‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 33 sur 172 · DE LA CONDUITE DU PASTEUR QUI A DÉCOUVERT DE PAREILS ÉTATS · texte numérisé non relu

DE LA CONDUITE DU PASTEUR QUI A DÉCOUVERT DE PAREILS ÉTATS

55. 11 ne doit négliger aucun instant (car chaque moment peut rendre le mal incurable) pour visiter cet infortuné. Sans lui demander s'il est malheureux, il commencera par lui dire : « Je sais, mon ami, que vous souffrez intérieurement; je suis ici pour vous conseiller, vous aider ; c'est le bon Dieu qui m'a envoyé ici, etc. »

56. Il commencera par lui arracher du cœur cette fausse opinion, la mère de tous les désespoirs, qu'il n'y a plus moyen de le tirer d'embarras, a Vous me semblez croire que votre malheur est irrémédiable ; il n'en est pas ainsi. Les hommes de bien, ou du moins le bon Dieu, ont des conseils et des secours pour toutes les misères. Moi aussi, je me suis trouvé dans des situations qui paraissaient désespérées, et où je n'apercevais que ténèbres affreuses qui m'enveloppaient de toutes parts, et pourtant le jour s'est fait à travers cette nuit épouvantable. Aussi longtemps que nous croirons à Jésus-Christ et à son Évangile, il y aura un baume pour toutes les blessures.

57. Quand la tristesse a son principe dans le besoin, le pasteur peut s'abstenir de toute parole : qu'il se contente dinviter les enfants à sa table, et de laisser au père et à la mère désolés une gracieuse offrande, en ajoutant qu'il avisera à d'autres ressources et qu'il reviendra bientôt ; il les exhortera à prier, à travailler et à espérer, et il terminera en disant que les secours ne manqueront pas de venir, puisqu'il y a un Dieu du ciel et de la terre.

58. Quand la tristesse a sa cause dans les angoisses de la conscience, le pasteur ne doit pas se contenter de simples paroles de consolation. Après avoir expliqué « que Dieu, qui a pitié des pécheurs les plus endurcis et les plus insoucieux de leur salut.

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ne saurait repousser les âmes qui sont inquiètes et qui sollicitent sa grâce avec larmes; que rien ne déplaît tant à Dieu que le manque de confiance en lui ; que si le doute et les angoisses tourmentent^ ils ne sauraient enlever la grâce de Dieu..., » après avoir fait cela, le pasteur prendra des mesures pour qu'un ami ou quelque personne prudente reste auprès du malheureux et le surveille; car la solitude est un enfer et un tombeau pour cette sorte de malades.

59. Quel est celui qui ne serait touché en lisant la prière que Fecclésiastique nommé plus haut adressait à un autre prêtre avant son suicide : « Oh ! si seulement tu pouvais rester auprès de moi celte nuit! » — Ce fut précisément cette nuit -là qu'il succomba à ses angoisses ! Que le pasteur doive abandonner les quatre-vingt-dix-neuf brebis qui sont au désert, pour courir après la brebis perdue, il est inutile de le rappeler. Par conséquent, il ne doit pas se contenter d'une, de deux, de six, de huit visites : il doit profiter de toutes les occasions pour verser des lumières et des forces dans cette âme malade et obscure.

60. Si la tristesse a pour cause une passion arrivée à son apogée, le pasteur doit unir les avertissements aux consolations, et peindre la justice et la miséricorde aux yeux et. au cœur du malade.

Consolation ; t II y a un Dieu qui peut eiïacer et anéantir toutes les conséquences du péché. »

Avertissement : « Puisque la passion vous a rendu si malheureux, c'est la passion et non la vie, que vous devez détester.»

Justice et miséricorde : « Si la Providence vous fait goûter quelques-uns des fruits amers du péché, vous devez adorer la main de Dieu qui vous frappe pour vous sauver. Tombez aux pieds de la justice, et la miséricorde vous relèvera. »

6 f . Si c'est la crainte de subir un déshonneur immérité qui est cause de la tristesse, l'Amour éternel inspirera à celui qui méditera sur les récompenses qu'il promet, le courage de supporter ce déshonneur. Plus l'infamie est imméritée, plus la ré- , compense sera grande. Ici, la tâche du pasteur consiste à mon-

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trer à Fœii de la foi rAmoiir suprême récompeusaiit par une gloire éternelle la honte passagère infligée à Tinnocence.

62. Quand la tristesse a sa source dans la crainte d'un châtiment public, c'est le cas de faire l'application de cette parole du Seigneur : « Il est une justice éternelle, qui venge les injustices au delà du tombeau; elle vous a frappé en ce monde pour vous frayer les voies de la félicité éternelle. Priez et humiliezvous devant les sacrés oracles de la justice ; ayez confiance en la miséricorde éternelle ; mettez le sceau à votre pénitence, à votre retour vers Dieu. Jésus-Christ est aussi votre Sauveur.»

63. Au reste, que le pasteur en soit bien. persuadé : ici et dans des cas analogues, de simples représentations ne servent à rien. Il faut encore, et sur-le-champ : a, donner des conseils; ô, prêter secours ; c, aviser aux moyens à prendre ; et d, encourager par ses exemples les parents, les amis, les connaissan 1 ces du malheureux à l'aider de leurs conseils, de leurs services, de leur assistance, etc.

64. Tout ce que le pasteur ou les amis du malheureux peuvent essayer en faveur de ce dernier peut se ramener aux quatre questions suivantes :

1" Puis-je, dans le traitement de cette personne affligée, faire usage de la raison, ou bien n'y a-t-il que des moyens physiques à employer? — La folie, l'égarement, la fureur n'ont point d'oreil'e pour les représentations de pure raison ; la folie, il la faut surveiller; l'égarement, il le faut enchaîner; la fureur, il la faut enchaîner et surveiller.

2° Puis-je conseiller un médecin, ou le remplacer moi-même? — Quand le mal comporte une médecine, il faut appeler le médecin; quand un remède domestique, dont on a éprouvé la valeur, suffit, il le faut employer.

3° Puis-je aller jusqu'à la source de la tristesse et en fermer l'issue? — - Dans ce cas, tout autre secours est superflu; celuilà suffi! .

k" Toutes mes ressources se bornent-elles à compatir aux sonfî^rances du malheureux, sans pouvoir lui procurer de se-.

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cours?— Quand le mal est incurable, et que les parents ont assez d'intelligence et de charité pour surveiller et soigner le malheureux, le pasteur n'a rien autre chose à faire, dans ses visites, qu'à compatir au sort de l'infortuné et à exhorter les voisins à persévérer dans leur charitable office.

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