ÉPOQUE DE DIRECTION
46. « Vous n'avez qu'un seul devoir à remplir : incapable de vous diriger vous-même, suivez la direction de Tami de votre conscience, comme un enfant obéit à la voix de sa mère. »
« Si vous pouvez croire à cette obligation, vous la remplirez. En vous tenant fermement attaché à la parole de. votre ami, vous enchaînerez d'abord en vous ce noir esprit d'inquiétude, puis vous parviendrez à le chasser. »
Voilà tout ce que le confesseur doit dire, ou plutôt faire prédominer pendant cette première époque de direction.
Tout essai ayant pour objet de guérir, pendant cette première époque, par Téclaircissement proprement dit de Tintelligence, non-seulement est un travail inutile, mais il ajoute encore à la maladie.
L'inquiétude ayant substitué l'imagination à l'intelligence, et la conscience étant aussi égarée que celle-ci, le scrupuleux ne saurait faire le moindre pas en avant sans la confiance en son guide.
Malheureusement, le scrupuleux est aussi incapable de croire aux vues d'autrui que de se sauver par ses propres lumières.
Aussi le confesseur est-il bien souvent obligé de supporter le scrupuleux ; et c'est ce qu'il doit faire jusqu'à ce qu'il puisse le diriger.
La charité, la patience, les prières, les larmes de la compassion, une conduite toute divine dont sera témoin le patient, trouveront peu à peu accès dans son cœur, et y répandront les germes de la foi et de la confiance.
Dès que cette confiance se manifestera, le directeur se contentera de répéter : « Vous ne pouvez être dirigé que par la confiance; laissez-vous donc conduire, c'est-à-dire croyez et obéissez. «
TUÉOLOaiE PASTORALE. H 9
47. Pendant cette époque, il sera bon, i^ qu'un ami cherche à distraire le scrupuleux par des occupations, afin de ne point laisser à sa tête le temps de s'occuper de son intérieur ;
^i° De lui faire éviter la société de personnes pieuses, il est vrai, mais d'un caractère inquiet et rigide; car un scrupuleux en empoisonne un autre, et il n'y a point d'atmosphère plus brûlante et plus lourde que celle qui pèse sur les scrupuleux ;
3» De le mettre en rapport avec des personnes pieuses, mais libres de scrupule et d'un caractère résolu, afin de rasséréner son esprit;
i*' De l'éloigner de la lecture des ouvrages ascétiques ; car si le malade imaginaire trouve qu'il a lui-même toutes les maladies qu'il rencontre dans son livre de médecine, le scrupuleux trouve en lui-même tous les péchés dont parlent les ascètes ;
5*> De lui faire éviter la solitude et de ne point l'abandonner à ses propres réflexions, pour l'empêcher d'être torturé par les sombres images de son scrupule ;
6*» De l'éloigner de ces sermons virulents et sévères qui ne font que donner au scrupuleux le dernier coup du désespoir.