‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 118 sur 172 · IX · texte numérisé non relu

IX

12. En vous exerçant à l'enseignement public, comme en toute occasion^ apprenez de Jésus-Christ l'art de donner à la vérité céleste une forme terrestre, à présenter la parole divine sous les couleurs, les images, les locutions correspondantes aux habitudes du peuple. Autrement, l'intelligence non exercée n'aura rien qui attire particulièrement son attention, elle comprendra et retiendra difficilement ce qu'elle entendra, et elle retiendra avec peine cela même qu'elle aurait saisi. Éclaircissez les choses suprasensibles par les choses sensibles. Développez ce qui doit rendre la vérité claire au peuple.

Ainsi, expliquez le sens des choses extérieures que le peuple voit et qu'il ne comprend pas; mais faites-le précisément là où elles devront toucher le cœur. Par exemple : « Je vous ai dit que la flamme de votre dévotion devait être sans cesse entre, tenue, qu'elle ne devait jamais s'éteindre. Vous entretenez à l'église une lumière continuelle afin de vous rappeler que, comme la lumière brûle à l'église, votre cœur doit être sans cesse consacré à Dieu, que vos pensées doivent être continuellement dirigées vers lui, et que la flamme de votre piété ne doit jamais

s'éteindre. » Expliquez de même les choses extérieures que le peuple lui-même énonce et entend^ mais qu'il ne comprend pas. Par exemple : « L'homme ne peut que demander les biens célestes, mais il ne saurait lui-même se les donner. Aussi le prédicateur termine chaque fois son sermon par le mot : Ainsi soit-il ! pour indiquer qu'il ne peut que semer, et que ce n'est pas lui qui donne l'accroissement. C'est encore pour la même raison que vous-même ajoutez ce mot à la fin de TOraison dominicale ; c'est poiu faire entendre que sans Dieu nous ne pouvons rien. >

Expliquez les actes extérieurs que le peuple accomplit sans songer à ce qu'il fait. Par exemple : « Chers parents, faites votre possible, et abandonnez le reste au Seigneur. Pourquoi, le matin et le soir, bénissez-vous vos enfants, sinon pour avouer l'impuissance où vous êtes de les délivrer de tout danger, et pour demander à Dieu de les garder comme la prunelle de son œil. »

Expliquez les figures doriit le Seigneur a enveloppé sa sagesse, et, comme Jésus- Christ, mettez vous-même le trésor céleste dans un vase terrestre, et y puisez les vérités les plus familières ^u peuple. (( Royaume de la terre , champ, grain de semence, moisson, épis, ivraie, farine, levain, jardin, arbre, fruit, troupeau, etc., » sont choses aussi connues du peuple que sa main droite et sa main gauche; montrez-lui donc les germes de vérités renfermés sous ces enveloppes.

Les figures et les comparaisons peuvent être très-instructives, parce qu'elles disent beaucoup ; mais l'histoire de Jésus-Christ est et sera toujours le moyen le plus efficace.

13. C*est pourquoi que votre principal objet, tant dans votre enseignement public que dans votre enseignement privé, soit de graver profondément dans le cœur du peuple la doctrine fondamentale du christianisme : « Dieu en Jésus-Christ , salut du monde, » en vous servant de l'histoire du Rédempteur.

et Le péché a fait dégénérer l'homme ; Jésus-Christ est venu

pour sauver les pécheurs : Jésus-Christ est encore le salut des pécheurs ; en dehors de ce salut, point de salut. Ce salut, on le trouve en Dieu seul, par la foi, la charité et Tespérance ; car Dieu en Jésus-Christ est le salut du monde. »

Cette doctrine qui, au sentiment de saint Pierre, de saint Paul et de toute TÉglise chrétienne, est la plus importante de toutes, parce qu'elle exprime le fondement unique et éternel du salut des hommes, et qu'elle renferme toutes les autres doctrines, peut se démontrer par l'histoire du Fils de Dieu.

La carrière de Jésus, depuis son entrée dans le monde visible jusqu'à sa mort sur la croix, depuis sa résurrection jusqu'à son ascension et jusqu'à la descente du Saint-Esprit, jette sur la carrière de chaque homme une lumière si douce, si céleste, qu'il faut que le chrétien se méconnaisse, lui et sa religion, pour aban donner cette route si lumineuse, et pour préférer marcher en tâtonnant à travers les ténèbres de ses propres conceptions, plutôt que de se laisser diriger par la bienfaisante lumière de cette histoire.

Aussi bien, que sont les quatre Évangiles et l'histoire des Apôtres, qu'une réponse à cette question : «Que faut-il que je fasse pour être sauvé ? « Et cette réponse, comment la mieux comprendre que par cette histoire? Et où y a-t-il une histoire qui, par ses marques intérieures et extérieures de vérité, puisse être comparée aux quatre Évangiles et à l'histoire des Apôtres?

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