‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 121 sur 172 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

1 6. Outre le ministère d'enseignement, ou plutôt à cause même de ce ministère, les services que vous pouvez rendre au confessionnal doivent vous être également chers. C'est Dieu proprement que vous servez dans cette divine fonction, quand vous éclairez, purifiez, sanctifiez et sauvez Tâme humaine. Et tout en servant Dieu, en coopérant avec lui à cette œuvre, vous rendrez encore à Thomme le meilleur et le plus salutaire service.

Ici, dans cette sainte solitude, dans cet entretien intime, ce qu'il faut dire et faire doit être non-seulement important, mais de la dernière importance.

Cette œuvre souverainement importante que Dieu voit exécuter dans l'homme par l'entremise de l'homme consiste :

1*^ Dans la connaissance de soi-même, à laquelle il faut initier les âmes par une étude de plus en plus profonde.

La plupart des hommes ne se connaissent pas, les pécheurs surtout.

C'est ici que le nosce teipsum est poussé avec le plus d'énergie. C'est ici que la vérité individualisée, est le plus propre à confondre et à corriger le pécheur ; car elle le frappe directement et exclusivement. C'est une chose grande et magnifique de voir un homme qui a le droit et le devoir de dire la vérité sans subterfuge ni détour au pécheur qui lui ouvre son cœur. Ici règne

THÉOLOGIE TASTORALE. 385

la liberté la plus noble et la plus franche par rapport aux intérêts les plus sacrés de riiomme. Ici on enlève un à un les mille voiles dont se couvre Tiniquilé, jusqu'à ce qu'elle apparaisse dans toute sa nudité aux regards de la raison indignée.

2<> Elle consiste, cette œuvre souverainement importante, dans la connaissance de Jésus-Christ notre Sauveur, qui accorde et la rémission des péchés et la vie éternelle; connaissance que le chrétien estime au-dessus de tout, et que le confesseur peut beaucoup mieux répandre que le prédicateur et que le catéchiste, a Jésus-Christ est aussi votre salut, il détruit aussi en vous le règne du péché, il exige de vous ce sacrifice de l'égoïsme. »

3° Cette œuvre souverainement importante que Dieu opère dans l'homme par le moyen de Thomme, consiste dans la connaissance de ses devoirs spéciaux, devoirs qui, hors du confessionnal, ne sauraient jamais être complètement expliqués au pécheur dans le rapport exact qu'ils ont avec lui. « Il vous faut faire ceci, omettre cela, supporter ceci, vous défaire courageusement de cela ; voici comment vous devez garantir tel de vos enfants de l'entêtement, tel autre de la paresse, etc. »

4". Cette œuvre souverainement importante consiste dans une foule de connaissances pratiques sans lesquelles on ne saurait ni corriger les égarements, ni lever les doutes, ni calmer les inquiétudes, ni réveiller la torpeur. C'est ici que se fout et se guérissent les blessures, ici que la sévérité et la douceur sont tour à tour employées.

5°. Cette œuvre souverainement importante consiste dans les sentiments de pénitence, de foi, d'amour, de confiance qui peuvent être éveillés, nourris et fortifiés. Asile sacré de la plus sainte confiance ! quand deux âmes s'ouvrent l'une à l'autre, poussées par le plus pur amour de la vérité, tout le monde appelle ce moment une heure importante et solennelle. Et quand une âme, par la plus sérieuse abnégation, montre ses nudités telles qu'elles sont, et qu'une autre âme, par l'amour le plus pur, lui offre au nom du Seigneur assistance, conseil et consolation, n'est-ce pas là un spectacle digne de Dieu et des anges?

TUKOI.. PA-T. II, £5

Oh ! qu'il faudrait être profondément dégradé pour avoir le courage de profaner ou de blasphémer ce sanctuaire de la confiance !

6° Cette œuvre souverainement importante consiste dans la transformation réelle du cœur qui^ étant une nouvelle création, ne saurait être que l'ouvrage de l'esprit créateur. C'est ici , ou jamais, que l'adoration et l'allégresse sont à leur place.

7*» Cette œuvre souverainement importante, que Dieu accomplit dans l'homme par l'homme, consiste dans le changement de vie du pénitent, dirigé et soutenu par le confesseur; dans l'action de lier et de délier^ qui est à la fois notre vocation, notre devoir et notre puissance ; enfin, dans l'imposition d'œuvres de pénitence, propres par leur nature à purifier de plus en plus le pénitent, à le préserver, à extirper en lui les racines du mal, etc.

M. L'accomplissement de cette œuvre si importante demande les instruments les plus capables et qui, ayant eux-mêmes trouvé grâce devant le Seigneur, sachent par expérience ce que c'est que péché, haine du péché, rémission du péché , vie nouvelle, conduite céleste, et qui, en outre, aient déjà mené à Dieu une multitude de pécheurs. Ils ont de la commisération, de l'amour, de la miséricorde envers ceux qui sont pécheurs comme eux ; ils ont le sentiment vivant de la pudeur, de l'humilité et de la reconnaissance envers Jésus-Christ; ils ont assez de sagesse pour consoler, exhorter et afi'ermir .

Si le confessionnal ne vous rend pas vous-même meilleur ; si en parlant au cœur des autres vous ne vous parlez pas à vousmême; si vous ne regrettez pas vos péchés en excitant les autres à le faire, c'est une marque certaine que vous ne possédez pas la vraie intelligence de votre situation. Soyez aussi pénétré d'amour et du sentiment de votre propre misère que l'était saint Ambroise , au témoignage de saint Paulin : Ita eum flevisse, quoties illœ aliquis ob percipiendam pinitentiam lapsus suos confessus esset, ut et isium fiere compulerit, ac visum esse eum sibi cum jacente jacere^

Surtout, donnez à vos exhortations une forme claire et connue du peuple. Je connais de dignes pasteurs qui savent faire entrer toutes leurs exhortations dans le Pater et le Je crois en Dieu, etc . ; d'autres qui, sachant fort bien que là où est Fesprit de Dieu là est la liberté, sont assez habiles pour transformer tout ce qui leur tombe sous les yeux en une sorte de tableau où ils inscrivent leurs remèdes.

*§xiv.

'IS. Montrez aussi au chevet des malades que vous êtes liomme, chrétien et ami des âmes. L'homme souffre avec la nature souffrante; le chrétien montre là-haut Téternelle patrie du chrétien ; Tarai des âmes fortifie pour le retour vers le Seigneur. Celui qui n'éprouve encore aucun désir de la patrie céleste, sera peu propre à y faire aspirer les autres; et celui qui est encore enseveli dans les préoccupations temporelles et les plaisirs de la terre, ne pourra éprouver aucun désir extraordinaire des choses éternelles et invisibles.

Mais afin de pouvoir être, au chevet de vos frères malades, à la fois homme, chrétien et ami des âmes, apprenez à devenir ce qu'était Jésus, «obéissant jusqu'à la mort. » Celui qui s'aime plus que sa vocation, et qui préfère sa yie au bien-être de ses frères, ne hasardera pas ce qui lui est cher pour sauver ce qui lui est moins cher.Heureusementily a encore des hommes qui préfèrent à la vie temporelle Jésus-Christ, et ce qui appartient à Jésus-Christ, les âmes humaines Une main amie me communiqua, hier seulement, une nouvelle qui venait fort à propos et qui est on ne peut plus édifiante. Le héros dont il s'agit est de Philadelphie , mais il est né en Bavière ; il a étudié à Ingolstadt, s'est assis avec moi sur les bancs de l'école, et son nom est encore en odeur de sainteté près de ses amis et de ses condisciples. Voici cette nouvelle :

« Les larmes aux yeux, je vous fais part de la triste nouvelle de la mort de notre ami^ trop tôt enlevé. Laurent Grœssel a suc-

combé an mois de septembre de Tannée dernière, à Pliiladelpbie, dans le nord de TAmérique, victime de sa charité. Les magnifiques dons de la nature et de la grâce qui brillaient en sa personne lui valurent d'être nommé coadjuteur de Tévêque de Baltimore, et désigné pour lui succéder. Avant cette époque, il travaillait à Philadelphie, avec une zèle infatigable, au salut des âmes, dans un temps où la peste enlevait des milliers de personnes. Tous les autres ministres des différentes religions échappèrent par la fuite au danger de la mort; lui seul, ainsi que son compagnon de l'Ordre des Dominicains, restèrent à leur poste, à la consolation et à la joie de tous les indigènes, même des non catholiques, qui alors sentirent vivement Timmense différence qu'il y a entre un bon pasteur et un simple mercenaire. Ils passèrent des journées et des nuits entières au service des malades, sans distinction de personnes ni de religions, jusqu'à ce qu'enfin, épuisés par tant de travaux, ils moururent victimes de leur fidélité à leur vocation et de leur charité envers des âmes pour lesquelles Jésus-Christ est mort le premier. »

Page 1