RELATIONS AVEC LES HOMMES EN GÉNÉRAL
40. Le pasteur ne saurait^ comme homme conversant avec d'autres hommeS;, poursuivre un plus bel idéal que celui qui est exprimé dans la vie et dans la doctrine de Jésus-Christ.
11 faut donc qu'il soit une reproduction vivante du Fils de rhomme pendant son séjour sur la terre ; il faut qu'il réalise en action la doctrine que Jésus-Christ a confiée à ses Apôtres pour faire le voyage de la vie.
41 . Si les moralistes les plus exercés voulaient exprimer en deux mots les principales lois qui doivent régler les conversations du pasteur, telles que celles-ci : « Soyez humain, sans imprudence; sympathique, sans vous prodiguer; parleur, sans vous rendre ridicule par une stérile fécondité de paroles ; ouvert, sans trahir le secret de Famitié ni du devoir ; généreux, sans jeter les perles aux pourceaux ; loyal et sincère, sans vous imposer à vous-même des chaînes qui permettent à votre enr nemi de vous attirer à lui et de vous retenir captif ; sans malice, sans finesse, sans esprit de chicane, mais aussi sans servir de marchepied aux espions ni aux imposteurs ; prescriptions qui, ainsi qu'une foule d'autres, sont conformes aux enseignements de l'expérience et de la raison, et dont il est aisé de vérifier la justesse à quiconque veut réfléchir sur ce que doit être toute conversation raisonnable; ces moralistes ne trouveraient point, après y avoir longuement réfléchi, d'expressions plus fortes et plus expressives que ces deux mots de l'Évangile :
Prudence du serpent, Simplicité de la colombe.
Cette instruction que Jésus-Christ fit à ses disciples : «Soyez simples comme des colombes, et prudents comme des serpents,» est donc la meilleure pour tous les chefs du peuple, et surtout pour les pasteurs. La simplicité de la colombe, c'est l'innocence,
roiiverture, la sérénité, le naturel, la droiture, Taffection, l'édification, la douceur et la sympathie que respire notre extérieur. La prudence du serpent, c'est ce qu'il y a de réfléchi, de grave, de méditatif, de prévoyant^ de calme, d'habile dans ce même extérieur.
La simplicité de la colombe, sans la prudence du serpent, nous rendrait dangereux à nous-mêmes et aux autres.
La prudence du serpent, sans la simplicité de la colombe, nous rendrait rusés, adroits, subtils, fourbes, là où nous devrions être vigilants, prudents, attentifs, réfléchis.
42. La vie de Jésus-Christ peut être considérée comme un commentaire de cette doctrine. Jésus-Christ était si ouvert, que les Nathanaëls voyaient jusque dans son cœur ; si renfermé en lui-même, qu'avec toute leur habileté les fourbes d'Israël ne virent point la flèche qu'il portait en lui-même avant qu'ils la lui eussent enlevée en lui perçant le cœur ; si doux, que les enfants ne pouvaient le quitter; si sévère, que ses ennemis eux-mêmes n'avaient pas le courage de l'interroger; si pacifique et si indulgent, qu'il sauva de la mort une adultère convaincue de son crime ; si audacieux et si énergique, qu'il arrachait lemasque aux hypocrites et chassait les vendeurs du temple.
43. Cette doctrine est accompagnée de celle-ci : «Que vos œuvres brillent devant les hommes, afin qu'en les voyant ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. »
D'où il faut conclure que si la Sagesse suprême dit à l'homme : c( Soyez ce que vous voulez paraître, » la haute mission dont le prêtre est investi veut que lui aussi « soit ce qu'il veut paraître, et surtout qu'il paraisse ce qu'il est et ce qu'il doit être. » Pour que la lumière j»uisse luire, il faut qu'elle existe ; mais il faut de plus qu'elle luise ; autrement elle ne saurait atteindre son but, qui est d'éclairer. Ainsi donc, l'essence et la vocation divine du pasteur étant d'être une lumière, c'est pour lui un devoir, simplement comme homme, de paraître ce qu'il est, lumière ,
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PREMIER APPENDICE