La résidence du pasteur comprend donc deux choses
A. Résidence corporelle là où votre esprit doit agir, bénir, aider, consoler, conseiller, lier et délier : — chaque fois que la présence de votre corps est nécessaire à l'activité de votre esprit.
B. Faites vous-même, personnellement, le bien que vous pou-
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vez et devez faire dans votre cercle^, sans toutefois négliger et empêcher un bien plus considérable. Ce que vous ne devez ou ne pouvez point faire personnellement sans préjudicier à un bien plus grand, faites-le par autrui, en y employant ceux qui sont capables de prendre votre fardeau sur leurs épaules et de le porter comme vous l'auriez fait vous-même, et faites en sorte qu'ils s'acquittent fidèlement de cette charge.
10. Pour remplir dignement chacun de ses devoirs, le pasteur des âmes doit avoir à cœur d'exercer dans son cercle la vigilance et la surveillance d'un pasteur; car si l'évêque, en vertu même de son nom (eizLr/.oTzoçy surveillant), est le surveillant de tout un diocèse, chaque curé l'est de toute sa paroisse. Et telle est la seconde condition requise pour exercer dignement le ministère des âmes. C'est en cela principalement que consiste la résidence spirituelle.
11 ne suffît pas qu'un père de famille commande à ses enfants et à ses serviteurs ce que chacun d'eux doit faire ; il faut, de plus, qu'il voie si chacun remplit exactement son devoir.
Il ne suffît pas qu'un père de famille ferme le soir la porte de sa maison; il faut encore qu'au moindre bruit qui semble tra~ hir la présence d'une bande de voleurs ou tout autre danger, il sacrifie ses aises, saute de son lit en toute hâte, réveille ses serviteurs, veille lui-même à la stîreté de sa maison, et commande à tous d'être sur leurs gardes.
II ne suffit pas qu'un père de famille sévisse rigoureusement contre les vices extérieurs"; il faut encore qu'il bannisse de sa maison les sources de l'oisiveté, et tout ce qui peut être une cause d'insubordination, de discorde, etc.
Il ne suffit pas qu'un père de famille sème du bon grain sur son champ; il doit encore veiller à ce que son ennemi ne vienne semer du mauvais grain sur ce même champ.
Un bon père de famille , non content de mettre énergiquement la main à l'œuvre quand éclate un incendie, et d'éteindre la flamme, étouffe jusqu'aux moindres étincelles qu'il aperçoit, de crainte que l'incendie ne reparaisse.
Or, ce qu'un bon père de famille fait pour sa maison, p{ir sa vigilance et ses soins, un bon prêtre doit Je faire en sa qualité d'administrateur et d'économe de la maison du Seigneur, dont Dieu est le père de famille.
i i . Toute paroisse est une portion de la grande maison de Dieu qu'on nomme l'Église. Le père de famille de cette grande maison et de chacune de ses divisions, c'est Dieu lui-même. Dieu en Jésus-Christ; l'économe, c'est le pasteur des âmes, dans la petite portion que Dieu lui a confiée.
Inspiré de ces idées divines touchant le ministère des âmes^ le pasteur sera véritablement l'âme de sa paroisse; et comme l'âme influe sur tout le corps, il conservera, vivifiera, sauvera sa paroisse.
Quant aux divers objets qui réclament la surveillance et la sollicitude du pasteur, ils échappent à une nomenclature par cela même qu'ils sont individuels et accidentels. Contentonsnous de signaler ce qui tombe sous les prescriptions générales.
\%. Un sage pasteur veille à ce que la jeunesse de sa paroisse ne soit point infectée de la peste, de Tonanisme. Pour cela, il connaît les signes de cette contagion et les moyens d'en empêcher le développement.
La pire de toutes les ehoses , c'est quand ce vice a été inoculé à une grande partie des enfants d'une paroisse par un ou deux enfants avant que le pasteur en ait eu connaissance. Mais, ici encore, le zèle du pasteur trouve moyen d'apporter du remède. Il s'agit avant tout pour lui de connaître toute la chaîne de la séduction, c'est-à-dire les principaux auteurs, ceux qui ont été séduits et le lieu où s'est accomplie cette œuvre de ténèbres.
Ce premier résultat obtenu, il fait un triple partage de son travail. Ce que lui et ses aides peuvent corriger par leurs avertissements, leurs prières, etc., ils le corrigent; là où ils ne sauraient pénétrer, ils appellent à leurs secours la force paternelle; ce que ni les ecclésiastiques ni la famille ne peuvent changer doit être réprimé par l'action de la police et Tintervention de l'autorité locale.
Les moins coupables trouveront une délivrance assurée au confessionnal et dans leurs rapports avec le pasteur.
En ce qui concerne l'intervention des parents^ le pasteur doit s'attendre à ce que, dans dix cas qui se présenteront ;, les parents préféreront mettre leurs enfants en garde contre leur pasteur, plutôt que de corriger leurs enfants en suivant les conseils du pasteur.
Et c'est ainsi que les parents se montrent eux-mêmes les premiers ennemis de leurs enfants.
43. Un sage pasteur veille à ce que la partie nubile et non mariée de sa paroisse soit préservée de la volupté, qui corrompt toutes choses.
En union avec les anges visibles et invisibles de la paroisse, il ne néglige rien de ce qui peut en arrêter le cours. Mais quand sa paroisse est à proximité d'une grande ville ; quand Tesprit du temps en est venu à ne plus considérer comme coupables que le vol et le meurtre , et ne voit dans les fautes contre le sixième commandement tout au plus que des faiblesses ; quand de longs séjours de soldats dans une ville ont affaibli le sens de Thonnêteté publique ; quand la multiplicité des divertissements, jointe à Tabsence de police, a augmenté à la campagne les occasions de séduction pour Tinnocence ; quand les chefs de famille appuient eux-mêmes la légèreté de la jeunesse, combien n'est-il pas difficile à un homme, à une prêtre dédaigné, de préserver les fleurs de sa paroisse ?
-1 4. Un sage pasteur veille à ce que les personnes mariées de sa paroisse ne laissent jamais Famertune et la désunion devenir assez puissantes pour amener une séparation.
Il connaît et possède le mystère de réconcilier et d'affermir des ménages voisins de la dissolution, et où il ne manque plus qu'une déclaration en forme.
Ce mystère de la réconciliation des personnes mariées ne doit plus en être un pour le pasteur, ou du moins il faut qu'il cesse de l'être. Parmi les efforts du pasteur pour réconcilier les personnes séparées, ou dil moins voisines de leur séparation, le
premier est de faire avouer séparément ses torts à chacune des parties et à la convaincre qu'elle n'est pas tout à fait innocente. Sans celte con vie ti OU;, chacun des conjoints sera exposé au danger de repousser la main qui lui sera offerte, et de rendre raccommodement plus difficile encore.
Mais cette conviction ne doit pas être une froide affirmation de rintelligence ; ce doit! être une affaire de cœur;, un aveu fait à la face de Dieu et qui se traduise par la résolution de réparer sa faute.
Quand chaque partie aura fait ses propres aveux, le pasteur tâchera d'amener les deux conjoints à s'avouer mutuellement leurs fautes en sa présence^, à se demander pardon et à se jurer un nouvel amour.
Quaiid l'amertume des deux époux est trop grande pour qu'ils puissent écouter la voix de la conscience^ le pasteur doit attendre le moment favorable où une circonstance quelconque aura forcé l'une des parties de rentrer en elle-même^ pour lui dépeindre toutes les conséquences déplorables qui peuvent naître de leur séparation.
Un talent particulier du pasteur consiste à faire comprendre à chaque partie que certains bruits exagérés^ des expressions trop vives^ des soupçons entre tenus^, de faux rapports grossis par la malveillance ont augmenté l'amertume du cœur^ sans que la conscience y ait eu aucune part.
Très-souvent le plus facile moyen pour le pasteur d'arriver à son but^ est d'appeler l'attention des époux sur leurs propres expériences, en leur prouvant qu'un cœur aigri n'est plus susceptible d'aucune joie, que l'union et la paix ne sauraient être conservées que sous la condition que chaque époux supportera en patience ce qu'il trouvera de désagréable dans l'autre. Si les époux ont encore quelque attachemnet pour leurs enfants, cette affection pourra hâter leur réconciliation, attendu que la séparation des parents rend impossible l'éducation des enfants. — Ici encore, je recommande avant tout la fréquentation des pasteurs que la religion a rendus sages et l'expérience prudents : ce sont les meilleurs maîtres de théologie pastorale.
i 5. Un sage pasteur \eille à ce que les commis-voyageurs^ les marchands de modes, les étudiants^, les ouvriers qui reviennent au village, et, ce qu'on ne saurait empêclier, les exemples d'une ville voisine, n'introduisent dans la paroisse les instruments du luxe ; que les boucles d'oreilles d'or ne vident la caisse d'épargne des mères, et n'enlèvent aux fronts de leurs filles le rouge de la pudeur.
i6. Mais il est aisé de comprendre que cette surveillance devient plus difficile et plus impuissante à mesure que les villages sont plus rapprochés des villes, que les villes sont plus grandes, et que les exemples du luxe sont plus généraux et plus contagieux.
17. On comprend aussi qu\in pasteur scrupuleux et maladroit, peut, dans le zèle qu'il déploie pour s'opposer au vice, bouleverser les familles, condamner des plaisirs innocents, pénétrer les secrets des familles, et tomber ainsi dans le mépris. Heureusement, la surveillance n'est pas un tribunal d'inquisition, et la prudence est la mesure qui règle toutes les démarches du pasteur.
18. Il est clair aussi qu'une âme noire peut, sous prétexte de surveillance, se transformer en loup dévorant et séduire l'innocence. Mais l'hypocrisie et la surveillance sont deux choses fort difî'érentes, et il ne faut pas une grande perspicacité pour distinguer le loup du berger. Les griffes de loup sont toujours des grifîes de loup ; on ne saurait jamais les cacher complètement.
19. Concluons: Ce que nous venons de dire convaincra le lecteur que la vigilance et la sollicitude, loin d'être de simples conditions requises pour exercer le ministère, font partie des devoirs môme du pasteur, et y occupent une place distinguée. Prêcher, faire le catéchisme, visiter les malades, etc., le pasteur ne peut et ne pourrait le faire toujours; mais il peut toujours veiller et observer. Sans la surveillanceet la vigilance du prêtre, la paroisse est réellement sans pasteur.