‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 20 sur 172 · Celui qui frappe le pasteur, disperse les brebis · texte numérisé non relu

Celui qui frappe le pasteur, disperse les brebis

133. Celui qui manie le glaive, périra par le glaive. — Mettez le glaive dans son fourreau.

7. La nature tout entière, les événements, grands ou petits, qui se produisent dans le monde physique, spirituel, moral et politique, fournissent toujours à un maître habile Toccasion de placer un mot en temps et lieux convenables; et ce maître sait profiter de tous les faits qui se passent dans son élève et hors de son élève, pour le faire rentrer en lui-même et l'élever jusqu'à Dieu.

Les Quatre cents dévotions de Gotthold nous fournissent un magnifique exemple de la manière dont on peut utiHser dans renseignement privé les diverses occasions qui se présentent. Citons-en quelque chose.

La touffe de bardane,

Gotthold regardait les brebis paître sous des touffes de bardane, et comme cette plante restait souvent attachée à leur laine : Voilà, se dit-il en lui-même, ce qui arrive quand les méchants se rencontrent avec les bons; les premiers s'attachent aux derniers, ils les critiquent sur tous les points, et quelques efforts que fassent les bons pour s'arracher de leurs griffes, ils restent accrochés à leur laine. C'est le cas de dire avec Salomon {Prov., XXIX, 9) : « Si le sage dispute avec l'insensé, soit qu'il se fâche ou qu'il rie, il ne trouvera point de repos. » « Seigneur, délivrez mon âme des lèvres injustes et de la langue trompeuse » {Ps, XIX, 2).

Les querelleurs.

Deux individus qui se trouvaient dans une société vomissaient l'un contre l'autre les paroles les plus injurieuses. L'un,jcédant aux conseils de quelques personnes sages, s'était retiré, laissant son adversaire tempêter tout à son aise. Cependant, il ne tarda

pas à s'en repentir, car il se figurait que les personnes présen- .tes l'accuseraient de poltronnerie, et que son adversaire n'en deviendrait que plus hardi. Gotthold, qui en fut informé, lui tint ce langage : « Mon ami, lui dit-il, si en gravissant une montagne, vous voyiez rouler contre yous une pierre énorme, croiriez-vous qu'il y aurait du déshonneur à vous mettre à l'écart pour laisser passer cette pierre ? je ne le pense pas. Eh hien, qu'y a-t-il de honteux, quand on aperçoit un homme qui se roule d'ivresse et de colère, de chercher à l'éviter et de le laisser se rouler jusqu'à ce que la réflexion lui vienne, et que le calme renaisse dans son cœur? Celui qui dompte sa volonté et sait céder à propos, celui-là avance ; mais celui qui se laisse dominer par ses passions, tomhe infailliblement. »

Le lecteur chrétien dans le livre de la nature.

GOTTHOLD.

8. Comme il n'y a pas une grande différence entre le peuple et les enfants, la forme narratoire, même dans l'enseignement privé, est aussi celle qui lui convient le mieux. Les histoires bibliques surtout seront très-efficaces dans la bouche du pasteur qui saura les raconter.

Quant à l'enseignement privé, doimé par écrit, il en sera traité à part, à la fin de ce volume, dans la Correspondance pastorale.

lt> CHAPITRE IL

llatériaax pour l'enseisneiuent privé.

9. Bien que les matériaux de l'enseignement privé puissent, dans un sens général, être les mêmes que ceux de l'enseignement public, il y a cependant de certaines doctrines qui, concernant plus spécialement le cercle de la famille, et traitant cette multiplicité de misères contre lesquelles la vie humaine est obligée de lutter, s'adaptent mieux aux effusions paternelles du docteur privé qui parle à un petit nombre, qu'au discours public, prononcé devant une multitude de personnes.

§ I. — Pour les personnes mariées.

10. Parmi les hommes qui s'agitent avec la foule dans le tourbillon de la vie^ il en est peu qui comprennent le mystère de Tunion conjugale^ c'est-à-dire qui l'envisagent au point de vue de la religion.

Si une passion profane sépare ce qu'une passion profane avait uni, il faut que ce qu,e le saint amour unit soit de sa nature indissoluble. Or, comme l'union des sexes, pour être un mariage, suppose l'union des cœurs, et que l'union des cœurs n'est autre chose que l'amour, qui seul peut unir un cœur à un autre cœUr, il est de l'essence du christianisme que le saint amour domine dans l'union conjugale, comme il doit dominer dans toutes les autres relations de la vie.

Aussi bien, la première œuvre divine par laquelle la religion chrétienne ait inauguré son entrée dans le monde , a été de « sanctifier le mariage. »

Elle a sanctifié le mariage :

a. Puisque, par le saint amour, elle a uni les époux entre eux ;

b. Puisqu'elle a maintenu l'union des époux ;

c. Puisqu'elle a réglé l'exercice d'un droit sacré, et réalisé tous les devoirs matrimoniaux.

Elle a sanctifié le mariage ; car elle a exclu comme un crime non-seulement le fait de l'infidélité, mais encore la convoitise de la passion et du regard, cet adultère de l'esprit.

Elle a sanctifié le mariage ; car elle a enseigné aux hommes à ne jamais oublier qu'ils ne sont pas des animaux sans raison, mais des créatures humaines; qu'ils ne sont pas des païens qui méconnaissent Dieu, mais des enfants de Dieu.

Elle a sanctifié le mariage ; car de même que l'arbre tout entier du christianisme a reçu du Saint-Esprit avec ses fruits sa croissance et sa prospérité [Galat., v. 22, 23); de même les plus beaux fruits de cet arbre, je veux dire la modestie, la continence, la chasteté, etc., n'ont point d'autre origine que l'esprit de Dieu.

38 THÉOLOGIE PASTOBAIJ;.

1 1 . Or, si la religion clirétienne a sanctifié le mariage, et cela par Tamour, puisqu'elle est Tamour même, la crainte de Dieu à la fois tendre et filiale, forte et virile (filiale, considérée comme crainte que doit inspirer la pensée que Dieu voit tout ; forte, considérée comme résistance à Fattrait des mauvaises passions) ; cette crainte de Dieu, disons-nous, devra être considérée comme le meilleur précepteur de la famille, en matière matrimoniale. Car si la religion est elle-même le saint amour , ce saint amour, par rapport au péché et aux attraits du péché, n'est autre chose que la crainte de Dieu, qui évite tout mal et surmonte toute tentation, afin de rester seniblable à Dieu et de ne point lui déplaire.

Celui donc qui implante la crainte de Dieu dans les familles, celui-là y donne à la chasteté un solide appui. Sans elle toutes les règles particulières qui auraient pour objet la conservation de cette dernière, ne seraient qu'une barrière impuissante.

Remarque, Le jeune ecclésiastique qui aura besoin d'une instruction plus détaillée sur les devoirs et les obligations du mariage, ira consulter un prêtre âgé, respectable et expérimenté, pour lui exposer franchement tous ses doutes. C'est le moyen de trouver ce que nulle morale et nulle casuistique ne sauraient donner.

12. Les habitudes du monde, en accordant aux personnes mariées des licences qui feraient rougir la pudeur publique, s'il y avait encore une pudeur publique, sont complètement en dehors de l'esprit de l'Évangile. On dirait que pour le monde il n'y a plus obligation de marcher en la présence du Seigneur, de réprimer ses sens, de régner sur ses passions et sur ses convoitises, de mettre un frein à ses actes et gestes; on dirait que pour lui les regards ne font pas naître les images, les images les passions, les passions les actes, et les actes les habitudes.

4 3. Les habitudes impies du monde des grandes villes, qui, tout en conservant la forme extérieure et le nom du mariage, attirent, conformément à la loi du plaisir., les cœurs et les

corps vers des étrangers^ sont non-seulement dépourvues de Fesprit du christianisme qui sanctifie les mariages; elles sont encore en opposition formelle avec lui.

14. Ces habitudes impies du monde deviennent contagieuses par de brillants exemples qui agissent d'en haut,

1 5. Ces habitudes impies du monde gagnent d'autant plus en extension qu'elles restent plus impunies et sont admises comme telles. Or^ il existe encore, dans de certains villages et de certaines petites villes, des esprits protecteurs qui opposent leur puissant nec plus ultra à ces habitudes impies.

Quand ces esprits protecteurs revêtent une forme visible, on les nomme « pasteurs des âmes. »

16. Ces habitudes impies, on n'en triomphe pas par des arguments déraison, pour lesquels elles n'ont point d'oreilles.

17. Ces arguments, le maître de la religion doit néanmoins les connaître, afin de pouvoir les employer envers ceux qui peuvent encore les entendre, pour préserver les faibles d'une chute prochaine et affermir ceux qui chancpUent. A ces derniers on pourra dire ■:

a. L'adultère est la rupture du lien sacré qui a été formé devant^ Dieu poui durer éternellement, lien que l'Église a sanctifié et que l'État a accepté.

b. L'adultère est l'anéantissement de l'institution divine. Dieu a créé l'homme et la femme pour qu'ils soient et restent un. Or, ce que Dieu, la sainteté môme, a uni, la passion le sépare.

e. L'adultère est un acte contraire à ce commandement divin : « Vous ne commettrez point d'adultère, » que le doigt de Dieu a gravé dans la conscience et le cœur des hommes, et qu'il a écrit en caractères sufîisamment lisibles sur des tables et dans les mœurs des peuples.

d. Non-seulement l'adultère est en soi une injustice et un désordre, il est encore une semence d'injustices et de désordres, que nulle pénitence, nulle vertu, nulle puissance humaine ne sauraient empêcher. Aux milliers de questions qu'on peut

faire sur la manière de réparer les maux que produit l'infidélité conjugale^ il n^y a qu'une seule réponse :

On ne saurait les réparer.

e. C'est pourquoi l'adultère est la source des plus affreuses tortures de conscience que Thomme puisse éprouver. De tous les péchés de jeunesse qui tourmentent encore l'homme mûr et le vieillard, Tadultère est le plus terrible de tous.

/*. La vengeance divine punit si sévèrement l'adultère, qu'il n'est pas rare que le pécheur l'expie déjà dès cette vie, et voie se réaliser en lui ce que sa conscience inquiète lui prophétisait depuis longtemps.

g. L'adultère est la ruine de tout ce qu'on a coutume d'appeler esprit de famille, vie de famille, bonheur de la famille.

Ainsi la désunion des époux rend l'éducation des enfants impossible, et l'exemple du vice les transforme complètement.

h. L'adultère n'est pas seulement un péché contre Dieu, c'est aussi un péché contre l'époux innocent, un péché que le coupable commet en son corps et en celui de la personne qui pèche avec lui; c'est un péché envers la société contemporaine, qui a besoin qu'on lui montre des exemples de fidélité; un péché contre la postérité, qui a besoin des fruits d'un mariage .chaste.

i. Quant aux suites d'un adultère non réparé, suites qui s'étendent jusque dans l'éternité, il n'y a que l'éternité qui les puisse connaître.

Sans doute aussi que le précepteur doit être à même de représenter l'adultère sous sa face odieuse ; mais ces peintures n'ont d'effet que là où ces habitudes impies ne prédominent pas encore.

1 8 . Il est aussi difficile de se faire une idée juste de ce qu'est le mariage, qu'il l'est de se le représenter tel qu'il doit être.

Avant le mariage, on ne l'envisage presque jamais qu'avec les yeux de la passion ou de l'intérêt particulier ; et quand l'habitude du mariage a brisé l'enveloppe du plaisir, ce qui y domine, c'est le sentiment croissant de l'absence du plaisir. Les

THÉOLOGIE PASTORALE. 4t

roses dont rimagination Tavait parsemé, disparaissent, et ce qui en reste n'est plus guère que des épines. Cette dernière manière de juger est aussi fausse que la première.

Le mariage ne saurait être considéré ni au point de \ne du plaisir, ni au point de vue de l'absence du plaisir; il doitTêtre au point de vue de ce qui reste, et de ce que ni le plaisir ni le déplaisir ne sauraient ni donner ni ravir.

Il n'y a que ce qui est permanent et durable dans le mariage qui puisse produire Tunion des cœurs.

Quand ce sera un véritable amour qui aura formé les liens du mariage, il sanctifiera Tamour des sexes, et une fois que cet amour aura fleuri, il conservera le lien de Tamitié dans'une éternelle floraison. Alors le véritable amour ne se préoccupera pas trop des épines qui croissent journellement sur le terrain du mariage ; les soutfrances ne feront que le fortifier, et il préviendra les désagréments qui d'ailleurs naîtraient du dégoût réciproque des deux conjoints; il maintiendra dans la société éprouvée des cœurs, dans la participation aux mêmes jouissances morales et temporelles, le bonheur si rare de la famille ; il se renouvellera et se rafraîchira journellement dans la religion, et il nmrira Tun et Fautre époux pour Téternité, après les avoir fait passer purs à travers les plaisirs, et victorieux à travers les soufî'rances.

Le grand art de se préserver dans le mariage du dégoût mutuel, et de se trouver Tun l'autre toujours dignes d'amour et de confiance, cet art n'en est plus un à l'école de l'amour, c'est devenu chose naturelle.

Car, si par suite de la communauté de vie permanente, les conjoints découvrent l'un dans l'autre beau coup de faiblesses inconnues, qui contribuent singulièrement à calmer l'enthousiasme, le véritable amour sait, malgré^cette disparition d'attachement passionné, reconnaître ce qu'il y a de ban dans chacun des conjoints, passer sous silence ou supporter les faiblesses, et conduire le fil de la piété et de la tempérance à travers tout le tissu de la vie conjugale.

19. Gomme il n'y a que l'amour inspiré par la religion et renouvelé journellement par elle, qui puisse former des unions heureuses; de même il n'y a que la religion qui puisse faire naître et conserver Fesprit de la vie de famille.

Une femme qui n'a de goût que pour la dissipation, et qui est en quête continuelle de parties de plaisir, n'est ni l'épouse de son mari, ni la mère de ses enfants, ni la maîtresse de sa maison. Tout cela ne peut subsister que dans le cercle paisible de la vie de famille.

Où l'amour du luxe se substitue à l'amour du travail; où l'ostentation remplace le soin des enfants ; où le dévouement envers l'époux est blessé par la recherche de figures étrangères; où l'abaissement prend la place de l'estime de soimême, là le mariage est rompu même avant d'être né.

20. Or, comme l'amour des plaisirs, si chaleureusement recommandé par les écrivains et les habitués de salons, a ravi aux maris leurs femmes, aux enfants leurs mères, aux maisons leurs maîtresses, cet amour des plaisirs est depuis longtemps accusé de rapt au tribunal de la raison, et il n'y a plus que les enfants qui, comme les Grecs, ne deviennent jamais des hommes, qui osent encore prendre sa défense.

21 . Comme le démon de la jalousie fait de la famille un véritable enfer, et qu'il n'y a que la ferriie conviction que l'on a de sa fidélité mutuelle qui en puisse préserver ; comme la foi en la fidélité d'un conjoint se lie étroitement à la foi en la crainte de Dieu de ce dernier, il est manifeste qu'il n'y a que la foi invincible de l'homme en la fidélité invincible de la femme, et réciproquement, qui puisse étouffer toutes les étincelles de la jalousie.

Nous avons donc ici, comme partout, une nouvelle preuve que la crainte de Dieu est aussi indispensable à la tranquillité de la vie conjugale, que le pain quotidien l'est à l'entretien de la vie animale.

22. Cette union des cœurs , la seule chose qui reste dans l'état de mariage, tous les sages l'ont considérée comme la com-

THltOLOGIB PASTORALE. 43

mimante la plus parfaite iion-seuîement des cœurs et des esprits^ mais encore de toutes les joies^ souifrances et inquiétudes, et comme le support en connuun des fardeaux et des charges de la vie. C'est pourquoi toute défiance entretenue, toute mésintelligence sciemment provoquée, toute amertume, si légère qu'elle soit, est dans le mariage un double péché; d'abord, parce que tout cela est opposé à la charité en général, et ensuite parce qu'il contredit l'esprit du mariage en particulier, puisque de faibles débuts engendrent de grandes divisions.

23. De plus, Tacquisition, la conservation et l'administration des biens de la famille dépendent essentiellement de ce qui doit être permanent dans le mariage, l'union des cœurs.

Là où deux cœurs ne constituent qu'un cœur, quatre mains n'en forment qu'une pour l'acquisition, la conservation, l'épargne, radministration du bien temporel ; mais là où l'amour et la paix s'évanouissent, les biens temporels s'en vont à leur suite. Il en est de même quand les deux époux ne s'entendent pas pour l'administration de la fortune : Famour et la paix disparaissent. Ainsi quand l'époux est adonné au jeu et à la boisson, ou que la femme dissipe les restes du revenu par son goût pour les friandises, pendant que le mari gagne son pain et le sien à la sueur de son front , l'union de l'homme et de la femme reçoit une blessure mortelle ; les souffrances secrètes, qu^on se communiquait mutuellement, s'attachent avec une puissance irrésistible au fond du cœur de la partie innocente ; peu à peu les mauvaises habitudes deviennent une seconde nature ; l'amertume croît, viennent les éclats de la colère, on s'ingénie à se vexer mutuellement : et arrivé à ce point, le mariage est un véritable enfer.

24. Si l'amour, cette union continuelle des cœurs, est la seule chose qui doive subsister dans le mariage, il ne faut pas néanmoins que la prudence en soit absente. Car si l'amour céleste doit avoir un œil pour les choses de l'éternité, il doit en avoir un aussi pour les choses de la vie présente, puisque les mariages ont la terre pour théâtre. 11 est des circonstances

qui peuvent forcer l'amour de cacher à un conjoint les choses même les plus excellentes qu'il entreprend.

25. Bien que ce soit Tamour qui forme et maintienne les mariages, il se présente dans les unions même les meilleures et les mieux assorties, tant de souffrances imprévues, inévitables, amères, qu'on ne saurait les supporter sans la résignation à cet Amour éternel qui dirige toutes choses et qu'on nomme la Providence.

De même donc que la religion, comme amour, forme les mariages, elle ne doit jamais, comme confiance en la divine Providence, abandonner les époux.

26 . Par conséquent, les mariages des chrétiens, lorsqu'ils sont ce qu'ils doivent être, se distinguent par les caractères suivants :

I. Ce sont des unions formées dans le ciel, puisque le principe qui les constitue est un principe céleste, un amour céleste ;

II. Bien que ces unions aient la terre pour théâtre, elles n'en développent pas moins dans les deux conjoints le principe du ciel, le chaste amour ;

m. Elles portent le germe de l'indissolubilité , puisque l'amour des sexes se transforme peu à peu en une pure amitié ;

IV. Comme amitié et comme lien des cœurs, elles dureront éternellement ; car le véritable amour ne meurt jamais, pas plus dans le temps que dans l'éternité.

§ II. — Pour les parents et les enfants, LA PREMIÈRE DOCTRINE FONDAMENTALE.

27. Si la nature est une révélation continuelle de la divinité, on peut en dire autant de la propagation et de la conservation du genre humain. Là où des yeux ordinaires ne voient que la nature, l'œil de la raison aperçoit Dieu ; car Dieu crée l'homme par le moyen de l'homme. Dieu rattache l'existence des enfants à celle des parents. Dieu est la source de cette tendre union qui

conduit les hommes d'autant plus facilement au but suprême de toute existence humaine, qu'ils sont plus unis entre eux.

Dieu a mis au cœur des parents une affection naturelle pour leurs enfants , et au cœur des enfants un attachement instinctif pour leurs parents , afin que cette union commencée par Tinstinct^ soit entretenue et perfectionnée par la raison, c'est-à-dire qu'elle se transforme en union avec Dieu.

Dieu a rendu les enfants dépendants des parents, et il a préparé à ceux-ci des joies innocentes dans la prospérité future de leurs enfants.

Dieu a confié l'accroissement et le succès de la famille à une seule racine et à une seule tige, afin que toute union, commencée par la génération, s'affermisse de plus en plus par l'éducation et la Yie en commun.

C'est donc la volonté de Dieu que les parents vivent tout entiers pour leurs enfants, et les enfants tout entiers pour leurs parents.

C'est donc la volonté de Dieu que les enfants soient pleins de confiance, d'amour, de respect, de reconnaissance et de soumission envers leurs parents, puisque ceux-ci sont leurs premiers et leurs plus grands bienfaiteurs; mais c'est aussi la volonté de Dieu que les parents méritent par leur bienfaisance cet amour, cette reconnaissance, ce respect et cette soumission, et les fassent tourner au bien de leurs enfants et à leur propre salut.

Telle est, eu abrégé, toute la morale des parents et des enfants.

Page 1