La Pentecôte est aux yeux du chrétien et du pasteur
l** La fête proprement dite de la législation de la nouvelle alliance, selon ces paroles du prophète Jérémie (xxxi, 31-33), commentées aux chrétiens par Tauteur de TÉpître aux Hébreux (VIT, 10) : (( Voici l'alliance que je ferai avec la maison d'Israël, dit le Seigneur : j'imprimerai mes lois dans leur esprit, et je les écrirai dans leurs cœurs, et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. » Or, que cette alliance soit libre et universelle, qu'il soit impossible d'imaginer un état plus heureux que celui où la loi de sainteté est écrite dans les cœurs, et un état plus malheureux que celui où cette loi n'est pas écrite dans les cœurs ; que cette nouvelle loi ne soit autre que la loi du saint amour; que cette loi écrite dans le cœur ne soit autre chose que le renouvellement de l'homme tout entier; que l'effusion du Saint-Esprit, le jour de la Pentecôte, soit l'accom-
plissement de la promesse faite aux disciples, et en même temps an gage de son accomplissement en nous, il sera facile de s'en convaincre, pour peu qu'on veuille approfondir cette question.
Nous autres hommes, nous écrivons sur du papier; mais Dieu écrit dans les cœurs; nous écrivons avec de Tencre, mais Dieu écrit avec le Saint-Esprit; nous écrivons avec des lettres, mais Dieu écrit avec Tamour.
La Pentecôte est donc :
2° La fête proprement dite de la nouvelle Création de Fliomme à l'image de la Divinité ; par conséquent une fête de l'humanité dans la plus noble acception du mot.
Le malin esprit, le père du mensonge et de l'incrédulité, avait défiguré l'ffnage de Dieu dans l'homme; le bon esprit, l'esprit de vérité, qui, lorsqu'il entre dans les cœurs, y apporte avec lui la foi, la charité et l'espérance, rétablit en nous cette image obscurcie et troublée.
3« La Pentecôte est donc la fête de la dignité vraie et originelle de l'homme, dignité qui consiste en ce que, enfants régénérés de Dieu, nous avons les véritables sentiments qui conviennent à des enfants, et qu'un jour nous recevrons l'héritage complet de notre Père. ^
4° La Pentecôte est la fête commémorative de la fidélité que nous devons à Jésus, qui, selon sa promesse, nous a envoyé le Saint-Esprit, et a donné par là un nouvelle confirmation à la vérité de sa doctrine.
Nous n'avons pas besoin de faire observer au liturgiste qu'il faut, ce jour-là :
5" Expliquer les dons de l'Esprit, comme les nomme Isaïe, et les fruits de l'Esprit, comme les appelle saint Paul ;
6° Montrer que l'esprit du christianisme, c'est la foi qui opère par la charité {Gai., v, 6) ;
7<» Insister sur la nécessité d'avoir les mêmes sentiments que Jésus (Philip., iT, 5), puisque nous ne lui appartenons qu'autant que nous avons son esprit (Boni., viii, 9), et prouver que nous avons ces sentiments en montrant d'une manière sensible ce
que les Apôtres du Christ ont reçu, fait, souffert et fondé le jour de la Pentecôte.
Écoutons, au dix-neuvième siècle, un prédicateur éclairé et profond du quatorzième siècle, qui sut pénétrer jusqu'à la moelle de cette doctrine : « La véritable Pentecôte , disait-il, peut et doit se célébrer tous les jours; que dis-je? à toute heure ; car le Saint-Esprit se communique à tous ceux qui sont prêts à le recevoir. » Et : « Le Saint-Esprit opère un double travail dans les âmes humaines ; il les vide de nous-même et les remplit de sa personne; il les débarrasse de tout ce qui n'est pas divin, et les remplit de tout ce qui est de Dieu. »
8° La pratique, Texpérience et l'histoire aftprennent au liturgiste une vérité de la plus haute importance : c'est que l'état des paroisses est en rapport direct avec le zèle que l.'on met à implanter dans les cœurs la doctrine de la foi, de la prière et du Saint-Esprit.
Car, dans une paroisse, la vie et la mort sont en proportion de la foi en Jésus-Christ, de la prière du Saint-Esprit et du cœur, et de l'union de l'homme intérieur avec l'esprit de Dieu.
La civilisation de la jeunesse se reconnaît à une autre marque que l'instruction d'une paroisse chrétienne. L'une et l'autre peuvent habiter ensemble, quand l'une est honnête et que l'autre prédomine ; mais elles ne sauraient jamais se fondre en un.
Si la doctrine qui dit que les ceps, pour être féconds, doivent rester attachés à la vigne, et que les chrétiens doivent être unis à Jésus-Christ s'ils veulent être pieux et se sauver, si cette doctrine n'était aux yeux du liturgiste que pur fanatisme, il ne récolterait ni vin dans sa vigne , ni moisson spirituelle dans sa paroisse, et le Saint-Esprit serait forcé de recourir à d'autres organes pour opérer sur les cœurs des fidèles. Et c'est là ce qu'il fait; car il ne laisse orphelin nul cœur digne de le recevoir; si tous ses organes devaient lui manquer, il saurait bien opérer sans eux : Spiritus ubi vult spirat.
81 . L'Église a été sagement inspirée lorsqu'elle a prescrit que
la fête de la Trinité serait célébrée^ non pas au commencement, mais à la iin de Tannée ecclésiastique. En agissant ainsi, elle a voulu, ce me semble, nous donner à entendre que nous devions faire en nous-mêmes l'expérience de la naissance, de la Passion, do la mort, de la résurrection de Jésus-Christ, de la descente du Saint-Esprit, avant d'arriver à cette bienheureuse connaissance, que « Jésus-Christ ne fait qu'un avec le Père, et que les fidèles ne sont qu'un en esprit avec le Père et le Fils. >. [Jean, xiv, 20) . Cette connaissance de la doctrine de la sainte Trinité serait certainement la plus féconde de toutes.
Le liturgiste s'appliquera donc principalement à exposer le dogme de la sainte Trinité tel qu'il se révèle dans les membres vivants de l'Église de Jésus-Christ, et à initier les fidèles à la connaissance féconde et vivante du Père, du Fils et du Saint- Esprit.
\ ° Nous ne comprendrons bien la doctrine du Père, du Fils et du Saint-Esprit, que lorsque, abandonnant les illusions du monde et l'idolâtrie de nos propres pensées, nous nous tournerons vers Dieu ; que, régénérés par le Saint-Esprit, nous pourrons en toute confiance nous écrier : Mon Père ! quand nous honorerons le Père dans le Fils, et que, convaincus que nous sommes enfants de Dieu, nous aurons appris à confesser le Saint-Esprit. C'est alors seulement que la nuit disparaîtra pour faire place à la pleine lumière du jour;
2^ La doctrine de la sainte Trinité ne deviendra pour nous une doctrine de salut que lorsque, en notre qualité d'enfants du Père , rachetés par le Fils et devenus les temples vivants du Saint-Esprit, nous porterons le Dieu unique dans notre esprit et dans notre corps;
3'^ Nous ne serons des membres du royaume de Dieu que lorsque nous saurons ce que c'est que le royaume de Dieu; quand, vivant en harmonie avec tous ses membres, nous adorerons Dieu le Père dans tous les événements de notre vie; quand, dans toutes les lois de ce royaume, nous serons soumis à un même Chef et à un même Seigneur ; et qu'enfin, obéissant à tous les
mouvements de la grâce, nous nous laisserons gouverner par le même Esprit de Famour ;
4° Il n'y a que TEsprit de Dieu^ scrutateur de toutes les profondeurs de la Divinité, qui révèle aux enfants de Dieu le mystère de tous les mystères, savoir a que toutes les créatures, le ciel et la terre, les anges et les hommes, sont gouvernées par un Chef unique, sanctifiées par un seul esprit, et que Dieu (le F'ère) doit être tout en tous. » {Éphes., i, 1-23 ; I Cor,, xv, 28 )
5° Un seul Père élevé au-dessus de tous ;
Un seul Seigneur régnant sur tous ;
Un seul Esprit agissant en tous ,
Se manifeste dans le monde entier.
Dans toute l'Église de Dieu,
Dans tout le cours de la vie de chaque chrétien.
G<* Ce qui nous met en union avec TEsprit saint est cela mêmci qui établit nos rapports avec le Père et le Fils; car de même que le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont qu'un seul Dieu; ainsi l'union avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit n'est qu'une même union avec le Saint-Esprit. Néanmoins, comme tout bien procède du Père, vient par le Fils et est donné avec le Saint- Esprit, l'amour est attribué au Père, la grâce au Fils, l'union au Saint-Esprit dans chacun de ces souhaits de l'Apôtre : « Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, l'amour de Dieu et la communication du Saint-Esprit demeure avec vous tous, » (II Cor,, xm, 13.)
Cette union du Saint-Esprit n'est point une relation imaginaire, stérile; mais elle est toute vie, et elle consiste en ce qu'il partage avec nous (communicatio) sa gloire et ses bienfaits.
Et en cela, tout se réduit pour nous à coopérer et à consentir aux desseins salutaires qu'il a sur nous, à les agréer et à l'en remercier.
7° Le chrétien n'est plus au service de la vanité ; il appartient à Dieu; il est consacré par le baptême â une vie divine. Sa vie tout entière doit être une rénovation et une application des vœux de son baptême.
« Baptisé en votre nom, Père, je veux glorifier votre nom; baptisé en votre nom, Fils de Dieu, Sauveur du monde, je veux étendre votre royaume, je veux wre i»our vous, puisque vous êtes mort pour moi; baptisé en votre nom, Esprit de Dieu, Esprit unique du Père et du Fils, je veux accomplir votre volonté, qui m'est manifestée par vos paroles et par vos secrètes inspirations. »
8° L'antique et respectable usage de se marquer le front, la bouche et la poitrine du signe de la croix, et ces paroles : a Au nom du Père et du Fils, et du Saint-Esprit, » le liturgisle ne les laissera pas dégénérer en une coutume insignifiante, et encore moins superstitieuse. Il devra en être Tâme et la vie.
Il enseignera au peuple à faire toutes choses pour la gloire du Père, d'après le modèle du Seigneur et avec la force du Saint- Esprit.
82 Quant à la Fête-Bien^ le liturgiste en recherche la signification, et explique le caractère de solennité particulière qu'elle revêt.
Dans le premier cas, il cherche à familiariser son peuple avec le point de vue divin où il faut se placer pour méditer sur Tinstitution de TEucharistie. Le genre humain ayant perdu la vie de rame dans le premier Adam, devait la recouvrer dans le second. Cette renaissance de notre race, tel est le but de l'apparition du Sauveur sur la terre, de sa vie, de sa mort, de sa résurrection, de son triomphe, de l'autorité dont il est investi à la droite de son Père ; tel est le but de l'institution de l'Église, des sacrements et surtout de l'Eucharistie. Si Jésus-Christ est, par son Esprit vivificateur, la vie de tous, il l'est principalement dans le festin de l'amour. De même donc que la nourriture corporelle a pour objet de vivifier les forces du corps, de même ce festin spirituel est destiné à ranimer les forces de notre âme. Cet esprit de l'institution de l'Eucharistie est méconnu par les sages du siècle, qui sont assez insensés pour la ravaler à un pur festin commémoratif. Insensés, disons-nous; car s'il est vrai de dire que vous ne fortifieriez pas la vie de vos enfants, si, au lieu
d'une nourriture et d'une boisson réelles^ vous leur rappeliez simplement la mémoire de l'inventeur du pain, il l'est également que l'âme ne saurait être fortifiée par le seul souvenir de l'institution de l'Eucharistie. Un simple souvenir ne rassasie point; il ne fortifie ni 1 ame ni le corps. Sans doute que le I festin institué pour nous fortifier l'est aussi pour nous rappeler l'amour de son auteur.
La sainte Eucharistie est aussi un festin d'union.
De même^ en efiet, que les parties nutritives d'un repas matériel s'unissent avec le corps; de même^ par le festin de l'amour^ les disciples du Sauveur ne forment entre eux qu'un même corps en Jésus-Christ ; car si la charité est la vie de 1 ame, elle est aussi l'union des cœurs.
La sainte Eucharistie est donc tout à la fois la nourriture de l'âme et l'union des cœurs. « Nous tous qui participons à un même pain, nous ne sommes tous ensemble qu'un seul pain et un même corps avec Jésus-Christ. » [Cor., x, 17.)
L'idée de cette union, qui constitue l'essence de l'Église, et qui se réalise si admirablement dans le festin de l'amour, est clairement formulée dans les prières liturgiques :
«Répandez, Seigneur, l'esprit de votre amour dans' nos cœurs, et, après nous avoir rassasiés d'un même pain, faites qu'après l'effusion de vos miséricordes nous ne soyons qu'un même cœur. »
C'est par ces divers effets que se manifeste dans l'Église catholique la présence réelle de Jésus-Christ dans le sacrement de l'autel.
La sainte Eucharistie, en ranimant les chrétiens et en les unissant entre eux et avec Jésus-Christ, est par là même une profession publique et solennelle de Jésus crucifié; elle est un hommage, une promesse s'exprimant non par des paroles, mais par la force et la volonté qu'elle inspire de vivre et de mourir pour lui jusqu'à ce qu'il revienne.
Le renouvellement de la vie de l'âme et l'union des cœurs, manifestés et réalisés dans le festin de l'amour^ voilà la fête
Vivante de la mort de Jésus ; c'est un hommage solennel que lui rendent ses amis.
La sainte Eucharistie, outre la vie deTâme et l'union des cœurs, est encore le gage de la résurrection et de la vie éternelle. Car si Jésus-Christ est la vie des siens, s'il leur communique une vie nouvelle et les unit entre eux ; si Jésus-Christ^ qui est la vie des siens, ne meurt plus ; si personne ne peut lui enlever ses hrebis, il est manifeste que Jésus-Christ sera aussi pour les siens la vie éternelle et la plénitude de cette vie.
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang, aura la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour» {Jean, y, 53).
Après que le liturgiste aura habitué ses ouailles à considérer la sainte Eucharistie sous son point de vue divin, il ne lui sera pas très-difficile de leur faire comprendre la nécessité de « s'éprouver soi-même » avant de recevoir la communion, de les rendre attentives à la sentence terrible portée contre ceux qui communient indignement (I Cor., xi, 28-33), de leur faire apprécier les bénédictions célestes que la fréquente communion fait descendre sur une paroisse tout entière, de les familiariser avec ces habitudes d'honnêteté et de bienséance extérieure qui rendent la communion ce qu'elle doit être, c'est-à-dire la participation de toute une paroisse au corps et au sang de Jésus- Christ.
Quant à la procession solennelle, le liturgiste la considère comme la vie publique de la religion.
Je sais bien que la religion qui existe réellement dans les cœurs devrait manifester sa vie publique par les vertus de la vie domestique, civile, et sans doute aussi, si on laissait prédominer son influence, par celles de la vie politique ; mais je sais aussi que cette même religion veut, de plus, se manifester dans les assemblées des fidèles, et que, quand elle trouve l'enceinte de l'église trop étroite, elle aime à se déployer dans le temple immense de la nature, et à manifester sa vie publique dans des processions publiques.
Telle est l'origine de la procession de la Fête-Dieu, tantôt
surchargée de pompe, tantôt trop dépourvue d'éclat et de solennité. Mon sentiment;, à moi, c'est que si l'on ne saurait défendre à une société d'amis de manifester publiquement leur commune allégresse, aussi longtemps qu'ils ne dépassent pas les bornes de la décence et de rhonnêteté, on ne doit pas non plus s'opposer à ce qu'une société religieuse manifeste publiquement sa vie hors du temple, et qu'on doit se borner à faire en sorte : \ ° qu'il n'y ait rien que de religieux dans cette manifestation, et, 20 que l'esprit d'ordre ne soit pas plus troublé que l'esprit de piété.
83. La fête des Anges est une fête délicieuse, non-seulement pour les enfants, dont les anges contemplent la face du Père céleste, mais encore pour tous les adultes, pour tous les élus , puisque les anges sont les ministres de Dieu, envoyés pour veiller à leur salut {Hébr.,i^ 7), et pour toute l'assemblée des fidèles, qui est le théâtre où les puissances célestes admirent la sagesse de \)iQ\\[Éphcs,, m, 10).
Jésus-Christ étant venu pour réunir les anges et les hommes en une seule famille, et nous ayant rendus propres à la contemplation des choses célestes, le liturgiste devra apprendre à considérer la doctrine des anges avec l'œil de l'esprit, et s'en servir comme d'instrument pour vivifier et manifester, dans les fidèles, principalement le jour de la fête des saints anges, le sens des choses célestes.
1°I1 insistera surtout sur ce mot du Sauveur : Que les anges éprouvent plus de joie de la conversion d'un pécheur que de la persévérance de quatre-vingt-dix-neuf justes. Cette participation des esprits à la conversion des pécheurs est bien propre à nous faire prendre la résolution de donner aux anges ce sujet d'allégresse.
2" Jésus-Christ nous montre, dans Tempressement qu'ils mettent à accomplir la volonté de Dieu, un exemple du zèle que nous devons y apporter nous-mêmes ; d'ailleurs le désir de les imiter dans leur obéissance envers le Père céleste est renfermé dans cette prière que nous adressons journellement au Seigneur :
« Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » L'occupation des anges, chargés de servir de ministres à Fhomme, est une preuve de la haute excellence de la nature humaine. 11 faut bien qu'il y ait quelque chose de grand dans Thomme, puisque les bons esprits sont obligés de veiller à son salut.
3" Jésus-Christ, comme Fils de Dieu, et comme souverain dont le trône est au-dessus de tous les trônes et placé à la droite de Dieu, est élevé au-dessus de tous les anges ; aussi, en Jetant nos regards sur les anges, ne devons-nous jamais les détourner de Jésus-Christ.
4*^ La toute-puissance du Dieu unique, agissant dans les anges et par les anges, aide à nous faire comprendre comment un jour Dieu sera tout en tout.
5<» Lldée qu'il existe des rapports entre les anges et nous, nous ouvre sur le gouvernement de Dieu de magnifiques perspectives, et fortifie puissamment le courage de l'homme de bien. « Soyez ardents dans la lutte contre le mal ; car une multitude innombrable de bons esprits combat avec vous. )^ Le soin de l'innocence des enfants, et la fidélité aux moindres préceptes que Dieu nous impose dans notre intérêt : voilà ce qui fait la joie du ciel et nous rend les imitateurs des anges. 0 vous, les tendres fleurs de la race humaine, si vous saviez combien le cœur me saigne quand je vois la pudeur disparaître de votre visage, et que je n'aperçois nulle part la main d'un auge venir protéger cette gardienne de l'innocence !
6<^ La fidélité dans les fonctions du ministère des âmes fait des évêques et des prêtres les anges des fidèles.
8i. Si le culte des saints ne doit être autre chose qu'un honneur rendu à Dieu et à Jésus-Christ dans la personne des saints, les fêtes où nous célébrons la mémoire de la sainte Vierge^ ne doivent non plus être considérées par le liturgiste que comme autant de fêtes du Seigneur. C'est son nom que nous vénérons dans la fête de tous les saints; c'est sa sainteté que nous imitons dans leurs vertus, sa sagesse éternelle que nous apprécions dans leurs vicissitudes et leurs destinées. Toute exagération dispa-
9. Le cantique de Marie (Luc, i, 46-55)Journit à lui seul de riches matériaux de sermons pour les jours de fêtes de la mère de Jésus.
1. Lorsque Elisabeth^ de sa voix inspirée^ eut proclamé heureuse celle qui devait enfanter le Sauveur ; « Bienheureuse êtesvous, vous qui avez cru^ » etc., Marie s^'écria aussitôt : « Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit est transporté de joie en Dieu, mon Sauveur. »
On voit ici que la sainte Vierge, loin de se complaire dans les louanges de son amie, s'élève aussitôt vers Dieu de toutes les puissances de son âme, et chante les merveilles qu'il a opérées en elle. On y voit qu'elle fait consister toute sa joie dans le Seigneur, et qu'elle tressaille, non en elle-même, mais en Dieu. Indice significatif, qui nous montre l'essence et le but du culte des saints. Si Marie, lorsqu'elle vivait sur la terre, au lieu de s'exalter elle-même, glorifiait Dieu, et Dieu seul, il est clair que maintenant encore c'est Dieu, et non point elle, qu'elle veut qu'on glorifie.
Il résulte de là que la reconnaissance est la marque des âmes pieuses, qui font consister toute leur joie dans le Seigneur; que la louange de Dieu et la joie en Dieu sont choses tout à fait familières aux âmes d'élite : « Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit tressaille en Dieu, mon Sauveur. » Si tout cela n'était que sur les lèvres, ce serait une afiaire purement machinale , une fausse humilité, c'est-à-dire un double orgueil. De ce qui précède, on peut extraire ce sujet d'instruction : De la conduite des âmes craignant Dieu, par rapport aux dons du Seigneur,
i . Les âmes pieuses louent Dieu, et non elles-mêmes; tressaillent en Dieu, et non en elles-mêmes. C'est-à-dire que la véritable crainte de Dieu consiste à lui être reconnaissant et à se réjouir en lui.
2. Marie, qui avait la crainte de Dieu, était reconnaissante envers Dieu, et mettait en lui sa joie.
3. Nous aussi nous devons être reconnaissants envers le Seigneur et nous réjouir en lui ; car c'est une ingratitude grossière -
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338 THÉOLOaiE PASTORALE.
de recevoir les dons de sa main sans en éprouver aucun sentiment de reconnaissance. C'est un orgueil monstrueux de ne point s'élever du don jusqu'au donateur^ mais de s'enorgueillir de ce qui ne vient pas de nous.
II. «Parce qu'il a regardé la bassesse de sa servante : et voici que désormais toutes les générations m'appelleront bienheureuse. »
Voyez combien cette humble créature a le vif sentiment de sa faiblesse et de son impuissance. Elle ne voit en elle que la bassesse d'une servante !
Tous les bienfaits de Dieu, elle les attribue à une grâce et à une faveur du Très-Haut. Mais voyez aussi combien elle comprend la haute distinction qui lui est accordée! Déjà elle entend d'avance les cantiques d'actions de grâces chantés par les générations à venir. Tout cela n'est à ses yeux qu'une conséquence de la bonté du Seigneur, qui a daigné abaisser ses regards sur elle. Plus rhumilité s'abaisse devant Dieu, plus elle est élevée. D'où l'on peut tirer la méditation suivante sur l'humilité du cœur:
1 . En quoi consiste la vraie humilité, et en quoi elle ne consiste pas.
Elle ne consiste pas à cacher ses qualités par une adroite dépréciation de soi-même; mais à voir clairement sa propre impuissance vis-à-vis de Dieu, et sa faiblesse vis-à-vis de soimême; à ne considérer ses propres avantages que comme l'œuvte de la bonté divine ; à fortifier en soi, à chaque bienfait que Ton reçoit de Dieu, ce sentiment de la grâce divine et de notre bassesse. La vraie humilité consiste à mourir à soi-même : «Vous avez abaissé vos regards sur moi, et vous m'avez élevée. Tout ce que je suis, c'est par vous que je le suis.»
2. Cette humilité de cœur, Marie l'avait au plus haut degré. Tout en sentant sa dignité et en comprenant qu'elle serait l'objet des louanges de la postérité, elle n'oubliait pas qu'elle était la « servante du Seigneur;» elle considérait cette distinction comme un don et une faveur gratuite que Dieu lui faisait.
3. D'où vient que la vraie humilité est si rare? De ce que, oubliant notre bassesse, notre impuissance, nous ne voyons dans le bien de Dieu que notre bien propre, et de ce que nous nous en prévalons comme si ce n'était point un don de Dieu. Nous ne voyons point, ou nous ne voyons que superficiellement, Fabîme de péché qui est en nous; nous n'opposons qu'une résistance faible et rare aux excitations de Tamour-propre et de Tégoïsme.
«Parce que le Tout-Puissant, dont le nom est saint, m'a fait de grandes choses. Et sa miséricorde s'étend de race en race sur ceux qui le craignent. Il a déployé la puissance de son bras. »
Comme cette belle âme apparaît de plus en plus ! Elle est remplie du Seigneur, et ravie de sa gloire. D'où l'on peut conclure qu'elle n'avait rien de plus cher que de s'entretenir avec son Dieu ; telle doit être aussi « la plus noble occupation de l'homme : » sujet d'une nouvelle méditation.
4 . La plus noble occupation de l'homme est de s'oublier, lui et le monde, pour ne s'entretenir qu'avec Dieu; de s'élever audessus des sens, au-dessus delà vie; de méditer avec amour et une pieuse docilité sur la volonté divine, sur la toute-puissance du Très-Haut qui se révèle en tout ce qui existe, sur la sainteté de Dieu et la pureté de son être , sur la lumière éternelle qui le manifeste et le cache éternellement , sur la sagesse, la bonté et la miséricorde de Dieu, etc.
2. Cette méditation paisible sur les œuvres, les conseils, les perfections de Dieu, accompagnée d'amour et d'obéissance, était l'occupation favorite de la mère du Seigneur. Elle connaissait sa puissance parles choses qu'il « avait faites en elle;)> la sainteté de son nom et sa miséricorde, par les effets qui « s'en propageraient de génération en génération sur ceux qui le craignent. »
3. L'homme tout entier, considéré dans sa vie, dans ses souffrances, etc., n'est que le miroir de la sainteté, de la toute-puissance et de la miséricorde de Dieu. Heureux s'il y regarde souvent pour apprendre à connaître et adorer Dieu en lui. «Notre science souveraine, notre salut, notre religion, notre sagesse, notre vertu, notre bonheur dans le temps et dans l'éternité.
notre bien suprême^ c'est d'être unis à Dieu seul^ de cœur et d'âme^ par un amour inaltérable.»
IV. «Il a dispersé les superbes en la pensée de leur cœur. Il a déposé les puissants de leur trône, et il a exalté les humbles. Il a rempli de biens ceux qui en manquaient, et il a renvoyé les riches vides. »
Vous le voyez, la foi en la Providence du Dieu unique repose entièrement sur sa sagesse et sa bonté. Cette foi, qui a pour fondement ces deux attributs, est ce qui constitue la véritable grandeur, la noblesse réelle de toutes les grandes âmes. De là cet autre sujet dQ méditation : >
c( De quelques-unes des voies connues de la Providence divine. »
1. Malgré Timpénétrabilité des desseins du Très-Haut, desseins qui ne sont connus que de Fesprit de Dieu, il nous a été donné néanmoins d'entrevoir, à la lumière qu'elles projettent, quelques-unes des lois qu'il a établies, telles que celles-ci : «Il disperse les superbes, exalte les humbles, rassassie ceux qui ont faim, renvoie les riches vides.»
2. Ces lois se manifestèrent à l'occasion de Marie et de ses contemporains.
Les prêtres, les Pharisiens, les Juifs opulents, les Hérodiens, les Sadducéens, étaient heureux dans leur folie ; et avec toute leur science, leur considération , leurs honneurs, ils n'avaient nullement soif du royaume du Messie ; par conséquent, ils s'en allèrent vides. Au contraire, Marie, Elisabeth, Anne, Siméon, les pauvres pécheurs, Nicodème, Nathanael, devinrent riches ; il en fut de môme des bergers ; tandis qu'Hérode s'en alla vide. C'est là un des aspects lumineux des impénétrables conseils du Très-Haut; les adorer dans le silence, y croire avec humilité et obéissance, telle était la joie de la mère de notre Sauveur.
3. Telle est aussi la joie de toutes les âmes pieuses. De là leur humihté; de làleur soif de la grâce divine. Elles seront exallées et rassasiées.
Apprenons par ce cantique à connaître le Dieu qui exalte les humbles et rassasie les pauvres; soyons humbles de cœur, afin de ne point résister à la grâce de celui qui veut faire de nous de bons ouvriers de sa vigne ; ayons faim de la grâce de Dieu, afin qu'il nous rassasie de la plénitude de ses miséricordes.
V. ((Il a relevé Israël son serviteur, se souvenant de sa miséricorde, ainsi qu'il Tavait annoncé à nos pères, à Abraham, et à sa postérité pour toujours. »
Il n'y a point de méditation plus propre à élever l'âme que celle qui nous montre dans le présent le passé et Tavenir, et nous fait connaître en quoi consistent le commencement, le progrès et la plénitude de la réalisation des promesses des anciens âges.
Ces promesses faites depuis longtemps. Dieu les a accomplies; Teffet s'en continue à travers tous les siècles, il embrasse le temps et réterni té.
Ici, la joie de Marie fut à son comble. Nous ne doutons point que Marie sût prier, puisque son cœur était plein de Dieu, plein des promesses et des bienfaits qu'elle en avait reçus, plein des bénédictions qui se répandaient d'elle sur des milliers d'individus.
Quand le cœur est pénétré de Dieu, qu'il surabonde de reconnaissance, de confiance et d'amour, il n'y a plus qu'à le laisser déborder devant Dieu ; et telle est la véiitable prière, la prière sans art ni artifice : parler à Dieu de l'abondance du c<Eur ; de là ce sujet de méditation :
« De la véritable prière du cœur. »
Celui qui veut , comme Marie, prier de cœur, doit , comme elle, avoir le cœur pénétré des conseils de Dieu, qui sont la sainteté, la sagesse et l'amour même ; de ses miséricordes, de ses promesses et de ses bénédictions, qui deviennent en Jésus- Christ {( oui n et « amen. »
Quel est celui qui, se pénétrant des dispositions de cette âme céleste, si admirablement dépeinte dans ce cantique, pourrait ne pas admirer ce sentiment virginal, cet accent pro-
342 THÉOLOGIE PASTOKALE.
phétique ? Profanée en quelque sorte par le temps, Marie n'est que la servante de TÉternel ; prête à entrer dans la nouvelle alliance, elle voit réunies dans le fruitde ses entrailles et les espérances de ses premiers ancêtres, et les bénédictions qui seront accordées à ses derniers descendants ; élevée au dessus des filles d'Israël, elle n'est rien à ses propres yeux, et Dieu est son tout.
Quel est celui qui, considérant cette âme aux sentiments si délicats, à la foi si énergique , au caractère si paisible et pourtant si sensible à la joie, pourrait ne pas condamner cette race d'hommes froids et glacés, qui laissent déshonorer un tel caractère!
Outre la beauté intérieure de cette âme, qui la rend aux yeux du chrétien si digne d'être la mère du Seigneur, le rapport qui existe entre elle et Jés as-Christ, et sans doute aussi entre elle et nous, doit^ encore nous rendre son nom à jamais vénérable. Chaque fois qu'on prononce le nom de Marie, on rappelle à notre cœur et Ton remet sous nos yeux le Sauveur Jésus-Christ; car c'est elle qui nous Ta enfanté. Souvent aussi nous la rencontrons dans l'histoire de Jésus-Christ, bien qu'il nous fût agréable de l'y trouver encore plus souvent.
Volontiers nous visitons par la pensée l'échoppe du charpentier de Nazareth, pour y voir se développer et fleurir ce magnifique enfant , pour contempler sous les yeux de sa mère sa grâce et sa sagesse.
Volontiers nous le suivons accompagnant, à l'âge de douze ans, les pèlerins de Jérusalem; nous aimons à le voir enseignant au temple et retrouvé par Marie.
Volontiers nous le voyons, jusqu'à l'âge de trente ans, travailler, prier, obéir, étudier au milieu de sa pauvre mais sainte famille.
Volontiers nous voyons Marie à Cana , où Jésus-Christ opéra son premier miracle; et quandkle Sauveur prononce des paroles de la vie éternelle, nous la contemplons avec plaisir au milieu de la foule des auditeurs. Mais là où nous la voyons de préférence, c'est au pied de la croix, à côté de saint Jean, où le
théolô'gie pastorale. 343
Sauveur mourant n'oublie point de la bénir. Il est aussi hors de doute qu'elle le vit après sa résurrection, mais surtout le jour de la Pentecôte ; car ayant enfanté le Sauveur du monde, il était naturel qu'elle reçût de l'Esprit régénérateur une nouvelle mesure de vie divine.
Si donc la mère du Christ doit avoir pour tout chrétien une valeur immense, il est aisé de comprendre que les pieuses servantes, les jeunes filles sages et vertueuses, les femmes chrétiennes entendront surtout volontiers parler d'elle.
Elle est rhéroïne de leur sexe, et elle Test de droit.
Le pasteur ne négligera donc pas d'indiquer aux jeunes personnes du sexe la vraie manière d'apprendre de Marie : à être pures d'âme et de corps , et à conserver, comme elle , la parole de Dieu dans lenrs cœurs; aux mères, à conduire de bonne heure leurs enfants à l'école de Seigneur et à les élever pour lui; à se montrer elles-mêmes, au pied de la croix du Sauveur, fortes dans la foi, persévérantes dans la patience, infatigables dans la prière.
Malheur à celui qui commettrait le péché énorme de détourner de cet idéal de la virginité le tendre regard de la vierge chrétinne, qui a découvert en Marie l'image de la perfection virginale, car ce que vous lui enlèveriez , vous ne pourriez le lui rendre sûrement par aucun autre moyen.
85. Il y a surtout trois fêtes commémoratives de la mère de Dieu qui doivent être chères au pasteur : la fête de VAnnonciation, celle de la Visitation et celle de son Assomption au ciel.
a. Celui qui s'est habitué à considérer les choses de Dieu sous une lumière divine ne saurait plus ignorer que, dans le mystère de l'Incarnation, le messager fut un ange ; la mère, une vierge, et l'Esprit de Dieu, la puissance créatrice.
Foi, adoration, allégresse sont les tons que rendent les cordes touchées par l'harmonie de l'éternité. Celui qui ne comprend rien à ces tons, il ne lui reste qu'à aller puiser dans son recueil les matériaux de son sermon. Mais malheur aux fidèles qui sont obligés de s'en contenter, et qui, en cette fête de
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Tamour, n'entendent aucune syllabe sur les espérances de réternité.
b. Si saint Luc racontant qu'Elisabeth reconnut dans sa jeune amie qui la visitait, la mère de son Seigneur, et la proclama bienheureuse à cause de sa foi ; si Jean sentant dès le ventre de sa mère le voisinage de TEsprit divin; si Marie ^ dans la sublimité de son inspiration, ne pensant qu'à Dieu et au soulagement de l'humanité; si les communications de l'Esprit divin, qui eurent lieu dans cette visite, étaient racontés aux fidèles par un autre saint Luc, il faudrait que prêtre et fidèles eussent des cœurs de pierre pour n'être point émus à cette annonce du salut qui va descendre sur le monde. Tout ce que les traditions païennes racontent touchant les visites des dieux ne saurait atteindre à la simplicité et à la sublimité de ce récit.
Si Zacharie ne recouvra la parole qu'à la naissance de son fils, et si, dès lors, sa bouche ne retentit plus que du nom de ce fils, de la louange de Dieu et des espérances de l'avenir, avec quelle ardeur ne durent-ils pas soupirer après la Bénie du Seigneur, Marie, elle dont les cantiques surpassaient tout ce qu'on pouvait chanter à la louange du Très-Haut.
Il est survenu certaines époques d'indifférence et de froideur, où l'on a séparé l'une de l'autre la louange du Seigneur et la vertu, et où l'on a trouvé qu'après avoir chanté des cantiques de louange il fallait encore se préoccuper de vertu. Chers pasteurs, gardez-vous de laisser entrer dans vos jardins cette froide atmosphère qui étouffe tous les germes de la piété.
c. Si Marie trouve sa joie à être auprès de Jésus, si c'est là la place qu'elle aime de préférence, pourquoi ne récolterait-elle pas ce qu'elle a semé dans les larmes ? pourquoi ne pourraitelle pas voir dans sa pleine lumière ce qu'elle a embrassé par la foi ? Si, pendant qu'elle vivait sur la terre, elle n'y était jamais complètement, pourquoi sa mort ne serait-elle pas toute céleste et pourquoi serait-elle autre chose qu'un ravissement au ciel? Il n'est pas nécessaire que le liturgiste soit un Guido Reni,
pour que son âme céleste puisse reproduire cette scène avec toute la beauté désirable.
« Entrez , la Bénie du ciel , dans la joie de votre Seigneur ! »
86. Puisque les douleurs et les souffrances ne sont pas étrangères même aux âmes pieuses, et que de nos jours encore elles paraissent ne vouloir point disparaître de la terre, le liturgiste ne devra pas passer sous silence la fête des Sept-Douleurs de Marie.
Il prêtera Toreille à ces paroles de Siméon : « Un glaive de douleur transpercera votre cœur; » il considérera le déchirement i que la prophétie de Siméon produisit dans le cœur de la mère de Jésus, surtout lorsqu'elle était au pied de la croix, comme une figure des saintes blessures que la parole de Dieu fait dans les cœurs, et qu'elle guérit de nouveau.
Cette sainte douleur est précisément ce que saint Paul appelle une «tristesse divine. »
La parole de Dieu a effectivement un double effet : elle coupe là où il faut couperj; elle guérit là où il faut guérir. Elle coupe comme un glaive à deux tranchants , et elle guérit comme un baume céleste.
Si le Stabat de Pergolèse, au lieu des artistes profanes qui Texécutent et des profanes auditeurs qui l'entendent, trouvait pour le chanter et l'écouter des bouches et des cœurs vraiment chrétiens, il aurait cet effet vraiment liturgique, qu'il vivifierait la piété et retentirait jusque dans la vie des fidèles.
87. hdifête delà Dédicace est à la fois la fête des enfants, des familles, du peuple et des chrétiens. Le liturgiste, l'envisageant dans sa signification la plus élevée , exposera au peuple les divers enseignements qu'on en peut tirer.
1 °. La fête de la Dédicace verse dans les cœurs qui sont ouverts et qui savent écouter, de riches enseignements.
a. Si nous n'étions pas chrétiens, on n'aurait pas construit pour nous des églises chrétiennes.
La fête de la Dédicace signifie donc : «Remerciez le Seigneur de vous avoir appelés dans sa sainte famille; réjouissez-vous
d'être chrétiens. » Hélas ! qu'en serait-il de nous si nous vivions encore dans le paganisme , et que nous n'eussions jamais entendu parler ni de Jésus-Christ ni de son Évangile ? Adorons donc et remercions ! C'est le « Père qui est au ciel » qui nous a amenés à la connaissance de son nom et de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; c'est pourquoi honneur et gloire lui soient rendus dans toute l'éternité !
Quel dommage que^ parmi les chrétiens^ il y en ait si peu qui manifestent dans leur vie la divinité de la doctrine qu'ils professent ! que, parmi tant de chrétiens^ il y en ait un si grand nombre qui soient païens par leurs sentiments et leur conduite !
b. Si nous vivions à l'époque des persécutions , il ne nous serait point permis de professer publiquement le christianisme; nous n'aurions ni maisons de prières, ni pasteurs qui pussent se montrer comme tels. Mais Dieu a mis au cœur des grands de la terre la pensée de nous laisser vivre tranquillement selon notre foi.
La fête de la Dédicace signifie donc : Remerciez le Seigneur de pouvoir professer librement votre foi, vous réunir à l'église, entendre la parole de vérité de la bouche des prédicateurs ; de pouvoir vous édifier et vous encourager mutuellement.
Les premiers chrétiens étaient souvent obligés de se cacher dans les cavernes et les forêts pour échapper au glaive des persécuteurs; ils ne pouvaient célébrer leur office divin que dans des grottes souterraines éclairées par une faible lumière, et ils étaient sans cesse' troublés par la crainte d'être trahis et mis à mort. Combien nous devrions être reconnaissants envers Dieu de ce que nulle puissance extérieure ne nous empêche de prendre part à l'office public, et d'avoir, non pas seulement une maison de prière, mais une multitude innombrable de temples, où nous pouvons entrer sans la moindre crainte, et proclamer hautement « que nous sommes chrétiens, et que nous croyons au Sauveur Jésus-Christ. »
Malheureusement, une arrière-pensée trouble notre joie :
c'est qu à l'époque des persécutions il y avait plus de zèle parmi les chrétiens que maintenant^ dans nos siècles de liberté chrétienne ; c'est que dans leurs grottes souterraines, les chrétiens avaient plus de piété que nous n'en avons, nous, dans nos temples spJendides. — Dieu veuille nous conserver la liberté de professer l'Évangile, et fortifier de plus en plus la foi de notre cœur I
c. Nous avons beau professer la foi chrétienne,' avoir une multitude de temples où nous pouvons exercer librement et sûrement les prescriptions de notre religion ; nous avons beau fréquenter la maison du Seigneur : tout cela n'est rien, n'est qu'une vaine parade, si nous n'adorons pas Dieu en esprit et en vérité, et si cette adoration n'est pas en même temps dans notre conduite. t( Dieu, a dit Jésus-Christ, est un esprit, et il cherche des adorateurs qui l'adorent en esprit, c'est-à-dire qui l'adorent non du bout des lèvres, mais en s'attachant à lui de tout leur cœur et en faisant sa volonté. »
La fête de la Dédicace signifie donc : a De même qu'autrefois cet édifice a été consacré par des solennités d'une haute signification pour être la maison de Dieu, de même nos cœurs doivent l'être pour devenir des temples vivants du Saint-Esprit; car « en Jésus-Christ, ni la circoncision, ni l'incirconcision ne servent de rien, mais la nouvelle créature. » Ce qui est extérieur ne suffit pas. L'homme intérieur, le cœur, voilà ce qui doit être créé à neuf : cela seul constitue le chrétien. Cet édifice que vous voyez, depuis qu'il a été destiné à servir d'église, n'est plus employé qu'à des fonctions spirituelles , à l'adoration de Dieu; ce n'est pas une maison de commerce, où il soit permis de vendre et d'acheter; ce n'est pas une hôtellerie, où on loge des étrangers; ce n'est pas un théâtre, où l'on joue des comédies et des tragédies : c'est la maison de Dieu, le lieu de la prière, destiné au culte de Dieu et où se renouvelle le sacrifice de Jésus - Christ sur la croix, où nous ofîrons à Dieu nos prières ferventes et nos saints cantiques. Ainsi du cœur des chrétiens. Ce doit être une maison de Dieu, un temple du Saint-Esprit, où l'on ne
sacrifie ni à Tidole de Tavarice, ni à celle de la volupté , ni à celle de la d'orgueil, ni à celle de la vengeance; mais où Tamour, la paix, la douceur, Thumilité, la pureté et la tempérance offrent au Seigneur un culte raisonnable. » Rcdionabile obsequium, Rom., xii. i.
Il ne suffit donc pas d'aller souvent dans la maison de Dieu ; il faut encore devenir soi-même une maison du Seigneur.
2o Pour que la vertu divine du christianisme devienne vivante en vous, pour qu'elle se manifeste en vous, et agisse par vous, il ne suffit pas que vous deveniez un temple de Dieu ; il faut encore que vous transformiez vos maisons en maisons de Dieu. Il en sera ainsi, quand vos enfants, vos domestiques, etc., adoreront avec vous le Dieu unique ; quand la parole de Dieu y sera annoncée, son nom glorifié ; quand on n'y souffrira plus ni jurements, ni blasphèmes, ni divisions, ni querelles; quand Jésus-Christ vous accompagnera, vous et les vôtres, soit quand vous y entrerez, soit quand vous en sortirez ; quand Dieu y aura un autel, et que le monde n'y en aura point.
3** Pour que la vertu divine du christianisme soit vivante en vous, pour qu'elle se manifeste en vous et agisse par vous, il ne suffit pas que vous et votre maison deveniez un temple de Dieu; il faut, de plus, que vous travailliez de toutes vos forces à ce que votre paroisse tout entière devienne aussi une maison du Seigneur. Et il en sera ainsi, quand nul vice païen, nulle inimitié, nul meurtre, nulle fornication, nul adultère, nul vol, nulle supercherie, nul mensonge, nulle calomnie n'y régnera plus; quand tous les membres se préviendront les uns les autres par des œuvres de charité ; quand il n'y aura plus ni riche orgueilleux, ni pauvre inquiet de sa nourriture et de son couvert ; quand ni les grands ne mépriseront les petits, ni les pauvres ne flatteront les riches.
40 Si vous apparaissez dans cette maison visible du Seigneur non-seulement de corps, mais d'âme ; si vous et les vôtres devenez une maison de Dieu, si vous faites en sorte que toute votre paroisse devienne un temple du Seigneur, alors la mai-
son de Dieu, qui sera vous-mêmes, sera édifiée dans le ciel, et consacrée à la louange parfaite du Très-Haut ; alors vous serez reçus dans cette autre demeure du Seigneur, dans le temple du ciel, où vous chanterez avec les élus un hymne éternel à la gloire de Dieu.
Ce sont là, sans nul doute, les plus belles pensées que le liturgiste puisse offrir à la méditation des fidèles.
Une autre fois, il trouvera dans les besoins mêmes des fidèles Toceasion soit de parler de Tobligation d'assister à l'office divin, soit d'expliquer à ses auditeurs Tessence de la prière, Tadoration éternelle de Dieu.
5» Si la nécessité de manifester et de fortifier la rehgion intérieure est le but et l'esprit du culte public et extérieur, il s'ensuit que Tamour de Dieu, Tamour du prochain, comme aussi Famour raisonnable de nous-mêmes, nous font une obligation d'assister à l'office public.
L'amour de Dieu demande à s'exprimer, et il réclame la nourriture nécessaire à son entretien.
L'amour du prochain veut éclairer, édifier, fortifier ses frères.
L'amour de soi ne veut pas être exclu du pain céleste, distribué à la communauté,
6*^ Mais c'est pour une pieuse paroisse plutôt un bonheur qu'un devoir de confesser le Seigneur dans des assemblées publiques, et de lui donner de nouveaux gages de sa fidélité.
7° La doctrine de la prière ne saurait être ni trop souvent ni trop clairement énoncée devant les fidèles ; car, bien comprise, elle est la doctrine du christianisme tout entier :
L La prière est le mouvement de la piété ;
II. La vraie piété est une tendance continuelle de l'âme vers Dieu en Jésus-Christ;
m. Cette tendance continuelle de Tâme vers Dieu est la foi, Tamour, l'espérance, vivant à l'intérieur de l'homme et vivifiant son extérieur;
IV. La foi, l'amour, l'espérance ne sauraient vivre à l'intérieur
de l'homme et vivifier son extérieur sans une transformation complète;, opérée par Fesprit de Dieu, qui renouvelle toutes choses ;
V. L^esprit de Dieu, lorsqu'il habite en nous, nous apprend à demander les choses de Dieu, ou plutôt il les demande lui-même en nous par d'ineffables soupirs ;
VI. Avant d'atteindre ce degré, la prière en parcourt une foule d'autres; car l'oraison, de même que l'homme nouveau, commence, progresse et arrive à sa plénitude dans la vie en Dieu ;
YII. Telle la prière de l'homme, telle salutte contre le mal pour le bien, telle aussi sa victoire, sa sagesse, sa vertu, son heur.
D'où résulte au moins cette preuve, que la doctrine delà prière, bien comprise, n'est rien moins que la doctrine du christianisme tout entier.
YIII. Il s'ensuit encore, évidemment, qu'il n'y a que les âmes pieuses où l'adoration de Dieu soit véritablement à sa place ; car l'attachement de l'âme à Dieu n'est brisé que par l'abandon volontaire de Dieu, lequel est incompatible avec la piété.
IX. Il résulte de là que la piété porte partout son autel avec elle, et qu'elle trouve partout dans l'immense maison de Dieu un lieu pour prier, dans la nature comme dans l'obscurité d'une cellule.
X. Il suit de là que la bouche, au lieu de prier elle-même, ne peut qu'interpréter la prière de l'âme ; que joindre les mains, s*agenouiller,etc.,ne sont qu'un interprète muet de la prière, et sauraient jamais être la prière même ; qu'une vie mortifiée, juste, pieuse, n'est que le fruit, l'exercice, le cachet de la vraie prière ; de même que l'union de l'âme avec Dieu, avec les conseils et les secours de Dieu, constitue l'essence de la prière.
En résumé : votre vie n'a-t-elle formé qu'un avec Dieu, et votre vie extérieure a-t-elle été d'accord avec votre vie intérieure, vous avez bien prié et bien vécu.
La longueur et la multiplicité des prières orales ne prouvent nullement que vous avez bien prié ; car Dieu considère le cœur ;
et dans ce cœiir^ il n'y a que la foi^ rameur et Tespérance qui puissent bien prier.
De ce que dans la prière vous éprouvez de la douceur^ cela ne prouve point que vous priez bien ; car on contrefait aussi le miel.
De ce que vous priez sans éprouver des sentiments de consolation^ cela ne prouve pas que vous ne priez pas bien ; car le cri de détresse que poussa le Seigneur à Theure où il était si dénué de consolations fut éminemment agréable au Seigneur.
De ce que votre prière n'est point exaucée, cela ne prouve pas que vous n'avez pas bien prié ; car la prière par laquelle le Seigneur demanda qu'on éloignât de lui le calice de ses douleurs ne fut point non plus exaucée.
"Vous ne devez même pas faire fonds sur les pieuses résolutions que vous avez prises dans la prière ; car souvent elles disparaissent comme la rosée s'évanouit en face du soleil. Les larmes ne sauraient non plus garantir la valeur de la prière ; car elles se sèchent aussi promptement qu'elles ont coulé facilement. — Quel est donc le signe infaillible auquel vous reconnaîtrez que vous avez bien prié ?
Quand les fruits de votre vie pieuse, juste, mortifiée, paraîtront au dehors, tenez pour certain que votre prière est un bon arbre, puisqu'il porte de bons fruits.
Tel est le langage que tient le pasteur au milieu de sa paroisse.
88. Parmi les fêtes de la religion, il en est une qui doit son institution aux sentiments de l'humanité, et qui a été consacrée par le sentiment de la religion, c'est
La fête du Nouvel An. Emportés parle torrent du temps, nous devons élever la tête au-dessus des flots, sachant que si le corps ne tarde pas à périr au milieu des ondes, l'esprit abordera heureusement au port de l'éternité; que nous ne vivons dans le temps qu'afm de nous former pour Téternité ; que toutes les vagues et les tempêtes des pensées, des désirs, des efforts et des actions humaines sont vaines, et qu'il n'y a de stable que ce
qui repose sur Dieu^ et ce qui est fondé sur son amour; que dans le tumulte des aiBPaires temporelles Fliomme ne doit s'attacher qu'à Dieu; que, même dans le tourbillon qui l'emporte, il peut, en Dieu, vivre éternellement hors du temps.
Le liturgiste qui aura appris à s'élever au-dessus des flots de ce monde, trouvera, dans le nouvel an, Foccasion d^exposer aux fidèles ce que de pieuses méditations lui auront révélé. Ainsi il les exercera :
1° A méditer sur la frivolité humaine, puisque Thomme, tout en s'approchant à chaque moment de la tombe, tout en sachant que la manière de vivre dans le temps et la manière d'être dans Télernité, sont dans un rapport étroit, tout en ignorant si le moment qui lui est accordé est le dernier de son existence , vit avec autant d'insouciance que s'il ne devait jamais mourir, ou que la mort fut pour lui la chose la plus insignifiante;
2<» Il leur montrera combien est important le moment présent, puisqu'il n'y a que celui-là qui soit en notre pouvoir, et que ni le passé ni l'avenir ne nous appartiennent; puisque le bon usage de ce moment peut lui communiquer une valeur éternelle, et qu'enfin, c'est du bon usage du moment actuel que dépend le bon usage du temps futur ;
3<> Il les habituera à méditer sur l'art des saints, qui consiste à comparer le temps avec l'éternité, en considérant combien sont passagères les joies de la vie présente mises en parallèle avec celles de la vie future ; combien sont douces les souffrances du monde comparées aux récompenses éternelles accordées à la patience, et dans quel rapport intime la semence du temps est avec la moisson de l'éternité ;
4° Il les fera réfléchir sur l'immutabilité de Dieu et de ses conseils éternels, au milieu de l'inconstance des choses et des temps : sujet de consolation pour tous les hommes, à l'époque du nouvel an;
5" Il les invitera à jeter un regard sur le passé, et un autre sur l'avenir, afin d'exciter leur cœur au repentir, à la recon-
THÉOLOGIE TASTORALE. 353
naissance, à de sérieuses résolutions, à la prière, et à demander Tassistance du Saint-Esprit.
6" Il leur conseillera de \'ivre dans le repos avec eux-mêmes, jusqu'à ce que Thomme intérieur soit devenu une nouvelle créature en Jésus-Christ; puisque, sans cette nouvelle créature, rien n'a de valeur aux yeux de Jésus-Christ ;
7° Il les exhortera à pratiquer la charité fraternelle envers tous les hommes,- puisque nous avons tous une commune origine, une commune nature, une commune destination; surtout puisque nous avons tous la même foi en un seul Dieu qui peut nous sauver tous, au même médiateur, qui s'est ofiert pour tous.
89. A côté de ces fêtes du christianisme, le paganisme a, lui aussi, trois jours commémoratifs : ce sont les jours du carnaval.
On a reproché aux Ecclésiastiques de se poser en ennemis les réjouissances publiques» tout en sachant fort bien prendre secrètement leur revanche. Sans m' arrêter à cette accusation, qui est une fausseté si on l'applique à l'ordre sacerdotal tout entier, et qui ne prouve rien si , tout en ne portant que sur quelques individus, elle tend à jeter le soupçon sur tous, je me contenterai d'examiner quelle est la conduite de tout prêtre raisonnable par rapport aux réjouissances publiques :
i» Il est bien éloigné de décrier et de condamner tous les divertissements publics. D'abord, ce décri et cette condamnation seraient une entreprise vaine et nuisible : vaine, parce que, même ce qu'il dirait de vrai, n'irait pas jusqu'à l'oreille de celui qui préfère une salle de danse à l'église; nuisible, parce que ce serait priver de sa nourriture la meilleure partie des fidèles qui a soupiré après le pain céleste, pour l'offrir à ceux . qui en sont rassasiés et qui le repousseraient. Ce décri et cette condamnation seraient, en outre, aussi déraisonnables qu'offensants. S'il est déraisonnable de condamner le plaisir pour le plaisir, il ne saurait y avoir que sagesse à blâmer dans les réjouissances publiques tout ce qui est folie, immorahté, ex- TmioL, PA&T. II 23
354 THÉOLOGIE PASTOKALE.
ces. Ne voir dans les divertissements publics que folie et immoralité^ c'est offenser directement les gens de bien qui y participent ;
2* Le prêtre est fort éloigné d'approuver sans réserve les divertissements publics; car si^ dans ces sortes de récréations, le plaisir seul faisait la loi (ce qui n'est pas loin d'être vrai), la pudeur et la décence ne tarderaient pas à en être bannies ;
3<» Le prêtre respecte trop sa personne et son caractère, pour participer à ces sortes de divertissements publics où les âmes pures^ qui en seraient témoins, seraient obligées de rougir, et où le prêtre ne pourrait se trouver sans être forcé de se condamner lui-même ;
4° Il n'approuve nullement l'indifférence des autorités, des parents, des personnes influentes d'une localité qui voient sans s'émouvoir que, dans une foule de familles, on porte à l'époque du carnaval le reste de sa fortune aux monts-de-piété, on bannit la pudeur et l'on se moque de la décence publique comme d'une superstition; il flétrit, au contraire, publiquement et avec toute la sévérité possible, cette folie qui transforme la vie tout entière en une partie de plaisir permanente, et qui sacritie à la joie, fortune, santé, honneur et vertu ;
5** Il avertit les parents d'éloigner leurs enfants des divertissements publics avant qu'ils soient arrivés à la maturité de la jeunesse, afin de ne point éveiller trop tôt la passion qui sommeille encore ;
6" Il conjure les parents de ne point laisser leurs fils et leurs filles adultes assister à des divertissements publics, quand ces divertissements ne pourraient soutenir le regard de la mère, du père, ou d'un parent quelconque ;
7° Il exhorte les parents de ramener de bonne heure à la maison ceux de leurs enfants à qui ils permettent d'assister à des divertissements publics ;
8» Il réussit par ses représentations, ses prières et son autorité, à déterminer la paroisse à choisir dans son sein, trois hommes qui, sans trouble? la joie innocente, assistent aux di-
vertissements publics, pour en éloigner les causes de disputes et d'immoralité.
90. Le liturgiste est en face de la tombe ce qu'il esta Fautel, dans la chaire et au milieu des fidèles : il est la parole vivante de Dieu; il excite, élève, surnaturalise les sentiments du peuple. La religion sanctifie par son organe les douleurs de la nature, et porte la résurrection et la vie éternelle dans les âmes des fidèles, lorsque, les larmes aux yeux, ils jettent un dernier regard sur le défunt qu'on descend dans la tombe.
Il n'y ;a que le christianisme pour nous montrer , en face du tombeau, les magnifiques perspectives de Téternité; n'eùt-il d'autre marque de sa divinité que celle-là, nous ne pourrions pas assez rendre grâces à Dieu de nous avoir donné sur lui et sur réternité, des vues si consolantes. — Quelques matériaux de sermons sur ce sujet.
1 . La mort du juste est une résurrection à la vie éternelle.
2. La ruine de cette enveloppe est la condition nécessaire pour entrer dans le royaume des cieux. 3. Bonheur de celui qui meurt dans le Seigneur . « il se repose de ses travaux, et ses œuvres le suivent »(/4;9oe., xiv). 4. Influence salutaire que le râle du mourant produit sur les vivants : il transforme la légèreté de l'homme en un calme sérieux, et fait rentrer en euxmêmes les insouciants. 5. La mort est de tous les maîtres celui qui nous apprend le mieux à vivre sagement. 6. Chaque cas de mort est un accomplissement de cette sentence divine : « Vous êtes poussière, et vous retournerez en poussière. » 7. La mort est l'avant-coureur de la résurrection. 8. Le cimetière est le champ de Dieu, et chaque cadavre est un grain de semence réservée pour le jour de la résurrection, qui est celui de la moisson : « Il faut que ce qui est corruptible soit revêtu de l'incorruptibilité, et que ce corps mortel soit revêtu de l'immortalité; que la mort soit absorbée par la victoire » {i Cor. xv ). 9. Perte des choses temporelles, gain des choses éternelles. iO. La foi triomphe du monde et surmont la mort 11. Puissance des leçons d'une mère au lit de la mort se manifestant
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dans la conduite des enfants. 42. La mémoire des âmes pieuses fait après leur mort ce que ces âmes faisaient de leur vivant, le Lien. 1 3. Les larmes tardives que les vivants versent sur la tombe des morts sont honorables et pour les défunts et pour les vivants. 1 4. L'espérance de se revoir est la meilleure consolation des amis qui se quittent. 15. Persévérer dans ses mauvaises dispositions est la seule chose qui rende la mort effroyable. 1 6. La mort d'un père qui laisse beaucoup d'enfants est une invitation à la piété chrétienne de tenir lieu de père aux orphelins; 17. La providence divine se manifestant à la naissance et à la mort de rhomme. 18. La mort de celui qui croit en Dieu, c'est-à-dire qui aime Dieu et sa volonté au-dessus de toutes choses, n'esl point une mort, c'est le passage aune vie meilleure commencée dès ici-bas. 19. La mort de l'homme est la solde du péché, le triomphe de la grâce, qui réunit à Dieu Fâme réconciliée avec lui. 20. L'art de mourir joyeux et content consiste à faire la volonté de Dieu et à se confier en lui. 21 . La mort la plus consolante pour les âmes pieuses est celle qui naît de la confiance en Jésus, qui a bu jusqu'à la lie le calice d'amertume et qui nous a laissé son esprit. 22. La mort est le termede notre pèlerinage ; c'est le vêtement nouveau dont nous nous revêtons pour entrer en société avec Jésus. 23. La mortdu chré tien est le passage de la foi à la claire vision, l'entrée dans la demeure du Seigneur.
91 . Non content de profiter de toutes les occasions que lui offrent les solennités publiques, et notamment les jours de fêtes, pour exciter, vivifier, manifester et développer dans le peuple l'esprit de la religion, le prêtre de la nouvelle alliance porte jour et nuit les fidèles dans son cœur; il prie pour eux et les recommande à Jésus-Christ, le prêtre par excellence. Dans ce culte invisible, il offre à Dieu lui et sa paroisse tout entière.
11 peut dire avec saint Paul : « J'ai pour vous un amour de jalousie, et d'une jalousie de Dieu^ parce que je vous ai fiancés à cet unique époux, qui est Jésus-Christ, pour vous présenter à lui comme une vierge toute pure ( II Cor., xi).
1 00 Si le pasteur est tout entier préoccupé du salut- de sa pa-
THÉOLOGIE rASTORALE. 357
roisse, par conséquent s'il est l'âme^ l'esprit vivant de toutes les institutions liturgistes, l'esprit qui donne.du sens à toutes les lettres et de la vie à toutes les cérémonies, il doit considérer comme sacrée la lettre qui lui fournit sur sa paroisse des connaissances nécessaires, et sur la société humaine des documents précieux. En d'autres termes, il doit tenir et conserver avec une régularité scrupuleuse les registres de la paroisse, les matricules. Les matricules de la paroisse comprennent : i . Le registre des fiançailles, où sont consignés : a. Le jour des fiançailles; ô. les noms et prénoms de l'époux; c. son état et sa religion; d. le lieu de son séjour et le numéro de sa maison; e. ses parents avec leurs noms et prénoms, comme aussi le nom de famille de la mère ; f. un mot qui indique s'il n^a pas encore été marié âa s'il est veuf, et dans ce dernier cas le nom de sa veuve ; g. le lieu de sa naissance, l'année et le jour où il est né; h. les noms et prénoms de l'épouse; i. son état et sa religion; k. le lieu de son séjour jusqu'ici ; /. ses parents avec leurs noms et prénoms, avec le nom de famille de sa mère; m. un mot qui indique si c'est une veuve ou une personne non encore mariée, et dans le premier cas le nom de son mari défunt; n, le lieu, l'année et le jour de sa naissance; o. le nom du prêtre qui bénit le mariage; p. les noms et prénoms des témoins qui -ont assisté aux fiançailles, avec leur état et le lieu de leur résidence; q. le nom de la personne qui a donné les dispenses; r. une indication comme quoi le mariage s'est fait avec ou sans dispense, avec ou sans proclamation de bans.
25 Le registre des naissances; où sont indiqués : a. Le nom de l'enfant ; b, la manière dont il est né, le nom de la sage-femme, etc.; c. les noms et prénoms du père; d. son état et sa religion ; e. le lieu de son séjour et le numéro de sa maison ; les nom, prénoms, nom de famille de la mère; g, l'état et la religion de la mère; h. le lieu de son séjour et le numéro de sa maison; i. l'époque de la naissance, avec indication de l'année, du mois, du jour, de l'heure; k, le jour du baptême, et le lieu où il a été administré; l. le nom du prêtre ou de son
remplaçant; ??i. les noms, la localité et la condition du parrain et de la marraine.
, 3. Le registre de confirmation, contenant le nom du baptisé, de ses parents, de Téveque qui a administré le sacrement. Tannée, le jour, le lieu de la confirmation, et les parrains.
4. \uQ registre mortuaire , où sont inscrits le nom, Tétat, la religion, le genre de mort et de maladie, Fannée et le jour de la mort, l'âge du défunt, ainsi que le lieu où il a été enterré.
Outre ces quatre registres, le pasteur tient avec le même soin:
5. Le registre des fondations, où sont contenus les lettres originales et les documents relatifs aux dotations faites à la paroisse.
6. La chronique, indiquant la situation extérieure de la paroisse, et un recueil des ordonnances épisébpales et civiles.
A cela nous ajouterons :
Le status animarum, que le pasteur rectifiera chaque année, et qui renfermera : a. le nombre des maisons de Téglise-mère et de la succursale, et à côté de chaque maison : b, le chef de la maison; c. la maîtresse de la maison, d. les enfants, e, les autres parents qui y séjournent plus ou moins longtemps non eu qualité d'hôtes, f. les serviteurs et servantes, h. les locataires. Chaque samedi, le pasteur transcrit Fordre et la manière dont l'office sera célébré pendant la semaine, et en fait la lecture après le sermon du dimanche.
Enfin, le .pasteur tient, pour son usage particulier, mi journal où il marque les dispositions d'âme et de cœur tant des fidèles que du pasteur, c'est-à-dire l'histoire de la vie éternelle, de ses débuts, de ses progrès, de ses intermittences> et de sa mort en lui-même et dans les fidèles, d'après les résultats de ses observations journalières.