien sont attrayantes Thumilité et la charité du Seigneur ! Convaincu que le Père a tout mis entre ses mains, qu'étant sorti de Dieu il retournera à Dieu, que fait le Sauveur dans cette persuasion? Il se lève et va laver les pieds de ses disciples. Voilà comment il nous apprend à exercer les uns envers les autres les œuvres de Tamour. Que Tamour et Thumilité soient donc toute notre vie !

20 L'institution de TEucharistie correspond admirablement au but de Vapparition de Jésus sur la terre, et respire le même esprit.

Ramener à la vie le genre humain enseveli dans le péché^ voilà ce qui détermina le Verbe éternel à se revêtir d'une chair mortelle, et tel fut aussi le but de l'institution de la sainte Eucharistie. Jésus veut être la vie de son peuple, et il l'est réellement pour tous ceux qui croient en lui : telle est l'essence de la sainte Eucharistie.

Cette idée fondamentale sera développée plus au long quand nous parlerons de la Fête-Dieu.

3° Si le pasteur avait une communauté vraiment chrétienne.

il lui suffirait délire aux fidèles les derniers discours du Sauveur Jésus, pour les mettre dans le commerce le plus intime avec ce Sauveur. Le ciel tout entier est à découvert dans ces discours. Le Père vous aime comme moi ; l'Iîlsprit vous instruira, il sera votre consolateur ; maintenant je vous protège, et je vous emmènerai ensuite avec moi. Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés; vous n'êtes plus maintenant des esclaves, mais des amis.

4® La prière que fît Jésus, comme prêtre du Très-Haut, est évidemment la plus magnifique , la plus belle qui soit sortie du cœur du Messie : «Eux en moi, moi en vous, nous tous ne faisant éternellement qu'un dans la gloire que vous m'avez donnée avant que le monde fût. »

Saint Jean ne nous eùt-il rapporté du cœur de Jésus que ces discours et cette prière, nous ne saurions trop lui en témoigner notre reconnaissance. Pasteur, soyez un saint Jean, et vos ouailles ne tarderont pas à célébrer dignement le Jeudi saint, comme aussi toutes les fêtes et tous les jours de l'année, transfigurés qu'ils seront par l'amour de Jésus-Christ en l'image de Jésus-Christ.

5° Si la prière du Sauveur, comme prêtre du Très-Haut, nous révèle le Fils unique du Père, la prière de Gethsémani nous montre le Fils de l'homme couvert d'une sueur de sang, tremblant et frissonnant, suppliant trois fois qu'on lui enlève ce calice de soufirances et revenant sans cesse à cette parole de résignation : « Mon Père, que votre volonté se fasse ! » puis, fortifié par un ange, buvant avec un courage nouveau et tout divin ce calice de douleur, et mourant sur la croix.

67. Pendant la semaine de la Passion, le liturgiste ne parle que de la croix, et de la mort* de Jésus, vie et salut du monde.

Bien que la parole de la croix, comme saint Paul appelle le sermon sur Jésus-Christ, doive retentir dans la bouche du pasteur tous les dimanches de l'année, la semaine sainte ne l'oblige pas moins à montrer aux fidèles dans une lumière plus

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éclatante Tamourqui brille dans toutes les œuvres de Dieu , mais qui apparaît dans tout son jour dans l'œuvrepar excellence^ celle qui consiste à ramener à Dieu, par Jésus-Christ, le genre humain.

Celui qui aura saisi dans toute sa profondeur la doctrine fondamentale de Dieu en Jésus-Christ, salut du monde (1), verra clairement que par ces mots : a Dieu nous a réconciliés avec lui-même par Jésus - Christ» ( II Cor., v, 17-21 ), saint Paul a exprimé cette vérité fondamentale avec une clarté et une précision remarquables.

Toute la doctrine de l'Apôtre sur la réconciliation peut se concentrer dans les points suivants :

I. Le monde était séparé de Dieu et vivait par rapport à Dieu dans un état d'hostilité. Il fallait donc q'uil fût reconcilié avec Dieu, c'est-à-dire ramené à lui, et uni à lui ;

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