‹ Théologie pastorale (volume 2)Chapitre 45 sur 172 · DEUXIÈME ÉPOQUE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ÉPOQUE

48. Quand la confiance du confesseur est parvenue à enchaîner le scrupule, et qu'une abstinence continue de toutes ces subtilités qui ne font qu'agrandir l'ombre du péché, a rendu le scrupuleux propre à être instruit, le confesseur recherchera :

Premièrement : Quelles sont^ dans l'espèce, les sources du scrupule. Il les trouvera :

a. Dans les fausses idées sur Dieu, sur la loi, sur le péché, sur la pénitence, etc.

b. Dans l'impuissance de distinguer au fond de la conscience la loi d'avec l'imagination, le péché d'avec l'imagination, le langage de la conscience d'avec l'imagination.

c. Pour moi, l'expérience m'a appris que parmi cent scrupuleux, il y en a quatre-vingt-dix-neuf qui ont été précipités dans l'abîme du scrupule par le fantôme de l'intégrité impossible

iiO THÉOLOGIE PASTORALE.

d'une confession, par Timpossibilité de distinguer, à un cheveu près, un péché mortel d'un péché véniel, idée dont s'était remplie de bonne heure leur imagination, et dans laquelle ils avaient été fortifiés par des confesseurs ignorants.

49. La source une fois connue, le confesseur ne négligera rien pour la détourner.

11 supposera, ici encore, Tohligation d'être cru sur parole jusqu'à ce que le scrupuleux soit guéri ; il lui enlèvera successivement ses fausses idées en dévoilant la vérité à ses yeux, — mais en s'adressant plutôt à sa confiance qu'à son intelligence.

11 ne lui montrera Dieu^ qui lui est si souvent apparu comme un Être tyrannique, que sous le côté aimable, comme étant tout amour.

Il lui fera comprendre que cette inquiétude qui le tourmente est une marque de son amour de Dieu, et une preuve que Dieu est content de lui.

Il lui fera comprendre que dans cet état d'inquiétude, il ne lui est pas facile de commettre, avec préméditation, un péché même véniel; par conséquent que tous ses doutes sur le plus ou le moins de gravité de tel péché, ne sont que des absurdités, des résultats de la crainte.

Il lui fera comprendre que si , dans cet état, il est difficile de commettre un péché avec préméditation, l'Église ne lui demande pas de confession, ni surtout l'éternelle répétition de confessions antérieures.

Il lui fera comprendre que ce qui n'était pas un péché au moment de l'action n'en saurait devenir un dans la suite, sous prétexte que tel prédicateur ou tel livre ont dit beaucoup de choses sur l'énormité de telles fautes.

11 lui fera comprendre qu'un pareil état d'inquiétude n'est pas un signe qu'on est dans la disgrâce de Dieu, que dans les souffrances qui surviennent aux gens de bien, l'Amour étemel ne cesse pas d'être amour, puisqu'il établit ceux qui souffrent dans l'humilité et l'obéissance, qu'il les préserve des fautes de Tamour-propre et de la présomptieB, et les transforme en mé-

(lecins compatissants envers de semblables malades; par conséquent que la confiance au directeur et la résignation en Dieu peuvent les retirer heureusement de ce labyrinthe.

Il lui fera comprendre que les distinctions subtiles des écoles sur les mots péchés, imperfections , etc., ne sont pas pour lui.

50. Après avoir réussi à déposer dans l'intelligence du pénitent des idées plus saines, et à guérir peu à peu son âme, le confesseur devra prendre garde qu'en voulant éclairer l'esprit, il n'affaiblisse le principe du sentiment religieux, et que d'une conscience trop étroite il ne fasse une conscience trop large.

51 . Quant au conseil de ne point se confesser, le confesseur ne devra pas se montrer trop rigoureux envers les scrupuleux qui ont peine à trouver du repos s'ils ne répètent l'aveu de péchés qui n'en sont pas : la patience du confesseur, plus fort que son pénitent, devra savoir aussi supporter cette faiblesse.

52. Quand le scrupuleux ne peut voir que rarement son directeur, sa guérison est à peu près impossible. Mais quand le malade et le médecin habitent* plusieurs mois sous le même toit, qu'ils communiquent entre eux comme font des amis et des connaissances, la patience, la sagesse et la force de l'un triomphent dés angoisses, de l'ignorance et de la faiblesse de l'autre.

53. Ce qui ne saurait être fait que par le médecin des corps, un prêtre, quelle que soit sa sagesse, ne saurait le faire par de simples représentations.

54. Ainsi donc, tout le mystère de la guérison proprement dite des maladies de la conscience consiste, premièrement : en ce que le malade croie et espère que votre direction pourra le délivrer des tortures de son intelligence et de sa conscience, et soit disposé à suivre vos conseils ; deuxièmement, en ce que cette foi et cette confiance en vos paroles l'amènent à la paisible contemplation de la vérité dans son intérieur, devenu calme et tranquille.

ÉPOQUE QUI REND TOUTE DIRECTION ET TOUTE aUÉRlSON IMPOSSIBLES.

5o. Le directeur le plus sage, malgré l^excès de sa charité et de sa patience, ne saurait guérir tous les maux; car il peut se présenter des circonstances si malheureuses, qu'elles rendent toute direction et toute guérison impossibles.

Arrivée à cette époque, Tinquiétude devient de la fureur; la fureur, de la démence, et la démence conduit au suicide, si par des moyens de préservation physique et par une rési tance armée, vous ne garantissez pas des conséquences terribles de la folie, la vie corporelle de celui dont il n'est plus possible de sauver le moral. Le confesseur doit donc user d'une grande prévoyance pour ne point laisser arriver inopinément cette époque ; il doit avertir les amis, les parents, et dans certains cas l'autorité elle-même, de la nécessité de prendre des mesures de préservation physique.

Au reste, les histoires du scrupule renferment pour chacun de nous un enseignement particulier; car elles nous font connaître : 1« les faiblesses de Tintelligen ce humaine, qui n'a point d'autre guide que la bonne intention; %° les voies de la Providence, trop inaccessibles à nos regards pour que l'œil de nos théologiens les puisse apercevoir, d'où il suit que toute la science, soit leibnitzienne, soit anti-leibnitzienne, n'a autre chose à faire qu'à adorer ; 3*> elles nous indiquent quels sont les devoirs que doivent remplir ceux qui sont encore debout, s'ils ne veulent pas tomber; 4» elles nous révèlent la puissance et l'impuissance de la charité, qui, pour un grand nombre, arrive assez lot pour les sauver, et pour plusieurs, assez tard pour être encore témoin de la misère humaine.

§ IV. — De la conduite du confesseur envers les innocents qui sont sur le point d'être séduits.

56. L'institution de la confession dans l'Église possède, là où elle est vivifiée par l'esprit de l'Évangile, une puissance immense pour préserver et sauver l'innocence. 11 n'y a qu'elle à

THÉOLOGIE PASTORALE. iti

qui il soit possible de prévoir Tépoque où un grand nombre de jeunes hommes et de jeunes filles seront sur le point de passer de rétat d'innocence à celui de péché, et de combattre énergiquement la tentation pendant qu'il en est temps encore, et que la chute n'est pas encore survenue.

Le confesseur veillera donc avec soin pour ne point laisser passer cette époque sans la prévenir, afin de pouvoir avertir l'innocent, et travailler activement à sa conservation.

57. J'appelle époque critique de la jeunesse celle qui décide de son passage de l'innocence soit à la vertu, soit au vice, et surtout du triomphe de la continence ou de la volupté.

J'appelle cette époque la plus significative, parce que le passage de l'innocence soit au vice, soit à la vertu, non-seulement est décisif pour toute la vie et pour les destinées de l'individu, mais exerce encore une influence multiple sur le siècle présent et sur le siècle à venir.

58. Cette époque critique se passe entre l'âge de neuf à dixneuf ans, quelquefois plus tôt ou plus tard,

a. Suivant les dispositions de l'individu, la vivacité de son tempérament ;

b. Suivant le genre d'éducation, l'entourage;

c. Suivant l'esprit du siècle.

59. Cette époque, du moins dans nos villes, arrive beaucoup plus tôt qu'il y a trente ans.

60. Cette époque, à moins qu'elle ne soit retardée par le respect humain, ou par la pudeur publique, arrivera bientôt encore plus vite, et peu à peu même dans nos villages.

Page 1