PREMIER PRINCIPE
48. Quel que soit l'état où nous soyons entrés ou par notre imprudence, ou par celle d'autrui, ou par le sort, et si disproportionné qu'il soit avec nos talents et nos goûts, nous pouvons et devons y apprendre à connaître et à respecter la volonté de Dieu.
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Aussi bien, la religion et la vraie vertu de Thomme consistent non à faire la volonté de la chair ou du caprice, mais à préférer la volonté de Dieu à toute autre volonté^, et à Texécuter par respect pour lui.
Reconnaître la volonté de Dieu, voilà ce qui constitue la religion, la vertu. Par conséquent, elle consiste à respecter dans tout ce qui se fait la volonté de Dieu, qui n'est pas moins saint dans ce qu'il permet que dans ce qu'il commande. Tout ce qui est fait est fait. On peut donc dire dans un sens que c'est la volonté de Dieu, puisqu'il l'a permis et que rien ne se fait contre sa volonté.
Reconnaître la volonté de Dieu est le propre de la religion et de la vertu. Par conséquent , il faut respecter, dans tout ce qui se fait, la volonté impérative de Dieu ; car c'est un commandement de l'Amour éternel qu'il nous faut profiter de notre position, si fâcheuse qu'elle soit, pour notre bien et celui d'autrui. Si Dieu ne se propose que de bonnes fins, et s'il veut que tous les êtres raisonnables soient sauvés , nous devons, nous ses enfants, ne vouloir que ce qui est bien, et tout employer pour sauver nous et les autres. « Apprenez à porter le poids dont vous ne pouvez vous décharger;. tirez de vos maux tout le bien que vous en pouvez tirer pour vous et pour les autres, pour fortifier en vous et dans autrui le sentiment religieux, pour l'édification de toute vertu. Voilà ce que Dieu demande de vous.
Reconnaître la volonté de Dieu , voilà ce qu'on nomme religion, vertu. Par conséquent, elle consiste à respecter dans tout ce qui se fait, dans les secours, les faveurs, les consolations, les joies, la volonté de Dieu qui commande et dispense toutes clioses, et qui, même dans la situation la plus pénible et la plus obscure, vous envoie encore bjen des rayons de lumière, bien des. consolations, ou du moins vous les fait espérer
Sans doute que votre situation est bien malheureuse; cependant il s'y trouvera encore beaucoup de bien, si vous savez l'observer, le recueillir, l'appliquer, le mettre à profit. Or, tout ce bien-là, c'est la main de Dieu qui vous l'offre ; sachez l'accepter.
Reconnaître la volonté de Dieu est la marque d'une âme religieuse et sainte. Par conséquent yous devez, dans tout ce qui se fait, respecter la volonté de Dieu, qui conduit et dirige toutes choses; car le regard de Dieu qui voit tout, aperçoit déjà les joies ineffables attachées à vos souffrances ; Tamour de Dieu, qui gouverne tout, veut vous préparer ces joies, et la puissance de Dieu, qui pénètre tout, peut vous les accorder, pourvu que vous ne repoussiez pas sa main, et que vous obéissiez aux secondes inspirations de la Providence, après avoir dédaigné les premières.
49. Les premières inspirations de la Providence sont celles qui se manifestent par les talents, les inclinations, les circonstances et par certaines marques particulières ; de là cette règle : « Choisissez Tétat qui convient le mieux à vos talents, à vos inclinations, aux circonstances où vous vous trouvez, et qui répond le mieux à certains signes particuliers que vous avez aperçus. »
Les secondes inspirations de la Providence sont celles qui présupposent le fait d'un choix déraisonnable, ou une situation née du hasard ou de la nécessité ; de là cette règle : « Quelque opposition qu'il y ait entre vos talents, vos inclinations et Tétat où vous vous trouvez, faites-en le meilleur usage possible, si vous ne pouvez ou si vous ne devez en sortir. »
Ces deux inspirations de la Providence ont plus d'une analogie, et elles se rencontrent sur les deux voies que l'homme ■parcourt pour arriver à sa destination suprême. Le chemin le plus direct, le plus régulier, le plus court, que l'homme pourrait suivre, serait celui-ci : « Préservez-vous de tous les dérèglements de la sensualité perverse et de l'intelligence obscurcie, et laissez à la crainte de Dieu le soin de vous conduire. » Mais comme la plupart des hommes s'éloignent du droit chemin, et que tous les sentiers de l'erreur sont parsemés d'êtres humains qui y cherchent leur bonheur, l'amour de Dieu les appelle en leur disant : « Au moins venez à moi par des chemins détournés, dirigez-vous de là vers la ligne droite qui ramène sur le
chemin de la vertu , et marcliez-y avec un redoublement d'ardeur. »
C'est donc Tun des points essentiels de la sagesse pastorale, d'apprendre à connaître les voies de Dieu , et de savoir ramener les hommes dans la droite voie, quel que soit le sentier détourné où il faille les aller chercher.
Il va sans dire qu'il ne faut cesser de crier aux innocents : « Restez là, vous êtes sur le bon chemin. «Mais^quand les faibles sont tombés dans le bourbier et qu'ils y restent , il ne faut pas les y abandonner ; il leur faut tendre la main et les en retirer.
Il en faut dire autant du choix d'une vocation.
Avant l'élection, nous devons dire à tous ceux qui ont le droit d'y participer : « Choisissez vous-mêmes; choisissez sans respect humain ; choisissez suivant les inspirations de la crainte de Dieu ; choisissez de manière à n'avoir point à vous repentir ; choisissez, car personne ne sera malheureux pour vous, si vous y allez à la légère. »
Mais quand l'élection est faite, quand l'état qu'on a choisi ne saurait plus être abandonné, et que déjà vous portez le joug sur vos épaules, je suis obligé de changer de langage, et de dire : c( Mon cher ami , je veux vous donner un coussin bien tendre, pour empêcher que votre pénible fardeau ne vous blesse jusqu'au sang; mais tenez-vous en repos. Si vous essayez de le jeter à bas , il retombera sur vous plus lourd que jamais. Viendra un temps où vous remercierez Dieu de vous avoir imposé ce joug, etc.»
Remarque, Ce que nous avons dit de la double action de la Providence, des deux voies du pèlerin et du double avertissement, peut se réduire à ceci : 11 n'y a qu'un Dieu, qu'une volonté éternelle ; cette volonté éternelle se manifeste de différentes manières. A celui qui craint Dieu , le Verbe unique et éternel de Dieu lui dit : Venez à moi par le plus court chemin :
La crainte de Dieu , la Foi , la Charité , l'Espérance : voilà le
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plus court chemin pour aller à Dieu. Restez invariablement sur le sentier A 0;, et parcoarez-le infatigablement jusqu'à ce que vous soyez pleinement uni à Dieu, jusqu'à ce que vous soyez enO. Mais comme les hommes s'égarent en des détours infinis, le même Verbe de Dieu dit au cœur de chaque égaré : «Revenez à moi en suivant, à partir du point où vous vous trouvez égaré, le plus court chemin pour arriver à la ligne A 0, que vous aviez abandonnée.
« Celui qui s'est égaré de a jusqu'à B, l'amour éternel lui dit : Prenez le plus court chemin B G, et hâtez-vous de retourner à Dieu en prenant le chemin direct, et en suivant la ligne G 0. A celui qui s'est égaré depuis b jusqu'à D, l'amour éternel lui dit : Prenez le plus court chemin D E, afin de retourner directement à Dieu, et parcourez la ligne E 0. A celui qui s'est égaré de c à F : Retournez à Dieu par le plus court chemin F G, et suivez la ligne G 0. A celui qui est tombé de d jusqu'à H : Le plus court chemin pour vous est H I ; suivez ce sentier pour retourner au chemin des saints , que vous aviez abandonné, et parcourez la ligne 1 0. Il est à remarquer que les lignes B G, D E, F G, H I, qui marquent le retour à la vertu, sont entre elles dans le même rapport que les lignes a B, 6 D, c F, c? H, qui en indiquent l'éloignement.
On comprend que la lettre 0, qui marque le terme du voyage de la foule des pèlerins, est tantôt plus rapprochée, tantôt plus ThéoL. past. IÎ. a
éloignée. Mais il reste toujours cette consolation bien puissante que, quel que soit le degré d'aberration où un bomme soit arrivé, il peut toujours trouver un sentier qui le ramène à Dieu; car Dieu est amour. Heureux, toutefois, celui qui, après être entré dans la voie qui conduit à Dieu, ne l'abandonne jamais, ou qui, après ravoir quittée , prend le plus court cbemin pour y revenir.