‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 117 sur 172 · VL · texte numérisé non relu

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9. Le ministère d'enseignement doit vous être sacré par rapport aux vérités divines que vous annoncerez :

j° N'oubliez point, au milieu de la variété des doctrines chrétiennes Vunité, afin que le peuple ne s'arrête pas à une partie, mais embrasse et conserve le tout.

Cette unité consiste à se sanctifier et à se sauver par Jésus- Christ, ou bien, comme dit le catéchisme, à servir Dieu pour acquérir la vie éternelle. Cette unité, telle qu'elle résulte de la

lettre et de Tesprit de FÉcriture, peut encore se formuler ainsi :

Notre salut vient

Du Père, Par Jésus-Christ le Fils, avec et dans le Saint-Esprit, accompagné de ses dons les plus parfaits, foi, espérance, charité; ou enfin, comme l'exprime le mieux la doctrine fondamentale du christianism'e : Dieu en Jésus-Christ, salut du monde.

Cette doctrine a été de tout temps, elle Test encore aujourd'hui, et elle sera jusqu'à la fin du monde et durant toute réterni té l'unique doctrine chrétienne et catholique. Seulement, un temps viendra où la foi se changera en claire vue, l'espérance en jouissance, la charité militante en charité bienheureuse; alors, selon le mot de saint Paul, Dieu sera tout en tous .

2® N'oubliez pas dans Yunité l'aimable variété.

Cette variété sera ineffable quand, par exemple, vous parlerez de Jésus-Christ. Quelle variété dans le vrai quand vous montrerez Jésus comme docteur ! Quelle variété dans le bien quand vous le montrerez comme modèle ! Quelle variété dans la force quand vous le montrerez comme sauveur ! Quelle variété dans le bonheur quand vous le montrerez comme étant tout en tous !

Z"" Cette unité et cette variété des vérités divines que vous enseignerez au peuple , n'oubliez pas de lui en faire l'application.

La même vérité doit être présentée au pécheur grossier tout autrement qu'au chrétien scrupuleux, et à celui-ci , autrement qu'au juste consolé et résigné. Sans doute, il n'y a qu'un Dieu pour tous; mais ce même Dieu veut consoler ses inquiets par ses miséricordes, ébranler les impies par ses jugements effroyables, fortifier les souffrants par ses promesses, stimuler les lâches par ses menaces.

Ce même Dieu exige du pécheur la foi et la pénitence; il

veut dans les bonnes oeuvres des justes une sainte ardeur, et dans tous riiumilité et la confiance.

Oh ! plut à Dieu que nous fussions tous bons ! alors le même Dieu nous paraîtrait bon à tous.

« Le soleil envoie des rayons bienfaisants dans un œil pur, sain, vigoureux et fort, et il jette des llèches douloureuses dans un œil malade ; il anime l'un et fait souffrir l'autre. Or, cette différence ne vient pas du soleil qui brille, mais de l'œil qui voit; de même Dieu apparaît bon aux bons, et méchant aux méchants; mais ce n'est pas votre Dieu qui a changé, c'est vous, » dit excellemment saint Augustin. [In Ps. xcii.)

4<> N'oubliez pas, dans l'application de l'unité et de la variété, le sens et l'esprit de la foi catholique, qui, selon Fénelon, n'est autre que Thuniilité de la foi et la pureté de Tamour.

Là où régnent l'humilité et l'amour, l'esprit orgueilleux de l'ignorante hérésie, et l'esprit opiniâtre du schisme impitoyable dans ses déchirements, ne sauraient lever la tête. C'est dans ce sens élevé que saint Paul a écrit ce mot à jamais mémorable : « Un baptême, un Seigneur, une foi... »

5** N'oubliez pas, dans la rigueur de votre enseignement, et dans vos sentiments d'humilité et d'amour, qLie la lettre de l'Évangile n'est que la lettre, et que ce qui doit vivifier l'âme, ce n'est pas la lettre de l'Évangile, mais le Christ vivant.

§ VJI.

40. Si vous voulez vous faciliter l'art de remplir dignement le ministère de la prédication^, d'après ce que nous venons d'indiquer, attachez-vous aux cinq canons suivants. Ce sont eux qui, fidèlement observés pendant plus de trente ans, m'ont appris à prêcher avec énergie et dignité sans efforts extraordinaires.

Voici l'arcane :

Premièrement : Pratiquez le christianisme tout entier avec une fidélité rigoureuse; quand votre cœur en sera plein, votre bouche en débordera.

THÉOLOGIE rASTORALE. 377

Deuxièmement : Ayez toujours présente à Tesprit Vidée centrale du christianisme^ ce qu'il renferme ^'éternellement inépuisable, de divin et à' apostolique. Vous trouverez chaque sujet fécond et important si vous'le ramenez à son point central, et si, de là, vous le faites entrer dans le cœur du peuple. Ce qui sera fécond et important à vos yeux, vous l'exprimerez sans peine et avec dignité.

Troisièmement : Scrutez nuit et jour les divines Écritures, mrtout celles du Nouveau-Testament; faites-vous un choix lansles vies les plus remarquables des saints, et exploitez ensuite la mine de votre cœur transfiguré par l'esprit du christianisme. Vous trouverez dans ce triple trésor « des choses anciennes et des choses nouvelles, » que vous exprimerez avec facilité et d'onction.

Quatrièmement : Gomme la baleine conserva le prophète trois jours et trois nuits dans son ventre avant de le rejeter sur le rivage, portez longtemps avec vous l'esprit de votre sermon, et, quand l'heure sacrée sera venue, faites-lui prendre une âme; cette âme saura bien d'elle-même se donner un corps.

Cinquièmement : Méprisez toutes les règles profanes de l'éloquence profane, qui ne sont pas fondées sur l'essence même de l'éloquence, et encore moins sur l'esprit de l'éloquence sacrée.

§VIÏI.

H . Si le ministère de l'enseignement public et solennel doit vous être sacré, celui de l'enseignement privé doit vous l'être également. En d'autres termes, il ne suffit pas que, comme prédicateur, vous excitiez le pécheur à la pénitence ; il faut encore que vous l'accompagniez à travers toute la carrière longue et pénible de sa pénitence, et que vous le suiviez jusqu'à ce qu'il ait parcouru tous les degrés de la vie spirituelle. La direction complète du pécheur embrasse trois choses :

I. L'exciter à prendre des résolutions : « Je veux me lever, et aller à mon père. »

II. L'introduire, après sa coiiYersion, dans le sein des miséricordes paternelles.

m. Et, après Tavoir régénéré en Dieu, le diriger jusqu'à sa sortie de ce monde visible.

La direction complète des âmes, absorbant toute votre activité pastorale, ne se limite pas plus à la simple conversion d'un pécheur grossier que le devoir des parents ne s'arrête à la génération : la nourriture, l'éducation, Fentretien et la surveillance des enfants font aussi partie de leurs devoirs. De même, réducation complète de Tesprit humain , par rapport à ses destinées éternelles , rentre dans le domaine du ministère des âmes.

De la résuite : 1° le côté individuel de la conduite des âmes. a La charité, dit saint Augustin, enfante les uns, s'affaiblit avec les autres; elle a soin d'édifier ceux-ci, elle craint de blesser ceux-là ; elle s'abaisse vers les uns, elle s'élève vers les autres ; sévère à quelques-uns, ennemie de personne, elle se montre la mère de tous ; elle couvre de ses plumes molles ses tendres poussins ; elle appelle d'une voix pressante ceux qui se plaignent; et les superbes, qui refusent de se rendre sous ses ailes caressantes, deviennent la proie des oiseaux voraces. » (Aug., De catech. rud., xv.)

De la résulte : 2° que les travaux secrets qu'on entreprend en faveur des individus, et qui sont invisibles à toute la paroisse, sont les plus pénibles, les plus importants, mais aussi les plus consolants.

Saint Paul ne rougissait pas de comparer les travaux auxquels il s'adonnait en vue du salut des âmes, aux douleurs de l'enfantement. « J'endure avec vous les douleurs de l'enfantement, jusqu'à ce que le Christ soit formé en vous. » Ici, comme partout, la nature est le type de l'esprit. Si nous avions saisi la vie de la nature dans son principe, nous comprendrions certainement la vie de l'esprit. Mais, hélas ! comment l'homme charnel, qui comprend à peine la naissance de l'animal, comprendrait-il la vie de l'esprit ?

Le Christ lui-même compare Tétat d'inquiétude où se trouvaient ses disciples avant qu'ils eussent en quelque sorte partagé toutes ses angoisses et ses douleurs^ aux joies que devait leur procurer sa résurrection. La situation du pasteur ressemble souvent à celle d'une femme qui enfante : « Elle est dans la douleur, parce que son heure est venue ; mais après qu'elle a enfanté un fils, elle ne se souvient plus de tous ses maux, dans la joie qu'elle a d'avoir mis un homme au monde. » [Jean^ xvi, 20-23.)

On voit par là combien le pasteur doit être digne de confiance , combien il lui faut de patience et d'amour des pécheurs pour opérer de si grandes choses , combien il doit être peu tourmenté par l'ennui quand^ connaissant sa vocation, il se sent la force et le courage de la remplir.

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