‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 34 sur 172 · COMMENT LE PASTEUR PEUT ET DOIT PRÉVENIR CET ÉTAT MALHEUREUX · texte numérisé non relu

COMMENT LE PASTEUR PEUT ET DOIT PRÉVENIR CET ÉTAT MALHEUREUX

65. Puisqu'il est rare qu'on puisse être de quelque secours quand le mal a atteint son dernier degré, la sagesse du pasteur consiste à faire en sorte que jamais il ne l'atteigne.

Toute tristesse, tout désespoir ayant sa source dans le défaut d'une confiance vive, calme et active dans le Père des hommes, le pasteur des âmes ne saurait présenter à ses paroissiens

Un tableau trop attrayant de la Bonté, de la Sagesse et de la Toute-Puissance de Dieu, qui peut et veut secourir, et le fait réellement, quand tout secours a disparu et que toute espèce de remède semble inutile.

C'est le cas de faire usage des histoires bibliques et des expériences de tous les gens de bien. Saint Paul connaît un Père et un Seigneur de qui vient tout bien, un Esprit qui est le canal de tout bien. Or, si les chrétiens s'attachaient au Père par la foi, au Fils par la confiance, et au Saint-Esprit par l'amour, nulle tristesse invincible ne trouverait place dans lame des chrétiens. Le manque de foi en l'amour universel de Dieu, ou du moins le défaut de confiance en la toute-puissance de son amour, voilà l'origine de tous les suicides.

Chaque désespoir, malgré toutes les apparences de calme, étant, envisagé dans son principe fondamental, un état de passion qui aveugle l'âme et égare l'intelligence, le pasteur des âmes ne saurait parler trop souvent de cette passion qui, arrivée à son dernier développement, produit la folie, la déraison et la fureur.

Si le joueur et Tambitieux avaient vu clairement d'avance les

conséquences terribles de ces deux passions, jamais ils ne seraient allés si loin.

C'est donc un devoir pour le pasteur de peindre les « fruits du péché, » de familiariser ses auditeurs avec la faiblesse du cœur humain, et de leur entr'ouvrir les abîmes de Tégoïsme, afin qu'ils reculent d'épouvante, au lieu de s'y précipiter.

Remarque. Mais comment se fait-il que tant de conducteurs des hommes connaissent si peu l'homme? N'est-ce pas ici le lieu d'appliquer ce mot de Jésus : (c Quand un aveugle conduit un autre aveugle, ils tombent tous deux dans la fosse? »

66. La pauvreté étant souvent la conséquence de l'oisiveté, de la bonne chère, du faste, et la pauvreté engendrant le désespoir, le pasteur ne négligera aucune occasion pour implanter la crainte de Dieu dans sa communauté ; parce que la crainte de Dieu a pour compagnes la tempérance, l'amour du travail, l'économie, lesquelles enlèvent à l'oisiveté, à l'intempérance et au luxe, plantes vénéneuses, leurs sucs et leur terrain.

67. Les troubles de conscience étant, pour les gens honnêtes et vertueux, à peu près l'unique cause de leur tristesse, on voit combien il importe de prêcher, tant en paroles qu'en actions, un Christianisme exempt d'ignorance et de fausse piété, d'une liberté mal entendue et d'une sévérité outrée.

Remarque, Un pasteur inquiet est toujours ignorant et impropre à son ministère : comment celui qui ne sait point se gouverner lui-même pourrait-il conduire la communauté de Dieu ? Si l'inquiétude ressemble à la minorité, comment un mineur serait-il en état de se diriger ?

68. Gomme on ne saurait prévoir tous les accidents fâcheux, et que ceux qui arrivent imprévus trouvent les hommes sans aucun préparatif, le chef de la communauté ne doit pas ouMier qu'en toute occurrence il doit savoir dire un mot bien choisi, c( sur le don qu'a le chrétien de se résigner à tous les maux imprévus. »

On remplit ce but à l'aide de principes fondamentaux qui sont comme la moelle de l'Évangile.

THÉOIOr.TE PASTORALE. 79

Quand rhomme ne peut plus rien, alors commence l'œuvre (le Dieu.

Celui qui se confie en Dieu ne sera point confondu .

Pour Dieu il n'y a ni hasard, ni imprévu. Pour Dieu le temps n'existe pas : Toeil de Dieu voit tout ce qui arrivera, avant qu'il arrive.

Après la nuit vient Taurore matinale. — Celui qui sait attendre que Vheurede la nuit soit passée, verra le lever du soleil.

Tous les cheveux de votre tête sont comptés.

Tout est possible à Dieu.

Jésus-Christ est avec les siens jusqu'à la fin du monde.

Celui qui sait prier triomphe de tous ses ennemis.

Dieu est proche de ceux qui le cherchent.

La vertu se fortifie dans le combat, et la force périt dans l'inaction.

C'est moi ! Ne craignez pas, dit Jésus-Christ.

Aide-toi, le ciel t'aidera.

Celui qui est mort est maintenant assis à la droite du Père, et investi d'une puissance sans bornes.

69. Les dettes étant une cause féconde de suicide, on ne saurait trop en détourner la jeunesse imprévoyante.

70. L'apostasie publique ayant toujours pour compagne l'impiété ostensible, nous voulons aussi la flétrir publiquement :

(( Celui qui s'abandonne audacieusement à l'ambition, aux plaisirs, aux jouissances effrénées de la vie ; celui qui rejette la crainte de Dieu et de l'éternité pour satisfaire les passions violentes et insatiables de son cœur, qui laisse un libre cours à tous ses penchants ; celui qui, entraîné par le torrent des voluptés grossières, ne connaît pas d'autre nioyen de couvrir les dettes de sa vie licencieuse, que la dilapidation de la fortune publique ; celui qui, pour échapper au bras vengeur de la justice humaine, se décide à se venger de ses propres crimes en se donnant la mort et en faisant entrer cette action coupable dans le plan de ses désordres; enfin celui qui, fidèle à ce plan, se suicide assez à temps pour prévenir le ministère de la justice, la

saine raison peut dire de lui « qu'il a conçu et réalisé avec la dernière rigueur du raisonnement le système de Timpiété. Après s'être débarrassé de Dieu, il s'est débarrassé du châtiment de la justice. Celui qui serait encore assez stupide pour admirer, dans cet acte de suicide, le calme, la réflexion et le courage, celui-là aurait toutes les qualités requises pour devenir le panégyriste de l'enfer. Quant au pasteur sage et expérimenté, cet abîme de corruption humaine ne le surprendra nullement; car il sait que si la piété est la source de toutes les vertus, l'impiété est le principe de lous les vices.

La plus belle occasion pour l'enseignement particulier est celle qui est fournie au pasteur par l'institution de la confession; puisqu'elle lui ouvre la conscience et le cœur du chrétien, et qu'i. y a obligation pour le confesseur comme pour le pénitent de traiter en secret des affaires de l'Éternité.

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