CHAPITRE PREMER
Lo ministère des âmes appliqué aux indfvidas.
§ 1. — Principe unique de toute espèce de retour de l'homme à Dieu , et de toute réconciliation avec Dieu.
5. Les documents scriptaraires du christianisme représentent ce principe au moyen des deux phénomènes qui apparaissent aux deux extrémités de la vie humaine, la naissance et la mort, et par les ressources habituelles que nous employons pour sustenter et conserver la vie du corps. Rien dans le monde ne pouvait nous le symboliser d'une manière plus complète.
Pour ramener un homme à Dieu et l'unir à lui, il faut :
r. Détruire en lui le vieil homme;
II. Enfanter l'homme intérieur à une vie nouvelle, divine, éternelle, etc.;
ni. Fortifier et entretenir cette vie nouvelle par une nourriture céleste, par le pain vivant du ciel.
6. Cette destruction du vieil homme et cette naissance de rhomme nouveau, de même que le développement et la conservation de la vie nouvelle, spirituelle, ne sauraient avoir lieu, comme l'assurent nos saintes Lettres, sans le Saint-Esprit, sans l'esprit de Jésus-Christ, qui s'est offert pour les péchés du genre humain, qui est ressuscité des morts et entré dans sa gloire; c'est-à-dire, sans le Sauveur et le Pasteur du genre humain régénéré.
7. Ce retour de l'humanité à Dieu nous est encore enseigné par les saintes Écritures ; il commence ici-has par la conversion, se continue par une sainteté croissante et se parfait au sein de l'éternité.
8. Ce retour de l'humanité à Dieu, et cette réconciliation avec lui sont opérés par le Saint-Esprit (l'Écriture l'atteste également en termes formels), dans l'Église sainte et catholique de Jésus-Christ, à l'aide des organes de l'Église, qui ont la lumière, l'amour et la puissance d'opérer le retour de l'humanité vers Dieu.
9. Ceux qui ont la lumière, la charité et la puissance pour ramener à Dieu et réconcilier avec lui, au nom et dans l'esprit de t'Église, les pécheurs qui leur ouvrent leur cœur et leur conscience, s'appellent dans la langue de l'Église et du peuple : « Pères spirituels. »
Le mot « Père » montre clairement le commencement d'une vie nouvelle et plus excellente, dont ils doivent être les promoteurs.
§ n. — Jusqu'à quel point le pasteur peut, comme confesseur, contribuer k réaliser le retour de i'iiumanité Vers Dieu et sa réconciliation avec lui.
10. Tout ce que le confesseur peut faire en vertu de son ministère, au moyen de la culture qu'a reçue son esprit dans ce
but et en supposant que Dieu agit sur Fhomme au moyen de rhomme, pour réaliser dans chaque individu le but de l'institution delà confession, consiste dans les points suivants :
]"> Il fait rentrer dans son cœur Thomme distrait et dissipé, qui s'agitait en dehors des voies du salut, afin que, commençant d'abord à réfléchir, il arrive au calme du cœur et finisse par se poser cette question : Où suis-je? que suis-je? que dois-je être? que deviendrai" je, si je continue à vivre dans le sommeil de l'indifférence? Où aboutit ce chemin? comment s'appelle la voie que j'ai abandonnée? où est le point où je dois commencer mon retour ?
Le confesseur dit avec Jésus-Christ au cœur de chaque pécheur : Saule, Saule, quid me persequeris ? L'ami du pécheur le soutient pendant son retour, et l'amène à réfléchir sur sa situation.
2<* Après l'avoir fait réfléchir, il l'amène à reconnaître son aveuglement moral, son impiété, sa misère, en lui montrant la loi sacrée, où viennent se refléter la figure du pécheur et la laideur de son péché; il écoute en silence l'aveu de ses égarements, éclaire le regard de son intelligence, afin qu'il puisse sonder jusqu'aux profondeurs les plus cachées, jusqu'aux ruses les plus secrètes de son égoïsme.
30 II excite, vivifie et entretient dans le pécheur, par la pein^ ture de ses fautes et de ses misères, les sentiments de la honte, de la douleur et du repentir.
40 II inspire au pécheur repentant, en lui montrant l'amour éternel qui s'est manifesté en Jésus-Christ et s'est immolé pour les pécheurs, afin de les sauver, la foi aux miséricordes infinies, et le remplit d'une confiance sans bornes en la bonté divine qui remet les péchés, efface les conséquences du péché, rappelle le pécheur des voies de son égarement, l'effraie dans son indifférence, le reçoit dans ses bras pour relever son courage, le purifie de ses souillures, le fortifie dans sa faiblesse, et donne à sa reconnaissance une récompense éternelle.
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5° Il s'efforce, après avoir inspiré au pécheur la confiance en Dieu, de lui faire prendre la résolution sérieuse et supérieure à tous les obstacles, de détacher son cœur de tout péché et de se tourner vers Dieu, le salut éternel; de se soumettre sans réserve au douloureux traitement de ce divin médecin, de s'attacher à lui avec amour et reconnaissance, de marcher en la présence de son Rédempteur et de ne vivre plus désormais que pour lui seul.
6<* Il fait en sorte que cette résolution une fois prise ne se refroidisse jamais, en fortifiant cette céleste promesse par une prière ardente qu'il inspire à Tâme de son pénitent ; convaincu qu'il est que rien n'est durable que ce qui est né et engendré dans la prière.
7<* Il initie ce novice de la vie chrétienne à Tart nouveau de la guerre, il lui apprend à lutter contre les excitations sans cesse renaissantes qui le portent au péché, et à persévérer jusqu'à la fin, afin qu'il ne soit point privé delà couronne qui lui est réservée.
8° Il verse dans cette âme entièrement dévouée à Jesus- Christ, les consolations de la vie éternelle, en répétant, tandis qu'il donne l'absolution, cette parole de son Seigneur Jésus-Christ: « La paix de Dieu soit avec vous! Vos péchés vous sont remis, » persuadé que la sentence sera ratifiée par ce témoignage du Saint-Esprit : a Maintenant vous êtes de nouveau fils de Dieu, héritier du Seigneur, cohéritier de Jésus- Christ. »
9» Il s'attache cette âme calme et consolée par les liens d'une sainte amitié, afin d'avoir l'occasion de dissiper tout nuage qui pourrait se présenter, d'enlever toute faiblesse, de prévenir tout égarement. Il ne retire jamais sa main de ce nouveau converti; il l'assiste de ses prières, de ses conseils, de ses avertissements, de ses consolations en toute occurrence, et l'accompagne jusqu'au seuil de l'éternité.
i 1 . L'institution de la confession est donc le médium, le conducteur qui amène le pécheur, (?, à la connaissance de lui-
même, h, à une conversion fondamentale, c, à une tranquillité complète, c?, à une vie meilleure, e, à la persévérance dans le bien ; c'est elle, en un mot, qui lui fait trouver et conserver la vie éternelle.
§ III. — Quelle est la meilleure méthode de ramener l'homme k Dieu, et de le réconcilier avec lui ?
\ 2. Si nous étudions rhistoire des apôtres, Thisloire de TÉglise et la marche des voies cachées delà Providence telles qu'elles se révèlent à nous dans nos expériences particulières et dans Texercice du ministère des âmes, nous remarquerons dans l'unité la plus admirable variété, et dans la variété la plus admirable unité.
Il faut qu'une lumière divine vienne illuminer la vie tout entière de l'homme, ses péchés et leurs suites ; il faut que cette lumière éclaire les régions de la nuit, de la mort et de l'enfer.
Il faut qu'il se lève pour l'homme une lumière qui lui montre l'unique Rédempteur des hommes, — Dieu en Jésus-Christ, qui triomphe en nous du péché, et avec lui des ténèbres, de la mort et de l'enfer, — et y répande la sérénité, la charité et la vie.
Et cette lumière, il faut qu'elle devienne en nous une flamme divine, il faut qu'elle pénètre l'âme tout entière de l'homme, et fasse de lui une nouvelle créature pour la vie éternelle.
Et cette lumière divine, l'homme ne doit pas lui résister; il faut, au contraire, qu'il s'abandonne et se confie à elle pour toujours ; il faut qu'il y coopère avec simplicité et fidélité.
La -plus belle unité au milieu de la plus grande variété est celle qui se manifeste dans l'histoire chaque fois qu'a lieu dans l'homme la transformation du cœur et de la vie. Que les apôtres, lorsqu'ils reçurent le Saint-Esprit le jour de la Pentecôte, se soient trouvés comme dans des flots de feu ; que les Samaritains aient reçu ce même Esprit par l'imposition des apôtres; que Saul ait appris d'Ananie; le trésorier de^la reine de Candace,de Philippe; Corneille, de Pierre, à connaître l'unique Rédempteur Jésus-Christ; que Lydie, marchande de pourpre, ait
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rencontré son salut dans Teau qui se trouvait devant la porte de J a ville; le geôlier de Phi lippes, dans la prison; Denys et Damaris, dans Faréopage d'Athènes ; que saint Augustin Tait trouvé dans saint Ambroise; Tauler, dans un mendiant inconnu; sainte Chantai, dans saint François de Sales jRamsey, dansFénelon; qu'une foule innombrable de pierres précieuses, qui maintenant brillent sur la couronne de Jésus-Christ, aient été trouvées dans différents pays, à différentes époques et sur différents chemins, qu'elles aient été purifiées, puis admises à orner le diadème du Seigneur : voilà une variété admirable ; voilà dans Tunité une richesse infinie.
i 3. Celui qui (îonnaît cette unité et cette variété des voieg de la Providence, celui-là, lorsqu'il amènera l'homme à Dieu, n'ira jamais plus vite que Dieu, n'agira jamais indépendamment de Dieu; mais il marchera en toute humilité et confiance sur les traces de son Maître.
14. Par conséquent, comme il saura que ce n'est pas la parole des hommes qui ouvre, touche et transforme le cœur des hommes, il commencera par s'unir à Dieu dans la prière, avant de vouloir travailler à lui unir son voisin. Une fois qu'il ne formera plus qu'un avec Dieu, il pourra prêcher son Christ avec force et expression; il commencera par chercher dans la prière le sens de la parole divine, avant de vouloir l'annoncer aux hommes. Le cœur de l'apôtre doit prendre racine en Dieu, avant que sa langue puisse annoncer la parole de Dieu.
Si le salut éternel des hommes, eu égard à son origine, ne saurait venir que de Dieu, il ne saurait non plus, considéré quant à sa source immédiate, jaillir que de l'intérieur d'un cœur déjà uni à Dieu.
15. Quand la prière aura mis l'apôtre dans cette disposition où il faut être pour pouvoir ramener l'homme à Jésus-Christ, il ne pourra plus, dans cette sainte disposition, énoncer autre chose que la parole divine :
« 0 homme, vous êtes pécheur ;
« Dieu le Père ne veut pas la mort du pécheur ;
a Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est mort pour les péchés du inonde ;
« Le Saint-Esprit, TEsprit de Jésus-Christ, veut \ous régénérer pour la vie éternelle.
« La foi agissante dans la charité, — voilà en quoi consiste la nouvelle création.
« Abandonnez-vous entièrement à Jésus-Christ; il guérit, il purifie, il conduit à Dieu, il réconcilie avec Dieu. »
Quand cette parole divine éclate dans un cœur de feu, elle ne retentit pas en vain; elle jette une étincelle qui, dans une âme bien préparée, se transforme en un vaste incendie.
Je connais, dans l'Allemagne catholique, une foule d'ecclési astiques encore vivants, qui ont appris de saint Paul à peupler le ciel et la terre de nouveaux enfants de Dieu. Leur méthode est purement apostolique : « Voyez ! disent-ils à toute âme qui se confie à leur direction, Jésus-Christ nous a donné la puissance de devenir enfants de Dieu; c'est la première chose que nous puissions et devions devenir: car nous sommes les enfants de Dieu, les héritiers du ciel. Ce bien suréminent, il nous le donne gratuitement : il suffit que nous l'acceptions. Ceux qui croient en lui, voilà ceux qui veulent accepter de sa main ce bien suprême. A ceux-là il donne la puissance de devenir enfants de Dieu. Pour pouvoir croire, soyez petit comme un enfant; ne soyez rien à vos propres yeux; car si vous ne devenez pas comme un enfant, vous ne sauriez entrer dans le royaume des cieux.
Pour pouvoir croire, soyez.fidèle dans ce que vous avez déjà; arrachez-vous au tourbillon des affaires; recueillez- vous en vous-même, apprenez à prier, étendez vos bras vers Dieu, d'où vous peut venir tout secours, vers Jésus-Christ, de qui seul le salut peut vous venir, vers le Saint-Esprit, en qui et avec qui seul votre salut peut venir.
Car la foi est un don de Dieu ; elle est la vertu, la vie de Dieu; elle vous transformera en un homme nouveau.
Si vous pouvez croire, le Père et le Fils viendront en vous, et y établiront leur demeure.
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Si VOUS pouvez croire, vous deviendrez un temple du Saint- Esprit; lui-même priera en vous avec d'ineffables soupirs.
Si vous pouvez croire, TAgneau de Dieu, qui a été immolé pour les péchés du monde, sera votre Pasteur, votre Sauveur ; dans ses blessures vous trouverez la vie divine.
Vous lui direz : « Mon Seigneur et mon Dieu! » Et il sera votre Seigneur et votre Dieu ; il vivra en vous, et vous ne vivrez plus.
Si vous pouvez croire, vous serez une création nouvelle. La foi agissante dans la charité : voilà quelle sera la nouvelle image de Dieu en vous.
Si vous pouvez croire, vous deviendrez dans le jardin de Dieu un arbre qui portera des fruits de justice.
Les bonnes œuvres, que saint Jacques recommande et qu'il dit être indispensables, procèdent de la charité, de même que la charité procède de la foi ; elles embellissent votre vocation comme les fruits embellissent Tarbre. »
Voilà les paroles que prononcent les hommes de Dieu au confessionnal et hors du confessionnal, comme prédicateurs, comme directeurs des consciences, comme amis> comme pères de leurs ouailles.
Et cette parole ne reste pas sans eff'ets ; elle exécute les commandements de Dieu, qui Ta envoyée.
Cette parole, ils la prononcent aux jours de la maladie et aux jours de la santé, aux jours de la lumière et aux jours des ténèbres, de la richesse et de la pauvreté, de la louange et du blâme, de la liberté c^mme de la servitude.
Mais quand ils la prononcent avec le plus d'énergie, c'est dans les heures de poignantes douleurs, qui menacent de leur enlever tout, excepté Dieu. C'est alors qu'elle prend racine, c'est alors qu'elle pousse des rejetons, c'est alors qu'elle produit des germes, donne des fruits ^ f ait naître des enfants de Dieu.
16. Lorsque la parole de Dieu, par la bouche du confesseur, en a réveillé, ébranlé, purifié, sanctifié im grand nombre, elle agit, par le moyen de ces membres vivants du corps de Jésus-
Christ, qui dans runion de l'esprit ne forment qu'un cœur et qu'une âme^ sur les membres morts, sans toutefois jamais négliger les membres vivants, crainte qu'ils ne s'égarent dans les voies détournées , et qu'ils n'achèvent dans la chair ce qu'ils avaient commencé dans l'esprit.
47. Quant au signe le plus certain auquel on reconnaît que le royaume de Dieu est proche, le pasteur des âmes n'en connaît pas de meilleur que celui-ci : a Ecce enim orat ; car, voyez, il prie. » Celui qui prie avec Saul, qui persévère jour et nuit dans l'oraison, celui-là trouvera bientôt un Paul et un Ananie, qui le transformeront en un autre Paul. La prière intime, expansive, avide de Dieu, persévérante, est donc la preuve la plus infaillible que l'heure approche où les écailles tomberont des yeux, où les chaînes se briseront, où le tombeau de la mort sera comblé, et où l'homme nouveau pourra marcher d'un pas ferme et assuré.
§ IV. — Quels sont les sentiments, les expériences, les qualités, les exercices , nécessaires au confesseur qui veut ramener les hommes k Dieu et les réconcilier avec lui ?
18. Pour que le pasteur des âmes puisse, comme confesseur, opérer de si grandes choses : pour qu'il puisse ramener l'humanité à Dieu et la réconcilier avec [lui, il faut qu'il ait éprouvé en lui-même cette réconciliation avec Dieu, c'est-à-dire qu'il la connaisse par une expérience personnelle, par une conscience intime, par une perception immédiate.
Avant de pouvoir apparaître comme les témoins énergiques de Jésus-Christ, il fallait que les apôtres eussent été consacrés le jour de la Pentecôte à ce ministère d'attestation.
A 9. Outre cette perception immédiate, qui peut être considérée comme la base de son ministère, le pasteur a besoin, comme confesseur, d'une science divine de l'humanité, et d'une science humaine de l'homme; en d'autres termes il faut qu'il connaisse :