XII
1 5. Mais comme le salut vient tout entier de Jésus-Christ, de l'aveu de notre culpabilité et du sentiment de notre faiblesse, en tant que ce sentiment nous pousse vers Jésus- Christ de la même manière que la maladie excite le malade à se rapprocher du médecin, commencez votre Évangile là où l'ont commencé les premiers Évangélistes, Jésus-Christ et ses envoyés : « Faites pénitence, car le royaume de Dieu est proche. »
Commencez donc par étaler aux regards du peuple l'abîme caché de la corruption humaine, afin qu'il voie comme en plein jour la séparation de Fhomme d'avec Dieu, et son absorption dans l'égoïsme.
Ensuite, faites-lui voir non moins clairement que cette corruption universelle de l'humanité a revêtu comme une forme individuelle et particulière dans l'auditoire même qui vous écoute. Exposez à la lumière les vices et les erreurs principales qui font de cette corruption générale la corruption particulière de votre paroisse.
Les erreurs dominantes qui étouffent dans les cœurs la bonne semence de l'Évangile sont, entre autres :
i^ La fausse opinion où Von est d'avoir fait pénitence. « Je me suis déjà confessé de tous mes péchés..,» comme si l'aveu des fautes constituait la transformation même du pécheur.
Sans doute la confession des péchés, quand elle vient de la plénitude d'un cœur pénétré de sentiments de repentir et de honte, est le premier pas dans la voie du retour vers Dieu; mais ' elle n'est pas ce retour même ; elle n'est pas la foi agissante dans la charité, heureuse dans l'espérance, féconde dans les bonnes œuvres.
S*» Cette maxime des esprits légers :] Il faut s'amuser quand tout le monde s'amuse ; il faut profiter de sa jeunesse, elle se
fane si vite!... Comme si le torrent du temps^ qui menace de corrompre toute chair, et comme si le sang qui bouillit dans les veines pouvaient justifier aux yeux de la justice éternelle le mépris de la volonté de Dieu.
3° La paix d'une fausse conscience : Jésus-Christ est mort pour tous les pécheurs; l'homme est un être fragile; Dieu est la miséricorde même, il pardonne volontiers ... Et puis ? Cela excuse-t-il votre persévérance dans le péché, votre mort dans Fimpénitence ?
Vices dominants :
\^ La passion du jeu et l'ivrognerie. Ce vice, composé de deux têtes de dragons, étouffe la jeunesse dans sa fleur, et produit les mendiants, les voleurs et les esprits grossiers. La cupidité des aubergistes et l'exemple d'un personnage haut placé Tappuient et le soutiennent.
20 Les inimitiés qui naissent de la cupidité et de l'orgueil. Là où ce vice règne, les voisins se réunissent, ajoutent une foi aveugle aux récits qu'ils entendent, les racontent partout, les amplifient en les colportant, inventent de nouveaux détails. De là les querelles et les disputes, les mensonges et les procès qui ravissent à un ennemi et sa réputation et sa fortune.
3° Le soin des affaires temporelles : L^âme ne comprend plus rien aux choses du ciel, parce que l'amour des choses de la terre a matérialisé le sens des choses célestes.
4° L'insouciance révoltante des pères et des mères de familles, et l'indifférence des maîtres par rapport à la religion et à la vertu de leurs subordonnés. Les employés , écrivains, domestiques, ouvriers, chambellans, etc., forment une classe spéciale et fort nombreuse, qui, presque toujours abandonnés a euxmêmes, n'ont personne pour les diriger dans le monde. Et une foule de pères de ^familles bornent tous leurs devoirs à leur donner la nourriture, le salaire et les cadeaux de nouvel an.
5' La magnificence des habits, la vanité et la luxure, qui s'étalent avec une effronterie de plus en plus grande et qui attirent les regards voluptueux aussi bien à l'église que dans les salles de danse»
384 THÉÔLOaiE PASTORALE.
Or^ si vous voulez réprimer publiquement ces erreurs et ces vices, il faut non-seulement que vous soyez irréprochable et digne de confiance aux yeux des fidèles, afin qu'ils ne vous crient point : « Médecin, guéris-toi toi-même; » il faut encore que vous unissiez la prudence au courage, afin de ne point trahir le coupable en dépeignant le vice sous des couleurs trop vives ; attendu que c'est le péché seul que vous devez flétrir, et que ce n'est point la crainte des persécutions qui vous doit faire adoucir vos paroles.