RAPPORT DE CE LIVRE AVEC LES PRÉCÉDENTS
\ . Jusqu'ici nous avons considéré le pasteur des âmes dans ses fonctions de pi*édicateur, de catéchiste, de directeur des écoles, de docteur privé, de confesseur, d'ami des malades, de prêtre et de liturgiste.
Nous avons exposé l'ensemble de ses devoirs dans ses différents rapports avec les fidèles.
2. Il ne nous reste plus qu'à énumérer les conditions et les qualités, sans lesquelles l'exercice du ministère ne saurait répondre dignement à l'esprit de la sublime mission de pasteur.
3. Les conditions générales énoncées dans l'introduction, parmi lesquelles j'ai surtout relevé le zèle et la prudence, et que j'ai toutes résumées dans cette expression : « Le sens des choses divines et éternelles, » ces conditions étant proprement ce qui constitue le caractère du bon pasteur, et la source de tout le bien qu'il peut produire dans sa paroisse, elles nous serviront encore ici de principe et de fondement. « 11 faut avoir pour donner ; il faut être avant d'agir ; il faut être bon pour pouvoir opérer le bien. » C'est là une loi qui restera éternellement vraie.
Il faut que le pasteur ait d'abord cultivé son âme, avant de pouvoir cultiver celle d'autrui.
Il faut que l'amour de Dieu et du prochain soit devenu prédominant en lui, avant qu'il puisse en établir le règne dans autrui .
Il faut qu'il ait mis de l'ordre dans son intérieur et qu'il sa-
che Fy maintenir^ avant de pouvoir l'établir hors de lui.
Il faut qu'en lui nulle passion ne remporte sur la raison, s'il veut produire le même résultat dans les tidèles.
Il faut que ses sentiments et sa manière d'agir soient purs et irréprochables, s'il veut agir avec force sur les autres.
Il faut que la parole de Dieu soit devenue vivante et féconde dans son cœur, avant de pouvoir montrer sa fécondité sur un sol étranger.
Il faut que la vertu miraculeuse de la religion Tait rendu pur, bon, calme, serein, sage et heureux, pour qu'il puisse faire agir cette même rehgion sur les autres, et, par elle, les rendre purs, bons, calmes, sereins, sages et heureux.
11 faut que son entourage soit un modèle de piété et de sagesse, de dévotion et d'amour du travail, d'humilité et de douceur, de fidélité et de patience, d'obéissance et de dévouement à autrui, s'il veut être à même de répandre parmi les fidèles ^'esprit de piété et de sagesse, de dévotion et d'amour du travail, d'humilité et de douceur, de fidélité et de patience, d'obéissance et de dévouement.
Il faut que cette doctrine fondamentale du christianisme : « Dieu en Jésus-Christ, le salut du monde, » il ait appris à la connaître par la transformation de son intérieur, par la réunion de son âme avec Dieu au moyen de Jésus- Christ, avant de pouvoir la montrer aux fidèles sous une forme vivante.
Il faut...; mais à quoi bon tant de paroles, si le Seigneur n'envoie pas de moissonneurs sur son champ ?
— C'est précisément parce que tous les pasteurs de nos jours ne réalisent pas cette condition générale : « Soyez chrétien afin de pouvoir former des chrétiens, » que l'esprit du ministère des âmes manque à tant de pasteurs.
4. Outre ces conditions générales, il en est deux surtout que nous ne devons point passer sous silence.
Pour pouvoir remplir les devoirs particuliers du ministère des âmes, il faut, pour nous servir du terme de l'école, que le
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pasteur observe la résidence; en français :« Que le pasteur reste auprès de ses brebis. » Telle est la première et principale condition.
5. Il est une résidence purement physique, une résidence morte^ aussi inutile à la paroisse que le serait à un troupeau un berger endormi.
11 est vrai que notre activité dépend tellement des temps et des lieux y que notre présence physique n'y saurait faire défaut quand nous sommes obligés de rompre personnellement le pain aux affamés^ ou de panser les blessures des malades. C'est pourquoi, si insignifiante que soit la présence physique, elle n'est pas moins la condition de la présence spirituelle chaque fois que notre activité personnelle est nécessaire.
6. Aussi/ quand même la lettre de la loi n'exigerait qu'une résidence physique, l'esprit de la loi et la nature même des choses commanderaientnécessairement une résidencespirituelle.
7. Sans doute que la présence physique peut facilement être remplacée par une autre : i\\ n'est pas difficile de mettre à une fenêtre un carreau en place de celui qui est brisé. Tout prince, tout évêque, tout curé, tout maître, tout homme d'afîaires, peut donc aisément trouver un autre corps pour remplacer le sien ; ce qui est difficile, c'est de trouver un homme qui remplace la présence de votre esprit, dont vous êtes redevable à votre peuple.
8. Assurément, les princes, les évêques, les prêtres, ayant un cercle d'activité très-étendu, ne sauraient tout voir de leurs yeux, tout entendre de leurs oreilles, tout dire de leur bouche, tout faire de leurs mains ; mais il n'est pas moins vrai que l'œil, l'oreille, la langue, la main qui vous remplaceront devront le faire avec le même talent et le même zèle que vous êtes obligé d'y apporter.