‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 131 sur 172 · II · texte numérisé non relu

II

DE LA CONDUITE DU PASTEUR ENVERS SES COOPÉRATEURS DANS LE MINISTÈRE DES AMES.

7. Parmi les personnes de la maison du pasteur, il en est une^ d'un rang supérieur, qui partage avec lui l'honneur du nom de prêtre, ainsi que les charges du ministère des âmes. Nous avons nommé le vicaire. Le pasteur honore en sa personne un confrère qui cultive avec lui le champ de leur commun maître Jésus-Christ; il aime en lui non-seulement l'homme, le chrétien, le confrère, mais encore le frère en Jésus -Christ, qui l'aide à porter son lourd fardeau. Il veille avec un sentiment de respect et d'amour sur sa vertu, son honneur, sa santé, son propre bien-être, et lui rend chez lui le travail, l'étude et la vie agréables.

Il y aurait donc manque de respect de la part du pasteur s'il regardait son confrère d'un air impérieux ; si, par des paroles grossières, des manières méprisantes et mille autres procédés

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indignes^ il lui faisait sentir l'immense différence qu'il y a entre ouvrier et ouvrier, et si, par son exemple, il invitait les domestiques, l'instituteur, le cliirurgien et le seigneur du village à ne point baisser pour le vicaire leur chapeau aussi bas que pour le pasteur.

Il y aurait manque de charité si le pasteur se déchargeait sur son coopérateur de toutes les fonctions pénibles du ministère, telles que : sermons, catéchismes, visites des malades, et ne se réservait que la messe et le chant de l'office.

Il y aurait manque de charité si, d'autre part, le pasteur ne fournissait à son coopérateur aucune occasion de manifester ses talents et de déployer son zèle; s'il se montrait jaloux de toutes les marques de confiance que le peuple donnerait à un jeune ecclésiastique, et lui enlevait toute occasion d'utiliser ses dons.

Il y aurait manque de sagesse et de sollicitude si le pasteur négligeait de découvrir, de paralyser, d'éloigner les dangers qui menaceraient l'innocence, l'honneur et la santé de son coopérateur.

Il y aurait manque de respect et de charité si, par son intolérance, son humeur chagrine, par cette lésine qui va jusqu'à rogner un centime; si, par l'ascendant illégitime de la gouvernante, ou par l'indulgence du pasteur envers celle-ci, le pasteur était cause que le vicaire ne pût y tenir au delà de douze semaines, et qu'une paroisse fût réduite à changer, dans une année, aussi souvent de vicaires qu'une femme impérieuse et intrailable change de servantes.

Il y aurait manque de respect et de charité si, en toute occasion, le pasteur faisait sentir à son coopérateur qu'il est encore bien jeune, et par conséquent qu'il ne saurait avoir aucune connaissance solide; si le vicaire, parce qu'il est encore vicaire, n'osait ouvrir la bouche, et que, même en présence de Tinstiluteur, on le chargeât de changer les assiettes, etc., etc.

Il y aurait manque de respect et de charité si, chaque fois qu'il s'agit de quelque mesure salutaire à prendre dans la paroisse, le pasteur liait les mains à son vicaire et ne lui permettait

point, même dans des matières insignifiantes, d'être d'un autre avis que lui.

Il y aurait manque de sagesse et de charité, si le pasteur donnait à un jeune et zélé vicaire l'exemple de la boisson, du jeu, et autres choses pires encore.

8. Le pasteur, quand la faculté lui en est laissée, ne saurait guère être trop prudent dans le choix de son coopérateur, afin de trouver un homme qui Taide à fonder le royaume de Dieu dans sa maison et dans sa paroisse; un homme au caractère calme, tolérant, et propre à kii alléger son fardeau.

Mais comment ce coopérateur lui aiderait-il à édifier le royaume de Dieu, s'il avait trouvé son règne dans ses cinq sens et dans quelques douzaines d'idées rapportées de l'école qu'il vient de quitter; si Dieu ou Jésus-Ghrist était pour lui un mot vide de sens ; le culte extérieur chose arbitraire et pure cérémonie ; l'innocence et la pudeur de la jeunesse un idéal impossible; son état une simple question d'ordre et de police? Dieu préserve son troupeau de ces loups sous la peau de bergers !

Que si, au contraire, ce jeune ecclésiastique, régénéré par l'esprit du Christ, prêchait avec saint Paul la foi, avec saint Jean la charité, avec saint Jacques les œuvres de la foi et de la charité, et avec saint Pierre l'esprit tout entier de Jésus-Christ, il faudrait lui souhaiter un pasteur qui le comprît et ne l'empêchât pas de propager son Évangile à la manière de saint Paul. 9. Quand plur^ieurs coopérateurs habitent ensemble le presbytère, il n'y a que l'amour céleste qui puisse apprendre au pasteur à maintenir l'union entre eux, à supporter les faibles parce qu'ils" sont hommes, et à adoucir à tous les épreuves qui ne sauraient faire défaut même dans la maison la plus exemplaire.

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