COMMENT ON PEUT REPANDRE LA RELIGION CHRETIENNE PARMI LE PEUPLE
Si votre demande signifie : comment un ecclésiastique peutil, en instruisant, répandre la religion chrétienne dans sa paroisse ? elle porte avec elle sa solution, car alors toute la question se réduit à ceci : comment l'ecclésiastique, Tecclésiastique enseignant, et enseignant dans sa paroisse, peut-il fonder et propager dans sa paroisse le christianisme divin, apostolique? La réponse à votre question ainsi précisée est celle-ci : Si les apôtres, après avoir été consacrés par l^Saint-Esprit, présentèrent le christianisme comme étant un fait : le Seigneur est ressuscité, et comme en ayant été eux-mêmes les témoins ; nous l'avons vu; si, par amour pour Jésus-Christ et en vue du salut éternel des hommes, ils le propagèrent avec un généreux courage; s'ils scellèrent cette parole divine parles miracles que Dieu opéra en eux, non moins que par la sainteté de leur conduite, par leur patience toute céleste et en sacrifiant leur vie : que cette manière apostolique de fonder et de propager le christianisme soit Timage et le modèle de toute votre carrière apostolique.
Que votre prédication soit aussi, premièrement, un témoignage. Ne vous hasardez pas à prononcer le nom dé Jésus - Christ avant d'avoir expérimenté dans .votre cœur la vertu divine du christianisme, et avant de pouvoir dire : le Seigneur vit, Dieu en Jésus-Christ est véritablement le salut du monde :
Que votre prédication soit aiissi^ deuxièmement^ un témoignage de votre croyance à rhistoire du Nouveau Testament, histoire qui se renouvelle dans chaque communauté chrétienne ; car rhistoire tripartite du Nouveau Testament (histoire de Jésus-Christ, histoire des Apôtres, histoire de tous les vrais chrétiens jusqu'à nos jours) est le moyen le plus énergique pour former le peuple chrétien, puisqu'aucun n'est aussi étendu, ne fait plus d'impression, ne touche davantage et n'est plus applicable à l'intelligence, à la mémoire, au cœur et au genre de vie des fidèles ; puisqu'il est unique par la richesse et la plénitude des vérités de salut qu'il renferme.
Que votre prédication soit aussi, troisièmement, un témoignage^ une parole vivante à laquelle la sainteté de votre vie, votre patience toute céleste et votre dévouement continu servent de confirmation. Si le témoignage que votre bouche rendra à Jésus-Christ est appuyé de ces trois témoignages : sainteté de la vie, patience céleste, dévouement sans bornes, le quatrième, je veux dire les miracles, pourra, sans grand préjudice pour les fidèles, vous faire défaut. Car, dussent les prodiges extérieurs ne point signaler votre carrière, les miracles intérieurs de la grâce, les nouvelles créations, visibles à tout œil de l'esprit dans chaque conversion d'un pécheur, dans chaque nouvelle transfiguration d'un juste, suppléeront parfaitement à l'absence des miracles extérieurs. — Hélas ! dans quel profond abaissement la prédication chrétienne est tombée ! Elle qui devrait être un témoignage vivant de Jésus-Christ vivant, est devenue l'instrument d'un système de morale tombé à l'état de cadavre.
A UN JEUNE CLERC QUI, DANS LES ÉCOLES ET DANS LE TOURBILLON DE LA VIE, AVAIT PERDU LA FOI AU CHRISTIANISME.
Je connais vos souffrances ; c'est un ange de Dieu qui vous a & donné le courage de m'en faire part. Je veux non-seulement Hues partager, mais encore les réduire peu à peu à néant. ^H Thécl. past. II. 30
Ce que vous ne pouvez point croire, vous n'êtes pas obligé de le croire dans le moment même ; mais vous pouvez vous y préparer, et cela, vous le devez. Vous croyez à Dieu, — pour ne point geler, dites-vous, et pour ne point mourir de faim, ajouterai-je; car la foi est véritablement le pain céleste. Dieu est, pour vous comme pour moi, Famour étemel. Or, que puis-je donner à l'amour éternel, que Tamour? Marcher devant lui comme si nous étions en sa présence, suivre pas à pas chacun de ses vestiges, recevoir de sa main toutes les souffrances et toutes les joies qu'il envoie, parce que c'est la même main qui me donne la respiration et tout ce que je possède ; l'honorer lui seul et en tout, mettre sa confiance en lui seul, s'attacher à lui par un amour profond, l'aimer par-dessus tout ce qui m'est cher, lui obéir à la moindre parole, au plus léger signe ; et, pour avoir la force de le faire, mourir à tout amour-propre, atout égoïsme, à toute pensée personnelle, à toute ambition qui me sépare de lui, voilà ce que je puis, ce que je dois, ce que je veux. Et puisque, jei ne l'ai point fait jusqu'ici, je veux m'en accuser en sa présence, m'humilier, me condamner, implorer mon pardon de sa tendre miséricorde; je veux lui consacrer un cœur et une vie renouvelés ; et comme je ne saurais le faire sans lui, je veux, avec la confiance d'un enfant et le cri d'une âme qui a faim et soif de la justice, lui demander son esprit. Je n'aurai point de repos que je n'aie senti le souffle de son esprit, que je n'aie été saisi, xenouyelé par lui, qvie. je i^'en aie reçu des yeux nouveaux, un cœur nouveau, une âme nouvelle.
Voilà ce que j'entends par : croire à Dieu.
Cet exercice de l'esprit, qui se compose de milliers d'autres exercices, et qui s'appelle tantôt combat, tantôt victoire, tantôt prière, tantôt faire le bien en secret : voilà ce que j'entends par croire à Dieu.
Voilà, j'imagine, quelles sont les dispositions intérieures de tous les patriarches, de tous les prophètes, de tous les enfants de Dieu sur la terre.
Ils cherchent leur Dieu e^y^c une fidélité inviolable jusqu'à ce
qu'ils raient trouvé ; puis ils conservent ce qu'ils ont trouvé et ils en jouissent. Fidélité dans la recherche, bonheur dans la possession : telle est l'essence de toute la religion.
Amour et humilité^ humilité et amour : voilà, selon moi, la religion. L'amour et Thumilité la plus profonde constituent la sainteté de Tintérieur, et procurent tout le bonheur dont l'homme est susceptible ici-bas.
Là où se rencontrent cet amour et cette humilité, là est l'obéissance sans exception, la soumission sans réserve, le renoncement à soi-même sans égard aux exigences de l'égoïsme.
Amour et humilité ont été, dans la vie la plus élevée et la plus belle qui fût jamais, la religion de Jésus-Christ. Il se soumit à la volonté de Dieu en se sacrifiant pour le salut des hommes. Ma plus grande application est . d'avoir envers Dieii les mêmes dispositions que Jésus-Christ a eues envers son Père.
Si j'étais un avec Dieu comme Jésus -Christ est un avec lui^ qu'il appelait son Père, j'aurais, premièrement : la rehgion de Jésus-Christ; je serais, secondement, dans la disposition de pouvoir accueillir en moi la religion chrétienne, et de l'y faire prédominer. Car autant Jésus-Christ était attaché à Dieu, autan* Jésus-Christ se distinguait par la pureté de son amour et de son humilité, autant saint Jean, saint Pierre, saint Paul étaient attachés à Jésus-Christ. L'amour éternel^ qui ne saurait qu'aimer, ne saurait non plus que se manifester. Or, cet amour éternel s'est révélé dans les apôtres saint Jean, saint Pierre, saint Paul, et, sous sa forme la plus belle et la plus magnifique, dans Jésus- Christ. Jésus-Christ était pour eux le rayonnement de l'amour éternel; en croyant et en espérant en Jésus-Christ, en l'aimant, ils croyaient et espéraient en Dieu, ils aimaient Dieu. Dieu manifesté en Jésus-Christ était pour eux la suprême vérité : ils y croyaient ; c'était pour eux le souverain bonheur : ils s'y confiaient ; c'était pour eux la suprême beauté : ils l'aimaient. Cette foi en Dieu manifesté en Jésus-Christ, cette confiance et cet amour envers lui : voilà ce qu'ils entendaient par religion chrétienne, et c'est aussi ce que j'entends par là. Ma principale
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sollicitude est d'avoir pour Jésus-Christ les mêmes dispositions qu'avaient saint Paul^ saint Pierre et saint Jean.
Dans cette occupation j'ai trouvé plus de vérité^ plus de bonheur, plus de beauté pour ma vie intérieure, que dans toute autre étude. Aussi, je ne saurais pas plus renoncer à ma foi en Jésus-Christ qu'à ma foi en Dieu ; car Tune et l'autre ne forment qu'une. Je n'ai point de Dieu sans Dieu en Jésus-Christ, et je n'ai point de Christ sans le rayonnement de l'amour éternel (Dieu). Ce rayonnement, je l'ai trouvé dans le sein de l'Église, dans ses doctrines, ses institutions, ses usages; ce rayonnement de l'amour, je l'ai trouvé tantôt brillant avec éclat, tantôt sortant de l'ombre, de la poussière et des ruines. •
Ce rayonnement de l'amour éternel, je l'ai trouvé dans notre Église, parce que j'ai séparé, avec saint Augustin, l'unité d'avec la pluralité ; parce que j'ai cherché, avec Fénelon, l'esprit sous la lettre; parce que, comme tous les hommes pieux de notre Église, tout en observant le mécanisme qui se trouve dans certaines pratiques de piété , le scolasticisme qui règne dans certaines écoles, régoïsme qui inspire certaines mesures de la puissance ecclésiastique, je n'ai point dédaigné le champ à cause de l'ivraie, et que le champ ne m'a pas fait prendre l'ivraie pour le bon grain.
Ainsi :
1° Pour moi, Dieu est l'amour éternel ;
2° Jésus-Christ est le rayonnement de l'amour éternel ;
3° L'Église de Jésus-Christ est l'organe unique, divin, universel, destiné à conserver et à propager la religion chrétienne dans tous les pays et dans tous les temps.
Voilà ce qu'est pour moi la religion de Jésus-Christ, la religion chrétienne : la religion chrétienne de l'Église catholique est sainte.
Sous le premier rapport, je voudrais être animé des mêmes sentiments que Jésus-Christ ; sous le second rapport, je voudrais avoir les mêmes dispositions que saint Paul, saint Pierre, saint Jean ; sous le troisième rapport , je voudrais éprouver les
mêmes sentiments que saint Augustin au quatrième siècle et que Fénelon au dix-septième.
Je trouve Dieu, Tamour éternel, dans la pâture, bien que les divisions, les misères et la mort y régnent de toutes parts. Je trouve Dieu en Jésus-Christ, bien que les dissensions, les misères et la mort régnent parmi les chrétiens. Je trouve Jésus- Christ dans l'Église catholique, bien que le divin y soit çà et là obscurci par le profane ; bien que les abus, l'ignorance et la dispute régnent parmi les savants et les ignorants.
Au surplus, mon cher ami, lisez dans votre cœur, après que vous aurez lu dans le mien. Livrez-vous tout entier à Dieu (n" i ); il vous donnera la lumière nécessaire pour arriver à Jésus- Christ, et de Jésus-Christ à TÉgiise.
Quand vous aurez bien saisi ces trois points de vue, et surtout quand l'observation fidèle du premier vous aura initié à la connaissance de la doctrine sacrée, on pourra, dans quelques entretiens, vous donner la lumière nécessaire pour comprendre le détail. Puisse cette effusion de mon cœur jeter seulement dans le vôtre une étincelle qui vous montre Tensemble de ces vérités; puisse-t-elle être comme un éclair lumineux qui, après avoir brillé dans votre esprit, fasse place au soleil qui éclaire toutes choses et qui vous transformera de fond en comble.
Quand vous vous serez habitué à ces considérations, vous verrez de jour en jour plus clairement que la foi en Dieu ne saurait prendre dans l'homme une vie plus élevée et plus profonde que dans l'amour et l'humilité, et vous comprendrez de plus en plus que l'amour et l'humilité sont la vie la plus élevée . et la plus profonde de la foi.
Et puisque vous avez eu de tout temps un grand attrait pour les mathématiques, je leur emprunterai quelques-unes de leurs formes pour vous rendre mes idées plus sensibles.
Figurez-vous qu'il y a en vous un point central, et placez-y votre foi. De ce point central tirez une ligne perpendiculaire que vous ferez monter jusque dans les hauteurs infinies, et que vous ferez descendre jusqu'aux dernières profondeurs.
Vous aurez là une image de la vie de la foi A Amour.
Celui qui a la foi vivante peut, par Famour, s'élever au-dessus de toutes les hauteurs et devenir un avee Dieu; et il peut, par Thumilité, descendre jusqu'aux dernières profondeurs, pour se dégager de tout amour de soi-même et des plus subtils poisons de Fégoïsme.
0 Foi.
Z Humilité,.
Chaque jour vous ferez cette expérience, que l'amour et l'humilité constituent la plus parfaite unité de toute religion, de toute vertu, de toute sagesse, de toute félicité.
Celui qui a l'amour et l'humilité, a par cela même religion, vertu, sagesse, félicité.
Et plus il croît en amour et en humilité, plus il croît en religion, en vertu, en sagesse et en félicité.
Placez dans le centre 0 la foi, ou, ce qui revient au même, Tamour accompagné de l'humilité, ou l'humilité accompagnée de l'amour; cette force vivante de Dieu qui existera au plus profond de votre âme débordera dans toutes les directions, et elle produira en A, la religion, le respect de Dieu; en C, la vertu ; en B, la sagesse; en D, le bonheur : c'est-à-dire que rehgion et vertu, sagesse et bonheur arriveront dans l'amour et dans Thumilité à leur plus complète unité.
Vous verrez de jour en jour plus clairement que Tamour et
riiumilité constituent Fesprit de la religion de Jésus-Christ, l'esprit de la religion catholique ; par conséquent, que Tesprit de notre religion est divin, et que la divinité n'a pas besoin d'autre preuve que celle qu'elle porte avec elle-même.
Mais, afin de faire plus sûrement et plus profondément cette heureuse trouvaille, prenez la résolution de ne point lire, pendant quelques mois, dans d'autres livres que ceux-ci :
\^ Votre intérieur;
2° Le Nouveau Testament ;
30 Les Confessions de saint Augustin, et autres monuments semblables de l'antiquité chrétienne ;
4° V Imitation de Jésus-Christ.
Mais, avant tout, s^sissez bien cette haute pensée : Que la prière, le renoncement à vous-même, la recherche paisible des voies du Seigneuî* soient votre science par excellence. Peut-être v§us suffira- 1- il de quelques jours pour vous eh convaincre.
Vale , ama,