La doctrine fondamentale des parents est donc celle-ci
Attachez vous aussi étroitement, aussi complètement que .possible à vos enfants ; c'est vous qu'ils doivent entendre et voir le plus souvent; ils doivent, dans tous les cas possibles, travailler, étudier, jouer devant vos yeux; ils doivent apprendre par expérience à vous considérer comme les premiers et les plus grands bienfaiteurs et amis qu'ils aient sur la terre ; vous devez être pour eux ce que nul autre homme ne doit être; la première chose qu'ils doivent apprendre à connaître, c'est votre bonté.
46 THÉOLOGIK PASTORALE.
votre gravité, votre vigilance, votre amour, votre tendresse, votre sollicitude; vos gestes, vos signes , vos manières, vos paroles, vos avertissements, vos réprimandes; c'est de vous qu'ils doivent être loués, blâmés, récompensés, punis. Vous devez être pour eux quelque chose qu'il est impossible de remplacer, la chose la plus importante, la plus aimée sur la terre. C'est le lait de sa propre mère que l'enfant doit sucer ; c'est sur son propre sein qu'il doit jouer, etc.
29. Cette doctrine fondamentale a pour conséquence naturelle que a les parents doivent être comme morts à une multitude de folies, de passions, de péchés, afin de pouvoir vivre pour leurs enfants; que les parents doivent se distinguer par leur bonté, leur piété, et être un modèle d'amour pour leurs enfants, s'ils veulent que les regards de ces derniers se fixent volontiers sur eux, et que leur cœur s'attache inébranlablement au leur.
30. L'indifîerence pour cette doctrine fondamentale explique tant de conséquences fâcheuses et tant d'éducations manquées; car ;
4» L'éducation ne saurait réussir quand la gouvernante remplace complètement la mère auprès de l'enfant ; car Tenfant s'attachera à sa gouvernante et non à sa mère.
2"* L'éducation ne saurait réussir quand l'enfant cherche ses meilleurs amis dans des maisons étrangères et hors du cercle de ses parents. Les doux noms de père et de mère ne tarderont pas à retentir péniblement à ses oreilles.
3° L'éducation ne saurait prospérer quand l'enfant n'ose se montrer devant ses parents sous sa forme naturelle. 11 sera bientôt passé maître dans l'art de la dissimulation, prendra devant ses parents les dehors de la piété, flattera les personnes qu'il croira jouir de quelque influence auprès de sa famille , cherchera de plus en plus à s'éloigner d'elle, et de jour en jour aussi il perdra quelque chose de ses sentiments de piété filiale envers les auteurs de ses jours.
4** L'éducation ne saurait prospérer quand l'enfant, se trouvant rarement dans la société de ses parents, est dans l'occasion
d'entendre, d'apprendre, de voir ailleurs toutes sortes de "•estes, d'actions , de discours, de manières, de préjugés, de folies, de désordres. Tout cela fera impression sur son cœur, de bonne heure il deviendra esclave d'habitudes indisciplinées, et niaitre dans l'art de jeter un voile sur ses défauts.
31 . Gonséquemment, la doctrine fondamentale des enfants est celle-ci :
Attachez - vous aussi étroitement que possible à vos parents, observez leurs moindres signes, demandez-leur avec confiance tout ce dont vous avez besoin, mettez-les dans la confidence de toutes vos aff'aires, avouez-leur vos fautes, attendez-en toute espèce de biens, cherchez à les réjouir par votre bonne conduite, regardez comme la plus grande des punitions d'en recevoir un regard sombre , regardez comme votre plus grand honneur d'en être estimés, considérez comme le plus grand des crimes de leur occasionner la moindre tristesse, etc.
« L'enfant qui regarde son père s'élève, et l'enfant qui s'attache à sa mère se foiyne. »
32. Les conséquences qui découlent pour les enfants de l'observation de cette doctrine fondamentale exercent leur salutaire influence sur tout le reste de la vie des enfants, mais surtout sous un double rapport.
Premièrement. L'attachement des enfants aux parents est pour ceux-là une sorte d'ange gardien qui les préserve d'ane foule de désordres, alors même qu'ils ne sont plus sous les yeux de leurs parents. Cette pensée : « Mes parents mourraient de chagrin si j'étais infidèle à leurs recommandations, » cette pensée est comme un frein puissant qui les éloigne du mal, et un stimulant qui les porte énergiquement à la vertu.
Telle est aussi la cause pour laquelle les hommes de sagesse et d'expérience ne manquent jamais de recommander aux enfants qui quittent le foyer domestique de penser journellement à la maison paternelle , de justifier l'attente de leur généreux père et les espérances de leur pieuse mère.
Deuxièmement, Si le jeune homme a réellement eu le malheur
de tomber dans le dérèglement, rattachement à ses parents Taidera à se relever de sa chute, u Tel que je suis maintenant, se dira-t-il, je n'oserais montrer mon intérieur à celui qui m'a donné le jour. » Ce sentiment ravivera en lui les étincelles à demi éteintes de la vertu, et ce jeune homme à moitié perdu s'efforcera de redevenir bon et vertueux.