‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 154 sur 172 · SUR UN MOT ÉQUIVOQUE · texte numérisé non relu

SUR UN MOT ÉQUIVOQUE

Il y a tant de tumulte dans le monde^ qu'on peut h peine s'entendre parler soi-même.

Les uns ont sans cesse à la bouche et au bout de leur plume le mot civilisation, dont ils se servent pour frayer les voies à leurs utopies progressistes. Comme la lumière vaut mieux que les ténèbres, s'ils ont réellement cette lumière, qu'ils se contentent de la mettre sur le chandelier et de la laisser éclairer la maison! Que signifient ces clameurs? S'ils n'ont pas la lumière, et ne veulent que répandre les ténèbres sous l'enseigne de la lumière, ils ont sans doute des raisons de crier, pour que les spectateurs, égarés par cette adroite substitution, ne découvrent pas leur odieuse imposture. Mais alors, les clameurs ne sont plus que l'instrument d'un coupable artifice, aussi impie que lui.

Pous vous, mon cher ami, aimez la lumière et faites-la briller; mais ne criez pas avec les autres, et encore moins devant les autres.

A côté de ce parti, qui se fait partout précéder du mot civilisation, comme d'une expression honorable, il en est un autre qui, se cramponnant aux choses anciennes, et s'opposant énergiquement à l'introduction des nouveautés, apphque à leurs partisans la dénomination d'hommesde progrès, flétrissant ainsi cette civilisation que des novateurs, comme ils les appellent, veulent imposer avec grand fracas. Si les choses anciennes que

l'on veut supprimer sont réellement une. vérité qui ait une connexion intime avec le salut du genre humain^ il est grand, noble et méritoire de la défendre contre ses ennemis; mais en cela, les clameurs ne sont nullement nécessaires : ce qu'il faut, ce sont des explications franches et catégoriques^, une exposition de principes indépendante^, et cette défense sérieuse que l'on doit à un ancien ami.

Et si ces explications;, cette exposition, cette défense d'un mérite éprouvé et constaté, ou seulement d'une institution bienfaisante, dont on aimerait à transmettre les avantages à la postérité, étaient précisément ce qui fit crier les autres à Vobscurantisme^ il faudrait dire dans ce cas que les obscurantistes seraient eux-mêmes les fils de la lumière, et les prétendus hommes de progrès, les enfants de ténèbres.

Il est vrai que si nous interrogeons l'histoire de notre époque, nous ne tarderons pas à découvrir le revers delà médaille, et à nous convaincre que ceux qui veulent maintenir les vieilles opinions, les anciennes institutions, manifestent clairement que s'ils les prennent sous leur sauvegarde , ce n'est pas tant parce qu'elles sont vraies, ou préférables à d'autres, que parce qu'en les faisant eux-mêmes valoir, ils croient y trouver leurs avantages et leur considération personnelle.

Ce qu'il y a de pire encore, c'est qu'il n'a pas manqué de zélateurs emportés et violents de ce qu'on nommait la bonne cause, qui ont su associer à leurs clameurs hostiles les esprits paisibles qui, par la lumière qu'ils faisaient briller, ne cherchaient qu'à glorifier le Père de toute lumière.

Pour vous, mon cher ami, gardez-vous de faire chorus avec les autres , ici moins que partout ailleurs. Car se substituer à^ la vérité, et transformer une guerre d'égoïsme en une guerre sainte entreprise pour la vérité, est une sorte de blasphème.

Au lieu de crier avec les autres, aimez, recherchez, examinez la vérité, et quand vous l'aurez trouvée, faites-vous le propagateur de la lumière, sans appeler à votre secours les ténèbres (la puissance de la passion ténébreuse) . Dieu étant lui-même la

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lumière, le soleil de la vérité ; Jésiis-Glirisl étant la lumière de la lumière, l'Église étant la société de tous les enfants de lumière ; riiomme étant créé pour la lumière de la vérité, et la lumière étant l'élément où il doit marcher, un noble émulateur peut pénétrer toujours plus avant et plus profondément dans le domaine de la vérité ; un véritable zélateur peut propager, en vue du salut du monde, la lumière de la vérité divine, et on ne saurait que louer et respecter tout ce qui tend à illuminer les objets, encore obscurs, que renferme le domaine delà science.

Ce ne saurait être une infamie d'être du nombre des vrais enfants de la lumière, et de faire vis-à-vis du monde roffice du soleil. Mais quand Tesprit de sophisme veut extirper de la famille et de TÉglise la doctrine fondamentale du christianisme : c( Dieu en Jésus- Christ, salut du monde, » et avec elle toutes les vérités surnaturelles dont Thomme, déchu de Dieu , a besoin pour retourner à lui, sous prétexte qu'elles ne sont que le produit de la superstition; quand la frivolité (pour laquelle rien ne saurait être sacré, parce que la cupidité est devenue son Dieu) cherche à déconsidérer par ses froides moqueries la vérité éternelle et la foi en un seul Dieu, rémunérateur des bonnes œuvres, ou à la bannir de Tesprit des ignorants par les charmes d'une séduction armée, et qu'elle couvre du bouclier de la civilisation cet attentat au bonheur de l'humanité ; enfin, quand au milieu de Teffervescence toujours croissante du siècle, il se forme parmi ceux qui se targuent de la réputation de savants, une manière de penser et d'agir ayant pour but unique d'étouffer d'une main le sentiment religieux, et d'introduire de l'autre dans la société humaine les jouissances effrénées de la vie, comme étant la sagesse du jour; quand on donne cet éloignement de tout ce qui est saint, et cette introduction de tout ce qui est profane pour le véritable esprit de la civilisation, oh! alors, opposez- vous comme un roc inébranlable à l'envahissement des flots; travaillez par toute la puissance de la parole et de l'action vivantes contre une doctrine aussi impie que préjudiciable à l'humanité. Et si, dans cette résistance infatigable que vous

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ferez à Tœuvre des ténèbres, on vous appelle tantôt un obscurantiste, tantôt un fanatique, tantôt un ennemi de la société humaine, tantôt (selon Texpression favorite des blasphémateurs emportés par un zèle aveugle), horresco referons, un mystique, demeurez immobile comme un rocher, dédaignant les flots impurs qui sortent de la bouche des hommes de mensonge. Ces flots, n'étant que de Feau, passeront comme elle.

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