DE LA CONDUITE DU PASTEUR ENVERS LES PERSONNES DE SA MAISON
5. Ces personnes sont ou des serviteurs et des servantes qui sont à son service, ou des aides dans le ministère, qui, comme prêtres, lui sont égaux, mais, comme vicaires, lui sont subordonnés.
6. Par rapport aux premières personnes, domestiques, servantes, etc., le pasteur est père de famille.
Comme tel, il doit :
i« Être prudent dans le choix de son personnel, attendu qu'il est fort difficile de réparer les fautes commises en cette matière, et que souvent le changement est loin de tout effacer. Ce qui doit distinguer de tout autre ce iiersonnel du pasteur, c'est une réputation intègre, éprouvée et pure; c'est sa
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crainte de Dieu généralement reconnue; c'est, outre une aptitude suffisante, le goût prononcé du travail, de la fidélité, de Tunion, de Tordre etdelapaix. Car sans une réputation intègre, sans une crainte de Dieu manifeste, sans le goût du travail, de Tordre, de la paix, etc., ces personnes ne sauraient convenir dans la maison d'un ecclésiastique digne de ce nom. La personne du pasteur devant être la lumière de sa paroisse, sa maison doit être elle-même un flambeau qui ne répande partout que les rayons de la flamme et de la vie célestes. La maison du pasteur doit être, comme lui, un modèle pour les fidèles; c'est le théâtre le plus restreint, il est vrai, mais aussi le plus immédiat de son activité; tout ce qu'il fait pour la direction des affaires de sa maison ne doit être que l'image en petit de ce qu'il fera pour la haute direction de la maison de Dieu. Comment, en effet, celui qui ne sait pas présider à sa propre maison pourrait-il gouverner la maison de Dieu, la communauté des fidèles ?
Or, ce gouvernement, c'est spécialement par le choix de son personnel qu'il doit se le faciliter; le prêtre, le prêtre catholique surtout, a de grands motifs d'en agir ainsi. Le pasteur, lié qu'il est à son ministère, ne pouvant avoir Tœil à tout, et nul dans son personnel ne pouvant le remplacer, s'appliquera à ne choisir que des personnes ayant la volonté et la force d'être à elles-mêmes leur propre loi.
Quand le pasteur a bien réussi dans le choix de son personnel, il doit savoir :
2" Entretenir dans sa maison l'esprit de crainte de Dieu, d'application, de fidélité, d'ordre et de paix. Tout cela, sans doute, dépend d'une volonté supérieure; mais cette volonté n'est pas loin de nous. Y coopérer est le devoir et la gloire du père de famille.
A cette fin, il ofire partout, dans sa conduite envers les personnes de sa maison, l'image de Dieu, « ce grand économe d'une maison vaste comme le monde. » Si chaque maison ne doit former qu'un tout sous la conduite d'un chef unique, si chaque
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membre doit travailler à sa tâclie à la place qui lui a été assignée^ il en est de même de la maison du pasteur. Si la loi est reconnue par les subordonnés, si elle est exécutée sur-le-champ, c'est parce qu'elle est appuyée de la parole, de l'exemple, de la gravité, de la surveillance et de toute la puissance du père de famille.
Comme modèle de justice divine, le pasteur proportionne le travail aux forces, et la récompense au travail.
Comme modèle de bonté divine, il attire et retient par Texpression de la bienveillance les caractères sensibles, va au delà des strictes limites de la justice, appuie les faibles, soutient les malades, console les affligés et pardonne à ceux qui manquent.
3" Pour maintenir l'esprit de crainte de Dieu, l'amour du travail, de la paix, de l'ordre et du calme, il a soin d'introduire dans sa maison un culte divin, un office particulier, et d'y participer lui-même chaque fois que ses devoirs le lui permettent. Pour que la religion des personnes de la maison se conserve et se manifeste dans toute leur conduite, il faut que cette religion ait elle-même de la vie, afin de pouvoir renouveler leur vie intérieure.
Or, ce renouvellement de la religion dans les membres d'une maison a lieu par la piété domestique, par le culte privé que l'on rend à Dieu.
i" Pour conserver dans sa maison cet esprit de crainte de Dieu, cet amour du travail, de l'ordre et de la paix, le pasteur fera en sorte que les personnes qui l'entoureront soient des modèles de vertu pour la paroisse, qu'elles assistent ponctuellement à l'office divin, et qu'elles y édifient les fidèles par leur calme, leur modestie, leur attention et leur piété, confirmant ainsi par leur conduite ce que le pasteur enseignera par ses paroles.
« Les personnes de notre maison, chers amis, prêchent aussi bien que nous le bien et le mal, et souvent avec plus de force, suivant quelun ou l'autre domine en eux, disait un vieux curé à de jeunes ecclésiastiques; veillons donc à ce qu elles ne prè'
client pas par leur conduite les dieux de ce monde, tandis que nous annonçons par nos paroles le seul vrai Dieu. »
Remarque. — Si le pasteur devait être malheureux dans le choix de son personnel, sa maison, loin de ressembler à une église en petit, ressemblerait plutôt à une chapelle du démon. Le pasteur ne confiera donc pas le gouvernement de sa maison à une personne au sujet de laquelle de graves motifs ne lui permettront pas de croire qu'elle est exempte des vices qui rendent inhabile à ces fonctions. Ces vices sont :
l*» La loquacité, qui est non-seulement une des faiblesses du sexe, mais un vice général. Ce babillage, entretenu dans un mouvement continu par le feu des passions, met la eommère du presbytère en union avec les commères du village, et fait de celle-là le canal qui transmet au village tous les événements du presbytère , et réciproquement. Ajoutons que ce canal est très-impur, car il se môle au récit de ce qu'on a vu et entendu une foule d'influences qui ont leur principe dans la plénitude du cœur. De là vient que le pasteur perd sa bonne renommée auprès des paroissiens, et les paroissiens la confiance qu'ils avaient au pasteur, sans qu'ils sachent comment ils sont devenus hostiles l'un à l'autre.. Cette mobilité de la langue implique la gouvernante dans toutes sortes de contestations féminines, où elle sait attirer et mêler adroitement le pasteur, en invoquant constamment son témoignage. De sorte que les plus grands sujets de désunion entre le pasteur et les paroissiens, entre le pasteur et ses confrères, entre le pasteur et les autorités, ont leur principe dans la langue indomptable.
2° La paresse, V oisiveté et l'amour du bien vivre. — Il est arrivé souvent que des servantes, n'ayant plus personne pour les stimuler, ont perdu au presbytère le goût du travail qu'elles y avaient apporté. Tantôt elles prennent à leur service des personnes étrangères, qu'elles font travailler pour elles; tantôt elles négligent les travaux nécessaires, parce qu'elles n'ont pas le courage d'emprunter toujours le secours d'autrui; tantôt elles emploient à dormir et à boire un temps précieux qu'il fau-
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drait consacrer au travail. Et Yoilà comment elles forcent le pasteur à contracter de nouvelles dettes, au lieu d'effacer les anciennes.
30 La lésine. — Une gouvernante peut, tout en ne cherchant pas ses propres avantages^ nuire considérablement au pasteur; c'est lorsque, contre la volonté de ce dernier, elle se montre récalcitrante envers les ouvriers, les pauvTCs, etc., et qu'elle justifie sa ladrerie en s'abritant derrière la volonté du pasteur.
4'* L'infidélité. — Ce qui est pire encore, c'est quand la gouvernante est dominée par la cupidité ; car, comme elle met tous ses soins à ramasser pour elle, elle a suffisamment de ruse et d'adresse pour dissimuler son infidélité. Si le pasteur voulait contrôler sa conduite en lui adjoignant une aide, il ferait de son presbytère le théâtre d'une guerre éternelle, se verrait forcé de congédier tous les mois l'une ou l'autre servante, et souvent la meilleure, ou d'en entretenir deux qui finiraient par se prêter la main dans le pillage qu'elles feraient en commun de la maison.
5° La bigoterie, surtout lorsqu'elle s'allie à la paresse et à la vanité. Dépourvue de la véritable crainte de Dieu, la servante retire ses mains du travail pour les joindre dans la prière, et, se donnant les apparences d'une piété feinte, elle s'affranchit des devoirs les plus communs de la pratique. Si, avec cela, elle parvient à racoler d'autres bigotes animées du même esprit qu'elle, et à nourrir de la graisse du presbytère ce club de fausse sainteté, elle aura trouvé le bon moyen de rendre le pasteur à la fois pauvre et ridicule.
6*^ La série des maux que peuvent produire l'oisiveté, le bienvivre, etc., se termine par le désir c^'é^re manVe, accompagné de toutes les manœuvres subtiles que l'amour seul peut inventer. Cette passion est celle qui enlève le plus facilement à un pasteur son avoir, sa bonne renommée, sa vertu, son repos et sa santé. Son avoir; sa servante ouvrira la porte du presbytère à un poursuivant qu'elle enrichira de la fortune d'autrui; sa bonne renommée, puisque, qu'il soit ou non calomnié de sa
gouvernante^ il sera bientôt soupçonné d'entretenir avec elle des rapports trop intimes ; sa vertu, car elle sera assez rusée pour essayer de le faire tomber, afin de se le rendre à jamais tributaire, ou de le forcer à lui assurer une forte compensation ; son repos et sa santé, qui sont ordinairement sacrifiés avec rhonneur et la vertu.
Une personne du sexe, fût-elle exempte de tous ces défauts, fût-elle réellement un modèle d'application, d'humilité, de douceur, de générosité, de renoncement à soi-même; eût-elle toutes les qualités nécessaires pour bien diriger une maison, si elle était jeune et belle, le pasteur aurait suffisamment de motifs pour ne la point prendre à son service. Il devrait à sa vocation, à la confiance de sa paroisse, à sa propre vertu, à celle de ses confrères, à l'honneur de son presbytère, comme aussi à la vertu et à l'honneur de la personne elle-même, d'agir en sens contraire. Heureux celui qui peut le croire avant que l'expérience ne Tait puni de son incrédulité !